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CHAP. V. — ACTIONS CHIMIQUES

IVIectricié par les actions chimiques, et des courants électriques qui en résultent.

Actions physiologiques et poissons électriques.

Pour compléter l'examen des causes diverses qui peuvent développer de l'électricité, nous avons à parler encore àe&pois^ sons électriques et des phénomènes extraordinaires qu'ils présentent.

On sait depuis longtemps que la torpille a la propriété de irapper d'engourdissement la main qui la touche; quelquefois même la commotion est assez violente pour déterminer dans toute la longueur du bras une paralysie douloureuse qui dure plusieurs minutes, et qui peut être comparée k ce qu'on éprouve quand on se frappe le coude. Pour expliquer ces effets, Ton disait autrefois que la torpille lance des molécules engourdissttntes^ ou quelle agit comme un ressort qui se débande, ou comme un corps sonore qui est en vibration rapide (Réaumur, Académie des sciences y 1714.) Mais lorsque Muschenbroek ressentit pour la première fois les effets de la bouteille de Leyde, il eut l'heureuse idc^ de comparer cette commotion à celle de la torpille, et d'attrihuer ainsi à la même cause des phénomènes dont l'origine semblait si différente : c'est alors seulement que la torpille et les autres poissons analogues, que l'on appelait en général trembleurs, fiirent appelés à juste titre poissons électriques; on en compte maintenant sept appartenant à des genres différents : Torpédo narke risso; T. unimaculata ; T. marmorata; T. galvanii; Sihirus electricus ; Tetraodon electricus; Gymnotus electricus.

Quelle est l'origine de la prodigieuse quantité d'électricité que peuvent donner ces poissons? C'est une question d'un très-grand intérêt , qui parait malhein'eusement avoir été négligée par les plus habiles observateurs : cependant nous sommes porté à admettre que cette électricité est le résultat d'une action physiolo^ gique particulière ; car, dans l'ensemble des faits connus, nom ne trouvons rien qui autorise à penser qu'elle soit produite par des actions mécaniques, ou par la chaleur, ou par des actions chimiques analogues à celles que nous venons d'examiner : totr tefois, dans l'impossibilité d'établir cette opinion sur des bases certaines, faute d'expériences directes, nous n'entreprendrons ici aucune discussion à ce sujet, et nous nous contenterons de ré-

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sumer les piiacipaux phénomènes qui ont été obserrés sur It torpille et le gymnote.

272. Propriétés 4e la torpille. — C'est à Walsh que nous devons les premières recherches un peu précises sur les effets de la torpille; ses expériences furent faites à la Rochelle, en 1772, el à l'île de Bé {Journal Je Physique ^ t. IV , p. 305) ; il en tire les conséquences smTanles :

Quand la torpille est daitt Tair, on reçoit la oommodon en touchant directement une partie quelconque de sa peau, soit par uu seul doigt, soit par toute la largeur de la maia.

On reçoit pareiUemem les commoûons l<irsqu'on la touche avec un bon conducteur;- par exemple , avec une dge de métal de plusieui*s pieds de longueur.

La commotion est arrêtée par tous les mauvais conducteurs : ainsi, on peut ftoucber impunément la torpille avec du verre, de la résine, etc.

Oh peut même la toucher sans danger avec une petite bande d'étaiu ooUée sur du venre , pourvu qu'il se trouve dans Fétiiii une solution de continuité aussi petite qu'on ptnsse la faire avec la pointe d'un canif.

Quand plusieurs personnes nou Uolées se tiennent par h main, et que la première ^ seule , touche la torpille, la commotion se fait sentir à la seconde et même à la troisième , mais die diminue d'intensité.

La commotion se fait sentir dans un cercle de vingt personnes non isolées qui se tiennent par la main , quand la première personne touche la torpille sous le ventre , tandis que la dernière la touche sur le dos, ou t4ce versa.

