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CHAP. X. — TÉLÉGRAPHES ÉLECTRIQUES

à-dire de 40 kilomètres, sans i-ien changer à la force du courant; ainsi au moyen du fil de 1 millimètre pour faire les communications de Taller et du retour, Télectro-aimant pourra déjà fonctionner avec la même énergie à 40 kilomètres de distance; remplaçons le fil de 1 millimètre , par du fil de 6 millimètres de diamètre, sa section étant 25 fois plus grande, on pourra encore }>orter Télectro-aimant 25 fois plus loin, c'est-à-dire à 1000 kilomètres, sans lui rien faire perdre de sa force. Voilà comment les lois si simples de Tintensité des courants, pennettent de calculer avec certitude , d*après une petite expérience de laboratoire , les diverses conditions qu'il y a à remplir pour franchir les distances, pour porter l'électro-aimant ou l'on veut, pour fah*e parler le télégraphe et transmettre tous les signes de la pensée, à 1000 kilomètres, comme à quelques pas.

Tel est le principe fondamental de la télégraphie âectrique. On compi*end qu'il y a diverses manières d'établir la fermeture et la rupture du circuit; on voit, par exemple , dans la figure 3, une disposition un peu différente de celle de la figure 1 ; la rotie du manipulateur est toujours de métal avec un axe pareillement métallique, mais le pourtour a des dents saillantes qui viennent , pour produire la fermeture , toucher le plan incliné d'une espèce de dent que porte le ressort un peu rigide x ; le vide qui sépare les dents de la roue , produit la rupture.

On comprend de même que le levier de l'électro-aimant puisse recevoir des arrangements très-différents : on voit, dans la figure 4, une disposition qui est assez généralement adoptée; le levier de bois se prolonge par un ressort d'acier assez flexible , dont la tension se règle au moyen d'une vis v. Quant à l'électro-aimant, qui est représenté vertical, il peut être horizontal, ou obUque, il peut être aussi complètement supprimé , et remplacé par une petite aiguille aimantée , comme nous le verrons dans le télégraphe anglais.

Ces principes posés, nous allons entrer maintenant dans les détails pratiques et examiner successivement les divers systèmes télégraphiques en les rapportant aux titres suivantj^ :

Télégraphe à cadran;

Télégraphe à signaux conventionneU ;

Télégraphe écriiHuU^

7Ci LIVRE III. — XAGNÈTISBIE ET ËLECTRIGITË.

540. Télé^raplie * eadras. — ??oiis rompreiidrous sous €V titre les divers tc'légraphes dans lesquels le récepteur est sn cadran portant les lettres de Talphabet et une aiguille centralr qui en fait le tour, avec plus ou moins de vitesse, s^arrèlant successivement, pendant un instant tn*s-court , 3, i^^i ^^^ seconde devant les lettres qui composent chaque mot de la dépécbe; les signalant ainsi à Tattention du stationnaire qid est préposé là pour la recevoir. Les appareils de cette espèce , tous semblables pour le résultat , peuvent offrir cependant de très-grandes différences, soit dans le -mécanisme qui bit mouvoir Faiguille, soit dans la disposition plus ou moins avantageuse du manipulateur. Nous allons décrire quatre de ces appareils : le télégraphe à cadran ordinaire, celui de M. Breguet, celui de M. Froment cf celui de M. Siemens de Berlin.

Téléffraplie * cadras ardlaairc. — Le manipulateur est représenté (Pl. 23 B, FiG. 5) et le récepteur (Fig. 6); indiquons d'abord comment Taiguille du récepteur accomplit son mouvement de rotation plus ou moins rapide, il nous sera facile de comprendre ensuite comment elle s*arréte pendant le temps voulu , sur la lettre qu*elle doit signaler. Cette aiguille est montée sur une roue a qui porte treize dents, taillées en plan incliné pr rapport nu rayon et par rapport aux deux chevilles 6 et </ de Fancre bcfl, qui reçoit un mouvement de va-et-vient de droite à gauche et de gauche à dioite; quand l'ancre va à droite, la cheville b frappe sur le milieu du plan incline de la dent qu'elle rencontre, et, par l.i pression , fait avancer la roue d*une demident ; quand elle revient de gauche à droite , la cheville b ii' dégage, et la cheville r/ frappant en son milieu la dent qu'elle rencontre, fait encore avancer la roue d'une demi-dent et dans le même sens. C'est ainsi que le mouvement alternatif de rancre imprime à la roue et à Taiguillc qui est Gxée sur elle un mouvement de rotation continu ; chaque demi-dent qui passe emporte l'aiguille d'une lettre à la suivante, et pour que sa révolution complète s'accomplisse en \" il sufïit que l'ancre exécute dans cet intci'valle treize mouvements vers la droite et treize mouvements vers la gauche; ces mouvements lui sont imprimés par l'extrémité g du levier gh de l'électro-aîmant horizontal r ; ce levier agit sur l'ancre par la tige ^, et il la fait aller et venir autour de Taxe /*qui la porte; il sufttt donc que dans 1'' il y ait treize

fermetures et treize ruptures du circuit, qui impriment au levier les vingt-shc mouvements nécessaires.

Voici maintenant comment le manipulateur (Fig. ô) produit cet effet : il porte aussi un cadran pareil au précédent où les lettres sont disposées dans le même ordre; seulement son aiguille, plus forte, se meut à la main, et entraine dans son mouvement la roue sur laquelle elle est montée ; celle-ci porte treize dents pareilles à celles de la figure 3, avec treize intervalles vides; deux ressorts arrivent à son pourtour, Fun / fait Toffice du cliquet de la roue à rochet ; il touche toujours la roue et empêche qu'on ne la tourne à rebours; Tautre x ne la touche que par une saillie terminale et à Tinstant où la dent passe ; il ne la touche pas quand cette saillie se trouve vis-à-vis le vide qui sépare deux dents consécutives. Deux fils de communication, Tun supérieur, Tautre inférieur, dont chacun est lié à Tune des extrémités du fil des bobines de Télectro-aimant, viennent du côté du manipulateur s'attacher, le premier au pôle positif de la pile, et le second, au ressort 7, tandis que le ressort x comminiique au pôle négatif; alors, quand on tourne avec la main Taiguille du manipulateur, d'un mouvement régulier et continu, à raison d*uii tour par seconde, on entraîne la roue et Ton détermine par seconde treize fei-metures et treize ruptures de circuit, qui font ainsi faire une révolution juste à Taiguille du récepteur. Par conséquent, si les deux aiguilles sont d'accord, si, par exemple, elles partent ensemble du signe + qui est inscrit en haut des deux cadrans et qu'on appelle le /î/ia/, elles passeront ensemble sur la lettre A, sur B, sur C, etc., et se retrouveront ensemble sur le final après la révolution achevée. Une fois mises d'accord, elles doivent rester d'accord, à moins que le levier de Télectroaim£int du récepteur ne soit mal réglé et ne laisse passer une fermeture ou une rupture sans exécuter son mouvement.

Cela posé, tout le mystère du télégraphe est éclairci. Yeut-on, par exemple, écrii*e FRANCE, il est convenu que Ton part toujours du final ; le stationuaire qui parle prend donc son aiguille au final, et d'un mouvement uniforme, non saccadé, il la conduit sur F, où il fait une petite pause de i de seconde ; il passe à R où il fait la même pause, à A, à N, à C, à E, en faisant toujours une pause égale ; puis il termine le mot en 1 evenant au final, pour passer ensuite au mot suivant; pendant ce temps^là,

raîguiUe du récepteur, parTeffet de râectro^miuuint comme pir une invincible sympathie, répète et reproduit à FiiuUnt même tous les mouvements de la première, se mettant ea marche atec elle, passant en même temps devant les mêmes lettres, s arrêtant quand elle s'arrête, juste pendant la même firactiou de seconde, reprenant sa route comme elle, au même instant, pov s'arrêter de nouveau avec elle pendant \ de seconde, et ainsi de suite, avec la plus iufaillil>le fidélité, tant ({u^elle est soumise à riniluence du courant. On peut dire que l'aiguille du réœptear est comme une plume merveilleuse qui écrit à cent lieues h pensée de celui qui envoie la dépêche et qui récrit plus ?ke qu'il n'est donné à la main de le faire avec une plume ordinaire.

Chaque station doit avoir une pile, un nmnipulateur et m récepteur ; le stationnaire qui reçoit la dépêche tient sa pile et son manipulateur en repos au dehors du circuit; il n^a qu'une seule chose à faire : suivre des yeux Taiguille de son récepteur pour lire ce qu'elle écrit, ou plutôt pour voir ce qu'elle dit. Lorsqu'à son tour il doit prendre la parole, il ote son récepteur du circuit au moyen d'un commutateur; il y met du même coup sa pile et son manipulateur ; il fait sonner V alarme^ c^est-à-dire la cloche de la station à laquelle il veut parler; il la fait sonner de nouveau jusqu'à ce qu'on lui réponde; alors son correspondant est prêt à l'entendre; il a aussi, lui, au moyen d^uncommotatcur, fait une manœuvre inverse ; il a oté du circuit sa pile et son manipulateur pour y introduire son récepteur; il a fait tout cela en poussant un bouton, ce qui lui a pris moins de temps et coûté moins de peine ({ue s'il avait eu à faire un signe de la main pour dire : « Parlez, je vous écoute. »

C'est ainsi que Ton fait la conversation comme sî Ton était en présence assis à la même table.

Cet appareil est Tun des premiers qui aient été employés. Nous Tavons décrit sous la forme que M. Froment lui avait donnée il y a quelques années dans le modèle qu'il avait fait pour le cabinet de la Faculté des sciences. On est parvenu depuis à des formes (}ui donnent encore plus de vitesse et plus de sûreté dans la transmission des dépêches; les dérangements qui se présentent quelquefois ici résultent :

1^ De ce que Tancre d*échappemcat du récepteur donne une

assez forte secousse à la roue qu'elle frappe altemativement de droite et de gauche, et qu'elle peut quelquefois laisser passerune dent au lieu d'une demi-dent, à cause de la yitesse d'impulsion ; 2^ De ce que la main de celui qui fait tourner l'aiguille du manipulateur n'a rien pour se guider et surtout rien pour s'arrêter au point précis où elle doit faire sa pause. Alors la moindre incertitude qu'elle éprouve ou en avant ou en arrière peut produire quelque désaccord entre les aiguilles.

Télégraphe * eaiiram «le M. Breg^et. — Il est représenté (Pl. 23 B, FiG. 10, 11, 11 but). La figure 1 1 bis montre le cadran ou la vue de face du récepteur; on voit que ce cadran est double ; il y en a un pour les lettres et un pour les chiffres ; c'est par un signal convenu que celui qui reçoit la dépêche est averti qu'il faut passer du cadran des chiffres à celui des lettres on vice versa.

La figure 1 1 montre le récepteur vu par derrière et hors de sa boîte, afin que Ton puisse en bien comprendre le mécanisme. Enfin la figure 10 représente le manipulateur vu de face sur lajgauche de la planche.

