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CHAPITRE V

Causes diverses qui donnent naissance à des courants électriipiet.

Puisque les courants électriques ne sont autre chose que la recomposition des deux fluides contraires , il en résulte que toutes les causes qui sont capables de développer de F électricité sont capables aussi de produire des courants^ car les deux fluides sont toujours développés simultanément ; et, comme chaque fluide libre tend à se réunir à une égale quantité de fluide contraire, il sufHt de permettre cette réunion pour que le courant soit produit. On pourrait penser que le résultat inverse doit toujoun avoir lieu, c'est-à-dire qu*il suffit d'interrompre un courant quelconque pour avoir les deux électricités opposées à l'état de repos et de tension ; mais il n'est pas toujours possible de le démontrer par r expérience, soit que nos moyens d'observation soient trop peu délicats, soit que , dans certains cas , la circulation de Félectricité doive être réeUement une condition essentielle de son développement. Sans rien décider à cet égard, nous nous bornerons à remarquer que tous les courants jusqu'à présent connus doivent leur origine à quatre causes différentes, savoir : à des actions mécaniques , à des actions physiques , à des actions chimiques, à des actions physiologiques; et nous examinerons successivement les principales cii'constances de leiu* formation, et les procédés particuhers au moyeu desquels on peut les rendre sensibles.

Actions mécaniques.

267. Le frottement^ la pression et le clii^age^ sont trois geiu^ d'actions mécaniques que Ton peut distinguer Tun de l'autre par rapport à l'électricité qu'ils développent , bien que l'on ne sache pas s'ils impriment aux atomes ou à Iciu^s groupes moléculaires des modifications réellement différentes.

Le frottement peut être varié de mille manières; mais, dans les machines ordinaires, on a essayé de réunir les conditions les

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plus propres à donner le maximum d'effet. Lorsqu'au Heu d*ac» cumuler rëlectricîté sur les conducteurs , on veut la transformer en courant, il suffit de disposer un fil de conununication entre les conducteurs et les coussins , ou seulement entre les conducteurs et le sol ; ce fil est alors traversé par un courant comme s'il réunissait les deux pôles d'une pile plus ou moins forte, et il est en effet capable d'agir sur l'aiguille aimantée. Cependant^ «on action est peu énergique : une grande machine , produisant ^ rapides et brillantes étincelles à une distance considérable, donne un si faible courant qu'il faut pour en constater la présence, un multiplicateur assez sensible; une machine de Nninie assez puissante ne donne, par exemple, que 30 ou 40* de déviation aux aiguilles compensées d'un multiplicateur de 500 tours. (Ck)lladon, Ann. de Chim, et de Phys,^ t. XXIII, p. 62). Dars ces expériences, il importe surtout que les différents tours du multiplicateur soient bien isolés l'un de l'autre : pour cela, il faut donner au fil une double ou triple couverture de soie, et> l'envelopper encore de taffetas gonuné, ou le passer dans un bain de résine fondue et mélangée de gonmie laque.

Lorsque les extrémités du multiplicateur ne sont pas en contact avec les conducteurs, mais seulement présentées à distance^ le courant est plus faible , et son intensité paraît être en raison inverse de la distance , du moins pour les distances comprises entre 1 décimètre et 1 mètre.

Si les courants produits par les machines sont si faibles lorsqu'on les compare à ceux que donnent les piles voltaïques, cela tient sans doute à la prodigieuse vitesse avec laquelle les fluides électriques se transmettent, et à la lenteur avec laquelle le frottement les développe. Cependant il n'est pas démontré, jusqu'à présent, que l'électricité n'ait qu'un mode unique de transmission au travers des conducteurs, et Ton ne pourra décider cette question que par la meswe exacte des quantités de fluides qui passent et des effets qu^ils produisent.

ft On a fait de nombreux essais pour découvrir comment il arrive que le frottement dégage de l'électricité; mais, sur ce points l'on n'est parvenu à aucune notion précise. Quelques physiciens, apW's de longues discussions que je ne puis pas rapporter ici, disent, il est vrai, que la séparation des fluides est due à Tébran» lement ou au déplacement des molécules; mais, à mon avis, L 37

^S LIVRE m. — MAGNÉTISME ET ÉLECTRICITÉ.

cette explication n'explique rien; car, dans les changemeits d'état des corps, à coup sâr il y a ébranlement et déplacement des molécules, et cependant aucune électricité n'est produiir; il reste donc d'autres conditions essentielles qui sont inconnoes.

