CHAPITRE
«iMtf. L*ldée de grandeur ou de petitesse n*entre pour rien dans la conception d'un atome, non plus que ridée de forme ; on peut concevoir un atome très- petit ou un atome très-grand ; on peut concevoir qu*il soit rond, carré, pointu, ou de toute autre forme bizarre que Hmagination puisse inventer. Seulement, nous supposons bien que le monde entier n*est pas un grand atome , et que la matière n*est pas toute d*une pièce; car la terre et la lune sont deux fragments de matière séparés Tunde Taulre, et à la surface de la terre nous voyons que la matière en général se brise et se désunit; ce qui prouve assez, d*après notre définition, que la terre non plus n*est pas un atome* Sur le reste, c'est k reipérience à nous instruire : et toutes les données de rexpérience nous portent à conclure que la matière B*est pas indéfiniment séparable en parties, qu*à un certain degré de petitesse, qui est bien au-dessous de ce que nos sens peuvent saisir, il y a des parcelles de grandeur finie, qui restent absolunient inséparables et qui forment par conséquent de véritables atomes. Les découvertes récentes semblent surtout confirmer cette opinion, et c'est ai^ourd'hui celle qu*on adopte excluslveflMnt.
Ainsi, Doos admettons Texistence des atomes comme une vérité fondamentale qui doit nous servir de guide dans nos recbercbes. Une réunion d'atomes est ce qu'on appelle un corpê. Les corps auront en général un plus grand ou un plus petit volume, suivant qu'ils seront composés d*un nombre d'atomes plus grand ou plus petit; ils auront des apparences différentes, si les atomes sont diversement arrangés pour les composer; ils auront une différence un peu plus marquée, si les atomes diffèrent par leur forme ou leur grandeur , et enfin Us pourront être essentiellement différents , s'il existe des atomes qui diffèrent par leur nature substantielle.
Dans un volume donné d'un corps, dans une boule d*or, par exemple, on ne suppose pas que tous les atomes soient arrangés de la même manière , et tous également distants les uns des autres ; mais on est con* doit è supposer que plusieurs atomes sont groupés de manière à former ce qu'on nomme une molécule, une parUcmhBj et que les molécules sont groupées à leur tour pour donner au corps sa structure et son ensemble. Ainsi deux molécules ont en général bien plus de distance entre elles que n*en ont entre eux les atomes qui les composent. C'est là le sens propre qu'on attache à ces mots, molécules et particules, qui sont'^à peu près synonymes; mais quelquefois on les prend dans un autre sens , comme quand on dit : Les molécules des corps sont ébranlées par le cboc, elles sont en vibration dans les corps sonores , elles sont dilatées par la chaleur, traversées par la lumière, etc. ; alors on ne veut pins parler strictement de chaque groupe d'atomes en parfloriier, mais l'on veut parler, d'une manière vague, de petites portions que Ton conçoit dans l'intérieur des corps et que Ton sépare par la pensée. Enfin , quand on brise un corps, on se sert encore des.mots molé-
cules et particules pour en désigner les plus petits fragments.
Nous ne distinguons que trois états différents dans l'immense variété des corps qui sont soumis à nos observations : ces corps sont solides, comme les pierres , les métaux et les tissus organiques ; Ils wniUquideSf comme le mercure , l'eau , l'esprit-de-vin ou les fluides des corps vivants ; ou enfin ils soïA gaMettx , comme l'air. Les liquides et les gaz se désignent quelquefois par un nom commun, on les appelle des fluides.Vne chose digne de remarque , c'est qu'un même corps peut être tantôt solide, comme la glace , tantôt liquide , comme l'eau , tantôt gazeux , comme la vapeur. Nous verrons dans quelles circonstances et sous quelles conditions se produisent ces changements (Tétais ; pour le moment, il suffit de les Indiquer, parce qu'ils sont connus de tout le monde , et parce qu'en y réfléchissant on habitue l'esprit à pénétrer dans l'intérieur des corps et à bien comprendre qu'ils ne sont que des assemblages ou des agglomérations d'atomes ; que ces atomes sont séparés les uns des autres, et maintenus à des distances plus ou moins grandes, et qu'enfin il est possible que , sans se toucher, ils agissent de concert et se communiquent des pressions ou des mouvements.
