‹ Eléments de physique expérimentale & de météorologieChapitre 217 sur 341 · CHAP. V. — VISION · texte numérisé non relu

CHAP. V. — VISION

entre m eer^ et on carré. Par conséquent, il n*y a pas de raison pour que cette différence ne puisse être saisie sTec pins de netteté encore, et plus de précision, sur la membrane de la rétine. Les objets donnent au fbnd de rœil des imagée renver$ies, ei de là on a voulu coneliire que naturellement nous derons voir les obJet$ renversée. Cette conclusion serait légitime si Ton supposait que rame regarde les images, et qu*elie est placée derrière Tceil, comme une personne derrière le tableau d*Dne cbambré noire. Mais, si Ton suppose que l*âme ne regarde pas les Images, qu*elie les sent, et qu*elle s*élève de la sensation à la cause qui la produit , il est évident que rexistence extérieure des corps et leur situation résultent pour nous d*un seul et même jugement. Il parait leutefèis que le sens de la vue seul ne pourrait pas plus nous conduire à la connaissance du monde extérieur que le sena de TouTe ; tout semble indiquer que sur ce poini le sens du toucher nous fournit des données indiapensables et qu*il ne peut être suppléé par aucun autre aeus.

L*extériorité des objets une fois constatée, leur dis- Umce peut être appréciée de plusieurs manières. 1« Le c6ne lumineux qui tombe sur la pupille est d'autant plus divergent que le point qui renvoie est plus rapproché de rœil , et, d*après ce que nous avons vu , il faut que roeilt^ajuste à ces diverses substances, pour faire tomber sur la rétine une image suffisamment nette. La con- •dence que nous avons de cet ajustement ou de cette modification de Tœil devient, par Thabilude, la donnée diaprés laquelle nous portons notre jugement sur la distance. De plus , lorsque nous regardons avec les deux yeux, nous devons donner à leur axe optique une inellDalson relative d'autant plus grande que Tobjet est plut rapproché; nous avons pareillement conscience de cette inclinaison, c'est une seconde indication qui vient au secours de la première et qui donne en général beaucoup plus de justesse à nos jugements, car il est facile de se tromper quand on juge avec un œil, à moins de sY être exercé.

On appelle distance de la vision distincte la distance à laquelle nous voyons nettement et sans effort divers objets, tels, par exemple, qu'une page imprimée en caractères ordinaires. Cette dislance est d'environ 10 pouces pour les vues moyennes ^ elle est de plusieurs pieds pour les vues presbytes, et seulement de quelques pouces pour les myopes. Au reste , elle varie avec les dimensions des objets : des lettres très-fines, par exemple, et des lettres de moyenne grandeur ne peuvent être distinguées à la même distance.

Lorsque les objets sont assez éloignés pour qu'en les regardant les axes optiques des deux yeux deviennent sensiblement parallèles, nous n'avons plus de règle sûre pour déterminer leur distance. Alors, nous avons recours à des considérations plus ou moins trompeuses : BOUS tenons compte de l'éclat de la lumière, de la netteté avec laquelle nous distinguons les détails, de la grandeur des objets eux-mêmes, si elle nous est connue

d*avance, etc. Par ces divers moyens, habilement combinés, quelques observateurs parviennent à une étonnante précision dans leurs jugements : mais, s'ils chan* gent de lieu ou de climat, leur science est à chaque instant déroutée par un autre aspect du ciel, un air plus pur ou plus brumeux, ou par des objets d'une forme nouvelle.

Le jugement de la grandeur est, en général, une conséquence du jugement de la distance. L'image d'un vaisseau peut être au fond de l'œil d'un observateur beaucoup plus petite que celle d'une barque, et cependant l'observateur ne s'y trompera pas ; il dira que le vaisseau est plus grand que la barque, parce qu'il pourra juger que sa distance est beaucoup plus grande. Cependant, quand nous savons d'avance la grandeur d'un objet, nous pouvons nous en servir pour estimer sa distance : c'est ainsi , par exemple , que la hauteur d'une tour est mieux appréciée quand on voit sur son sommet des hommes ou des objets d'une grandeur connue; mais, si ces hommes étaient des nains, l'œil ne s'y laisserait pas prendre, il trouverait sans doute dans les modifications de la lumière des moyens de se défendre de l'illusion.