D'autres supposent que le frottement qui donne de Télectncîté est toujours accompagné d'une action chimique, et qu'il suffit d'empêcher cette action pour que l'électricité cesse de se prodtiii?. Cette opinion repose principalement sur l'expérience suitiote du docteur WoUaston ( j4nn. de Ckim. et de Phys.^ t. XW, p. 53). Une machine électrique ayant ét^ enfermée dans un vase où l'on pouvait changer lair, on voyait le développement d'électricité cesser ou reprendre son énergie, suivant quelcTise était rempli d'acide carbonique ou d'air atmosphérique; mab cette expérience ne suffit pas pour démontrer, d'une manière rigoureuse, que toute l'électricité résultant du frottement est duc en réalité à l'action chimique que le frottement détermine, et non à l'action mécanique qu'il exerce. Pour résoudre nettement cette question, il faudrait constater la nature et la quantité de l'action chimique produite par le frottement, et la comparer i la quantité des fluides décomposés.

S'il nous est impossible d'assigner la véritable origine de Xtlectrîcité qui se manifeste par le frottement, nous essayerons dii moins d'indiquer les principales circonstances qui paraissent agir d'une manière constante pour en modifier le développement. Les nombreuses expériences qui ont été faites sur ce sujet peuvent être résumées par les propositions suivantes :

1° Deux corps solides quelconques, bons conducteurs ou mauvais conducteurs, prennent toujours, par le frottement, l'un IVlectricité résineuse et l'autre l'électricité vitrée, lorsqu'on pren»! toutefois les précautions convenables pour les sécher, pour le> isoler, etc., etc.

Le frottement qui s'exerce entre les. solides et les liquides paraît suffisant pour développer aussi de l'électricité dans un «rranJ nombre de cas. Le merciu-e est probablement, sous ce rapport, le plus énergique des liquides.

Le frottement des liquides entre eux pourrait sans doute, dans les circonstances convenables, développer aussi de l'électricité.

Le frottement des gaz, soit entre eux, soit avec les liquide»

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ou les solides, ne paraît, dans aucun cas, développer de Tâectrioité, du moins quand les gaz ne sont point chargés de parcelles solides ou liquides

2® Lorsqu'on élève la température d'un corps, on lui donne une tendance à prendre Télectricité résineuse ; et, comme cette tendance n'est pas la même pour des accroissements égaux de la température, il en résulte qu'en frottant deux corps à des températures différentes, celui qui est vitré à une température plus basse peut devenir résineux à une température plus élevée; il en résulte aussi que deux morceaux d'une même substance, quoique parfaitement pareils, et prenant une égale part au frottement, peuvent donner de l'électricité s'ils sont à des températures différentes, le plus chaud prenant toujours alors l'électricité réûneuse.

^ L'état de la surface d'un corps n'est pas sans influence sur l'espèce de fluide qu'il prend par le frottement : on remarque^ en général, que les petites aspérités de la surface donnent aux corps, et surtout aux corps mauvais conducteurs, une tendance à prendre l'électricité résineuse. Ainsi, en frottant l'une sur Tautre deux lames du même verre, l'une polie et l'autre dépolie, la première prend l'électricité vitrée et la seconde l'électricité résineuse : cependant, il y a d'autres causes qui produisent le même effet, comme nous l'avons indiqué pour le disthène (209).

4® Une lame de métal prend toujours l'électricité vitrée, lorsqu'elle est frottée par de la poudre plus ou moins fine du même métal (Becquerel, t. II, p. 117) : on en fait l'expérience, en mettant en contact avec l'un des plateaux du condensateur une petite coupe dans laquelle on reçoit la fine limaille métallique qui a été projetée avec plus ou moins de vitesse sur une lame de même métal que l'on tient à la main; l'électricité dont se charge le condensateur montre que la limaille a pris l'électricité résineuse par son frottement rapide sur la lame.