5. Des Forces, ~- Les atomes simplement posés à côté les uns des autres ne pourraient constituer ni les corps solides , ni les autres corps de la nature ; ils ne feraient tout au plus qu'un amas incohérent , pareil à un morceau de sable ou de poussière. Une pierre ou un monceau de fer sont des corps solides et résistants : il faut donc qu'il y ait quelque chose qui retienne les atomes , qui les attache l'un à l'autre , qui les fixe à leur place. Les corps se briseraient sans effùrt s'il n'y avait que des atomes simplement Juxtaposés , ou plutôt il n'existerait pas de corps ; il n'existerait que de la poussière. Nous concevons que dans un morceau de fer un atome quelconque est pressé contre les atomes voisins , comme un bloc de pierre est pressé contre le sol; pour soulever la pierre il faut un certain effort ; pour arracher l'atome, si l'on pouvait le saisir, il faudrait aussi un effort plus ou moins grand. Les causes de ces pressions ou de ces actions mutuelles que les diverses portions de la matière exercent les unes sur les autres, sont ce que l'on appelle en général des forces.
Ainsi, il y a des forces qui agissent sur les atomes de fer, qui les pressent les uns contre les autres , qui les retiennent en leur lieu , et qui donnent à la masse cette fixité que nous observons. De même , il y a des forces qui agUsent sur les molécules de tous les corps solides, et qui leur donnent, à l'intérieur, une structure déterminée, et à l'extérieur une forme permanente. Enfin , comme il n'y a pas de corps qui n'ait une certaine manière d'être , et une certaine dépendance entre ses parties, on en conclut que , là où il se trouve plusieurs atomes voisins, il y a toujours entre eux une action mu- (uelle, par laquelle Ils se sollicitent les uns les antres et prennent un arrangement déterminé.
NOTIONS PRÉUMNAmES.
iM llqvMét» qui Mml ti noUlet, mU aaK-néinet celte dépendance entre toutes les parties voisines t une goutte d*eaa a louyoïirs une Mraie partlcullèri, soit qu'on l*obser?a sur quelque surfece ou plutôt sur les plantes oft elle se dépose en rosée , soit qu*on Tobsenre IHix ^trémités des corps où elle se tient suspendue. Cette forme qu^elle prend est le résultat de Taetlon des molécules qui la composent, car, sans actions mutuelles, ces molécules resteraient séparées et tombe* raient isolément.
L*air, qui est invisible et qui est si subtil, B*est pas une exception à cette loi générale. Il est impénétrable , pnisqu'il résiste quand 11 est enfermé dans une vessie, dans un ballon ou dans un autre espace quelconque. |k>ttc, il est aussi composé d*atomes et de molécules,* donc ses diverses parties exercent aussi une action mutuelle les unes sur les autres : entre mille phénomènes qui en sont la preuve, nous citerons seulement le phénomène de la respiration , que tout le monde peut observer. L*alr extérieur pénètre dans les poumons , à meeure que la poitrine s*ouvre pour le recevoir; ainsi les molécules du dehors agissent sur les molécules du dedans , elles les pressent et les forcent d*entrer , et, quand Tair est enfermé dans la poitrine, les molécules Intérieures réagissent aussi les unes sur les autres pour en remplir toute la capacité, comme elles réagissent les unes sur les autres pour se répandre dans toute IMtendue d*un vase , quelque grand qo*il soit.
Ces forces , qui agissent sans cesse dans l'intérieur d*un corps entre toutes les molécules voisines, ou entre tous les atomes qui composent une molécule, s'appel- Itnt/brcesmolécuiairei, (maitractionêmoléculmires: Il serait mieux de les appeler acHonê moléculaire$ , ou /brces atomiaUques , ou /brces eonitifuti^es des corps, puisqu*en eflPèt ce sont ces forces qui donnent aux corps leurs constitutions particulières et leqrs modes d'existence. Nous examinerons plus tard sll n'y a qu*une seule force de cette nature , ou s'il y en a plusieurs qui se combattent , qui se balancent , et qui sont tour à tour plus grandes ou plus petites.
