CHAP. I. — DE IK CHALEUR TEHRESTRE
Ce phéfiomène est Pun des plus grands que nous présente la nalurey et nous devons essayer d*en donner une idée.
Nom emprunterons particulièrement au capitaine Seoresby les détails dans lesquels nous pouvons entrer à ce sujet; son ouvrage a été en quelque sorte écrit sur les liem : comme baleinier, Scoresby a fait douze voyages iusqa*aui plus bautcn latitudes; il est à la fois Tun des plus intrépides marins et Tun des plus babiles observateurs qui aient fréquenté ces mers périlleuses.
Les glaces que Ton rencontre sur les côtes du Spifzberg et du Groenland ont ordinairement 30 à 95 pieds d*épaisseur; elles fom^^nt souvent des plaines immenses doQt 00 n*aperçoit ps^ les limites du baut des mâts du vaisseau; c*est ce que Ton nomme des champê déglace : on peut estimer leur étendue à trois ou quatre cents lieoes carrées. Un champ de glace présente quelquefois une surface parfaitement plane, sur laquelle un carrosse pourrait faire trente ou quarante lieues sans obstacle. D*atttres fols, il est raboteux et inégal; on voit d'espace en espace s*élever des éminences ou des colonnes de 90 à 50 pieds de hauteur, qui forment un aspect très-pittoresque : tantôt elles ont la belle couleur bleue verdâlre des plus brillantes topazes; tantôt, recouvertes d'une neige épaisse, elles présentent sur leur sommet et à leur contour les accidents les plus variés.
Les ondulations de Teau, le mouvement des vagues ou quelque autre cause puissante brisent un champ déglace en un JBStant,et le réduisent en fragments de 100 ou 300 mètres carrés. Ces fragments séparés se heurtent et se dispersent, mais quelquefois ils sont emportés par un courant rapide; alors, s'ils rencontrent un courant opposé, entraînant les énormes débris d*un autre champ de glace, ces montagnes se choquent avec un épouvantable fk-acas. Un vaisseau qui se trouverait emporté dans la lutte ne pourrait pas plus résister au choc qu*une lame de verre à une balle de mousquet. On a trop d'exemples d*aflrei|x naufrages produits par celte irrésistible puissance. C*sst par les courants de celte espèce que la mer s*ouvrf aux navigateurs; c'est quand iU ont balayé les glaces que Ton peut, dans certaines directions, aborder jusqu*aux parallèles de 70 h 80 degrés , où les baleines semblent de préférence fixer leur demeure.
Si quelques montagnes de glace sont brisées et comme pulvérisées dans ces terribles rencontres, il y en a d'autres, au contraire , qui prennent un nouvel accroissement et deviennent plus formidables. Les glaçons, soulevés et balancés par les flots, retombent les uns sur les autres; ils se superposent, ils se couvrent de fragments plus ou moins volumineux, et composent ainsi de véritables montagnes, accidentées de mille manières,qui8'élèvent de 10 à 15 mètres au-dessus des eaux : l'épaisseur qui surnage est, en général, à la partie submergée comme 1 est à 4; ainsi, la hauteur totale de ces montagnes est de 40 à 60 mètres*
Quelquefois aussi des glaçons de 80 ou 40 mètres de lonipieqri cl^argéi i^ leurs deux extrémités) s'enfoncent
tout à fait sous les eaux à une profondeur assez grande pour que le vaisseau passe au-dessus d'eux; mais Téquipage est alors exposé au plus affreux danger : le moindre choc, la moindre cause peut déranger Téquilibre des poids qui tiennent le glaçon submergé; alors, il s'élèverait avec impétuosité et lancerait le bâtiment dans les airs, ou du moins le ferait chavirer inévitable* ment.
Dans la baie de Baffin , on trouve des montagnes de glace beaucoup plus hautes que dans les mers du Groenland ; les navigateurs en ont mesuré qui s'élevaient de plus de 50 à 40 mètres au-dessus de la surface de l'eaui et qui avaient, par conséquent, plus de 200 mètres de hauteur totale. On suppose que ces masses effrayantes se forment sur les côtes où elles fçrment les vallées qui aboutissent à la mer» et qu'ensuite elles sont détachées, soit par la pression des eaux, soit par quelque autre cause. Dans tous ces parages, on voit en effet, sur les côtes, des montagnes de glace taillées à pic, d'une belle couleur bleue, transparente comme l'azur du ciel, et qui s'élèvent à une hauteur prodigieuse. Dans la saison du soleil les eaux coulent du haut de leur crête et forment dans la mer d*immenses cascades, qui sont quelquefois surprises par les gelées. C'est alors un majestueux spectacle, mais les navigateurs le regardent de loin : en un instant, ces colonnes , ces arceaux gigantesques suspendus dans les airs, se brisent avec un horrible fracas et s'écroulent dans la mer.
La profondeur des eaux n'est pas très-grande dans les parages qui avoisinent la côte occidentale du Spitzberg. Les baleines en donnent souvent la mesure d'une manière incontestable : aussitôt qu'elles sont frappées par le harponneur, elles s'enfoncent verticalement sous les eaux avec une incroyable vitesse, emportant le harpon et la ligne; mais elles reviennent bientôt à la surface pour rendre le dernier soupir, et, lorsqu'elles portent l'empreinte de la vase du fond de la mer, on peut juger que la longueur de la ligne qu'elles ont entraînée est la mesure de la profondeur : c'est environ 1000 à 1300 mètres.
Vers le milieu de l'intervalle compris entre le Spitzberg et la côte orientale du Groenland, on n'a pas trouvé de fond à 3500 mètres.
Le capitaine Scoresby a vu fréquemment la glace se former en pleine mer à 30 lieues des côtes. Dès que les premiers embryons des cristaux deviennent perceptibles , la mer se calme comme si l'on avait répandu de l'huile à sa surface; ces cristaux arrivent prompteraent à la grosseur de S ou 4 pouces, et c'est alors qu'ils commencent à s'agglomérer, si lefiroid continue, pour former des nappes de glace plus ou moins larges, et qui ne tardent pas à avoir deux ou trois décimètres d'épaisseur.
Dans ces contrées, la densité de l'eau de mer est 1 ,036; en étal de repos elle se congèle à — S*** Les eaux qui ont été concentrées par la gelée peuvent atteindre h une densité de lfl04; alors elles ne gèlent qu'à — 10% et