Cet appareil, qui est digne de la réputation de M. Breguet, et qui a été accueilli avec une grande faveur, se distingue surtout par deux choses importantes :

1® Par un petit mouvement d'horlogerie qui tend sans cesse affaire mouvoir la roue a (Fig. Il), sur laquelle est montée l'aiguille du cadran du récepteur; ainsi l'électro-aimant cesse d'être le moteur ; il n'est plus qu'un interrupteur, permettant au mouvement d'horlogerie de faire passer une demi-dent de la roue, et l'arrêtant juste au moment où elle est passée, lui permettant de Êdre passer la demi-dent suivante pour l'arrêter encore et ainsi de suite;

2** Par l'échappement particulier que M. Breguet a mis sous la dépendance de l'électro-aimant pour qu'il rempHase bien sa fonction, c'est-à-dire pour qu^il laisse bien échapper juste une demi-dent à chaque vibration d'aller et une demi-dent à chaque vibration de retour.

Essayons de faire comprendre ce mécanisme qui fonctimine avec tant de régularité.

Deux petites palettes x et y uvax montées sur oa axe ed^ q[m est seokmeat ua axe d*oacilkition ; elles sont à une distance

768 LIVRE m. — MAG^IÉTISME ET ÉLECTAICITË.

Tune de Vautre égale à la moitié de rinterralle qui sépare une dent de la suivante, ou à une demi-longueur de dent; leur lianteur est telle, que la dent de la roue a ne peut pas passer sans les rencontrer, si elle les trouve sur son chemin ; mais elle ne les y trouve pas toujours, et surtout jamais elle ne les y troure les deux à la fois ; supposons que la palette x soit en prise, qu'une dent soit venue heurter contre elle et sj arrêter ; alors la palette X n*est pas en prise, elle n'est pas même tout à fiût sur le chemin de la dent ; elle est, par exemple, un peu en arrière an plan de la roue dVchappement, telle que la représente la figure. Si maintenant Toscillation de Taxec^^ amène en avant le haut de la palette x et la dégage , le haut de la palette j' est luinonàDe amené en avant ; elle entre en prise en se présentant sur le chemin de la dent qui vient la frapper de front et s^y arrêter; k roue a donc avancé d'une demi-dent et pas davantage. Une oscillation contraire de cel fait repasser la palette jr en arrière od la dégageant, et en même temps ramène en prise la palette j^ qui arrête la dent suivante et ainsi de suite. C'est donc par la oscillations alternatives de Taxe cd que chaque palette est tour à tour mise en prise ou dégagée et que la roue fait en conscfquence, à chaque fois, passer une demi-dent. Mais quelle fbrci' doit agir sur cd pour lui imprimer ces mouvements alternatif <'ontenus entre les limites prescrites pour que Tappareil fono tionne avec régularité ? Tout le monde le devine ; ce rôle esi dévolu au levier de Télectro-aimant ; ici Télectro-aimant est horizontal; on ne voit (jiie ses deux extrémités circulaires tout e« haut de Tapparcil; l'armalure/, mobile autour de Taxe AA, portf un levier à fourchette gi qui vient prendre une goupille du ptiit hras z de Taxe cd. Ainsi, à chaque mouvement de Tarmatun \ers rélcctrc-aimant,^^' vient en avant; il dégagea: et engage i: à chaque mouvement de l'armature du côté du ressort qui la rappelle, gi passe en amère; il engage x et dégage ^ ; ou a donc ici la certitude qu'un seul mouvement ne peut faii*e passtt qu'une demi-dent, et qu'il la fait passer en eflet si le ressort d» l'armature est convenablement réglé d'après la force du courant.

On aperçoit au coin de gauche sur la vue de face (Fie. 1 1 4/j un petit cadran c qui est précisément destiné à régler la tension du ressort de rarmatmw On voit aussi sur la même fig^ure un

CHAP. X. — TËLËGRAPHES A CADRAN. 769

petit bouton b qu'il suffit de presser pour remettre l'aiguille du cadran sur le final sans rintervention du courant, lorsqu'elle se trouve en désaccord par suite de quelques dérangements ou de quelques réparations; ce bouton imprime à Tarmature les mouvements d'oscillation qui font marcher l'aiguille.

Les deux fils de communication et arrivent à deux boutons (FiG. 11) qui sont eux-mêmes en rapport électrique chacun avec un bouton pareil, recevant l'une des exti*émités du fil de l'électro-aimant, comme l'indique la figure.

Le manipulateur de M. Breguet est aussi disposé d^une manière ingénieuse (Fig. 10) : sous le cadran se trouve, dans une pièce de métal, qui est liée avec l'aiguille, une rainure circulaire et sinueuse , dont une portion g a été rendue visible en déchirant la partie correspondante du cadran ; un levier abc^ mobile autour du point b , va par un appendice et un galet s'engager dans cette rainure, qui fait ainsi, pendant qu'elle tourne, avancer ou reculer le petit bras ab^ tandis que le grand bras bc éprouve un mouvement correspondant et opposé; de telle sorte que l'extrémité c vient successivement presser ou le ressort qui est lié à l'arrêt f^ ou le ressort qui est lié à l'arrêt d\ dans le premier cas, il y a fermeture du circuit ; dans le second cas , il y a rupture. Il faut remarquer que dans cette rainure sinueuse, les parties les plus voisines du centre correspondent aux lettres de rang pair et les plus éloignées aux lettres de rang impair; ainsi, pour ail y a rupture, pour b fermeture, pour c rupture, etc., etc.; par conséquent lorsqu'on fait tourmer l'aiguille g avec une manette convenablement disposée, on fait tourner en même temps la rainure sinueuse, et l'on détermine ces fermetures et ruptures alternatives du circuit. L'aiguille g du manipulateur et l'aiguille du récepteur (Fig. 11 et 11 bis) ayant été mises d'accord, on voit que celle-ci fera tous les mouvements de la première conune dans l'appareil à cadran ordinaire , avec cette différence qu'il y a ici beaucoup moins de chances de dérangements.

On voit de plus, sur le pourtour du cadran du manipulateur (Fig. 10), des crans marqués dans le métal et correspondant à cliaque lettre; ces crans sont destinés à empêcher toute espèce d'incertitude dans les mouvements de l'aiguille g\ parce que la manette qui la fait tourner se relève un peu pendant le mouvement, et porte une cheville qui vient s'engager dans 1. 49

770 UVIE m. — lAMÊnSIB CT ÉUECmCITfi.

les crans pour sairêter d*me manièffe sbaoloe ec sans hé»-

tatkm.

Pu- CCS hetirfiisn Jisposîiîons M. Bregnet m remUké à la pbpart des inoonTénients qse présentait le télégraphe à cadnn or*

dinaire que nous avons décrit tout à Theore.

Chaque station doit encore m être munie d'un rccepteor, âwà manipulateur et d'une pile, le réceptenr étant mis dan le circuit pour receroir la dépèche <, tandis que le maniptilatear et h pile y Sfjnt mis à leur tour quand il s*agit de pren<lre TinitialiTe et de parler aux autres stations.

Téléiprapte 4 cndirmm et 4 eUnrier die M. rymaf — Le pkl récent des télégraphes à cadran, et assurément Tun des plos pirfaits, est celui que M. Froment a présente à rAcadémie àa sciences et à la Société d'encouragement en 1851 ; cet appwd semble réunir à un très-haut degré, tous les avantages d/nnblés dans les télégraplies de cette espèce; la deacripcion eni été pul>liée dans le Bulletin de la Soeiéié ttencouragemat (août 1851), d'après un rapport que j'en aTais fiaiit, et j'emproalf à ce recueil les figures qui me semUent les plos propres à fiât comprendre ici le principe de cette invention.

Le télégraphe à cadran de M. Froment est smtDiA reonrquable par la perfection du manipulateur, et par la réunion po^ manente du manipulateur et du récepteur (Pl. 23 c, Fig. 1, 1 3, 4) : ces figures sont au cinquii^me de grandeur naturelle.

La figure 4 représente le plan ou la vue en deasns de Ifisemble deTappareil ; on y distingue les TingtF-huit toudies da di- ▼ier, qui forment la partie extérieure du manipulateur, etqiBfoit sous la main de celui qui envoie la dépêche exactement cxMBne les touches du piano sont sous la main du pianiste ; les lettre et les différents signes s'y trouvent gravés en même noaibre et dans le même ordre que sur le cadran du récepteur qui est tu en élévation (Fig. 1 ) , et qui se trouve établi à demeure sur h caisse du clavier.

Ce récepteiH* est muni de sa cloche d*appel dont le marteau est mis en mouvement par nn électro-aimant particulier adapté contre la porte de Tuppareil et très-ingénieusement disposé. Lors^ que cet électro-aimant a été introduit dans le cîrcnit an moyea des commutateurs que Ton voit en m et en n (Fig. 4), il suffit qnr Ton presse une touche du clavier dans Tautre station, qui veitf

GHAP. X. — TÉLÉGRAPHES A GABRAH. 77f

correspondre, pour que le marteau donne réveil par ses Tibniûons répotées.

Quant à l' électro-aimant qui fait mouvoir Taiguine du cadran, il est ajusté à peu près comme celui du récepteur de la planche 23 B (FiG. 6), que nous avons décrit plus haut; mais par les formes , les dimensions et le parfait ajustement des pièces, M. Froment a pu donner à l'échappement un degré de précision et de sûreté qu'il n'avait pas.

Essayons maintenant de faire comprendre le mécanisme si habilement combiné du manipulateur , et d'expliquer comment la main de celui tpii envoie la dépêche, en se promenant sur son clavier avec la plus grande prestesse, fait marcher Faiguille du récepteur de la station qui la reçoit, de telle sorte qu'elle signale infailliblement toutes les lettres cpii ont été touchées.

Dans la caisse du clavier , à l'extrémité de droite , se trouve un mouvement d'horlogerie h (Fig. 1), destiné à faire tourner sur lui-même un arbre d'acier aa , mince , droit et très-rigide qui va d'une extrémité à l'autre de la caisse. Au bout de cet arbre, à droite , est montée une roue à rochet r, qui se voit de face dans la coupe transversale (Fig. 2); c'est la dernière roue du mouvement d'horlogerie; elle tend à tourner avec une grande vitesse, par exemple , 1 , 2 ou 3 tours par seconde, et par con-^ séquent à imprimer cette vitesse de rotation à l'arbre d'acier aa qui la porte ; mais il y a un clicpiet qui l'arrête, dont le prolongement est un peu saillant en avant, et par conséquent un peu saiUant à droite dans la coupe (Fig. 2); il faut presser sur ce prolongement c pour dégager le cliquet et permettre à la roue de tourner. Or, il se trouve une longue règle zz (Fig. 1), droite, mince et légère, ingénieusement suspendue et équilibrée par une sorte de parallélogramme, qui descend parallèlement à ellemême, pour peu qu'on la presse en un point quelconque de sa longueur; c'est elle qui vient presser k son tour le prolongement du dicpiet , et qui donne ainsi à Tarbre d'acier la Kbertë de tourner; mais, aussitôt que Ton cesse d'agir sur cette règle jss, elle reprend sa place, le cliquet la sienne, et tout mouvement s'arrête. On devine que les touches sont précisément destinées i produire cette pression et par conséquent le mouvement de rotation qui en est la suite ; en effet, la règle zz est suspendue'

772 LH-ftE III. — HAfi5fTISIE ET fLBCTMGlTÉ.

lous les touches, et s'abaûfie au moment ou Too Tient mettre k doigt sur l'une d'elles.

