CHAP. IV. — INFLUENCE DE LA CHALEUR
la recomposition qu^elle .est capable de produire. Par exemple» une aiguOle qui a été plongée à plusieurs reprises dans Feau bouillante, où elle restait 10' à chaque fois, n'a perdu qu'à la sixième immersion tout le magnétisme qu^elle pouvait perdre : d'abord elle ne mettait que 578' à faire 200 oscillations; après la première immersion, elle en mettait 637; 645,5, après la deuxième; après la troisième, 645; après la quatrième, 647 ; après la cinquième, 650,5; après la sixième, 652; et aussi 652 après la septième.
Voici un autre effet de la chaleur, auquel on n'a pas fait assez d'attention : à la température du rouge cerise, les aimants, Tacier et le fer, perdent non-seulement le magnétisme libre qu'ils peuvent posséder, mais , de plus , ils deviennent incapables d'en recevoir la moindre trace. Pendant tout le temps qu'ils sont soumis à cette température, ils paraissent comme du bois et de la pierre , tout à fait insensibles à l'action décomposante des plus forts barreaux. Ainsi , les aimants , l'acier et le fer ont une limite magnétique , et cette limite se trouve à peu près vers la température du rouge cerise.
Quelques analogies assez remarquables entre les distances des atomes des corps et leurs propriétés magnétiques m'avaient conduit à penser que la limite magnétique des différents corps devait se trouver à des températures très-différentes , et j'ai , en effet, démontré par l'expérience :
l** Que le cobalt ne cesse jamais d'être magnétique, ou plutôt que sa limite magnétique est à une température plus haute que le rouge blanc le plus éclatant;
2® Que le chrome a sa limite magnétique un peu au-dessus de la température rouge sombre ;
3^ Que le nickel a sa limite magnétique vers 350®, à peu près à la température de la Bision du zinc;
4® Enfin, que le manganèse a sa limite magnétique à la température de 20 à 25^ au-dessus de 0*.
Les expériences sur les cinq corps simples magnétiques, le manganèse, le nickel, le chrome , le fer et le cobalt, semblent prouver :
1^ Que la chaleur n'agit sur le magnétisme que par la distance plus ou moins grande qu'elle détermine entre les atomes des corps; ^
2® Que toutes les substances deviendraient magnétiques si Ton
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pouvait, par une action quelconque , rapprocher leurs atomes à une distance convenable.
Voilà , à peu près , tout ce que nous connaissons jusqu'à présent des influences de la chaleur sur les fluides magnëtiques; fl faut espérer qu'un si beau et si vaste sujet de redietchcs ne sera pas longtemps négligé , et que bientôt on en poufTft fkire sordr quelque découverte fondamentale.
204. Iles cvases qvl peuvent ataiattter le« Biilb«t«MeeB mbsnétiques. — Nous venons de voir que la chaleur est une cause très-efficace pour déterminer la recomposition du magnétisme libre , mais elle est tout à fait impuissante pour déterminer la séparation des fluides; du moins, il a été impossible jusqu'à ce jour d'obtenir par la chaleur la moindre trace tf aimantation , même dans les corps où l'équilibre magnétique e$t le plus facile à rompre. Ainsi, le magnétisme et la chaleur sont des agents naturels qui paraissent n'avoir aucune prise directe l'un sur l'autre.
La lumière ne paraît pas plus efficace que la chaleur pour déterminer une séparation des fluides magnétiques. Il e^ vrai que queirpies observateurs, et particulièrement M. Morichini, ont cru reconnaître un pouvoir magnétisant dans les rayons solaires; mais j'ai apporté beaucoup de soins à répéter ce» expériences sans découvrir aucune action sensible. BIM. Reiss et Mozer n'ont pas été plus heureux, {jinn, de Chim. et dePkfs.^ t. XLU, p. 304.)
n n^en est pas de même de Télectricité , elle srgit sur le magnétisme avec une puissance remarquable. CeBt la découverte de cette action qui a lait naître Xélectro^magnétisme^ brandie nouvelle de la science, que nous devons étudier après l'électricité, et qui a reçu en peu d'années d'immenses développements.
'WS. Hea almMits artilleielB et BMapels. — Nous avons déjà dit qu'on appelle en général aimants naturels les substances qui sont aimantées au sortir du sein de la terre , et aimants artificiels toutes les substances dans lesquelles nous parvenons , par nos procédés, à fixer du magnétisme. Un aimant naturel, chauffé au rouge, et réaimanté après cette opération, serait un véritable aûnant artificiel. En donnant les procédés d'aînantation et les moyens de changer et augmenter la force ceercitive, nous avons donc donné les méthodes d'après lesqueSes ks ai-
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mants doivent être composés*; nous n'ayons plus à présent qu'à faire connaître comment on peut les conserver, et conmient on peut les assembler pour augmenter leur puissance. *
Les aiguilles , les lames et les barreaux de toute espèce sont des aimants d'une seule pièce, qui, étant ime fois aimantés à saturation , conservent très-bien leur magnétisme : cependant , les lames et les barreaux pouvant «être disposés de difSérentes manières à Tégard de la force terrestre, cette force peut, dans des circonstances favorables, déterminer une recomposition partielle des fluides. Par exemple, dans nos climats, un barreau qui serait tenu verticalement son pôle bcH-éal en bas, éprouvonit une diminution magnétique, et si, dans cette position, il recevait quelques chocs ou quelques coups de marteau , il pourrait en peu de temps être réduit à une force très-faible , ou même prendre des pôles contraires. C'est pour empêcher ces recompositions que Ton emploie les armcUures. On appelle en général armures ou armatures des pièces de fer doux qui sont mises en contaot avec les aimants pour maintenir leur activité par la décomposition magnétique qu'elles éprouvent. Pour armer des barreaux, on les dispose parallèlement dans leurs boites, de manière que les pôles contraires se correspondent, et, aux deux extrémités, on ajoute transversalement deux prismes quadrangulaires de fer doux qui complètent le parallélogramme. Chacune de ces pièces de fer devient ainsi un aimant qui réag^ sur les barreaux pour y fixer les fluides décomposés*
Les ^îguîUes qw sont en activité ne peuvent point recevoir d'annature, oiais elles n'en ont pas besoin, puisqu'elles se tour» neat sana cesse pour obéir à la force qui les sollicite ; c'est cette force ello-méme qui leur sert d'armature.