403 bis. Jvec les deus yeux on ne voit qu'un objet, mais on le voit plus éclairé. — Quand nous regardons un tableau avec les deux yeux, nous donnons aux figures qui le composent une position déterminée par rapport à nous, et, comme cette position est exactement la même, soit que nous regardions avec l'un des deux yeux ou avec l'autre , il est impossible que le tableau nous paraisse double quand nous le voyons avec les deux yeux ensemble. Il n'en est plus de même lorsque nous regardons un objet qui se projette sur un second plan un peu plus reculé : cet objet cache à l'un des yeux une partie du second plan et à l'autre une autre partie; par conséquent, avec les deux yeux, on est embarrassé de savoir sur quelle partie du plan il doit tomber. Mais il n'arrive presque jamais que les deux yeux aient une égale force, ou plutôt il y en a toujours un qui l'emporte et auque'i nous prêtons une forte attention : c'est d'après les impressions de celui-là que nous décidons.

Pour juger qu'un objet vu par les deux yeux est vu plus éclatant que s'il était vu par un seul , il suffit de regarder une bande de papier blanc avec l'un des yeux et de placer devant l'autre un obstacle qui nous en cache la moitié : la partie qui est vue par les deux yeux à la fois parait beaucoup plus éclairée que celle qui n'est vue que par un seul.

403. De la persistance des images et des couleurs accidentelles. — De ce qu'un charbon ardent nous fai voir un cercle de feu lorsqu'on le tourne en rond avec assez de rapidité , il en résulte évidemment que les impressions de la rétine persistent après que la cause a cessé d'agir. Il est facile de constater que la durée de cette persistance dépend de l'éclat de la lumière et de la sensibilité de l'organe. Ce principe explique luie foule

LIVIe VI. — OPTIQUE.

d'illitsiODt, par eieniple eellei du thékmairop9, dû phénaki$Heop9y du fhntaêeêp9, etei, et Mlles que Ton produit en faisant tourner dans le même sens oh en sens contraire et Tune devant Taulre deux roues con<* csntriques on excentriques^ ayant chacune un certain nombre de rajons , sombres ou brillants. M. Plateau a fait à cet égard des recherches très-ingénieuses. {Âtm* é9 Phr9, et de Chim^, i. 85 et 58.)

Il faut pareillement ifue raclion de la lumière se fasse sentir sur la rétine pendant un certain temps pour que Timpression puisse être pcrf ue. Cette durée dépend sur* tout de réclal de la lumière : c*est pour cela que nous distinguons une étincelle électrique ou un éclair, bien que leur lumière soit presque inslanlanéC} tandis que nous ne distinguons pas une balle^ un boulet de eanon, ou d'autres corps animés d'une moindre f itesse, parce que leur lumière a peu d'intensité*

Quand les corps cessent de nous apparaître aTec leurs couteurê nmiureUes , on dit alors qu'ils prennent des couteurê accidentelles. On distingue à eet égard les couleurs accidentelles pasêOffèreê et les couleurs aceidentelles permanentee^ 1* Quand, après avoir regardé le soleil pendant quelques instants, -on ferme les yettx, l'image prend diverse» oomlenr» pendant sa persistunee; quand, après avoir regardé un corps virement eoloréi on porte subitement les yeux sur un corps d'une autre couleur, on éprouve une sehsatlon eompleie,qul secom* pose de Timage actuelle du second corps et de l'image persistante du premier; ainsi le second corps n*est pas vu avec sa couleur naturelle. Ces deux exemples sufll* sent pour donner une idée des couleurs accidentelles passagères, sur lesquelles oH a fslt plusieurs théories dont aucune he nous parait satisfaisante» 9* Quand on corps coloré est sur un fond noir, il apparaît avec sa couleur naturelle; quand, sbr le même fond noir, on vient mettre près de lui un second corps de couleur différente, ces deux corps s'iniuenoent Mii/ti0//effieii/ / leurs couleurs, ou plutôt leurs nuances, sont changées, et ce changement parait indépendant de la persistance des Images, car II subsiste aussi longtemps que les oorpc sont juxtaposés. M. Ghevreul a fait une étude parti«tt> lière de ces phénomènes, et il les a soumis à des lois remarquables. (Menu de l'^emd. des sciences^ 1865)i

4MéDe^e{quesmooidentsdeiafme^*--Ltspresèx^ ont la vue trop kmguet Ils sont obligés de placer à deux ou trois pieds de distance un papier qu'ils veulent lire| plus près, toutes les images sont confuses. Cette espèce d'infirmité, qui vient d'ordinaire avec l'âge, résulte évidemment d'un défaut de convergence dans les faisceaux qui traversent les humeurs de l'esil; et l'on suppose, en général, qu'elle tient à un aplatissement de la et^rnée ou du cristallin. Tous les presbytes ont habitueliement la pupille très-peu ouverte^ comme s'ils faisaient un eA»rt continuel pour se servir du centre du cristallin) plutét que des bords, qui ont en efiPH, eoanne nous Pavons vu, une distance focale encore plus grande.