Jiisque*là toutes les tooclies produiraient le même efEpt, il £uc anÎTer à les dinerencier et à imprimer à chacune un canctof propre ; M. Froment y parrient de la manière suivante : sur l^arbre d'acier aa sont plantés autant de bras qu*il j a de touche», c'est-à-dire 28;ces bras &(Fig. 3), tous égaux et perpendiculaires. dÎTisent en 28 parties égales la longueur de Taribrecompiise entre la première et la dernière touche, ils dirisent de m^ae sa dreonfércnce en 28 parties égales, formant ainsi la rérolutioo complète d*une hélice , dont une moitié seulement est représentée sur la coupe transversale (Fig. 3). De plus, chaque touche / (FiG. 2, 3), porte , au milieu de son épaisseur et dans le point convenable de sa longueur, une cheville d'arrêt i, soui laquelle le bras correspondant de Tarbre d'acier passe librement quand la touche est dans sa position naturelle, mais coatze laquelle il vient heurter et s'arrêter quand la touche est abaissée et pressée par le doigt. On vient , par exemple, presser la touche F 9 à l'instant l'arbre tourne jusqu'à ce que le bras correspondant à cette lettre vienne rencontrer sa cheville d'arrêt; là, le mouvement de rotation cesse, et il ne reprend pas quand ou lève le doigt, parce que le cliquet s'engage dans la roue r; od passe à la touche a , nouvelle rotation proportionnée à l'intervalle qu'il y a entre F et a , c'est-à-dire de ^ de circonférence pour chaque lettre, et par conséquent de ^ de circonférence; puis nouvel arrêt, et ainsi de suite.

il ne reste plus qu'une question à résoudre, celle de savoir comment la main en passant d'une touche à Tautre, détermine le nombre voulu de fermetures et de ruptures du circuit, pour que ruiguille du récepteur marque tous les signes qui lui sont eu ({uelque sorte dictés par les mouvements de la main. Cette ({uestioii est résolue de la manière la plus simple : l'autre extréuiité de Tarbre d'acier, celle de gauche (Fig. 1), porte une roue analogue à celle des manipulateurs (Pl. 23 b, Fig. 2 et 5), seulement son pourtour contient 1 4 detits et 1 4 espaces vides, parce que le ckvier a 28 touches ; le contact du ressort et d'une dent produit la fermeture du circuit, tandis que le passage d'un vide devant la saillie du ressort produit la rupture. Alors on comprend que , Taiguille du réœpteur étant sur le final -f- , il faut.

pour que le davier soit d'accord, que le bras de Tarbre d^ader qui correspond à la touche marquée du final + , soit précise* ment sous sa cheville d'arrêt; les bras correspondant aux lettres a^ b^ c, d^ etc., se trouvent ainsi respectivement à des distances de leur arrêt <le ^, ^^ , ^, etc. de circonférence; donc, si Ton presse une touche quelconque , on déterminera juste la rotation voulue pour que Taiguille du récepteur vienne s'arrêter sur la lettre correspondant à celte touche, et le même accord se soutient ainsi indéfiniment. On peut l'éprouver par une expérience curieuse : passez la main d'un bout du clavier à l'autre d^une manière quelconque, autant de fois que vous voudrez, aussi vite que vous voudrez, sans ordre ni attention aucune, pressant même plusieurs touches à la fois , le récepteur et le clavier n'auront pas perdu leur accord ; en mettant le doigt sur une touche, TOUS verrez l'aiguille du récepteur marquer cette lettre , comme si l'on venait de régler l'appareil.

n y avait cependant quelques difficultés , soit pour les lettres doubles, soit pour d'autres détails; mab M. Froment a trouvé des solutions simples à toutes ces petites difficultés, et son appareil à clavier tel qu'il est aujourd'hui , est, dans le système des télégraphes à cadran, celui qui me paraît mériter le plus de confiance.

Télé^mpke * eadram «le M. SieMems. — Pour faire connaître cet appareil dont je n'ai pas pu reproduire ici les dessins, j'emprunterai quelques pages du rapport que j'ai été chargé d'en faire à l'Académie des sciences en 1850 {Comptes rendus des séances de V Académie des sciences <i t. XXX, p. 500).

« Tous les télégraphes alphabétiques construits antérieurement à M. Siemens ressemblent à celui que nous venons de décrire » ( c'est-à-dire au télégraphe à cadran ordinaire qui commence cet article, Fig. ô , 6); « on peut les caractériser d'une manière générale en disant qu'ils ont nécessairement un manipulateur qui se meut à la main par celui qui envoie la dépêche, et que, par suite, celui qui reçoit la dépêche est obligé de se taire et de rester passif jusqu'à ce que son coiTCspondant lui laisse la liberté de parler à son tour; que si les divers appai'eils dont on a fait usage présentent entre eux quelques différences, elles ne portent pas sur ces deux points, mais seulement sur le méca* nisme qui sert à ti*ansformer le mouvement de va-et-vieut en

774 LIVRE UI. — MAGNÉTUUB ET ÉLBCTUGRË.

iDouTement de rotation, ou sur la disposition du cadran, ou mr la forme de l'interrupteur, ou eoiin sur le nombre des dmsioai taut conductrii^es que non conductrices dont il se compose.

a M. Siemens a considéré sous un tout autre aspect le prolilcme du télëgraplie alphabétique , et il est entré dans une voie tout à fait nouvelle en se proposant de maintenir à Topératev qui reçoit la dépêche, pendant même qu'il la reçoit et qu'3 récrit, son action directe et immédiate sur r<^>érateur qui la loi envoie, et cela sans avoir recours à un second fil, sans rompre Taccord des cadrans et des appareils, et sans amener la moindre perturbation dans la série des signes dont la transmission est commencée.

« La méthode ordinaire refuse absolument œt aTantage i celui qui reçoit la dépèdie ; car, s'il voulait parler pendant qu'oa lui parle, il en résulterait à coup sûr une confusion dont on aaruit peine à sortir. S'il voit son appareil se déranger^ ùm ua signe pour un autre et répéter toute autre chose que ce qu*oa lui dit, il n a qu'un seul moyen à sa disposition, c*est de rompre le ciix:uit, c*est-i-dire de couper la parole à son correspondant. Alors ce n'est qu après des pourparlers et des pertes de tenqis considérables que la dépêche peut être reprise.

« Par la méthode de M. Siemens, celui qui reçoit la dépêche peut au contraire, à chaque instant et sans aucun trouble, parler à celui qui la lui donne, signaler une erreur, ou demander U répétition d*un signe mal fait ou mal compris.

« Pour réaliser cet avanUige, qui est d'une haute importance, M. Siemens supprime tout à fait rintemipteur dont nous avons parlé, et il dispose son appareil à cadran pour qu'il agisse absolument de la même manière, soit qu*il doive envoyer une dé* pêclie, soit qu'il doive la recevoir. Essayons de faire comprendre ce mécanisme ingénieux qui fonctionne en même temps avec une grande vitesse et avec une régularité pai*faite.

« L'armature de l'électro-aimant porte un levier d'environ 1 décimètre de longueur qui exerce deux actions très-différentes.

« Par la première, il fait passer, à cliaque vibration double (aller et retour), une dent de la roue sur l'axe de laquelle est montée l'aiguille indicatrice du cadran, et par conséquent il poite cette aiguille d*une lettre à la lettre qui suit.

« Par la seconde action, il rompt le circuit et arrête le cou-^

CEAP. X. — TJ^^GRAPHES A CAMIAII. 775

nmt dont il a luÎHOtiéme reçu le mouvement; mais il ne l'arrête qa'au moment où il est lui-même arrêté par im bnttoîr dans son excursion d'aller^ c'est^-dire quand l'armature, attirée par rélectro-aimant, est venue aussi près des pôles qu'elle doive le faire ; alors le circuit étant rompu, l'armature cesse d'être attirée, et se trouvant immédiatement rappelée par son ressort, le accomplit son retour. A peine toucfae-t-il à cette autre de son excursion, qu'il complète de nouveau le drcnit, rétablit le courant, et à Tinstant se trouve de nouveau emporté par l'armature pour accomplir son deuxième aller, qui, par la joèœ cause, est suivi d'un deuxième retour. Ces vibrations is<ydirones s'accompliraient ainsi indéfiniment tant que la pile fow^ nirait un courant de même intensité ; puis, elles deviendraient plus lentes quand la pile s'affaiblirait, et enfin elles cesseraient après un temps plus ou moins long quand l'action du courant serait devenue trop faible pour que la force attractive de l'électro^-aimant pût vaincre l'inertie de l'armature et la tension du ressort qui la retient éloignée des pôles '.

« Deux appareils semblables introduits dans le circuit, l'un à Berlin, Tautre à Paris, marcheraient de pair et avec un syndut>nisme parfait, sauf la vitesse de Télectricité qui peut ici être négligée; et s'ils étaient d^accord au premier instant, c'est-^-dire si les aiguilles correspondaient au même signe, elles feraient des milliers de tours et marcheraient pendant des journées ou des années entières en se trouvant toujours d'accord, c'est-à-dire toujours au même instant vis-à-vis des mêmes signes.

« Aucun opérateur n'est nécessaire ; la pile se charge de tout.

« Cependant, jusque-là, l'aiguille indicatrice du cadran n'au« rait qu'un mouvement régulier et saccadé analogue à celui de Taiguille à secondes d'une pendule; seulement 3 serait bien plus rapide, car l'aiguille indicatrice pounrait faire une révolu -

* En 1843, M. de La Rive augmentait Taction chimique (]*un simple él^ ment, en introduiiant dans le circuit un électro-aimant dont rarraature," par ntribrafions lentes, détenninait de» ruptures svccessiTes. En 1846, M. FroflMBt^ appliquait k liéaie principe tous «ne antre fome, Caibait vibrer Tarmatwe d*ian €iccut)-aimant avec une vitesse assex grande pour produire des sons et même des sons très-aigu<« [Comptes remtius, U XXIY^ p. 428); à la même époque, M. Froment employait ces vibrations comme moteur, après avoir ajouté à son appareil un mécnisme qui se réglait à volonté et opérait la rupture eu ciiunît à une période qudconque de l'eBCursîeo.

lion entière par seconde, ne mettant qu un trentième de seconde pour passer d*un signe du cadran au signe siÛTanti œ qui mofpose, dans le levier de Fannature, trente librations doubles par seconde. Il est vrai que M. Siemens n'essaye ses appareils qu'avec une vitesse moitié de celle-ci, c'est-à-dire un tour en deux secondes, ou une vibration double du levier de rarmature en vn quinzième de seconde. Cela ne veut pas dire toutefois que sod télégraphe puisse &ire 15 signes par seconde ou 900 par mi* nute, car Tœil pourrait à peine suivre Taiguille; d*ailleurs, avec cette vitesse régulière et uniformément saccadée, elle montre tous les signes également, et fait en dernier résultat la même chose que si elle n'en montrait aucun, puisque robservateur qui la suit ne peut rien distinguer, rien démêler dans ses mouvements : elle fait à peu près comme quelqu*un qui réciterait l'aipliabet plusieurs fois de suite, d'une voix parfaitement réglée et monotone, sans faire sentir aucune lettre en particulier ; à coup sûr il serait bien impossible de démêler ce qu'il a voulu dire.