Outre les forces moléculaires , il y a des forces d*une autre nature : les corps tombent d'eux-mêmes , quand on les abandonne I les rivières coulent sans cesse; le soleil semble tourner autour de la terre : voilà des moMvementê que nous observons , et nous Jugeons dans notre pensée que la matière pourrait exister sans que ces mouvements fussent produits. Us ne sont donc que des effets accidentels dus à des causes déterminées. Ces causes du déplacement des corps ou des mouvments de translation s'appellent aussi des /brees ou . des puissances. Elles ont sans doute des rapports avec les forces moléculaires , qui peuvent aussi , dans certains cas. Imprimer des mouvements de translation ; mais en général on les distingue, comme nous le verrons plus loin.
6. Du Reposetdu AfoN&emen/.— Les idées de repos et de mouvement sont, comme ridée d'impénétrabilité,
des conceptions simples et primitives, qui ne penveni ni se décomposer ni se définir. On conçoit le repos , on conçoit le mouvement , on peut aider un esprit à comprendre ces choses d'une manière plus générale ou plus féconde, mais, dans aucune langue, on ne peut les expliquer ni rune ni l'autre que par des mots équivalents. Dès que nous avons l'idée d'espace et l'idée de nousmêmes , nous nous prenons pour un centre autour duquel l'espace Indéfini se développe, et nous avons l'idée de direction , de distance , et de situations respectives. Nous avons besoin de l'aspect du ciel pour nous orienter par rapport au soleil et aux astres , mais nous n'avons besoin que du sentiment de nous-mêmes pour nous orienter par rapport k nous : k moins de tout copfondre , nous ne confondons pas Tespace qui est devant nous avec l'espace qui est au-dessus de nos têtes ou sous nos pieds, ni celui qui est à droite avec celui qui esté gauche. L'homme qui a vécu dans les ténèbres , soit à la surface de la .terre , soit au fond des mines, ne sait ce que c'est que l'orient , l'occident ou les pôles du monde , toutes choses qui se rapportent à l'aspect du ciel qu*il ne connaît pas ; cependant il conçoit l'espace, et par la pensée II le sépare en diverses régions qui ont rapport à lui-même ; en régions latérales, antérieurea et postérieures, et en régions hautes ou régions basses. Nous pouvons tous faire abstraction de la matière, sans pouvoir Jamais faire abstraction de nous-mêmes ; et, une fois que nous avons de la sorte pris possession de l'espace, nous pouvons comprendre que rien ne change plus ni en nous ni autour de nous : nous avons alors l'Idée de repos et de repos absolu: car on appelle repos absolu d'un corps la persistance réelle de ce corps dans le même lien de l'espace. De même , nous pouvons comprendre qu'il arrive un changement de place; nous pouvons comprendre que nous avançons ou que nous reculons dans une de ces régions Idéales, que nous allons d'un côté ou de Tautre; que nous montons ou que nous descendons : alors nous avons l'idée du mouvement et ridée du mouvement absolu; car on appelle mouvemont absolu d*un corps le déplacement réel de ce corps dans l'espace.
Il 7 a deux choses essentielles à considérer dans le mouvement : sa direction et sa lenteur ou sa rapidité, qu'il ne faut pas confondre avec sa vitesse dont nous parlerons Iplus loin. SI le mobile y ou le corps qui se meut, parcourt une ligne droite , le mouvement est dit reotiligne, et la droite parcourue par le mobile est la direction du mouvement; au contraire, si le mobile parcouK une courte quelconque , le mouvement est dit curviligne, et l'on dit encore que la courbe qu'il parcourt est en général la dhrectlon du mouvement. Mais dans ce dernier cas, pour exprimer sa direction dans un instant quelconque, II faut remarquer qu'entre deux points d'une courbe, on peut mener une Infinité de ta»gentes ou de lignes droites qui ne faut que toucher la courbe ; alors le mobile étant en même temps sur la courbe et sur une tangente, on dit que la direction de