5® Deux lames de différents métaux, frottées Tune contre l'autre, prennent assez d'électricité pour donner naissance à un courant sensible : on en fait l'expérience en adaptant les lames aux deux extrémités du fil d'un multiplicateur, et en les faisant ensuite glisser l'une contre l'autre; le sens de la déviation de l'aiguille indique l'espèce du fluide qui se c éveloppe sur chaque

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lame, et Ton a pu former ainâ la table suiTante, dans laquelle diaque métal est vitré avec ceux qui le suivent, et résineux avrc ceux qui le précèdent (Becquerel, t. II, p. 114) :

Antimoine. Argent. Platine.

Arsenic. Or. Palladium.

Cadmium. Cuivre. Cobalt.

Fer. Étaîn. Ifidiel.

Zinc. Plomb. Bismuth.

6° La tension de Télcctricité développée par le fi-ottement esi indépendante de la vitesse, de la pression, de l'étendue des sot' faces en contact, de l'épaisseur des corps frottants et du mode de frottement. (Péclet, Jnn, de Chim. et de Phys.^ t. LVII, p. 337. La simple pression, sans frottement latéral, exerce sur les molécules des corps une action mécanique qui n'est sans doute pas la même que celle du frottement, bien qu'il soit difficile d'assigner avec précision en quoi consiste la différence ; cependant, la pression est capable aussi de développer de Télecrtricité, comme nous l'avons vu (235).

M. Becquerel a construit un grand appareil pour étudier ce» phénomènes, et il conclut que la quantité des fluides dégages est proportionnelle à la pression ; cependant il ne paraît gum possible de prt^enter ces résultats comme l'expression d'une loi générale, car les liquides n'ont pas été soumis à l'épreuve, et le* gaz, ([ui sont si éminemment compressibles, n'ont manifesté aucune apparence électrique.

Le clivage s'opère avec plus ou moins de facilité dans la plupart des corps lamellaires régulièrement cristallisés , comme k* talc, le mica, la chaux sulfatée, la baryte sulfatée, le feldspatli, la topaze, etc. Si l'on fixe des manches isolants aux deux grandes faces d'une lame mince de l'un de ces corps, et que, par un effort paiticulier, on la divise en deux dans le sens du clivage, les deux lamelles qui en résultent sont électrisées, l'une vitreiisement, l'autre résineuscment. (Becquerel, t. II, p. 112.)

Ces électricités sont sans doute trop faibles pour que Ton puisse les transformer en un courant sensible.

Actions physiques.

Les actions physiques qui développent de l'élertricite sont : les actions capillaires, et les actions de la chaleiu:| du magné-

CHAP. V. — ACTIONS PHYSIQUES. 58f

tlsmc et de rélectricité ; car, jusqu'à présent, on n'a pas lieu de penser que l'action de la lumière puisse, dans aucune circon* stance, déterminer la séparation des fluides électriques.

S68. AciloB capillaire* — M. Becquerel attribue à Faction cxipillaire les phénomènes électriques qu'il a observés dans les circonstances suivantes :

A Tun des bouts du fil d'un multiplicateur très-seusible on adapte une cuiller de platine remplie d'acide nitrique pur; à l'autre bout du même fil on adapte une éponge de platine soigneusement lavée à l'acide nitrique, et ensuite chauffée au rouge; on plonge ensuite cette éponge dans l'acide de la cuiller ; et l'on observe une déviation dans l'aiguille du multiplicateur; le sens du courant montre que l'éponge a pris l'électricité négative : ce» ■ pendant, après quelques instants, on observe un courant contraire.

Lorsque F acide est étendu de la moitié de son poids d'eau, Ton n'observe que le premier effet; il n'y a plus de courant inverse.

L'acide chlorhydrique concentré donne des effets inverses de <xnix de l'acide nitrique pur.

Ces faits sont peut-être trop restreints et trop complexes pour cpril soit permis d'en conclure d'une manière générale que l'action capillaire dégage de l'électricité.

269. Phénomènes Ihermo-élecfriqaes. — L'action de la chaleur ne se fait pas seulement sentir sur la tourmaline et sur d'autres cristaux pour les rendre électriques, comme nous l'avons vu (236), mais elle se fait sentir aussi sur les corps bons' <onducteurs, et particulièrement sur les métaux, pour y développer des courants plus ou moins énergiques qui ont été dé- < -ouverts en 1821 parle docteur Seebeck, de Berlin : ces courants, cpic l'on appelle thermo-électnques^ à cause de leur origine, constituent aujourd'hui, sous le nom de thermo^magnétisme ^ l'une des branches les plus intéressantes de l'électro-magnétisme. Nous ne ferons connaître ici que les principales conditions sou$ Icscpielles ils se produisent; mais, dans l'un des chapitres suivants, nous essayerons d'établir les lois remarquables de leur intensité.