« Il faut donc ajouter quelque chose au mécanisme dont nooi venons de parler; il faut airéter l'aiguille dans sa course, non pas longtemps, mais pendant une demi-seconde, un tiers de seconde ou peut-être un quart de seconde, suivant la justesse des mouvements de celui qui envoie la dépêdie, et le coup d'œil plus ou moins prompt de celui qui la reçoit : par là l'aiguille montre, choisit, ou, si Ton veut, prononce en quelque sorte les lettres sur lesquelles Topérateur doit exclusivement porter son attention. Pour obtenir ce résultat, M. Siemens adapte circulairement autour de son cadran autant de touches qu'il porte de signes, et sur chaque touche est répété, en caractère trèsapparent, le signe auquel elle correspond. En posant le doigt sur une touche, on abaisse une petite tige verticale de 1 oa 2 millimètres de diamètre , qui vient alors barrer le passage à un levier hori7x>ntal parallèle à T aiguille et monté sur son axe. C'est exactement comme si Ton arrêtait l'aiguille elle-même; mais le mécanisme est caché au-dessous du cadran pour n'en pas troubler l'aspect, et pour ne pas fatiguer l'attention de l'opérateur. Il ne suflit pas que Taiguille soit bien fidèlement arrêtée vis-à-vis du signe qu'elle doit indiquer, il importe de plus que le levier moteur, lié à T armature, dont le même obstacle arrête aussi la vibration , se trouve alors vers le milieu de son retour,

c^est-a-dire vers le milieu de l'excursion qui\ fait sous Tinfluenoe du ressort qui le rappelle. On comprend, en effet, qu'à cet instant le circuit étant rompu depuis un certain temps, et les efFets du courant ayant cessé, il y a moins de chance pour que Farmature contracte une polarité magnétique capable de troubler la marche régulière de Tappareil. Ces conditions sont trè»habilement remplies par M. Siemens.

« Celui qui envoie la dépêche n'a donc qu^une seule opération à faire : poser le doigt successivement sur toutes les touches qui correspondent à la série des signes qu'il veut transmettre, n abaisse une touche, et Taiguille indicatrice de son appareil, emportée par le mouvement régulier qui Tanime, n'éprouve rien encore; elle continue sa marche jusqu'à l'instant où elle arrive au signe dont la touche est abaissée ; là elle s'arrête. L^aiguille de Tautre station, mue par la même force et soumise au synchronisme, ne peut pas cependant s'arrêter mathématiquement au même instant, car le levier qui la fait mouvoir, rappelé aussi par son ressort, achève forcément son retour, puisquHl ne rencontre pas, comme son homologue de la première station, un obstacle matériel qui l'arrête; il achève donc son retour, et prend la position où, pour sa part, il complète le circuit et rétablit le courant. Cependant ce qu'il fait là ne peut pas avoir à l'instant même son efficacité, puisque son homologue de la première station est alors retenu en un point où il rompt le circuit. C'est ainsi que l'opérateur qui envoie la dépêche, posant le doigt sur une touche pendant une certaine fraction de seconde, détermine un instant d'arrêt pareil dans l'aiguille de la seconde station ; mais, il faut bien le remarquer, les deux aiguilles ne peuvent pas s'arrêter au même instant : la seconde ne s'arrête qu'après un temps qui équivaut à peu près au quart de la durée d'une vibration complète. Cette circonstance est importante par l'influence qu'elle exerce sur le nombre des signes qui peuvent être transmis dans un temps donné.

« Quand celui qui envoie la dépêche lève le doigt qu'il avait posé sur la première touche pour le porter sur la seconde et faire le deuxième signe, les phénomènes suivants s'accomplissent. Le levier de son appareil, obéissant à l'action du ressort qui le tire , est libre aGn d'achever son retour, et il l'achève en effet. Alors, le circuit étant partout fermé, le courant se réta-

m LIVRE m. — MAGlfÉTISlIE ET ÉLlCTUCarTÉ.

blit; les armatures des deux stations sont attirées nmultanéiiieiit, et les aiguilles reprennent leur marche concordante jusqu'à Fiistant où celle de la première station marque le aeoond signe; l'aiguille de la seconde station le répète à son toor, et les mtma phénomènes -se reproduisent jusqu'à la fin de la dépêche.

« Si tout se passe bien, l'opérateur de la seconde station n'a rien autre chose à faire qu'à suivre d'un oeil attentif les mouvc^ ments de son aiguille indicatrice, et à écrire ou à dicter les signes qu'elle lui a désignés ; si, au contraire, il y a un dcMte, oa s'il est survenu quelque dérangement, il pose le 'doigt sor me touche; alors l'aiguille de la première station s' arrête à ce signe, et celui qui envoie la dépêche est prévenu par là que son correq>ondaut veut parler : l'entretien s'engage, les explîcatîoas s'échangent, et bientôt le travail primitif reprend son oomt. On peut dire que c'est une conversation bien ordonnée, entre deux personnes qui veulent s'entendre, chacune ayant une égale liberté de placer son mot à propos.

« L'appareil dont nous venons de donner une idée se auflk à lui-même ; il n'a besoin d* aucun auxiliaire ^ lorsqu'on veat s'en rapporter au manuscrit de l'opérateur, et courir la chance des erreurs qu'il a pu commettre , soit en lisant les mouvements de l'aiguille, soit en écrivant les signes après les avoir Ins.

« Mais, pour éviter jusqu'à la possibilité des erreurs de cette e^>èce, M. Siemens joint au besoin, à son appareil, une imprimerie magnétique qui donne la dépêche aussi bien imprimée qu'elle pourrait 1 être pai* la presse ordinaire. Alors le stationnaire n'a pas à s'en mêler ; il peut se promener pendant que stm appareil travaille, et s'il revient au bout de quelques minutes, il trouve une bande de papier sur laquelle sont imprimées avec une grande perfection toutes les lettres de la dépêche ; elles ne sont pas seulement mises à la suite Tune de l'autre, mais les blancs sont observés avec soin, petits entre les lettres et grands entre les mots. Rieu n'empêcherait d'y mettre la ponctuation la plus correcte, si elle devenait nécessaire à TinteUigence du texte; mais, en général, ce serait perdre un temps précieux à faire des signes inutiles.

tt Essayons de donner une idée de cet apparu, qui est trèsbien conçu et parfaitement exécuté.

ff Un axe vertical, eu tout semblable à celui quipcMte l'ai-

CHAP. X. — TÉLÉGRAPHES A CADBAN. 771»

guille indicatrice du cadran, et recevant un mouyement de rotation par un mécanisnie absolument pareil, reçoit, à sa partie supérieure, trente rayons horizontaux disposés dans le même plan et espacés également : chacun de ces rayons, vers son extrémité la plus éloignée de Taxe, c'est-à-dire à 4 ou 5 centimètres de distance, porte en relief assez saillant, et sur sa face supérieure, Tune des lettres du cadran ; ces rayons étant flexibles et faisant ressort, il suffira d'en pousser un de bas en haut contre la bande de papier qui se trouve un peu au-dessus pour qu'il vienne la presser avec plus ou moins de force. Cette bande de papier embrasse, sur un arc d'environ une demi-circonférence, un rouleau à imprimer couvert d'une encre assez ferme. Là où le papier est fortement pressé par le relief de la lettre, il s'imprime nettement; ailleurs il ne reçoit pas même de taches.

« Mais il reste bien des mouvements à combiner pour remplir fidèlement les deux conditions suivantes, savoir :

« V Pour que le rouleau à imprimer, qui doit être immobile au moment où il imprime, tourne d'une quantité convenable et emporte avec lui le papier pour faire un blanc, aussitôt qu'il a reçu la pression d'une lettre , et un blanc plus grand quand il termine un mot;

« 2^ Pour que le marteau qui vient en dessous frapper la lettre, vienne juste au moment où elle s'arrête elle-même, pendant peut-être un tiers ou un quart de seconde, pour recevoir le coup.

« Nous avons déjà dit que les rayons qui portent les lettres en relief se meuvent comme l'aiguille du cadran , c'est-à-dire qu'ils forment eux-mêmes une espèce de cadran tournant , de telle sorte que toutes les lettres en relief viennent tour à tour passer au-dessus du marteau, qui est disposé pour agir de bas en haut, et toujours au même point. Or, à la station qui envoie la dépêclie, l'opérateur, mettant le doigt sur une touche, arrête un instant la lettre en relief de la deuxième station, comme il y arrête Taiguille du cadran, lorsqu'on se sert de l'appareil à cadran; il ne reste donc qu'à faire jouer le marteau pendant cet instant très-court, pour que l'impression soit accomplie.

« C'est un électro-aimant puissant qui est chargé de cet office ; il est mis en jeu par une pile particulière ou pile auxiliaire^ dont le courant n'entre pas dans le circuit télégraphique. Chaque

fois que le levier moteur du télégraphe exécute une yibratîoii pour faire passer une des lettres en relief, il établit une communication entre les pôles de la pile auxiliaire, ou, en d^autres termes , il ferme le circuit de l'électro-aimant d'impression , et cependant celui-ci reste inactif, parce qull est construit pour obéir plus lentement à l'action de son courant ; mais lorsque le levier moteur s'arrête un instant sous Faction de son ressort, c'est-à-dire à sa limite de retour, afin de répéter le signe que b première station lui- fait parvenir , alors rélectro-aimant d unpression i*ecoit du courant qui le traverse une force assez prolongée pour que sa lourde armature obéisse à l'attraction qu'eDe éprouve. Dans ce mouvement elle produit les effets suivants :

« 1^ Par un levier un peu long qui fait corps avec elle, elle donne le coup de marteau à la lettre en relief qui l'attendait;

« 2** Par un second levier qui agit un peu plus tardivement sur une roue à rochet, elle fait tourner d'un cran le rouleau imprimeur et la bande de papier qui l'entoure; les précautions sont prises pour que le rouleau se déplace aussi dans le sens longitudinal, et puisse imprimer ainsi par les divers points de sa surface ;

« 3® Par un troisième levier, elle vient rompre enfin le dp> cuit de la pile auxiliaire, et anéantir ainsi la puissance qui Tavait attirée ; à Tinstant , cette lourde armature, ayant pour cette fois terminé son rôle, reprend elle-même sa place, obéissant à Faction du ressort qui la sollicite, et qui devient alors prédominante ;

« 4" Par un quatrième levier qui ne fonctionne qu'à la fin de chaque mot, Tarmature de Télectro-aimant d'impression fait résonner un timbre, et le stationnaire peut apprécier par là si le^ appareils conservent leur accord ; ce dernier effet résulte d*uiif disposition ingénieuse : chaque mot se termine par une toudie blanche, et celui des trente rayons qui correspond à cette touche ne porte aucun relief; alors le marteau , qui firappe comme s'il devait imprimer, n'éprouvant pas la résistance due à l'épaisseur du relief, fait une course un peu plus longue, et permet à l'armature dont il fait partie de faire elle-même un peu plus de chemin. C'est par cet excès d'amplitude dans le mouvement que le quatrième levier peut arriver jusqu'au timbre à la fin de chaque mot, et n'y arrive pas quand c'est une lettre qui s'imprime.

(i Enfin, M. Siemens joint encore aux appareils précédents, un appareil nouveau, qu'il appelle transmetteur^ et qui est exclusivement destiné à transmettre les dépêches entre deux stations très-éloignées Tune de Tautre. Ce troisième appareil repose encore sur le même principe ; mais, de plus, il présente une application intéressante de la théorie des courants dérivés. Le courant qui circule entre les stations, le courant télégraphique proprement dit, peut être très-faible, parce qu'on ne lui demande presque aucun service ; sa seule fonction est d'ouvrir et de fermer le circuit en temps opportun. Alors les courants des piles de chaque station passant presque exclusivement dans les appareils à signaux, ont toujours assez de puissance pour les faire marcher; puis, quand leur rôle est fini, le faible courant télégraphique agit à son tour pour préparer l'appareil à exécuter le signe suivant.

a La commission a examiné avec un très-vif intérêt les divers appareils de M. Siemens; elle j a trouvé partout une parfaite intelligence de la théorie , et , en habUe observateur , M. Siemens a su tenir compte de tous les phénomènes si complexes qui se manifestent dans les conducteurs et dans les électroaimants, surtout quand les actions doivent être d'une très-courte durée.

