CHAPITRE VI
Électricité développée par la pression et par la chalear.
254. Nous avons vu que deux surfaces quelcoD<}ues s^ëlectriseut par le frottement, Tune prenant le fluide vitré et Tautre le résineux ; nous avons vu pareillement que la tension de Téleotricité qui se développe dans ces circonstances dépend de la nature des corps, de l'état de leur siurface, et de leur température. Mais cette cause mécanique n'est pas la seule qui puisse décomposer ou séparer les fluides : sous certaines conditions, les rliangements de pression et de température peuvent aussi développer de l'électricité,
23S. Développemeat de l'électricité par pression. — On pose un disque de métal sur un taffetas gommé; on le relève ensuite au moyen d'un manche isolant, après l'avoir un peu pressé, et Ton trouve de l'électricité résineuse sur ce disque, et de la vitrée sur le taffetas. Cette expérience que l'on doit à Libes, ii'o£Ere pas un caractère décisif : T adhérence qui s^étabUt entre la surface du métal et la surface visqueuse du vernis produit im efiec assez analogue au frottement. Alais Hauy est parvenu à développer de l'électricité dans un grand nombre de corps à sui|kces lisses et polies, et dans de telles circonstances que le phénomène est ]>ien certainement dû à la pression et non pas au frottemeoL Par exemple, un fragment de spath calcaire, à faces parallèles, étant pressé pendant un instant entre les d(»gts, acquiert une charge très-sensible d'électricité vitrée; il en est de même de la topaze, de la cliaux fluatée, du mica, de l'arragonite, du quartz, et de plusieurs autres substances : toutefois l'espèce d'électricité quelles prennent dépend de la nature du corps qui les presse. Uauy a découvert en même temps une propriété très-curieuse des cris* taux électiiques par pression : c'est la faculté qu'ils ont de conserver leur électricité pendant plusieurs heures, et quelquefois même pendant plusieurs jours. La chaux carbonatée est, sous ce
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rapport, la substance la plus remarquable : elle possède une telle force consenfatrice^ qu'après avoir été pressée un instant, elle donne encore, au bout de onze jours, des signes électriques, sensibles {Ann. de Chim. et de Phys.^ t. V). C'est sur cette propriété que repose la con3truction de T aiguille électrique de Haûy, représentée (Pl. 16, Fig. 36); elle ressemble à Taiguille ordinaire, avec cette seule différence, qu'à Tune des extrémités, au lieu d'un petit globule de métal, se trouve adaptée une petite lame de chaux carbonatée cc\ que l'on électrise en la pressant entre les doigts; cet électroscope, conservant très-bien sa force primitive, est un des plus simples et des plus conunodes pour comparer approximativement les tensions électriques des différents corps qu'on lui présente. Ainsi, la faculté de dévelc^ per de l'électricité par une pression donnée, celle de prendre tel ou tel fluide, et celle de le conserver plus ou moins longtemps, sont autant de caractères qui peuvent servir à distinguer et à classer les cristaux.
236. Des éleetricités produites par la ehaleor. — * La tOUI^ maline a la propriété d'attirer et de repousser les corps légers : dans les Indes, et surtout à Ceylan, où cette pierre est très-commune, on s'amuse de cette propriété depuis bien des sièdes, à peu près comme au temps de Platon les Grecs s'amusaient des attractions de l'aimant. Un phénomène aussi curieux ne pouvait échapper à l'attention des voyageurs ou même des commerçants. Les Hollandais firent connaître les tourmalines en Europe, et, depuis une centaine d'années, les propriétés électriques dont elles jouissent exercent la sagacité des physiciens. Voici les résultats généraux qui ont été découverts et constatés par Canton, Wilson, Priestley, Bergmann, iEpinus et Haùy :
V Quand une tourmaline est électrique, elle présente toujours vers les extrémités de son axe deux pôles contraires^ l'un agissant par du fluide vitré, et l'autre par du fluide résineux : sa région moyenne ne donne aucun signe d'électricité. Les fluides électriques qui se développent dans la tourmaline sont donc distribués à peu près comme les fluides magnétiques, qui deviennent libres dans un aimant cylindrique ou prismatique.
2® Une tourmaline étant brisée transversalement pendant qu'elle est électrique, chacun de ses fragments offre deux pôles, disposés dans le même sens que les pôles primitifs ; autre analogie remar-