Les recherches qui ont été faites sur la formation de ces courants peuvent être résumées par quelques propositions générales cjue nous allons successivement examiner.

58â LIVRE m. — MAGNÉTISME ET ÉLEOTBIGITË.

Première proposition. — Deux fils métallkjiies - étant soudéi bout à bout, de manière à composer un circuit fermé de forme quelconque, il s* établit clans le circuit un courant plus ou mcMBf énergique, toutes les fois que les deux soudures sont à des tenpératures difFérentes, et le courant persiste ausù longtemps que la difiërence des températures est maintenue.

On démontre cette proposition pour un cas particuKer au moyen de Fappareil qui est représenté (Pl. 20, Fie. l)i ss' eA un cylindre de bismuth ; ses' une barre ou une lame de cuinv recourlïée et soudée aux extrémités s et s' du cylindre de bismuth; ah une aiguille aimantée, libre sur son pivot. Les soudures / et s étant à la température ambiante, on dirige le pbv vertical de Tappareil dans le méridien magnétique; alors, si roa échauffe la soudure s par exemple, Taiguille éprouve une déviation plus ou moins considérable, et, si l'on refroidit la même soudure s au-dessous de la température ambiante, Taiguilk éprouve une déviation en sens contraire.

Ces mouvements de Taiguille, tantôt dans un sens et tantôt dans Vautre, accusent bien évidemment la présence d'un courant électrique qui se propage dans un sens lorsque la soudure s eit plus chaude que la soudure s\ et dans le sens opposé quand aa contraire c'est la soudure s' qui est plus chaude que la soudure s. Cette conséquence se confirme encore en agissant sur la soudure s\ au lieu d'agir sur la soudure s.

Tous les métaux ne donnent pas des résultats aussi frappants que le bismuth et le cuivre ; mais alors, au lieu d'une seule aiguille, on emploie un système de deux aiguilles compensées comme on le voit dans la figure 2 : la bande supérieure ses' est fendue pour laisser passer raiguille inférieure, et le pivot s'élève jusqu'à Taiguille supérieure.

Pour faire voir que les différences de température les plus imperceptibles entre le bismuth et le cuivre sont capables de développer des coiu*ants très-énergiques, on emploie Tappareil qui est représenté dans la figure 3.

Enfin, pour im très-grand nombre d'expériences, il est nécessaire d'avoir recours à Temploi du multiplicateur; mais les multiplicateurs thenno^électriques doivent, en général , être composés avec un fil très-gros et n'avoir qu'un petit nombre de tours , comme nous Texpliquerons plus loin (cluip. v ) : si , avec

GHAP. V. ~ PHÉNOMËNfiS THKRHa-ÉLE&TRiaUfi6> 588

les deux extrémités du fil de cuivre dfun tel multiplicateur, o» touche, par exeo^le, un morceau de bismutb ou d'aïKbmoine, on verra que la moindre difFërence de tempéraCure aux deux points de contact détermine une déviation considérable.

Pour étudier par ce moyen les courants thermo-électriques donnés par deux métaux quelconques, comme le fer et le pla** tine, il suffit de couper en deux un fil de platine, et d'adapter chacune de ces moitiés à chacun des bouts du multiplicateur, de manière que le contact soit bien métallique ; alors, pourvu que ces jonctions soient exactement à la même température, le multiplicateur, armé de ses deux bouts de platine, jouira des mêmes propriétés que. s'il était tout entier composé d'un fil de platine continu, c^est^à^dire qu'en touchant maintenant avec un fil de fer les deux extrémités du multiplicateur, on aura des courants qui ne poiurront résulter que de la différence de température des deux points de contact du fer et du platine.

En soumettant les différents métaux à cette épreuve, ou à. d*autres analogues, on arrive aisément à démontrer la proportion générale que noust avons énoncée; mais Ton reconnaît en même temps que les différents couples métalliques ont à cet égard des sensibilités très-différentes ; car, dans les mêmes cir« constances, les uns donnent des courants d^une grande énergie, et les autres des courants excessivement faibles.