« Son système, médiocrement exécuté, donnerait sans doute des résultats très-médiocres; mais bien exécuté, conmie il l'est par M. Halske, il nous paraît avoir une incontestable supériorité sur les appareils du même genre , c'est-à-dire sur les appareils alphabétiques ordinaires, en ce que ceux-ci ne fonctionnent pas avec le même degré de sûreté et de précision. Quant à la vitesse, nous sommes portés à croire que l'appareil de M. Siemens ne le cède non plus à aucun appareil alphabétique ; nous regardons même comme probable que les perfectionnements ingénieux , que M. Siemens a apportés dans la construction des électro-aimants, sont propres à lui assurer de l'avantage, surtout lorsqu'on a soin de ne mettre en rapport que des appareils ayant à peu près la même sensibilité relative, et de ne jamais associer deux électroaimants, dont l'un serait vif, et l'autre paresseux. »

341 . TéiécMiphes * sl|pianx eoBvealiommels. -^ Nous comprendrons sous ce titre les télégraphes dans lesquels les signaux résultent ou des diverses positions de Taiguille du récepteur, ou

7St UVRE m. — MAGNÉTISME ET ÉLECTMICITË.

d^une série de moiirements sucoessirs dont Tensemble ne compose qu'un seul signe convenu d^avance, une lettre ou une idée. Nous ne trouvons que deux télégraphes dans ce genre, celoi de BIM. Foj et Breguet qui est exclusivement employé en France, par Tadministration , et celui qui est le plus répandu en Angleterre , que nous appellerons télégraphe anglais.

Télégraphe de MM. Foy et BregaeC* — Lorsqu*on fit en France les premiers essais de télégraphie électrique sur le diemii de fer de Paris à Rouen, M. Foy, directeur des télégraphes, demanda avec raison que les signes électriques fussent les mêmes que ceux du télégraphe aérien auquel son personnel était habitué ; la commission ne vit que des avantages à cette identité dans les signes dont Tusage était consacré depuis un demi-siède, et dont les vocabulaires étaient arrêtés depuis longtemps; M. Bre» guet ne tarda pas à trouver une solution trè&-satisfaisante de ce problème : c'est cette solution que nous allons ùdre connaître, avec tous les perfectionnements que M. Breguet j a introduit» et quMl a bien voulu me communiquer.

Le télégraphe aérien emploie 49 signaux qui se produisent de la manière suivante : aux deux extrémités d*une longue [nèce horizontale ab (Pl. 23 b, Fig. 15), que Ton appelle régnlatev^ se meuvent circulaircment deux rayons bien équilibrés ac et W, que Ton appelle indicateurs ; chacun de ces indicateurs prend 8 positions , savoir : 2 sur le régulateur. Tune en se repliant sur lui , Tautre en se développant sur son prolongement ; 3 au-dessus , la position verticale en haut et les deux positions de 45' à droite et à gauche de cette verticale supérieure; 3 au-dessous, la position verticale en bas , et les deux positions de 46* à droite et à gauche de cette verticale inférieure. Que l'un des indicateurs reste immobile, tandis que Tautre prend successivement ses 8 positions , il en résulte 8 signes différents ; et en combinant chacune des 8 positions de l'un avec les 8 positions de Tautif , on obtient en somme 64 signes. Cependant, comme en r^[ardant de loin avec une lunette on aurait pu confondre Tindicateur replié sur le régulateur, avec l'indicateur développé sur son prolongement, il avait été nécessaire de supprimer mie de ces positions, ce qui réduisait l'ensemble des signes à 7 fois 7 ou 49.

Dans la télégraphie électrique on donne à chaque indicateur ses 8 positions, ce qui s'obtient avec une sAreté parfaite au

CHÀP. X. — TÉLÉGRAPHES A SIGNAUX. 78$

moyen de Tédiappement de* M. Breguet, que nous ayons décrit en parlant de son télégraphe à cadran. En effet, il y avait M 26 positions à donner à Taiguille du récepteur, et l'on avait prid une roue à 13 dents; puisqu'il n'y a ici que 8 positions à lui donner, il suffira de prendre une roue à 4 dents , et d'employer exactement le même mécanisme. C'est ce qui est représenté dans la figure 15, où Ton voit pour chaque indicateur les deux palettes x et /, une portion de l'arbre oscillant qui les porte et la roue à 4 dents qui fait passer juste une demi-dent ou | de circonférence quand l'oscillation du lerier dégage une des palettes pour mettre l'autre en prise. Seulement le système est double; comme il y a deux indicateurs qui doivent se mouvmr, d'une manière parfaitement distincte et indépendante , chacun a son mouvement d'horlogerie, son échappement, son étectYOaimant et son courant séparé.

L'ensemUe de ce récepteur est représenté dans les figures 12 et 13 ; svar la figure 12 on voit l'apparence extérieure, la forme de la boite, et celle de ces faces qui est tournée vers l'opéra* teur, portant en haut, à droite et à gauche, deux petits cadrans qui servent à régler la tension du ressort de l'armature de cha^que électro-aimant; puis, un peu plus bas, le régulateur fixe et les deux indicateurs, dont chacun est monté sur l'axe de la roue à 4 dents des figures 15 et 13, afin de se mouvoir avec elle.

Dans la figure 13, qui est sur une plus grande échelle, la boite est enlevée, et Ton a la perspective de tout le méca* nîsme intérieur; le spectateur est supposé regardei^ obliquenMnt et par derrière. Dans le système de gauche, on voit l'électroaimant horizontal, disposé de manière à pouvoir être facilement enlevé et remplacé ; l'armature t est en grande partie cachée ; mais son levier gi s'élève verticalement pour venir en / tmpri* mer le petit mouvement d'oscillation à l'axe qui porte les pa«lettes d'édiappement x, / ; ces palettes sont elles-aiânies cadîéf s par la platine qui reste en place pour montrer l'ensemUe du mouvement d'horlogerie destiné à bin aMoicher la roue d'échappement.

Dans le système de droite, rA6itW«-iiBMint est enlevé pour laisser voir la place qu*il occupe et dîveMM pièces importantes; la platine du mouvement d'horlogerie est pareillement enlevée , afin de mettre à découvert les rouages qui le composent ; ici l'on

7B4 LIVRE III. — MAGNÉTISME ET ËLECTftICITÉ.

distingue tous les détails de la roue d^éduippement à 4 dents, et de ses rapports avec les deux palettes x, y^ ayec Taxe oscillant qui les porte , enfin avec le levier gi de rannature mohik /de rélectro-aimant ; on voit de plus Tensemble des communications électriques, dont il sera facile de se rendre compte d*aprà les développements que nous avons déjà donnés.

Tel est le récepteur de M. Breguet; c^est une véritable pièce d*liorlogerie , composée avec cet art dont il a le secret au plus haut degré et exécutée avec les derniers soins de prédsioo, comme tout ce qui sort de ses ateliers.

Arrivons maintenant au manipulateur, qui doit évidemmeat être double comme le récepteur; il est représenté dans son en* semble et dans sa position (Fig. 12); Tune des manettes est représentée plus en grand et vue de face (Fig. 14); on voit id, sur le cercle fixe a, les huit encoches correspondant aux hak positions de Tindicateur. Que l'on prenne d*une main la manette m qui est articulée à son extrémité , qu'on Téloigne un *peu dt cercle a^ et qu'on la tourne pour la porter dans Tune des huit en» coches où elle s'arrête par une cheville qu elle porte, Tindicateiir qu'elle fait marcher tourne comme elle et s^arrête avec elle dans la même position. Ce que nous venons de dire de la manette de droite s'applique à celle de gauche, qui agit de son coté de h même manière sur Tindicateur qui est sous son influence. Ainsi les deux mains sont à l'œuvre ; mais après quelque temps d'exer» cice, elles acquièrent une habileté merveilleuse dans ce genre d'opération , où elles doivent perdre toute habitude de mourements symétriques.

Pourquoi l'aiguille de l'indicateur est-elle obligée d'obéir à b manette qui la commande , et de la suivre sans cesse dans se;» mouvemenls , dans ses pauses , dans ses vitesses , conune si elles ne faisaient qu'une seule pièce ou comme si elles étaient enchainées par des liens invisibles? Elles sont liées, en effet, par Faction du courant et par les fermetures et ruptures que la manette détermine : on voit (Fig. 12) un disque métallique d qui est monté sur l'extrémité de Taxe horizontal de chaque manette m et qui tourne avec elle; il porte une rainure quadrangulaire à angles arrondi qui est vue en projection derrière le disque a (Fig. 14); un levier horizontal z^ placé au-dessous de l'axe de la manette (Fig. 12), porte deux bras, l'un .oblique et ascendant qui va

par un petit galet engager son extrémité dans la rainure, Tautre vertical et descendant c dont l'extrémité aboutit vers les deux conducteurs a: et/ (Fig. 14); gouverné par k rainure, ce levier oscille pendant le mouvement de rotation de la manette les milieux des 4 côtés de la rainure portent e à gauche et les 4 angles le portent à droite; dans le premier cas il y a, par exemple, fermeture du circuit, dans le second cas rupture. C'est ainsi que les 8 mouvements de la manette donnent à Taiguille du récepteur ses S positions ; et, que la manœuvre simultanée des 2 manettes de gauche et de droite fait marcher simultanément les 2 aiguilles de gauche et de droite du récepteur, tant à h station de celui qui envoie la dépêche qu'à la station de celui qui la reçoit; seulement, celui-ci est obligé de mettre et de maintenir son manipulateur hors du circuit pendant tout le temps qu'il écoute et qu'il laisse la parole à son interlocuteur.

Télégraphe an^iais. — Ce télégraphe ne fait que deux signaux élémentaires, qu'il faut combiner entre eux pour obtenir autant de signaux composés que la correspondance l'exige; c'est une aiguille verticale g ( Pl. 23 c , Fig. 11) qui oscille à droite et à gauche entre deux points d'arrêt , « , a' , très-rapprochés. La plaque antérieure de la petite caisse qui contient l'appareil porte l'alphabet adopté. On voit que la lettre c se fait par 4 vibrations successives vers la gauche ; la lettre p par 4 vibrations vers la droite ; i se fait par 3 vibrations à droite, suivies d'une vibration à gauche, et w par 3 vibrations à gauche, suivies d'une vibration à droite. En général, les lettres de gauche finissent par un mouvement à gauche, et les lettres de droite par un mouvement à droite ; de plus, les petites lignes dans le signe de chaque lettre indiquent les mouvements qui se font les premiers. Ce système transmet jusqu'à 15 mots par minute, ou plus d'une lettre par seconde. On s'étoimc que l'œil puisse saisir tant de mouvements si précipités et si peu différents, et qu'il parvienne , par l'usage, à démêler sans peine et sans faute ceux qu'il faut grouper ensemble pour composer une lettre ; on ne s'étonne pas moins (jue la main puisse exécuter ces mouvements avec la mesure convenable , c'est-à-dire en y mêlant , à point , certaines pauses très-courtes , formant une Foi-te de cadence qui aide singulièrement la lecture.

Le même appareil sert à recevoir les dé[êcles et à les en- I. 30

vover. Essayons de faire comprendre le mécaDÎsme ingénieux par lequel il pinil tour à tour remplir cette double foiictioD de réc4-pteur et de inaiiipnlateur.

