CHAP. I. — DÉCOUVERTE DU GALVANISME
et de grandes réformes; tous les esprits étaient en mouvement et comme emportés par Tattrait de la nouveauté.
On reconnut bientôt une analogie remarquable entre le fluide galvanique et le fluide électrique : c'est qu'on n'obtient jamais de commotions dans les grenouilles lorsqu'on établit la communication entre les nerfs et les muscles au moyen des corps mauvais conducteurs de l'électricité. En même temps, le phénomène prit une vaste extension, car on découvrit qu'il se manifestait dans la plupart des corps vivants. Souvent même il n'est pas nécessaire de dénuder ni les muscles ni les nerfs pour obtenir un effet très-marqué. Ainsi, une pièce de cuivre étant posée sur la langue et une pièce de fer dessous , on éprouve une contraction et une saveur acide ou alcaline à l'instant où les deux pièces se touchent ; il se trouve même des personnes assez sensibles pour apercevoir alors une lueur qui passe devant les yeux.
Toute hypothèse est bonne quand elle fait faire des découvertes, et l'hypothèse de Galvani eut son moment de succès : mais, pour la rendre féconde, il fallait admettre des considérations vagues, des données incertaines; il fallait se jeter dans des questions compUquées sur les fonctions vitales et sur les mystères de l'organisation. Ces questions, sans cesse agitées parmi les hommes, et toujours insolubles, conunençaient à reprendre vogue; les meilleurs esprits s'y laissaient entraîner ; et l'on ne sait combien de fausses routes auraient été ouvertes à l'esprit humain, ni avec quelle ardeur on s'y serait jeté , si un homme de génie hardi n*eùt mis un terme à toutes ces vaines tentatives. Cet homme fut Yolta. Déjà célèbre par plusieurs découvertes ingénieuses sur l'électricité. Vol ta, professeur à Pavie, répétait, avec une inquiète attention , toutes les expériences de Galvani et de ses disciples : plein d'enthousiasme pour les faits , il ne donnait qu'une adhésion conditionnelle aux hypothèses ; enfin il saisit , avec une admirable sagacité, une condition du phéhomène dont l'importance avait échappé jusque-là aux plus habiles observateurs. Quand Tare conducteur, qui établit la communication entre les muscles et les nerfs, est d*un seul métal , la contraction est toujours peu sensible : au contraire, elle est toujours vive et forte quand l'arc conducteur est composé de deux métaux. L'expérience en est représentée dans la figure 1 (Pl. 22) : la partie z de l'arc est de une , et l'autre c est de cuivre ; il importe que les métaux
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soient nets et bien décapés au point où ils touchent la grenouinei et aussi au point où ils se touchent entre eux. Cette csondition posée, Volta en tire la conséquence suivante : Il est yrai, dit-il, qu'il y a du fluide en jeu dans cette expérience ; mais la grenouiUe n'est pas une bouteille de Leyde; le fluide qui l'agite n'est point dans ses muscles ni dans ses nerfs, il est dans les métaux; il se développe par leur contact, et il n'est autre chose que du fluide électrique ordinaire. Une idée aussi contraire à tout ce que l'on connaissait alors sur les propriétés électiîques et sur la conductibilité des métaux, ne pouvait être admise sans opposition; il est vrai que Fhypothèse de Galvani était épuisée ; elle ne produisait plus de faits Aouveaux, mais elle avait l'avantage d*ex|diquer tous les faits connus, et d'établir entre eux une liaison séduisante. Les opinions furent partagées. A quoi servent les deux métaux, disaient les partisans de Galvani , si ce n'est à établir une communication plus complète entre les muscles et les nerfe , et à donner au fluide un écoulement plus libre? Â quoi pourraientils servir, répondaient les partisans de Volta, s'il n'y avait qu^une communication à établir; un seul métal ne serait^il pas suffisant? Et, de part et d'autre, on tentait des expériences nouvelles^ autant peut-être pour soutenir l'opinion qu'on avait adc^tée que pour la mettre à l'épreuve : car il y a aussi dans les discufisions scientifiques une sorte de conviction prématurée, à laquelle on se laisse trop souvent entraîner. Galvani , sans nier l'efficacité des deux métaux, essayait de démontrer qu'un seul métal excite des contractions : et, en effet, une grenouille préparée et jetée sur un bain de mercure, éprouve des palpitations très-sensibles ; elle en éprouve pareillement lorsqu'on touche à la fois les muscles et les nerfs avec du plomb très-pur, ou avec* un autre métal dans lequel l'analyse chimique ne découvre rien d'étranger. Loin de contester ces phénomènes , Volta les annonçait lui-même , et il en tirait des preuves à l'appui de son opinion. D est vrai qu'un seul métal agit; mais frottez-en l'extrémité sur un autre métal, il agira encore avec plus d'énergie. Les parcelles imperceptibles qui s'y attachent lui donnent une hétérogénéité suffisante ; c^est au contact du métal et de ces parcelles étrangères que l'électridté se développe. Ce qui est homogène pour l'analyse chimique n'est point homogène absolument ; et, d'ailleurs , si l'art ou la nature pouvaient nous donner un métal d'une pureté parfaite ,
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«e métal agirait encore; dès qu'il touche les muscles ou les nerfs, îl y a hétérogénéité aux points de contact, et par conséquent de rélectricité produite. En6n, la substance des muscles et celle des nerfs sont assez différentes entre elles pour donner de rélectricité quand elles se touchent; et, en effet, en repliant les muscles cruraux sur les nerfs lombaires, on obtient des palpitations sensibles, surtout si la grenouille est très-vive et irèsrapidement préparée.