On a pareillement essayé, par les mêmes moyens, de classer les métaux à raison de leur tendance à prendre Télectricité positive ou négative, et les résultats que Ton a obtenus sont re-^ présentés dans le tableau suivant, où chaque métal est positif avec tous ceux qui le suivent, et négatif avec tous ceux qui le précèdent :

Antimoine,

Laiton.

Gobait.

Arsenic.

Rhodium.

Palladium.

Fer.

Plomb.

Platine.

Zinc.

Ërain.

Nickel.

Or.

Argent.

Mercure.

Cuivre.

Bftinganèse.

Bistamth.

M. Beccpierel a observé qu'à de très-hautes températures le fer et le platine changent de rôle ; mais cette inversion ne paraît

584 UYRE III. — MAGNÉTISME ET ÉLECTRICITfi.

pas constante ; car je n*ai rien obserré de pareil dans nn trogrand nombre d*expériences dont il sera question à Tarticle do 1 Pyromètre magnétique ^ destiné à la mesure des hantes températures.

Deuxième proposition. — Lorsqu^on cliaufle ou qu*on refinoidit quelques points d'un circuit métallique fermé et cœnposé d'un seul métal homogène, on y détermine, sous certaines Goa-<' ditions, des courants plus ou moins énergiques.

Le bismuth et Tantimoine paraissent être les métaux les plus propres à montrer ce phénomène remarquable : ainsi, en pre> i nant par exemple un morceau d'antimoine de forme quelconque, et en disposant sur une de ses faces une petite aiguille aimantée Incrément suspendue, on trouve toujours sur le contour de ce morceau plusieurs points tels qu'en les chauffant on imprinie à Taiguille aimantée une déviation très-sensible dans un sens ou dans l'autre : cette observation est due aussi an docteur Seebeck.

Plusieurs physiciens ont étudié ce phénomène remarquable : MM. Yélin , Gumming et Sturgeon se sont particulièrement appliqués à donner des formes régulières aux morceaux de bismudi et d'antimoine, ou à composer avec ces métaux des circuits rec* tangulaires, elliptiques, circulaires, etc., etc., pour détenniner les points les plus efficaces et les directions des coiu^nts qui rr» sultent de réchauffement ou du refroidissement de ces points. Mais, jusqu'à présent, il nous paraît impossible d* énoncer aucun fait général, soit sur la direction, soit sur l'intensité de ces courants singuliers; car des circuits semblables et de grandeurs dif* férentes donnent presque toujours des résultats différents.

Quelques observateurs attribuent ces effets à des groupes cristalUns qui se forment pendant le refroidissement des métaux, et qui empêchent Tuniforme propagation de la chaleur dans tous les sens. Cette opinion n*est pas sans fondement; mais il nous semble que des observations plus directes seraient nécessaires pour l'établir d'une manière rigoureuse.

M. Becquerel a donné plus d'extension à ce fait curieux ; il a montré qu'il s'applique aussi à des fils de platine, et, en analysant avec sa sagacité ordinaire les principales circonstances qui modifient les résultats, il a établi le principe suivant : Lorsqu'un fil de platine forme un circuit fermé, et que sur un point de sa

CHAP. y. — . PHÉNOMÈNES THERMO-ÉLECTRIQUES. 585

longueur se trouve un obstacle quelconque capable de ralentir la propagation de la chaleur, si Ton chauffe le fil à une petite distance de ce point , il se produit un courant qui dans cet intervalle est dirigé vers Tobstacle , et qui parcourt dans le même sens toute T étendue du circuit.

Ainsi, en mettant les deux bouts d'un fil de platine en contact avec les deux extrémités d'un multiplicateur, et en maintenant CCS jonctions très-exactement à la même température, pour em* pêcher les effets thermo-électriques ordinaires , on obtient des courants dirigés de a en i , lorsqu'on chauffe en a après avoir replié le fil en hélice en i, ou après y avoir fait un simple nœud, <'omme on le voit dans la figure 4.

On obtient des effets analogues avec le cuivre lorsqu'il est un peu oxydé : ainsi, en accrochant en b les deux bouts d'un multiplicateur (FiG. 5) et en chauffant en «, il se manifeste un courant de A en i lorsque les fils ne sont pas parfaitement décapés. (Becquerel, t. II, p. 40.)