Voilà les principaux résultats que Ton obtient dans Tair; la dernière expérience réussirait peut«-etre en touchant deux poin& quelconques qui ne soient pas opposés, comme Walsh semble l'exiger, sans doute à caiiae de l'analogie qu'il cherche à établir entre les houteilles de Leyde et les tOTpîUes. Dans l'eau, les oonomotions ont toujours moins d'intensité que dans l'air, mais elles se produisent encore de la même manière et sous les mêmes conditions. L'eaa étant un assez bon conducteur, on conçoit qu'une torpille vive et énergique puisse agir à distance, et qu alors il ne soit pas nécessaire de la toucher directement. Walsh a en eflfet observé qu'elle foudroie , à distance , de petits poissons, ou au moins qu'elle les étourdit ou qu'elle les enivre.

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Dtns tout les cas, hi commotion que lance la torpille est pour elle un phénomèoe Tolontaire : il aniye souvent qu'on la touche à plusieurs reprises sans rien obtenir ; mais, lorsqu'on Tirrite en lui pinçant les nageoires , on est à peu près assuré de recevoir des coups redoublés ; Walsh a compté jusqa^à cinquante décharges en une minute.

MM. Becquerel et Bresdiet ont fait plusieurs observations très-intéressantes sur les torpilles de Chioggia non loin de Venise (Becquerel, t. IV, p. 364) : ils ont constaté par exemple, au moyen d'un bon galvanomètre , que le eotarant va toujours du dos au ventre en passant jiar le gaWanooietre ; Us ont pareille» ment vérifié de nouveau que la torpillé peut faire à volomé passer la décharge par tels ou tels points de ses surfaces supérieures et inférieures.

M. Matteucci , qui a fait |dus récemment encore des expériences très-curieuses sur les torpilles de l'Adriatique 9 a trouvé le moyen de rendre l'étinoelle parfititement visible : pour cela il applique deux armatures métalliques, Tune sur le dos et l'autre sur le ventre de la torpille ; puis il dispose en même temps deux feuilles d'or très-près l'une de Tautre, et dont diacune est mise en communication avec l'une des armatures : alors, aussitôt qu'on irrite la torpille, on voit briller l'étiocelle entre les deux feuilles d'or.

M. Matteucci a pareilleraent confirmé l'observation impor» tante de MM. Becquerel et Breschet sur le sens du courant ; il a constaté de son côté que le dos est positif, et le ventre négatif.

Nous regrettons de ne pouvoir donner de plus amples détails sur ces diverses recherches, qui jetteront sans doute beaucoup de jour sur les propriétés électriques et phpiologiques de la torpille.

Propriété» éa ^ yatnote* — Le gymnote électrique , que l'on appelle aussi V anguille de Surinam , est doué d*une puissance ^trique encore plus grande que celle de la torpille. Walsh fiit ▼eiiir de Surinam des gymnotes , sur lesquels il confirma les i^^tats qu'il avait obtenus de la torpille quelques années aupa-* ^vant; mais, de plus, il fit cette observation curieuse, que la commotion du gymnote peut se transmettre d'un conducteur à un autre au travers d'une petite lame d'air, et qu'alors on voit briller une étincelle électrique. {Journ. de Phys.^ X. VIII, p. 305.)

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M. de Humboldl si fait , en Amérique, avec M. Booplaud, un grand nombre (Inexpériences sur le gymnote. Voici ce qu il rapporte , dans son ouvrage , des habitudes de ce poisson singulier et des moyens de le pêcher :

« Nous partîmes , le 9 mars , de grand matin , pour le petit village de Rastro de Abaxo : de là, les Indiens nous conduisirent à un ruisseau qui, dans le temps des sécheresses, forme un bassin d'eau bourbeuse entoure de beaux arbres, de dusia , d'amyris, et de mimoses à fleura odoriférantes. La pèche des gymnotes avec des filets est très-difficile , à cause de l'extrême agilité de ces poissons qui s'enfoncent dans la vase comme des serpents. On ne voulut point employer le barbascoj c'est^-dire les raciae» du piscidia erithryna , du jacquinia armillaU , et de quelque^ espèces àe phyllanthus ^ qui, jetées dans une mare, enivrent ou engourdissent les animaux : ce moyen aurait affaibli les gymnote». Les Indiens nous disaient qu^ils allaient pécher avec deschevnuj. Nous eûmes de la peine à nous faire une idée de cette pédie extraordinaire ; mais bientôt nous vîmes nos guides revenir delà savane , où ils avaient fait une battue de chevaux et de mulets non domptés ; ils en amenèrent une trentaine qu'on força d'entrer dans la mare.