Les mr^m ont la vue trcp courêe,- pour voir nette-

ment les objM, Ils sont dillgés de les approcher à la dislance de quelques poncés | tout ce qui se trouve au delà est pour eux enveloppé d*un nuage, et île forme au fond ûê r«il que des images eonftises. Cet accident est opposé au presby Usas, et il Hsulle en effet d'une cause eoutl-aire : les faisceaux qui traversent l'oii d'un myope éprouvent une trop rapide coAvergencef Ils se croisent avant de tomber sur la rétine. On suppose, en général, que lès m|ropes ont la oomée ou le cristallin trop èonvexe; on remarque aussi que lêUr pupille est totgoars très-diiatée, comme s'ils èHayaient de se servir des bords du cristallin plutôt que des parties centrales, qui ont une distance focale principale encore plus désavantageuse pour eux parce qu'elle esi plus petite.

I^ quelque manière que s'actîomplisse la vision distincte , soit qu'elle se fasse à la distance moyenne de huit à dix pouces comme dans les bonnes vues , soit qu'elle se fasse à plusieurs pieds comme chef les presbytes, ou à quelques pouces seulement comme chei las myopes , il arrive toujours que, pour voir avec la plaa grande netteté , il est néoessaire de tourner l'oiil eonvenablenent , de telle aorte que l'image tombe sur u eertaUi point de la rétine et non pas sur un point quelconque. Le point I ou plutôt le petit espace sur lequel on amène les images pour voir le mieux possible , sa nomme le point sensible de la rétine | il est placé en général près de l'axe de l'csil.

U y a aussi au fend de resil un point que Pon appeUt iê point insensible ou punetnm eesomm, c'est le polit espace circulaire occupé par l'extrénûté du nerf optf que , et d'où partent tous les filaments nerveux qui a*eiitrelacent de mille manières pour former la rétine. La lumière qui tombe sur cet espace ne donne pas plus d'impression que si elle tombait sur un nerf quelcoiMiuc mis à découvert; et , comme on ne dislingue pas la lumière par les neifi de l'ouIè , du goût ou de Todoral , non plus que par les nerfe des bras ou des Jambos , on ne distingue pas la lumière par le nerf optique avaol qu'il soit épanoui en réseau et étalé sur la cfaoroiis» Ct foit remarquable semble bien indiquer encore qua la rétine sent les images sur la choroïde comme la unalu sent les formes, les contours « et les divers degréa et poli des corps qu'elle touche.

On reconnaît l'existence et la position du point iBuassible de la rétine par l'expérience suivante {fig. 6M). Sur un fond noir et horixontal n n^ on place deux pi^ tits disques blancs ou deux petites boules, dont les castres sont è environ trois pouces l'un de l'autre; enastlta, on regarde d'en haut à la distance de 10 ou 19 poiioaa^ et dans une position telle que l'cail droit soit verticalemant au-dessus du disque du gauche et que la ligutt 4aa deux yeux aoit parallèle à la ligne des disques | cas deux conditions étaut remplies ^ on forme I'cmI ganaha^ et l'on regarde le disque de gaucfae avec rcsil droit » en l'éloignant ou an l'approchant un peu, asais to^ioan dans la mèon verticale | alors , on trouve une poMtlau oCi le disque de droite est complètement hiviaibiCt §b»s

CHAP. V. - VISION ET INSTRUMENTS

Si 4

I oa plot loin il reparall I llntCant , et jamais on •a cette de le Toir ti la ligne dtt deux yeux est teule- ■Mnt on peu oblique par rapport à celle det disques.

Le dootear Wollaston a obsenré sur lui-mâme un phéoomèue de Tition extrêmement remarquable. Un jour « aprèt un ? iolent exercice de deux ou troit heures , Il reconnut toudainemenl qu'il ne pouyait plus distiDguerqueto moitié des objets; en regardant, par exeiaple « un bomme en face, il«e voyait que la raoKié de ta figure et la moiiié de son corps , etc. Ce phénomène de 9$mi'Viiion dura un quart d*heure environ ; il avait lieu pour un œil comme pour Pautre , ou pour lee deux ensemble; o*éUit la moitié gauche des objets qmi était invisible, c'était par conséquent la moitié droite de chacun des yeux qui était insensible.