Cependant Nobili a obtenu des courants inverses avec des métaux plus oxydables, comme le zinc, le fer et l'antimoine. (Biblioth, unw, de Genèi^e^ t. XXVII, p. 118.)

270. Phénomènes d*lndaclion* — Ces phénomènes ont été découverts par M. Faraday en 1831 ; ils ont reçu depuis une «'xtension importante, comme nous le verrons (chap. viii); mais les faits les plus fondamentaux qui les constituent peuvent se résumer de la manière suivante :

Lorsqu'un circuit conducteur fermé commence à recevoir dans quelques-uns de ses points Faction dun courant quelconque , il est traversé par un courant inverse ; lorsquil cesse de recevoir cette action , il est traversé par un courant direct; enfin pendant y« 7/ reçoit cette action d'une manière constante, il n'est traversé par aucun courant et n éprouve aucune modification apparente sensible.

Nous allons indiquer les expériences par lesquelles on démontre la vérité de cette proposition , lorsque le circuit fermé est soumis à l'action d'un aimant , ou à l'action d'un courant ^ ou à Vacûon de la terre.

1* Circuit soumis a V action d'un aimant. — Un fil métallique couvert de soie, de 100 ou 200 mètres de longueur est enroulé sur une bobine de bois ou de métal (Fie. 10), dont l'ouverture

586 UVRE m. — MAGMËTISME ET ÉLBGTBICITË.

intérieure est assez grande pour recevoir un aimant ; les deux extrémités de ce fil communiquent avec les deux- extrémités d*un galvanomètre suffisamment éloigné , et à Tinstant où Ton intitH duit le pôle d*un aimant dans l'iutérieur de la bobine , on voit raigiiille du galvanomètre qui est déviée avec plus ou moins de force ; mais bientôt elle revient au repos, pendant tout le temps que Taimant reste en place ; et, si Ton enlève l'aimant, elle s^agile de nouveau dans le sens opposé. La déviation de Tai^ille donne le sens du courant d*inductiou qui traverse le circuit composé du galvanomètre et de la bobine. Il est facile de reconnaître que ce courant est inverse et marche en sens contraire de celui de Taimant lorsque Taimant commence à agir, et qu'il est direct et marche dans le même sens que cehii de l'aimant quand raimant cesse d'agir ou quand on le retire de la bobine.

Lorsque le galvanomètre est très-sensible , il n'est pas nécessaire d'enrouler un aussi long fil sur la bobine ; on peut même quelquefois se dispenser d*un fil replié sur lui-même, et montrer l'efiet d*une manière plus simple avec un seul fil qui joint les deux bouts du galvanomètre pour fermer le circuit : alors , en approchant vivement de ce fil un aimant pour l'éloigner et le rapprocher ensuite, on détermine des oscillations très-apparentes dans l'aiguille du galvanomètre. On conçoit que des expériences de cette nature peuvent être variées à l'infini.

2" Circuit fermé soumis à Vaction d'un courant. — Sur une bobine analogue ù la précédente, on enroule simultanément deux fils couverts de soie (Fig. 12) : l'un est destiné à laisser passer le courant d'une pile plus ou moins forte, Vautre est destiné à recevoir l'action inductive de ce courant ; les extrémités de ce second fil sont par conséquent unies avec les deux extrémités du fil du galvanomètre. Quand les communications sont établies, on fait passer le courant par le premier fil, et à Tiustaut Faiguille du galvanomètre accuse dans le second fil un courant d'induction inverse, c'est-à-dire, qui marche en sens contraire du courant inducteur; puis elle revient au zéro et reste stationnaire; mais, lorsqu'on rompt le circuit de la pile, elle se dévie de nouveau et accuse dans le second fil un courant d'induction direct, c^est^à-dire , mardiant dans le même sens que celui de la pile.

3" Circuit fermé soumis à Vaction de la terre, — On a obtenu

CHâP. V. ^ PHÉKOHteES^ D'IMMUCTIOM . S87

quelques phénomènes en soumettant à- la seule action: de la terre des fils roulés eu hélices plus ou moins longues ou plies en rec-' tangle, dont on change alternativement la position {jinn. de Chim.^ t. L, p. 116 et 124; BihL unw&rselle^ t. XIIX, p. 136); mais ces phénomènes n*ont pas été assez- complètement analysés pour que nous puissions les discuter ici.

