CHAP. VII. — DORURE GALVANIQUE
procédé qui n'a aucun rapport avec le précédent. Nobill employait des dissolutions méuxIUques , ou même des dissolutions de sucs végétaux ; la lame de métal sur laquelle il voulait faire naître des couleurs était plongée dans la dissolution et mise en communication avec Yuw des pôles de la pile , tandis que Tautre pôle, composé d*une pointe ou d'un fil assez fin, était présenté à une petite distance de la lame ; une pile plus ou moins forte donnait un courant , la dissolution était décomposée , et la lame se couvrait rapidement d'une série d'anneaux diversement colorés , dont la pointe foimait le centre ; à côté de cette série on en faisait naître une autre en déplaçant la pointe , et la surface entière de la lame se trouvait bientôt couverte de couleurs dont on pouvait diversifier à Tiufini les nuances et l'arrangement. Les dissolutions des sels de plomb donnaient surtout des couleurs vives et brillantes. Mais en général , la coloration était plus vive quand la lame formait le pôle positif. Il paraît que, dans ce mode d'expérience , les métaux oxydables forment des couches d'oxydes plus ou moins épaisses, et que les métaux non oxydables se couvrent de divers produits oxygénés des dissolutions.
M. Becquerel , conduit récemment à des recherches analogues, est parvenu , par des méthodes nouvelles , à des résultats qui ont peut-être quelques rapports avec ceux de Nobili, mais qui paraissent destinés k recevoir des applications plus étendues et plus imporUkntes. (Comptes rendus^ 1843, 2'sem.,p. 1 etô3;etl844, V^ sem., p. 197.)
Les expériences de M. Becquerel portent sur trois points que DOiis allons successivement examiner : V dépôt d'oxyde de plomb sur les métaux pour leur donner des colorations variées; 2" dépot d'oxyde de plomb eu couches plus épaisses , sur les métaux oxydables, pour les rendre inaltérables à l'air ; 3® dépôt de pei> oxyde de fer pour obtenir le même résultat.
Coloration par l'oxyde de plomb. — On fait bouillir avec de la litharge une dissolution de potasse caustique, de manière qu'elle se sature de protoxyde de plomb ; cette dissolution doit être employée à la température ambiante de 12 ou 15^, et marquant à Taréomètre de Baume 24 ou 25*. Lorsque après avoir servi à un certain nombre d'expériences elle cesse d'être saturée, on la remonte au point de saturation en la faisant de nouveau bouillir avec de la litharge; et comme en même temps une
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parde de la potasse a absorbé Tacide carbonique de Tair, on ajoute un peu de chaux, et Ton filtre pour la dëbairasser du carbonate de chaux qui s'est précipité.
Cette dissolution s% verse dans un très-large bocal de veire, on y plonge Tobjet qui doit être soumis à la coloration , et qm a dft recevoir un décapage convenable ; puis Ton fait passer le courant de la manière suivante : Fobjet est toujours mis en rapport avec le pôle posîtiF de la pile , et le pôle négatif hri est présenté à des distances diverses et changeantes , suivant les effets que Ton veut obtenir. Souvent il est nécessaire de fiùre communiquer l'objet au pôle positif, non pas par un seul fil, mais par plusieurs, ayant des points d'attache symétriquement dioisis d*apres sa forme; quant au pôle négatif, il faut aussi le molliplier par la même raison. M. Becquerel a reconnu que des fit de platine d'un dixième de miHimètre de diamètre , scellés dans des tubes de verre , et coupés ras au sortir du tube, forment la meilleurs électrodes négatifs : c'est par cette section si peti» que le courant passe dans la dissolution ; et lorsqu'on prend m nombre suffisant de ces tubes et qu'on les manœuvre habilement, on parvient en quelque sorte à peindre sur les diren points de l'objet toutes les nuances dont' on a voulu lès orno'.
L'opération marche rapidement ; elle dure à peine une ou deux minutes, et quelquefois seulement trente ou quarante secondes.
La p3e que M. Becquerel préfère pour ses expériences se compose de 6 paires zinc et cuivre , plongées dans de Tean acidulée avec un centième d'acide sulfiirique. Le zinc est un cyfindre plein et amaljg;amé de 10' centimètres de hauteur sur 2 ou 3 centimètres de diamètre; le cuivre est une lame de même hauteur, repliée' cylindriquement autour du zinc, à' la hauteur de 3 on 4 centimètres.
Les expériences ne peuvent réussir que sur des objets dont les surfaces sont parfaitement métalliques et exemptes de toute souillure étrangère. Pour les métaux non oxydables, comme r<ff et le platine , ou le cuivre doré , etc., il suffit en général de les passer à la brosse avec une eau alcaline ; quelquefois il est nécessaire de mettre sur la brosse un peu de rouge d'Angleterre; on les lave à grande eau pour les soumettre immédiatement a Topération , en se gardant de les toucher avec les doigts.