Les faisceaux magnétiques sont des assemblages de plusieurs lames dont les armatures exigent beaucoup plus de soin. La figure 22 (Pl. 15) représente un faisceau construit d'après les méthodes de Coulomb; il se compose de lô lames rectangulaii'es disposées en 3 couches de diacune 5 lames. Les lames de la couche ei^pévieure et celles de la couche inférieure sont plus courtes de 7 ou 8 centimètres que celles de la couche moyenne; ce qui donne à chaque extrémité un retrait de 3,5 à 4 centimètres. Toutes ces lames, qui sont du reste pareilles dans leurs dimensions, s'ajustent dans les pièces d« fer /*, qui servent d'arnuitures ; un lien de cuivre qc' les retient à chaque bout et les presse de ma-
nière que le système entier soit parfaitement immobile. Ces grands faisceaux sont destinés à être fixes lorsqu'on s*en sert pour aimanter; on construit , sur les mêmes principes, des faisceaux glissants qui ont une moindre longueur et qui ne se composent que de 6 ou 9 lames.
La figure 19 représente un aimant en fer à chofal : c'est un assemblage de plusieurs lames qui sont immédiatement superposées. Après les avoir trempées , on les recuit, et on les dresse de manière qu'elles puissent s'appliquer exactement l'une sur l'autre; deux vis c' et i^', de fer ou de cuivre, les retiennent dans cette position. Ces lames sont aimantées séparément avant d*étre assemblées : pour cela , on les met en prise , aux deux bouts, avec les pôles contraires de deux puissants barreaux, et, en partant du milieu ou du sommet de la courbure , on fait, par la méthode de la double touche, autant de frictions qu'il est nécessaire. Un anneau nn! sert à suspendre l'aimant, et une pièce de fer doux />y qu'on appelle le portant on le contact^ reste toujours en prise avec les deux pôles contraires a et 6. Le contact n'a en général que le tiers de l'épaisseur de l'aimant , et il est légèrement arrondi sur sa surface de contact, de telle sorte qu'il ne touche l'aimant que par une seule ligne. Les aimants bien faits peuvent soutenir, au moyen du portant, jusqu'à 10 ou 20 fois leur poids.
Les armatures des aimants naturels sont représentées dans les figures 20 et 21 : les parties /, F sont les ailes de l'armature; et les parties p, p en sont les pieds. On donne aux ailes me largeur égale à celle de l'aimant , et une épaisseur d'environ 3 ou 4 millimètres; les dimensions des pieds dépendent de la force de l'aimant, et ce n'est que par des essais successifs que l'on peut arriver à la forme et à la grandeur le plus convenables.
On a observé sur les aimants naturels un phénomène dont il n'existe aucune explication plausible : c'est la faiblesse qu'ils éprouvent lorsqu'on les surcharge. Supposons qu'un aimant puisse porter 20 kilogranunes assez facilement : si on le chai^ge de ces 20 kilogrammes, et que chaque joiu* on y ajoute un petit poids, on pourra graduellement augmenter la charge, au point de la porter à 30 , ou peut-être à 40 kilogrammes. Mais, dès que le contact se détache , entraîné par l'excès du poids , il est impossible de le faire reprendre : l'aûnant ne veut j^os mordre^ et il faut revenir à une charge moindre que les 20 kilogrammes
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de point de départ, pour que Taîmant la puisse porter; cependant, avec des précautions et du temps, on parviendra à le nourrir de nouveau et à lui rendre sa première vigueur.
Lorsque, au lieu d'aimanter des aiguilles ou des prismes , on aimante des lames très-larges et peu épaisses , il est facile d*y varier la distribution magnétique d'une infinité de manières : en prenant , par exemple , des plaques de tôle d'acier de 3 ou 4 décimètres carrés et de 2 ou 3 millimètres d'épaisseur, et en traçant sur leur surface avec un aimant, assez fort des figures quelconques , on peut rendre ces figures apparentes en répandant de la fine limaille de fer avec un tamis sur la surface aimantée de la plaque. M. de Haldat a publié un mémoire intéressant sur ce sujet {jinn. deChim. et de Phys.^ t. XLII, p. 33).
La figure 29 représente un système d'aiguilles compensées , ce sont des aiguilles à coudre aimantées dont les pôles sont opposés ; le système serait astatique^ si les deux forces contraires étaient parfaitement égales ; mais , quand elles sont inégales , il conserve une force directrice qui est augmentée ou diminuée suivant l'inclinaison que l'on donne à l'aiguille oblique supérieure. La figure 30 est le système compensé, tel qu'on l'emploie dans les multiplicateurs auxquels on veut donner beaucoup de sensibilité. (Voy. Électro-magnétisme.) Le degré de compensation s'apprécie par la durée des oscillations.
DEUXIEME SECTION
Bfi L'ÉIiSOTliettÉ.