CHÂP. X. — VITESSE DES PROJECTILES
La seconde question n^est pas résolue par la première : de ce que le courant passe intégralement dans -j^ de seconde , et de ce qu'il maintient en équilibre Taiguille de la boussole d'intensité , par son retour périodique à des intervalles aussi rapprochés, il n'en résulte aucunement qu'une seule de ces actions doive imprimer à l'aiguille une déviation sensible et observable. Il fallait donc isoler l'un de ces chocs pour en connaître l'efFet. J'y suis parvenu de la manière suivante :
Sur un plateau de verre de 84 centimètres de diamètre est collée une bande d'étain d'un millimètre de largeur, s'étendant conune un rayon de la circonférence vers le centre ; là elle communique à une bande circulaire plus large qui entoiu*e l'axe de rotation. Supposons que le plateau tourne à raison d'un toiu*par seconde , et que les deux extrémités d'un circuit électrique s'appuient par des ressorts , l'une sur la bande centrale qu'il touche toujours , l'autre sur le verre du plateau près de sa circonférence ; au moment où la bande d'un millimètre viendra passer sous ce dernier, il y aura communication électrique , et la durée du courant sera justement égale à la durée du passage de la bande, c'est-à-dire à ^^ de seconde si l'on touche près de la circonférence , à Yjg^ si l'on touche au milieu du rayon , etc.
Si le plateau fait deux tours, trois tours, quatre tours par seconde, on obtiendra ainsi des passages d'une durée deux, trois ou quatre fois moindre.
Or , en faisant l'expérience , j'ai trouvé qu'une pile ordinaire de Daniell, à six éléments, ayant à traverser un circuit d'environ 40 mètres de fil de cuivre de 1 millimètre , donne un courant assez intense pour que l'action qu'il exerce pendant ^—^ de seconde imprime une déviation de 12 degrés à l'aiguille d'un galvanomètre peu sensible; l'aiguille met environ 10 secondes à parcourir cet arc, de telle sorte que l'action rapide des fluides électrique et magnétique , qui s'est exercée pendant -^^ de seconde, se trouve par là transformée en un mouvement cinquante mille fois plus lent, lorsqu'il passe dans la matière pondérable de l'aiguille.
Le galvanomètre de M. Melloni a une sensibilité qui est maintenant connue de tous les physiciens; elle est variable dans les divers appareils ; cependant elle peut être prise pour terme de comparaison, lorsqu'il ne s'agit que de donner une idée ap-
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proximatiye des effets électriques. Uim de ces instruments donne 1 5 degrés de déviation , lorsqu*on fait agir sur lui pendant -^^ de seconde, le courant d'un seul élémeiit de Daniell, dont le circuit se compose d'environ 20 mètres de fil de cunre de 1 millimètre. Ainsi, ayec cet instrument, Ton peut appréder sans peine la dix-millième partie d'une seconde.
On comprend qu'il j a ici à déterminer les lois suivant lesquelles l'amplitude de la déviation varie dans le même appareO, avec l'intensité du courant et la durée du contact ; ces lois peuvent se déduire de diverses considérations théoriques; cependant il sera nécessaire de les vérifier par des expériences précises. Eo attendant , je me suis borné à graduer empiriquement l'appareil qui m'a servi, c'est-à-dire à dresser une table des déviations qu'il éprouve sous l'influence d'un courant connu agissant pendant un temps déterminé. Cette graduation une fois faite, le galvanomètre devient, en quelque sorte, un pendule balistique qui donne le temps pendant lequel le même courant exerce son action.
Parmi les applications que j'en ai pu faire jusqu'à présent, je citerai seulement celle qui est relative à la vitesse d'inflammation de la poudre.
L'expérience se dispose de la manière suivante (Pi.. 23 c, Fi6. 8) : les deux extrémités d'un circuit dans lequel se trouvent le galvanomètre et un élément de Daniell, viennent s'adapter, Tune à la capsule mise en place sur sa cheminée, et l'autre au chien du fusil , toute la batterie étant bien isolée du canon ; une poi^lion du fil passe devant le bout du canon , à quelque distance, de manière à être coupée par la balle à l'instant où elle sort. Voilà tout l'appareil. Lorsqu'on tire, le courant passe donc pendant tout le temps qui s'écoule depuis l'instant où le chien frappe la capsule jusqu'à l'instant où la balle coupe le fil. Les déviations produites dans diverses expériences faites avec la même charge de poudre sont parfaitement concordantes; les observations se font avec la plus grande faciUté, et, avec la charge dont j'ai fait usage, les valeurs extrêmes sont —jj et j^ de seconde, pour le temps qui s'écoule entre Tinstant où la capsule est frappée et F instant où la balle sort du canon.