Vingt ans plus tard , le même accident se renouvela , flaaia en sens Inverte ; cette fois , c'était la moitié droite deiob|ett qui était invitible. (Toyex Texplication physiologique qu'il en donne, Jnn. de Phjrt. et de ClUm, , U n , page 109.)

404 bis. ^étt^lta.— Les béticlet tont det lunettet dont «e aervent let pretbytet et let myopet peur avoir une TiaiOD dittincte det otajett à la dittance moyenne de 8 oa lOpeoeat.

guppotoBt , par exemple , qu*UB pretbyte ne puitse voir Mlteiiieiit qu*à la distance de 50 pouces s alors, il eal évldeot ^i* pour lui let imaget ne peuvent être neUet, à moins que la lumière ne pénètre dans ses yeux avee la divergence qu'elle a en venant de 30 pouces de ditlanee; ainsi, pour qu'il puitte voir, comme une pertonne douée d'une bonne vue , let objets à 10 poucet, il tttflU de placer let objelt à ceUe distance et de naodiier par une lentille la lumière qu'ils envoient, peor qiu'elle ne soit pat plus divergente que si elle venait de M pouces. Par oontéquent, la distance b de l'objet à la lentille étant de 10 pouces , la disUnce m de l'image virtaelle devra être de SO pouces ; on aura donc t

d*eftA«-ft5|

C'ctt'à-dire qu'un presbyte , qui voit naturellement è Si poueet, doit employer immédiatement au-devant de fM nn verre convergent de 15 poueet de distance focale pHneipale pour voir les objets è 10 pouces.

En général, si d représente la distance de vision distlnde , la distance fécale principale /de la lentille convergente oa divergente dont U faut faire usage pour voir à 10 peuœs, sera donnée par cette formule :

^ 10 If

rf— 10

m é> lO^/'ett potitil« l'cMl est pretl^le , il lui faut un verre convergent; si c/ < 10, /est négatif, l'œil est myope, il Ini laui on verre divergent : dans tous les

cas, il suffit de connaître d pour en déduire/, et par conséquent la force des lunettes qu'il convient d'employer.

405. Loupes ou microscopee simples, — Un microscope simple n'est autre chose qu'une lentille conver£fen(e d'un très- court foyer ; on l'appelle aussi une loupe. Cet instrument sert à voir de petits objets ou de petits détails qu'il serait impossible de saisir à la vue simple.

L'objet que Ton regarde à la loupe simple doit être toujours placé çn avant, a uhe distance moindre que la distance focale principale: sa position varie avec la portée de la vue , mais il est facile de déterminer dans tous les cas le point précis où il faut le tenir. En effet , soit X la distance à laquelle il fout placer l'objet au devant d'une loupe , dont la distance focale principale est /, en supposant que l'œil de l'observateur soit appliqué immédiatement contre la loupe , et que pour lui la distance de la vision distincte soit représentée parif : il faut évidemment que les faisceaux qui partent de la distance x possèdent , après avoir traversé la loupe, la même divergence que s'ils venaient naturellement d'une distance <f ; c'est-à-dire ^d'après l'émergence, ils doivent faire leur foyer virtuel à une distance d. On a donc :

d'où

La figure 699 indique la marche des rayons : a ( est la position de l'objet , afb^ celle de l'image virtuelle , et les triangles semblables acheta' e b' donnent :

aV

ab

cp

C'est l'expression du grossissement^ c'est-à dire du rapport entre la grandeur de l'image et celle de l'objet : on voit que le grossissement est bien plus grand pour les presbytes que pour les myopes,

406. Chambre claire ou caméra lucida^ — Chambre claire de fVoUaston. — Cet appareil sert à tracer l'i mage exacte d'un objet, d'un édifice, d'un paysage, etc. Il se compose essentiellement d'un prisme quadrangulaire abcd {fig, 700 ) , ayant en b un angle droit, et en cf un angle ob(us de 135<». La face c ^ est tournée vers l'objet dont on veut prendre le dessin : r ir, par exemple, étant l'axe d'un pinceau envoyé par un point de cet objet , ou voit que c€ rayon , après avoir pénétré perpendiculairement dans l'intérieur du prisme par la face c b , éprouve en r une première réflexion (olale sur c «f , en r' une seconde réflexion totale sur a </ , et vient enfin sortir perpendiculairement à la face a b près du sommet a du prisme. L'œil étant placé un peu audessus de cette face , de manière que la pupille soit en p // , son milieu correspondant au sommet a , il est évident : 1<» que par la moitié antérieure de la pupille on verra , par réflexion , l'image de l'objet x sur le pro*

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