1" lUccptcitr. I/ai^uilIc extérieure qu^on n^arde n'est pas celle qui reçoit raclioii du courant, mais elle est montée sur le même axe qu'une aijjuille intérieure ab (FiG. 13), et obéit à tous les mouvenu'uls (pie celU^ est obligée de faire. L* aiguille aimantée ah est dans un double multiplicateur (Fig. 12, 13;, dont le courant parcouit les fils dans le même sens; de telle sorte que la portion de droite et celle de gauche exercent des actions con>pirantes pour faire passer rcxtrémité b de Taiguilie, soit à droite, soit à gauche, suivant que le courant est as<.*endaiit ou de>cendant dans la partie antt*rieuix; du multiplicateur. Mai* les deux arrêts «, a v Fie. 11) de Taiguille extérieure liaiitent Tamplitude <les excm'sions; de plus, la |>osition du ceutre de gravité maintient le système dt.»s aiguilles dans la verticale, quand le courant ne passe pas. 11 sullit donc, pour recevoir la déj^èchc, de mettre les deux extrémités du iil du multiplicateur en communication ave<* les deux (ils de la ligne télégraphique correspondante. Alors, quand on veut opérer très- vite , il faut deux obseiTateurs , Tun pour lire et dicter la dépêche , F autre pour récrire.

2" Matupulatrur. Pour envoyer une d('»pèclie, Topératcur met la main sur la clef/" Fio. 11, I i\ qu'il tourne un peu à droite ou un peu à gauche dans des limites dt'xcursions moins restreintes oue (•('lies de raii;uille, mais qui cependant ne dépassent pas 1 5 ou 20^; alors Taignille ^ et lai^Miille semblable de la station qui reçoit la (li'pècbe font à l'instant le même mouvement que la clef. Aiiiiii, en tournant la main on fait tom-ner les aiguilles; cclleï-ci ne font que reproduire instantanément avec fidélité et dans leur ordre tous les nionveinenls de la main ou de la clef.

liCs figures 9, 10, 1-1 vont nous explicpier ce nié<*anisuie. La clef est montée sur un petit rvlindre d'ivoire (FiG. 14^ qui pénètre dans rinU'rieur d(^ la caisse où se trouve le multiplicateur; là, il reçoit deux anneaux de mdal , // et/>, séparés par un ÎDtervalle d'ivoire de A on 5 millimètres ; nous supposons dans la figun.» que tout rapj)areil est vu d'en liant. L'anueau tt communi(jue sans cesse avec le jioK» nc'^atif de la pile, qui vient sadapter en j, parce que la bande de cuivre^ se continue parunn*à-

sort oblique r qiii frotte sur n par une légère pression; Vanneau /y communi(jue sans cesse avec le pôle positif de la pile qui vient s'adapter en x , au moyen du ressort r' pareil au précédent ; ainsi , nous pouvons dire que n ^ p sont le pôle négatif et le pôle positif de la pile. Deux chevilles d'acier v et u sont fixées Tune sur /z, Tautre sur/?; elles sont diamétralement opposées et jouent le rôle principal pour faire parler le télégraphe ; Faction de la première s'exerce sur les ressorts d'acier g et (t ; celle de la seconde sur les ressorts d cl g'j d el d sont d'une seule pièce et toujours en communication électrique ; il en est de même de g c^ g ' Les figures 10 et 9 représentent les coupes verticales de l'appareil, l'une faite par les grands ressorts ^' et </, l'autre par les petits ressorts g^etd'. On voit sur la figure 10 le cylindre d'ivoire, l'anneau /?, la che\ille d'acier o et les deux ressorts, celui de droite r/, celui de gauche g^ qui viennent en haut, quand ils sont libres, s'appuyer contie la pièce de n>étal c; jamais ils ne touchent l'anneau p ; ils ne peuvent communiquer avec lui cpie par la cheville o , quand elle est dans une pisition convenable ; on voit de même sur la figure 9 le cylindre d'ivoire, l'anneau /i, la cheville v et les petits ressorts , celui de droite d! et celui de gauche g'. Jamais ils ne touchent à l'anneau /i; ils ne peuvent communiquer avec lui que par la cheville v, quand elle est dans une position convenable.

Quand la clef est verticale , les chevilles a et v sont Tune en haut, l'autre en bas; elles ne touchent point leurs ressorts; c'est la position qu'elles doivent avoir quand on reçoit la dépêche; les deux fils de la station qui l'envoient arrivent Tun en a , l'autre on 6 ; si le courant arrive par a , il passe au multiplicateur dont le fil communique en /;/ et en u par ses deux extrémités; de « il passe en g^ en c, en d et en A, ce qui complète le cirai it ; il traverse le multiplicateur en sens contraire quand il entre par A, puiMfue alors il va de b en d^ en c, en g^ en ii dans le multiplicateur , d'où il sort par m pour arriver en a et compléter le circuit.

Quand la clef est tournée à droite, la cheiille o presse le ressort de droite rf, le détache de c (P'ig. 10), ouvre le circuit en ce point, et en même temps met le ressort d en communication avec Tanneau /?, c'est-à-dire avec le pôle positif de la pile de l'opérateur ( Fig. 14); par le même mouvement li cheville v

7B8 LITRE ill. — MAGNËTISIIE ET ÉLECTRICITÉ.

(FiG. 9) vient presser le ressort ^ et le mettre en communication avec le pôle négatif de la pile ; alors ( Fig. 1 4 ) le courant passe de «/ en & pour gagner le fil de la ligne , arriver au multiplicateur de la station qui recdit la dépêche, revenir en a, en m dans le multiplicateur de l'opérateur, d*oii il sort en u pour passer en g dans la cheville v et dans Tanneau n , pour compléter le ciix'uit.

Quand la clef est tournée à gauche , c'est le phénomène invei-se qui se produit; alors (Fig. 10) , c'est le ressoit g qui est détaché de c et mis en communication avec le pôle positif de k pile, tandis que la cheville v vient presser «T ; le courant de h pile de l'opérateur va donc de ^ en ii dans son multiplicateur, d'où il sort en w, gagne le fil de la ligne en a pour agir en sens contraire sur le multiplicateur de la station qui reçoit la dépêche, revient en i et rf' et par la cheville v à l'anneau //, c'està-dire avec le pôle négatif de la pile pour fermer le circuit.

Ainsi l'opérateur, par le mouvement de sa clef, fait passer le courant de sa pile dans un sens ou dans l'autre, pour produire, dans son propre multiplicateur et dans celui de la station qui reçoit la dépêche , la série des mouvements qui sont nécessaires pour figurer , aux deux stations , les lettres , les mots et la dépêche tout entière.

L'appareil que nous venons de décrire est un appareil simpk-; mais, pour obtenir une plus grande rapidité qui va jusqu'à viiii^t mots par minute, on emploie un appareil double, c'est-à-dire composé de deux multiplicateurs, deux aiguilles extérieures voisin€\s 1 une de l'autre , par conséquent quatre fils et deux clefs. Ces deux systèmes étant indépendants, le signe de chaque lettre se fait parla position relative des deux aiguilles. On a ainsi quatn^ signes élémentaires, au lieu de deux, pour former tous les sitTiiei" compostas; les mouvements sont moins nombreux poiu- chaque lettre et la transmission plus rapide : au reste, le mécanisme est exactement le même. Cet appareil double devient alors tout à fait analogue au télégi-aphe de M. Brcguct, que nous venons de décrire , avec cette différence , à l'avantage de celui-ci , qu il offre incomparablement moins de chances d'erreur, à cause des positions mieux caractérisées des aiguilles de l'indicateur et des mouvements plus assurés, moins incertains, des manettes du riinnipnlatcur.

CHAP. X. — TÉLÉGRAPHES ÉCRIVANTS. 789

342. Télégraphes écrivants. — Nous comprendrons sous ce titre les télégraphes dans lesquels Taction du courant laisse de son passage des traces ou des empreintes qui peuvent être groupées de manière à former tous les signes ou symboles nécessaires à l'expression de la pensée. Je n'ai pu représenter ici que le télégraphe de cette espèce , que M. Froment a construit , il y a quelques années , sur mes indications , en y apportant des perfectionnements d'exécution qui en font un appareil dont la marche est à la fois très-sûre et très-rapide. J'essayerai , toutefois , de donner une idée des appareils de même genre de M. Morse, de M. Dujardin et de M. Bain.

Télégraphe éerlvanl de H. Froment. — Il est représenté i^Pl. 23 c , FiG. 5 et 6 ). Le récepteur d'une station écrit sous la dictée du manipulateur de la station qui envoie la dépêche, et la distance des stations peut ici, comme dans les autres télégraphes, être aussi grande que l'on voudra ; la plume qui écrit peut être il cent lieues de celui qui la tient , ou du moins de celui qui la fait agir et qui en gouverne tous les mouvements ; elle trace , il est vrai, une écriture mécanique dont les lettres ne ressemblent pas aux lettres ordinaires ; mais, pour celui qui en a la clef, cette écriture n'est ni moins claire , ni moins correcte, ni moins facile à lire. M. Froment l'a construit en 1845 d'après mes indications.

Après divers essais déplumes et de pinceaux de diverses espèces, j'ai reconnu que pour tracer les signes ce qu'il y a de meilleur est un crayon ordinaire de mine de plomb, tenu obliquement sur le papier comme on le tiendrait à la main pour bien écrire ; ce crayon doit recevoir deux mouvements, celui de haut en bas et de bas en haut ou le mouvement de va-et-vient qui forme le trait, et en outre, un mouvement de rotation autour de son axe, imitant celui qu'on lui donnerait en le tournant entre les doigts pour faire poser successivement tous les côtés de la pointe et pour la maintenir également fine et conique. C'est le levier ab de Tarmatiu^e de l'électro-aimant (Fig. 5) qui est chargé de cette double fonction : le crayon c est fixé sur son extrémité et fait avec lui toutes les vibrations qu'il exécute entre ses deux arrêts, à chaque fermeture et à chaque rupture du circuit ; ensuite, le porte-crayon qui est de métal est fileté en dehors et se trouve muni vers le haut d'une roue avant sur sa tranche des dents fines et convenablement taillées pour qu'à chaque mouvement

790 LIVIE in. — M.VG5ÉTIS1IE ET ÉLECniCITÉ.

de retour que fait \e levier par la tension dn ressort, un petit heurtoir fa!»se t(»uriu'r cette roue d'une dent. Ainsi par le seul effet de la vibnition le crayon !!.e meut, se taille et s'avance à à mesure qu'il s'use.

Il res»te une conditiou à remplir : celle de donner au papier une vitesse convenable proportionnée à la vitesse de "«ibratîoii de l'armature ; atr c'c:>t du i apport de œs vitesses que dépend la forme des signes ; la vit£S^c de vibration étant uniforme, ptr exemple de ~ de seconde, si le papier se déplaçait perpciidiailairc*ment d'un dé<*imètre dans le même temps, le crayon ne j>ourrait tracer c|u'unc longue courbe sinueuse dont la fonne se reproduirait p'n<><liquement à diaque double déciniètre ; si le déplacement du papier n'est au contraire que d'un demi-millimètre pendant le dixième de seconde d une vibration simple, licrayon tracera une courlx* dentelée analogue à a -^Fig. 7 ). Slai^ il faut distingu/r res dentelures et les gi-ouper pour produire le nombre des signes nécessaires savoir : 26 si Ton veut écrire alphabétiquement, et 49 si Ton veut râ'ire d'après le Tocabulaire de l'administration télégrapliique. Or, rien n'est plus facile que cette distinclion d'après de petits intervalles dé repos du manipulateur, comme on le voit par les signes, A, r, rf, e (FiG. T\ et comme nous rexpUcjnerons dans un instant.