Dans la première des expériences que nous avons indiquées, le circuit fermé conunence à recevoir Taetion de l'aimant à mesure que Taimant s'avance , et il cesse de la recevoir à Tinstant oùlaimant s'éloigne. Mais l'action magnétique peut commencer et cesser d'une autre manière : elle peut commencer au moment où les fluides magnétiques se décomposent , et cessar à Finstant où ils se recomposent; or, la proposition générale s'applique eucore à ce cas, conune on va le voir par l'expérience suivante :

a& est un fort aknant en fer à cheval (FiG. 11); mcn est une pièce de fer doux pliée aussi en fer à cheval , dont les deux branches sont enveloppées d'un grand nombre de tours d'un même fil ; le sens du fil doit être tel qu'en y faisant passer un courant les deux branches m et n prennent des pôles contraires; les deux extrémités de ce fil sont réunies à une distance suffisante du fer et de l'aimant, et une simple aiguille aimantée est soumise à l'action de ce circuit fermé. Alors, si l'on approche Taimant ab très-vivement des branches /» et /i, l'aiguille accuse un courant inverse, et, si Ton éloigne l'aimant, elle accuse un courant direct. Ainsi, la décomposition et la recomposition des fluides magnétiques développent des courants inverses et directs dans le circuit fermé qui est soumis à leur action.

U est facile de voir que ce n'est pas l'influence directe des pôles sur les replis du fil qui donne naissance à ce courant d'induction : car ce courant acquiert une telle intensité que, si l'on approche seulement les deux extrémités du fil à une très-petite distance Tune de Tautre, on voit briller entre elles une vive étincelle, soit quand ou approche Taimant ah du fer doux //i^/i, soit quand on l'en éloigue ; cette étincelle électrique est donc produite par la seule action magnétique. De même , lorsqu'on tient le fil avec la main nue, on reçoit une commotion qui peut être comparée à celle d'une petite bouteille de Leyde, si l'aimant est assez puissant.

Les courants qui se développent ainsi par la décomposition et

la recomposition des fluides maléfiques, sont assez forts pour qu^une barre de fer doux entourée d*un fil en héliœ excite dans œ fil un courant tres-intense lorsque, après Tavoir placée dans la direction de Taiguillc d*inclinaison, on la retourne de manière à mettre en bas le bout qui était en haut, ou t^ice uersa.

Dans la deuxième des expériences qui servent à démontrer la proposition générale, le courant inducteur conunence d'agir lorsque le courant commence à parcourir le premier fil, et il cesse d'agir au moment où le courant cesse; on pourrait donc supposer que les effets sont produits par quelques modifications qui accompagnent soit l'établissement, soit la cessation du courant Pour lever les doutes, M. Faraday a démontré par quelques exp^ rienccs, que l'on obtient exactement les mêmes résultats lorsqu'im courant étant établi d*une manière permanente dans un fil, on approche ou Ton éloigne de ce fil inducteur un autre fil destiné à recevoir l'induction.

Ainsi, quand nous disons que l'action commence sur un circuil fermé, il faut entendre : ou que le courant inducteur commence en effet à s'établir, ou, qu'étant déjà établi d'une manière per^ manente, il commence à agir parce qu'il s'approche plus près du drciiit fermé, ces deux modes d'action produisant des efiêts complètement analogues. De même, quand nous disons que l'action cesse sur un circuit fermé, il faut entendre ou que le courant inducteur cc»sse en effet parce qu'il cesse d'exister, ou qu'il cesse d'agir parce qu'il s'éloigne du circuit fermé.

Réaction des plis d*aiic hélice. — A la proposition générale que nous venons de développer, nous devons encore ajouter un fait qui pourrait sans doute s'en déduire directement si l'on connaissait mieux les conditions mécaniques du mouvement des fluides qui constituent les courants; ce fait est l'augmentation d'éclat ou plutôt le développement très-remarquable que prend l'étincelle électrique lorsqu'on rompt un circuit composé d'un grand nombre de circonvolutions du même fil, très-rapprochées l'une de l'autre.

Concevons une pile ordinaire composée d'une douzaine d'éléments même très-faibles : on sait qu'elle ne pourra donner qu'une très-petite étincelle, lorsqu'on joindra les deux fils qui lui servent de pôles, ou lorsqu'on viendra à les séparer après les avoir unis pendant quelques instants. Cette étincelle sera sensiblement

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