« Le bruit extraordinaire causé par le piétinement des die^ vaux fait sortir les poissons de la vase et les excite au combat. Ces anguilles, jaunâtres et livides, semblables à de grands serpents aquatiques, nagent a la surface de Teau, et se pressent sous le ventre des chevaux et des mulets ; une lutte entre des ani* maux d'une organisation si différente offre le spectacle le plus pittoresque. Les Indiens, munis de harpons et de roseaux longs et minces , ceignent étroitement la mare ; quelques-uns d'enuv eux montent sur les arbres , dont les branches s'étendent horizontalement au-dessus de la surface de l'eau ; par leurs cris sauvages et la longueur de leurs joncs, ils empêchent les chevaiu de se sauver en atteignant la rive du bassin. Les anguilles, étourdies du bruit, se défendent par la décharge réitérée de leur« batteries électriques; pendant longtemps elles ont l'air de remporter la victoire. Plusieurs chevaux succombent à la violence des coups invisibles qu'ils reçoivent de toutes parts dans les organes les plus essentiels à la vie ; étourdis par la force et la fréquence des commotions, ils disparaissent sous l'eau ; d'autres, haletants , la crinière hérissée , les yeux hagards et exprimani

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l'angoisse, se relèvent et cherchent à fuir Torage qui les surprend, lis sont repousses par les Indiens au miheu de Teàu. Cependant un petit nombre parvient à tromper l'active vigilance des pécheurs ; on les voit gagner la rive , broncher à chaque pas , s'étendre dans le sable , excédés de fatigue et les membres engourdis par les commotions électriques des gymnotes.

« En moins de cinq minutes , deux chevaux étaient noyés. Uanguille, ayant cinq pieds de long et se pressant contre le ventre des chevaux, fait une décharge de toute Tétendue de son organe électrique : elle attaque à la fois le cœur, les viscères et le plexus cœliacus des nerfs abdominaux. Il est naturel que TefTet qu'éprouvent les chevaux soit plus puissant que celui que le même poisson produit sur Thomme lorsqu'il ne le touche que par une des extrémités. Les chevaux ne sont probablement pas tués, mais simplement étourdis. Ils se noient, étant dans rimpossîbilité de se relever par la lutte prolongée entre les autres chevaux et les gymnotes.

< Nous ne doutions pas que la pêche ne se terminât par la mort successive des animaux qu'on y emploie. Mais peu à peu Timpétuosité de ce combat inégal diminue : les gymnotes fatigués se dispersent^ ils ont besoin d'un long repos et d'une nourriture abondante pour réparer ce qu'ils ont perdu de force galvanique : les mulets et les chevaux parurent moins effrayés, ils ne hérissaient plus la crinièi*e, leurs yeux exprimaient moins flépouvante ; les gymnotes s'approchaient timidement du bord • des marais , où on les prit au moyen de petits harpons attachés à de longues cordes. Lorsque les cordes sont bien sèches, les Indiens, en soulevant le poisson en l'air , ne ressentent point de œmmotion. En peu de minutes nous eûmes cinq grandes an* guilles, dont la plupart n'étaient que légèrement blessées ; d'autres furent prises vers le soir par le même moyen.