Le papier rec'oit de diverses nianièix»s le mouvement dont nous venons de parler : s'il est en ruban étroit on renroulo mit un tambour animé d'un mouvement de rotation convenalJe: s'il est en feuille, comme Tindique la figure 5, on l'enroule sur un cylindre dont l'axe porte un pas de vis, tandis que Tun des supports porte ini demi-<*cTou ; alors le mouvement d boriogerie h qui fait tourner le tambour avec la vitesse voulue le fait eu même temps avancer, la hauteur dn pas d(» vis réglant la candeur <le riiiterligne. I-kI dépi''<lie éciite {"eut ètixî ini média temeut pliée, < achetée et env<)v<*e à S(ui adresse.

Ainsi, celui qui reçoit la di''pè<-he n'a plus rien à faire qu'à otei le papier écrit pour le remplacer par du papier blanc ; loule> les eri*eui^ dv lecture et <le transcription sont évitées. G* système a (]c y\ns cet avantage très-grand qu'il n'y a plus de désaccord possil)le entre le manipnlatonr et le rt»cepteur, et df tous les appar<*ils dont nous avons parl<» il n'y a que le télégraphe anglais qui jouisse aussi de cette propriété. Nous n'avon>

CHAP. X. — TÉLÉGRAPHES ÉCRIVANTS. 79!

plus qu'un mot à dire pour expliquer le manipulateur qui est représenté en place (Fig. 5) et à part, vu en dessus (FiG. 6).

C'est un disque tournant qui porte huit petits boutons que l'on peut aller prendre successivement avec la main pour les amener en face d'un bouton fixe de rep<Te b ; vis-à-vis la place qu'ils occupent, soit en dedans soit en dehors de leur cercle, sont écrits huit numéros fixes et qui ne tournent pas , 0, 1 , 2, 3, 4, 5, 6, 7 ; le bouton n** 1 est toujours celui qui se trouve vis-à-vis le chiffre 1 , etc., etc.; sur Taxe de rotation du disque tournant est monté un autre disque dont le pourtour est divisé en huit paities égales, alternativement conductrices et non conductrices; les quatre boutons qui correspondent au milieu des premières sout, par exemple, d'ivoire, et ceux qui correspondent au milieu des dernières sont d'ébène ; le ressort qui frotte sur la tranche du disque et qui fait la fermeture du circuit est placé vis-à-vis le bouton fixe b ; alors il y a fermeture du circuit quand c'est un bouton blanc qui est en face de b et rupture quand c'est un bouton noir ; le numéro qui correspond au repère b est le numéro zéro, et les autres numéros se suivent en faisant le tour par la droite. Il est bon de ne jamais laisvser longtemps l'armature de Vélectroaimant en contact avec lui, on a donc soin de mettre un bouton noir au zéro et de ne jamais terminer un signe complet par un bouton blanc ; c'est d'ailleurs un moyen de leur donner plus de symétrie. Ainsi pour faire le signe b (Fig. 7) qui se prononce 3, 4, 3 il suffit d'aller prendre d'abord le bouton qui est vis-à-vis le n" 3 pour l'amener au zéro, puis le bouton n* 4 pour l'amener au zéro, puk enfin le bouton n* 3 ; puisque la somme est paire c'est un bouton noir qui se retrouve au 0 pour recommencer le signe suivant. On voit marqué en ligne droite, sur ce signe, le tempis qu'on a mis pour porter la main au bouton n® 4 et ensuite au bouton n** 3 ; on voit pareillement marcpié en ligne droite, mais l'armature et le crayon étant sous l'influence du ressort, le temps qui s'est écoulé pour passer au signe suivant c, qui est marqué^ 6, 2, 1, etc.

Quand un signe se compose de deux mouvements, il est bon de les faire tous deux impairs, comme 1, 1 ; 1, 3; 1, 5; 1, 7; 3, 1; 3, 3; 3, 5; 3, 7, etc., et quand il se compose de trois mouvements, d'intei caler au milieu un nombre toujours pair,

comme 1, 2, 1; 1, 2,3; 1, 2, 5; 1, 2,7; 1,4,1; 1, 4, 3, etc., par ce mode on cfvitc les erreurs, et s'il arrive que Ton en commette on a un moyen de les reconnaître et même le plus souvent de les corriger.

Télé^rmphe écrivmAt de M. M«rse. — Cet appareil est fort employé aux Éuts-TJnis d'Amérique ; les signes qu'il produit se composent d'enfoncements successifs faits sur un ruban étroit de papier mince; ces enfoncements ont la forme de traits plus ou moins allongés séparés par un ou plusieurs points; on groupe de diverses manières les traits et les points pour figurer le nombre des signes nécessaires. Le ruban de papier glisse avec une vitesse uniforme sur une substance molle et élastique, c'est là qu'il est frappé ou instantanément ou pendant un temps plus ou moins long'par une sorte de marteau ou de poinçon que porte le levier de Tarmature de Télectro-aimant. Toutes les dépêches que j'sd eu l'occasion de voir portaient ce caractère, et il m'a semblé qu'il fallait avoir une bien grande habitude pour les déchiffirer correctement.

Téléipraphe écrlTmat de M. D«|«rdlm. — Le manipulateur de cet appareil est une simple touche sur laquelle on pose le doigt et qui se relève dès qu'elle cesse d'être pressée; pendant tout le temps de la pression il y a fermeture du circuit, aussitôt que la pression cesse il y a rupture.

L'opérateur est ici et dans l'appareil de M. Morse à peu près comme serait un musicien qui, n'ayant à faire parler qu'un seul tuyau d'orgue, voudrait cependant, avec ce son unique, faire autant de signes qu'il y a de lettres dans l'alphabet, afin d'exprimer toutes les paroles. Il le pourrait, assurément, en groupant des sons et des silences pUis ou moins prolongés, avec des sons et des silences très-courts ; s'il voulait même écrire cet alphabet il lui suffirait de fixer sous la touche un pinceau et de faire passer un peu plus bas , d'un mouvement uniforme, un ruban de papier qui ne serait marqué par le pinceau que quand la touche est abaissée ; ce papier aurait ainsi des traits, des points et des blancs qui représenteraient les sons prolongés, les sons trèscourts et les silences plus ou moins longs. C'est là précisément ce qui se fait dans les appareils dont nous parlons; l'opérateur qui envoie la dépêche a le sentiment des temps successifs pendant lesquels il presse ou ne presse pas la touche, seulement le

CHAP. X. — TÉLÉGRAPHES ÉCRIVANTS. 793

pinceau, la plume ou le poinçon qui marquent ces temps se trouvent placés à une très-grande distance.

Dans l'appareil de M. Dujardin, le papier est sur un tambour pareil à celui qui est représenté (Pl. 23 c, Fig. 5), la plume est un godet en forme de cône, rempli d'encre et portant, au point le plus bas, une fente étroite par laquelle Tencre s'échappe quand elle touche le papier; ce godet est attaché à l'extrémité du levier de l'armature de l'électro-aimant, qui est ici vertical ; ainsi la plume marque seulement pendant que l'armature est en prise, c'est-à-dire, pendant le passage du courant.

Téléf^rmplie écrivant de M. Bain. — Nous avons indiqué (295) le principe de cet appareil ; un grand cercle de papier préparé et humide est posé sur un plateau de métal, une tige mince de fer se meut en spirale sur ce papier ; si le courant passait toujours elle décrirait une spirale bleue et continue , les ruptures du circuit donnent des intervalles ou des blancs qui , combinés avec les traits et les points bleus, forment la série des lettres dont se compose la dépêche. C'est là ce qui constitue le récepteur; tout y est disposé d'une manière très-ingénieuse.

Le tableau suivant contient la série des signes adoptés par M. Bain, on se figurera aisément l'effet qu'ils produisent lorsqu'ils sont rangés en spirale, le cercle intérieur de cette courbe ayant environ 15 centimètres de rayon et le cercle extérieur 30 ou 40 centimètres, les différents plis de la spire étant seulement à 3 ou 4 mille mètres de distance.

Alphabet télégraphique de M. Bain.

C, K, Qu, • • 3, . . .

F,V,Ph, 6, - . •

m LIVRE m. — MAGNÉTISME ET ËLECTRICITE.

Suite de l'alphabet, O, au, eau, • •

tion, ftîou, . — • •

ance, ence, • —

ant, eut, • • — .

Le manipulateur de M. Bain n*est pas une invention moins inlércrssaiite. La dcpedie doit être préparée d^avance, elle est écrite h Yernporte'jjîrce^ sur un long ruban de papier; c'est-àdire, que ce ruban passe avec une certaine vitesse sous iin poinçon cpii enlève de petits rectangles transversaux ; un scid coup du poinçon correspond à un point, trois ou quatre coups successifs correspondent à un trait, un intervalle plus ou moiiL< grand correspond au blanc (|ui doit rester entre les traits et les points. Ce ruban forme ainsi une sorte de galerie découpée à jours qui est ensuite confiée au manipulateur. Le reste de Topération est d'une simplicité parfaite : une petite languette de métal, faisant ressort, toucbe en haut un disque de bronze mobile autour d'un axe bori/ontal, ce contact ferme le circuit et laisse passer 1(» courant; le rui)au de la dépèclie est appliqué sur le dis(jne cl passe sous la lanj^uclte ; chaque endroit découpé permet le contact et produit une fermeture du circuit, chaque intervalle au contraire donne un(^ rupline, tout se réduit donc à tourner av<'c une viless<' uniforme la manivelle qui fait cheminer le ruban <MUre la laui^uetle <t la surface du disque : seulement celte vitesM' doit être réglée sur celle qui à faulre station fait mouvoir la plume de fer (pii doit produire des traces correspondantes sur h' papier cyanure.

Je dois ajouter cjuavant eu Toecnsion de déchiffrer une dépèche d'une page, transmise de Paris à Paris en passant par Lille <'t transmise tians «v lou;; circuit à raison de 1 100 ou 1200 signes par minute, je n'y ai pas trouvé une scMi!e faute.

Tels sont les di\ers sNslèuKs télégraphiques qui ont juscprà présent mérité queh[ue attention.

345. ÉtmblIssenteAt des rircultfsi. — On peut distinguer trois espèces de circuits : les circuits aériens^ les circuits souterrains et les circuits sous-marins ; nous uIUhis indiquer rapidement les priacipales conditions d'après lesquelles ils s'établissent.

