CHAPITRE II
Dst vapeurt dans le vide.
141 . Le$ f>apeur$ $e ferment lentement dans Vair et instantanément dam le vide, — Lorsqu'un liquide est exposé au contact de l'air, il arrive ordinairement qu'il diminue peu à peu de volume , et qu'après un temps plus ou moins long il diparalt tout à fait. Ainsi, Tean qui couvre la terre après les pluies ne résiste pas au souflle d'un vent sec ou à l'action prolongée du soleil ; elle se dissipe en quelques jours, et ce n'est pas seulement parce qu'elle s'infiltre dans le sol, mais aussi parce qa*elle s'exhale dans les airs. Au reste, on en voit la preuve dans ce qui arrive à un vase plein d'eau, exposé à Tair libre ou même dans un appartement : l'eau décroit d'instant en instant, et enfin il ne reste au fond du vase que les corps étrangers qu'elle tenait en dissolution. Lemtaie phénomène se produit avec une rapidité encore plus grande lorsqu^on fait boullir un liquide par l'action eu feu : le liquide n'est absorbé ni par le vase ni par le
feu, et cependant il disparaît en quelques heures. De ces diverses observations l'on peut conclure que les liquides changent d'état, qu'ils deviennent invisibles et prennent une force expansive comme les gaz ; c'est ce que l'on exprime en disant qu'ils se vaparieenitm se. réduisent en vapeurs. Les corps sont d'autant plus volatile qu'ils se vaporisent ou qu'ils se volatilisent plus promptement et à des températures moins élevées. On peut j^marquer aussi que , dans certains cas, ce n'est pas le liquide tout entier qui passe à l'état de vapeur; cela arrive lorsqu'il est un mélange de plusieurs corps différents qui se peuvent séparer par Vévapora* tion : alors, les parties plus volatiles s'exhalent en plus grande abondance , et ce qui reste n'est plus composé des mêmes éléments^ ou du moins il n'en est plus composé dans les mêmes proportions.
Pendant longtemps on a supposé que les vapeurs ne pouvaient ni se former ni subsister par elles-mêmes, mais qu'elles prenaient naissance à la surface des liquides par l'action dissolvante de l'air , et que cette même cause était encore nécessaire pour les maintenir suspendues dans l'atmosphère. Pour montrer la fausseté de cette opinion, et en même temps pour étudier les propriétés remarquables des vapeurs, le moyen le plus simple consiste à leur offrir un espace vide d'air et de gaz, dans lequel elles puissent se développer librement par elles-mêmes. Le vide barométrique est éminemment propre à ce genre d'expériences ; non-seulement parce qu'il est aussi parfait qu'il soit possible, mais aussi parce que la colonne de mercure étant mobile, elle peut indiquer, par sa dépression, l'énergie de la force expansive qui s'exerce sur son sommet.
Supposons donc que, dans une large cuvette vf (fig. SOS) , on dispose deux baromètres beil/ qui donnent très-exactement la pression de l'atmosphère, et qu'ensuite, au moyen d'une pipette recourbée, on fasse passer une petite quantité d'eau dans le tube du baromètre l/. L'eau s'élève en vertu de sa légèreté spécifique , elle arrive bientôt dans le vide de Toricelli , et , à rinstant , on voit le sommet de la colonne qui descend de plusieurs millimètres. Ce n'est pas le poids de la petite colonne d'eau supérieure qui a pu déprimer le mercure, ce n'est pas non plus l'air qu'elle aurait pu contenir et qui se serait dégagé, car nous la supposons parfaitement purgée d'air. Il faut donc que la substance propre de l'eau se soit vaporisée dans le vide, et que sa vapeur ait une propriété pareille à celle que nous avons appelée la /brce expansive, la force élastique ou la tension des gas, car, elle agit comme ferait une petite quantité d'air que l'on aurait ftiit passer au-dessus du mercure.
La mesure de cette farce élastique est donnée par la dépression, c'est-à-dire par l'abaissement du sommet t au-dessous du sommet o, ou en général par la différence de hauteur entre le vrai baromètre & et le baromètre à vapeur 6'. En effet, si le sommet /est déprimé, par exemple, de quinze millimètres au-des-