Pour le cuivre et le laiton, il faut d'abord fiiire un dérockage;
CHAP. Vn. — COLORATIOlf PAR L'OXYDE DE PLOMB. Ti5
c'esC-à-dii« chatiffier les pièces ati petit rouge, et les plonger dans Tadâe sidfnrique étendu, marquant 12^ de Baume, et chauffe à 60 ou 80*; ensuite on fait un décapage ^ en les passant successivement dans deux autres bains , le premier d*aride azotique , le second d'un mélange de 3 parties d'acide azotique, ^ 1 partie d'acide sulfurique, avec addition de sel marin ; au sortir de celui-ei , on lave tes pièces k grande eau , pour les porter de suite dans le bain de coloration.
Le fer et l'acier très-poK se traitent comme l'or et le platine; le maillechort se brosse seulement avec de la ponce très^fine; l'argent, à moins qu'il ne soit très-poli, ne prend pas de belles couleurs , il s'oxyde trop Bccilement.
Aussitôt que , par les mouvements habxtemeue combinés des âectrode» n^atî6, on est parvenu à donner aux pièces les couleurs voulues , on les rerire du bain colorant , pour les laver de SDÎte et les sédier.
Dans cet état , elles ne pourraient pas cependant conserver longtemps leur éclat : M. Becquerel j remédie en les couvrant au pinceau d'un vernis préparé de la manière suivante : Dans Ba pot vermasé on met un demi-Ktre d'huile de fin , de 4 à 8 grammes de fitharge fine , 2 grammes de sulfate de zinc , et Ton ebaufle â une cfaateur modérée pendant plusieurs heures. On Htpe pour séparer l'Micès de litharge , et si l'huile est trop épaisse , l'on ajoute un peu d'essence de térébenthine , préalablement bomllie sur la litharge.
Lorsqa^mc pièce est matiquée, il suffit de la passer dans l'acide acétique potur enlever la couche d'oxyde de plomb déposée, après quoi on la prépaie pour une nouvelle opération.
M. Becquerel explique ces phénomènes dans plusieurs passages de ses Mémoires , et il me semble que sa théorie peut se réîumcr de ht manière suivante : Dans les circonstances où Ton opère , Foxyde de plomb et la potasse forment un plombate de potasse qui se décompose comme un sel ordinaire , l'oxyde de plomb se rendant au pôle po»rif et la potasse au pôle négatif; en même temps l'eau est aussi décomposée; l'oxygène de Teau «uroxyde le plomb , et c'est le peroxyde qui en résulte qui se fixe sm* le métal du pôle positif avec une complète adhérence. En eondie aussi mince ce peroxyde est transparent : d'une part, 9 knsae voir par transmission la cocdeufr propre du métal qu'il couvre; d'autre part , il agit comme lame mince , et fait voir les
belles couleurs des bulles de savon. Eu même temps Thydrogène du pôle négatif est tantôt dégagé au moins en partie, tantôt employé à réduire Toxyde de plomb pour former sur ce pôle des lamelles de plomb métallique.
Quelquefois, au pôle positif, au lieu de la couche colorante, on obtient un dépôt jaune non adhérent, que M. Becquerel regarde comme du peroxyde hydraté, contenant un atome d'eau.
II paraîtrait donc que Fou n'obtient les vives couleurs dont il s'agît que sous des conditions nombreuses et assez difficiles à réuliser : il faut d'abord qu'il n'y ait aucun dégagement d'oiygèue au pôle positif, c'est-à-dire que Toxygène qui résulte de la décomposition de Teau soit juste ce qu'il faut pour suroxyder l'oxyde qui résulte de la décomposition du sel de plomb , ou qu'il y ait exactement un atome d'eau et un atome de sel décomposés; il faut ensuite que le peroxyde de plomb formé ne passe pas à l'état d'hydrate.
Lorsque M. Becquerel veut déposer une couche épaisse d'oxyde sur les métaux oxydables pour les rendre inaltérables, il se sert encore de la dissolution précédente, mais il procède autrement. Cette dissolution est versée dans un large bocal de veire, au milieu duquel est un vase de porcelaine dégourdie et poreo^e rempli d'un mélange d'eau et d'un vingtième d'acide azotique. Le pôle positif d'un élément ordinaire communique avec II pièce à couvrir qui se plonge dans la dissolution de plomb et de potasse; le pôle négatif, qui est un fil de platine, plonge dans la dissolution azotique, et en peu d'instants la pièce est partout recouverte d'une couche brune d'oxyde qui est très-adhérente et supporte même l'action du brunissoir.
Les dépôts de peroxyde de fer se font d'une manière analogue, seulement le protoxyde de fer est dissous dans l'ammoniaque ; pour cela , on précipite par l'ammoniaque une dissolution de protosulfate de fer privée d'air, et l'on ajoute ass» d'ammoniaque pour redissoudre le protoxyde précipité: cest cette dissolution ammoniacale qui remplace la dissolution de potasse de l'expérience précédente. Du reste , on procède de b même manière. Cependant l'on ne pourrait pas traiter par cette méthode tous les métaux oxydables : M. Beoqiierel n'a pas réussi avec le cuivre ni avec le cuivre doré ou argenté , mais il a réosa, d'une manière satisfaisante avec le fer et l'acier. La coudie (k