238. Expérlenees de Tolta. — Forée éleetromotriee.-— Coastraetioa de la pile» et ses earaetéres détemliiés par l*exp4rleaee. — L'idée du développement de l'électricité au contact des corps hétérogènes ne s'accréditait que lentement, la sévérité des théories physiques en réclamait des preuves encore plus di-* rectes et plus décisives, et Volta essaya de les produire, au moyen du condensateur qu'il avait inventé quelques années auparavant, et que nous avons décrit n** 223 (Pl. 17, Fig. 6).
L'expérience se fait de la manière suivante : après s'être assuré que le condensateur garde bien le fluide qu'on lui donne, «t après l'avoir remis à l'état naturel, on établit, avec les doigts mouillés, une conmiunication entre son plateau supérieur et le sol ; en même temps une plaque de zinc, tenue pareillement avec les doigts mouillés, est mise en contact avec le plateau inférieur; un seul instant suffit, on rompt les conamunications, on enlève le disque supérieur, et l'on observe une divergence sensible dans les lames d'or. D'où vient cette électricité ? Volta pensait qu'elle n avait pu être développée qu'au contact du cuivre avec la lame de zinc; négligeant complètement l'action chimique qui peut s'exercer et qui s'exerce en effet au contact du zinc et du liquide qui mouille les doigts. Volta regardait cette expérience conune une preuve incontestable qu'il y a entre le cuivre et le zinc, lorsqu'ils se touchent, une force électromotrice capable de développer de l'électricité vitrée sur le zinc, et résineuse sur le cuivre, CÊt^ dans l'expérience dont il s'agit, le plateau du condensateur qui touche le zinc se charge de l'électricité résineuse.
Cette expérience a été variée de mille manières ; tous les corps conducteurs ont été successivement mis en contact avec l'un des plateaux du condensateur de cuivre; plusieurs physiciens ont même fait construire des condensateurs d'or, ou de platinei pour éviter avec plus de soin les actions chimiques; et, suivant
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les conditions dans lesquelles on se place, on obûeal oa Ton n^obtîent pas d*électricité« En général , en procédant comat nous r avons dit d*abord, on obtient une charge au condensateur, quand le métal qui touche au plateau inférieur, ou quand le plateau supérieur lui-même, que Ton touche avec le doigt mouillé, sont des corps facilement oxydables; mais, en général aussi, le condensateur ne prend aucune charge sensible quand le corps que Ton soumet à Tépreuve n'est aucunement altérable, les plateaux eux-mêmes étant d*or ou de platine. L*oa n^obtient non plus aucune charge, lorsqu*en prenant une lame moidé zinc et moitié cuivre (Pl. 22, Fie. 2), on la tient à la main parla portion cuivre, pour mettre son zûic en contact avec le plateau inférieur. Ihins ce cas, les physiciens qui nient Texistence de la force électromotrice, et qui expliquent ces phénomènes par l'action chimique, se bornent à dire qu'il n'y a pas d'électricûté parce qu'il n'y a pas d'action chimique, tandis que Yolta et les paitisans de la force électromotrice disent que le zinc étant entrcï deux cuivres, il y a deux forces électromotrices dont es effets se balancent : la première, qui s'exerce entre le zinc et le plateau, tend bien à charger celui-ci d'électricité résineuse, mais en même temps elle charge le zinc d'une égale quantité d'électricité vitrée ; la seconde, qui s'exerce entre le zinc et le cuivre de la double plaque, tend pareillement à charger le zinc d'électricité vitrée ; ainsi le plateau ne peut prendre qu'une quantité crélectricité résineuse égale à la moitié de l'électricité vitrée qui s'accumule sur le /inc, et il faudrait que la surface du zinc fût extrêmement grande pour que le condensateur pût se chaîner. Il y a donc de l'incertitude sur la véritable origine de l'électricité qui se manifeste dans les expériences dont il s'agit. Pendant plus de trente ans les physiciens ont admis, presque sans contestation, que, conformément aux idées de Volta, cette électricité étriit duc à l'action d'une force électromotrice ; mais depuis la dccouverte de l'électro-magnétisme, qui a donné d'autres moyens d'étudier le développement de l'électricité, et surtout depuis quelques années, une foule d'expériences nouvelles démontrent d'une manière incontestable, non-seulement que l'action ohimi(luc développe toujours les deux électricités, mais que la plupart des phénomènes qui avaient été expliqués par la foix*e électromotrice doivent l'être essentiellement par les actions