‹ Éléments de physique expérimentale et de météorologie (volume 2)Chapitre 5 sur 217 · CBAP. I. — DES DIVERS ÉTATS DES CORPS · texte numérisé non relu

CBAP. I. — DES DIVERS ÉTATS DES CORPS

nous avons l'idée d'espace et Tidée de nous-mêmes, nous nous prenons pour un centre autour duquel Tespace indéfini se déyelo|^, et nous avons l'idée de direction, de distance et de situations respectives. Nous avons besoin de Taspect du ciel pour nous orienter par rapport au soleil et aux astres , mais nous n'avons besoin que du sentiment de nous-mêmes pour nous orienter par rapport à nous : à moins de tout confondre, nous ne confondons pas l'espace qui est devant nous avec l'espace qui est au-dessus de nos têtes ou sous nos pieds, ni celui qui est à droite avec celui qui est à gauche. L'homme qui a vécu dans les ténèbres, soit à la surface de la terre, soit au fond des mines , ne sait ce que c'est que l'orient, l'occident ou les pôles du monde, toutes choses qui se rapportent à l'aspect du ciel, qu'il ne connaît pas; cependant il conçoit l'espace, et par la pensée il le sépare en diverses régions qui ont rapport à lui-même; en régions latérales, anténeures et postérieures, et en régions hautes ou régions basses. Nous poavons tous fiiire abstraction 'de la matière, sans pouvoir jamais fiûre abstraction de nous-mêmes ; et, une fois que nous avoos de la sorte pris possession de l'espace, nous pouvons comprendre que rien ne change plus ni en nous ni autour de nous : nous avons alors l'idée de repos et de repos absolu^ car on appelle repos absolu d'un corps la persistance réelle de ce corps dans le même lieu de l'espace. De même , nous pouvons comprendre qu'il arrive un changement de place; nous pouvons comprendre que nous avançons ou que nous reculons dans une de ces régions idéales, que nous allons d'un coté ou de Tautre ; que nous montons ou que nous descendons : alors nous avons ridée du mow^ment et l'idée du mouvement absolu; car on appelle mouvement absolu d'un corps le déplacement réel de ce corps dans l'espace.

Il y a deux dioses essentielles à considérer dans le mouvement : sa direction et sa lenteur ou sa rapidité, qn'il ne faut pas confondre avec sa vitesse, dont nous parlerons plus loin. Si le mobile y o^ le corps qui se meut, parcourt une ligne droite, le mouvement est dit rectiligne^ et la droite parcourue par le mobile est la direction du mouvement ; au contraire , si le mobile parcourt une courbe quelconque , le mouvement est dit curçi*ligne^ et l'on dit encore que la courbe qu'il parcourt est en général la direction du mouvement. Mais dans ce dernier cas, pour exprimer sa direction dans un instant quelconque, il faut remar^

iO HOTieifS FUÊLtHINAIlES.

quer qu'entre deux points d'une courbe, on peut mener une infinité de tangentes ou de lignes droites qui ne -font que toucher la courbe ; alors le mobile étant en même temps sur la couriLie et sur une tangente, on dit que la direction de son mouremeut est celle de la tangente sm* laqueHe il se trouve. Ainsi, dans > le jnouTement curviligne, le mobile change à chaque instant de direction, et, s*il parcourt un cercle entier, il a TériCableivent passé par toutes les directions possibles, du moins dans un même plan. Pour la lenteur et la rapidité du mouvement , on dit en mécanique, comme dans le langage ordinaire , qu'un mouvement est plus leot quand le mobile parcourt moins d'espace dans le même temps, et qull est plus rapide quand il parcourt un espace plus -grand. Seulement, il faut prendre garde que, de deux mouvements donnes, celui qui serait le pJus lent, en ne considérant que les espaces parcourus pendant une seconde, par exemple, pourrait être le plus rapide , si Ton considérait les espaces parcourus pendant une heure ou pendant un jour ; car on conçoit qu'un même mouvement peut se ralentir avec le temps ou àevenir plus rapide.

Le repos absolu et le mouvement absolu ne sont que des con- -ceptions de notre esprit : dans Tarrangement du monde, il n'y a rien d'absolu pour nous, tout est relatif et conditionnel. Ainsi , toutes les choses qui nous paraissent les plus immobiles à la surface de la terre, ne sont que dans un repos relatif. Les ourbres sont en repos par rapport aux montagnes, et les imontagnes sont en repos par rapport au sol et à la masse du globe ; mais les arbres et les montagnes sont emportés avec nous dans Je vaste orfaite de notre planète, et tous ensemble nous parcourons en.une seconde dix fois plus d'espace que n*en parcourt dans le même temps un boulet qui sort du canon. Cependant, en parcourant -aussi vite les espaces du ciel, nous ne pouvons pas juger de notre mouvement absolu, car il faudrait savoir si le soleil est immobile au centre du monde. Or, tout semble annoncer que le soleil emporte avec lui toutes les planètes, comme la terre emporte avec elle son atmosphère et ses nuages, ses arbres et ses montagnes. Le soleil lui-même n'est qu'une planète imperceptible , par rapport à un autre soleil autour duquel il tourne, et .cet autre soleil est sans doute emporté lui-même dans Tespace, sans^qu'on puisse assigner ni même imaginer un centre 'fixe autour «duquel toutes ces révolutions s'accomplissent.

Page 1