« La température des eaux dans lesquelles vivent habituellement les gymnotes est de 26 à 27*. On assure que leur force électrique diminue dans les eaux plus froides ; et il est assez remarquable en général, comme l'a déjà observé un physicien célèbre, que les animaux doués d'organes électromoteurs, dont les effets deviennent sensibles à Thomme , ne se rencontrent pas dans Tair, mais dans un fluide conducteur de l'élecmcité. Le gymnote est le plus grand des poissons électriques ; j'en ai mesuré qui avaient cinq pieds à cinq pieds trois pouces de long. Les

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Indiens assuraient qu'ils en avaient tu de plus grands encore. Nous avons trouvé qu*un poisson qui avail trois pieds dix pouces de long pesait douze livres. Le diamètre transversal du corps était (sans compter la nageoire anale, qui est prolongée en forme de carène) de trois pouces cinq lignes. Les gymnotes du Cam de Bera sont d^un beau vert d*olive : le dessous de la tête est jaune mêlé de rouge ; deux rangées de petites taches jaunes sont placées symétriquement le long du dos , depuis la tète jusqu'au bout de la queue ; chaque tache renferme une ouverture excrétoire : aussi la peau de l'animal est constamment couverte d'une matière muqueuse, qui, comme Volta l'a prouvé, conduit l'éleo tricité vingt à trente fois mieux que l'eau pure. Il est, en général, assez remarquable qu'aucun des poissons électriques découverts jusquHci dans les différentes parties du monde ne soit couvert d'écaillés. »

En opérant sur ces poissons , dont les batteries sont si puissantes, M. de Humboldt n'a pu découvrir aucune action directe sw les électromètres les plus sensibles, et aucun phénomène de lumière électrique.

•e l^tti^ttra él«etriq«e« — Dans les divers poissons électriques, Torgane dans lequel se développe Télectricité a sensiblement la même texture et les mêmes apparences, quoique diffiérentpar sa forme, par sa grandenr et par sa disposition. Nous essayerons seulement de donner une idée de l'oigne de la torpille , qui a été l'objet des recherches les plus précises. Cet organe se divise en deux parties symétriquement placées de chaque côté de la tête et appuyées contre les branchies ; elles occupent Tune et l'autre toute l'épaisseur qui sépare les deux plis de la peau. Ix>rsqu'on en fait la dissection , on voit qu'il est composé d'un tissu cellulaire extrêmement lâche, à grandes mailles, qui afiècte la forme d'un cylindre ou plutôt d'un prisme de cinq à six pans. On en feit une comparaison sensiblement exacte, en disant qu'il ressemble aux alvéoles d'un rayon de miel ; seulement les cloisons ne sont pas de minces membranes , mais plutôt des fibres, séparées et tendues dans des sens différents.

On compte ordinairement dans chaque organe quatre à cinq cents de ces petits prismes, et il paraît que Hunter en a compté une fois jusqu'à onze cent quatre-vingt-deux. Ils sont a peu près perpendiculaires à la direction de la peau, à laquelle ils sont fortement adhérents par leurs deux extrémités. Si l'on observe en

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détail la structure de chacun de ces prismes, on y distingue une foule de lames minces perpendiculaires à Taxe , séparées Tune de l'autre, et ajustées enfin comme les divers éléments d*une pile. Ces petits feuillets distincts, tantôt plans, tantôt ondulés, sont séparés par des couches muqueuses très-adhérentes ; mais, en pressant un organe, on ne peut faire sortir aucune quantité sensible de fluide.

Quatre faisceaux nerveux d'un grand volume viennent se distribuer dans l'organe, et, d'après M. Matteucd, le siège de la puissance électrique paraît être dans le renflement qui leur donne naissance.

Cette organisation a certainement des rapports frappants avec les piles de Volta, mais il faudrait des observations anatomiques plus précises, des expériences physiques et physiologiques plu3 nombreuses, pour porter jusqu'à l'évidence ces analogies qui se présentent d'une manière si séduisante; il faudrait surtout s'attacher à reconnaître si l'accumulation de l'électricité dans les organes électriques est le résultat d'une action physiologique Tolontaire, et distinguer, s'il y a lieu , les influences sous lesquelles l'appanâl se charge, et les isikienees sous lesquelles il se décharge par des modes essentiellement différents. C'est là sans doute ce que des expériences ultérieures ne tarderont pas à nous apprendre.

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