ClrcaKs mériens. — Des poteaux de bois solidement plantés sur les bords du chemin de fer, à la distance de 20 ou 30 mètres, soutiennent et isolent le fil, à la hauteur de 2 ou 3 mètres audessus du sol, et à la hauteur de 7 mètres, soit quand le fil passe d'un bord à l'autre de la vole, soit ([uand il traverse une route ordinaire. Sur ces poteaux sont fixés des suppoits isolants , de porcelaine ou de terre cuite, faits en forme de cloches et protégeant ainsi contre la pluie une tige qui descend de leur sommet, en se prolongeant un peu ])his bas que les bords et qui est destinée à porter le fil. De 500 mètres en 500 mètres se trouvent des poteaux plus foits, que Ton appelle poteaux de traction j sur lesquels on établit des espèces de treuils isolés, propres à tendre le fil et à prévenir les trop grandes flèdics qu'il pourrait faire entre deux poteaux ordinaires s'il était trop lâche. Lorsque le circuit est tout entier métallique, il faut un fil d'aller et un fil de retour, et ces deux fils ne doivent ni se toucher ni communiquer indirectement entre eux; ils sont portés par les mêmes poteaux, mais leurs supports isolants sont l'un au-dessus de l'autre à une distance de 20 ou 30 centimètres. Dans les appareils doubles il faut quatre fils pour composer les deux circuits distincts qui doivent faire marcher , l'un la portion de droite , l'autre la portion de gauche ; on ajoute souvent des fils supplémentaires ce qui donne en gént'ral sur nos lignes un système de six fils, convenablement espacés sur les poteaux, et dont chacun doit être isolé de ses voisins, comme nous venons de le dire.

Dans la plupart des cas on peut cependant profiter de la conductibilité du sol, et faire la communication par la terre ^ c'està-dire, prendre la terre pour former Tune des moitiés du cii-cuit; c'est ce que nous allons faire comprendre par un exemple. Supposons en effet qu'entre les deux stations p et r (Pl. 23 b, FiG. 7), qui repn»scntent Paris et Rouen, on ait tendu un seul fil ab, qu a Paris le pôle |>ositif de la pile communique avec l'extrémité «, et que le pôle négatif plonge dans la Seine, qu'à Rouen l'électro-aimant communique d'une part avec l'extrémité 6, et de l'autre avec la Seine, il est évident que l'eau du

79<( UVRE III. — MAG5ÉTISME ET ÉLECTRICITË.

fleuve tiendra lieu de «econd fil, et que le courant, après s'être propagé de Paris à Rouen par le fil métallique, reviendra de Rouen à Paris en se propageant par I eau de la Seine qui complétera le circuit, ou i^ice versa ; si c'est le pôle positif de la pile qui plonge dans la Seine et le pôle négatif qui touche au fil, le courant ira par la Seine et reviendra par le fil. Il est vrai que, d'après mes expériences ;289), la conductibilité du cuivre est environ 2 mille millions de fois plus grande que celle de Tean, et que la section du fil de cuivre n'étant pas 2 mille millions de fois plus petite que la section de la Seine, il y aurait du désavantage à substituer la Seine au second fil ; mais Teau de la Seine n'est pas encaissée dans un canal non conducteur, tout an contraire, le canal qui la contient, ou plutôt le sol qui Tenvironne jusqu'à de très-grandes distances est luir-méme humide et conducteur, si bien que Fénorme section du sol fait plus que compenser sa moindre conductibilité, et qu'en définitive le circuit composé d'un fil et du sol donne au courant plus d'intensité que le circuit composé de deux fils. Voilà ce qui était indiqué par la théorie et ce qui a été confirmé par rexpérience. Au reste, on comprend que c'est seulement pour fixer les idées que j'ai parlé de faire communiquer à la Seine la pile de Paris et Télectro-aimant de Rouen; cela n'est nullement nécessaire; il suffit que ces communications se fassent avec un sol humide ou avec l'eau d'un puits, car rélectricité saura bien trouver la liaison, indii*ecte et cachée pour nous, qui existe entre les puits de Rouen et de Paris et le sol humide du bassin de la Seine.

Quelques physiciens, tout en admettant les explications que je viens de donner, conservent des doutes sur la possibilité d'établir par le sol plusieurs communications télégraphiques voisines, sans danger de confusion; voici les principes d'après lesquels on peut apprécier dans quel cas ces doutes sont légitimes et dans quel cas ils ne le sont pas. Concevons qu'après avoir arrangé les choses avec un seul fil, comme nous l'avons dit, entre Paris et Rouen, on vienne tendre de Tune à l'autre de ces stations, un second fil a*b\ pareil au premier, isolé comme lui et dont les deux extrémités plongent, soit dans la Seine, soit dans les puits qui servent au premier circuit, et examinons quelle part ce second fil doit prendre dans le passage du coiurant.

Nous avons vu (278) comment se forment les courants dérivés, et comment, d'après les lois fondamentales qui résidtent de mes expériences, on peut déterminer leur intensité; or, s'il arrive que le sol ne conduise pas mieux que le premier fil, la longueur du circuit qu'il représente est égale à la longueur de ce fil, et l'interposition du second fil doublant la conductibilité, l'intensité se partagera en deux parties égales entre lui et le sol ; mais s'il arrive que le sol conduise, par exemple, cent fois mieux que le premier fil, la longueur du circuit qu'il représente n'est plus qu'un centième de la longueur totale du circuit, et la dérivation qui se fait alors entre deux points qui se trouvent électriquement si rapprochés ne peut plus prendre qu'une intensité très-faible et comme insensible. C'est d'ailleurs ce qui se détermine rigoureusement par les formules générales que nous avons discutées (278), et dans lesquelles il suffit de substituer les données de l'expérience. On voit donc que l'intervention du second fil dépend de la conductibilité du sol, et qu'elle en dépend d'une manière précise et mathématique.

Maintenant concevons que Ton se serve de ce second fil comme du premier, c'est-à-dire qu'il soit en communication avec une deuxième pile et un deuxième électro-aimant, et voyons quand ces deux systèmes télégraphiques différents pourront ou ne pourront pas fonctionner ensemble sans se nuire. Chacun de ces fils faisant à l'égard de l'autre l'office de courant dérivé, chaque pile fera mouvoir les deux électro-aimants : si ces courants dérivés ont une intensité sensible, c'est-à-dire si le sol est trop mauvais conducteur, alors le jeu distinct et simultané des deux systèmes serait impossible ; au contraire, il sera très-possible et se fera sans aucune confusion, si le sol est assez bon conducteur pour que les courants dérivés n'aient pas d'intensité sensible. Tout se réduit donc à reconnaître d'avance la conductibilité du sol, et c'est chose facile au moyen des boussoles qui m'ont servi à établir les lois de l'intensité et qui sont décrites (284). Il pourrait bien se rencontrer des sols moins bons conducteurs que le sol de Paris à Rouen ; et l'on peut dire a priori que cela arrivera dans les pays de montagne, et surtout pour les points qui seront éloignés des grands bassins hydrographiques; mais entre Paris et Lyon , par exemple , la communication paraît devoir être très-l)onne, parce qu'elle aurait lieu par la mer Méditerranée ,

798 LIVRE lU. — MAGNÉTISME ET ÉLECTRICITÉ.

rOcéan et la Manclie : il eu est de même entre Paris ei Saint- Pétersbourg, où elle se feiait par la Seine, la Baltique et la

Newa.

CIrcvits soaterralas. — En Allemagne on a préféré les circuits soulerrains, les fils sont enterrés sous le sol. Ce mode au* rait présenté «rinsurmcmlahles difticultés si l'on n'avait eu iiomme substances isolantes que du verre, du soufre, de la résine, oa même de la soie, de la laine et du coton; les premières sont cassantes et les moindres moiivemenls du sol auraient déterminé des ruptures, les autres sont perméables à Tbumidité et deviennent conductrices; le caoutchouc lui-même aurait présenté de grands inconvénients. Heureusement la gutta-perclia, qui a été importi'e en Europe dans ces dernières années, est venue à point donner une solution du problème; c'est une substance parfaitement isolante, imperméable à Thumidité, résistante, Uexible, élastique , se ramolisMint à une chaleur de 80^, jouissant alors de la propriété de s'attacher au méud, de faire corps avec lui et de se travailler comme de la cire. Ixî fil de cuivre ou «Je fer, d'environ 3 ou 4 millimètres de diamètre, qui doit composer le circuit 4'>lectri({ue, t^t donc enveloppe d'une couche de gottapercha d'environ 3 millimètres dVpaisseur, formant ainsi avec le métal un cylindre flexible gros comme un fil de caret. Une fob enterrés sous le sol, ces fils ne sont pas cejx^ndant à l'abri de toute csjxVe d'accident; mais ^I. Siemens a imaginé une série de moyens ingénieux pour découvrir le point où il y a ruiHure du (il ou de son enveloppe.

Cirrnlts mous-iaarlnn. — Il y a aujourd'hui deux exemples île circuits sous-marins : < ehii de Douvre à Calais et celui de fJolv /ie(t// à Dublin entie la cote d'Angleterre et celle d'Irlande. Le premier (»st repri''>enté (Pi.. 23 n, Fio. 8, 9) : la figure 8 est une coupe d'inviron demi-graiidrur naturelle et la figure 9 fait voir l'él/'Yalion sur une longueur réelle d'cnvinm 10 centimètres. On voit au centie les quatre fils de cuivre avec leur enveloppe de gutla-percha, puis une envelo|>pe g<»nérale qui les couvre et les unit, cl enfin It^ dix gros fils de fer galvanisé assemblés au pourtour en hélice très-allongée, comme le montre la figure 9 ; ces fils de fer, inutiles à la communication électrique, sont destinés seulement à protéger h's fils conduclenrs et leur enveloppe et à donner à l'ensemble une résistance suffisante. Ce grand càbte,

d'environ 30 kilomètres de longueur, pèse six tonnes par kilomètre ou en somme 180 000 kilogrammes. Sa durée me parah fort incertaine ; sans compter Teffort accidentel qu'il peut avoir à subir de la part des ancres qui viendraient à le rencontrer quand la mer est mauvaise, il faut remarquer qu'entre Douvres et Calais les sondages indiquent de nombreuses crêtes, sur lesquels le cà* ble doit reposer et qui ne sont pas à une profondeur assez grande pour être à Tabri des violentes agitations de la surface, il est donc à craindre que dans les grandes tempêtes le câble ne se lime sur ces crêtes; de plus, l'action corrosive €pie Veau de la mer exerce sur le fer, même sur le fer galvanisé, ne tardera pas à lui oter une partie considérable de sa résistance ; on aurait pu peut* être appliquer ici le mode de préservation deDavy, en adaptant de distance en distance des manchons de zinc qui auraient ajouté leur action efficace à celle de la feuille trop mince qui couvre les &ls.

Le câble d'Irlande a une longueur triple, 130 kilomètres, il est construit d'une manière analogue , si ce n'est que l'intérieiur ne contient qu'un seul fil de cuivre, tandis que la cuirasse exké» rieure est composée de 12 fils de fer galvanisés, plus minces que ceux de Douvres ; car il pèse dix fois moins à longueur égale, ou seulement 610 kilogrammes par kilomètre et en somme 80 000 kilogrammes. Le projet, la construction et la pose ont été l'affaire de quelques semaines ; le fil de cuivre enduit de gutta-percha à Londres , a été transporté près de Newcastle , a Gateshead , dans les ateliers de M. ^ewall qui a fait cette entreprise ; là , en peu de jours il a reçu son enveloppe de fil de fer ; chargé sur vingt wagons il a traversé l'Angleterre en quelques heures pour arriver de Newcastle à Maryport, où il a été porté sur le Britonniay remorqué par le vapeur le Proaper. Un seul jour a sufïi pour le dérouler et l'étendre au fond de la mer ; la première extrémité ayant été fixée à Holyliead,le l^''juin 1852 au matin, la seconde arrivait le soir à 7 heures à Howth , où le lendemain les com«munications furent établies avec le rivage et Dublin , qui put immédiatement annoncer à Londres le succès de cette audacieme entreprise si merveilleusement accomplie (Lettre de JME* Gofdon à M. Lechatelier, Bulletin de la société iT encouragement ^ /«in 1 SÔ2).

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