CHAPITRE n
PROPBliTÉS GiNÉRALES DES CORPS.
DÎTÎsiBilité. — Porosité. — Compressibillté. — Élasticité. — Dilatabilité.
8. On appelle propriétés générales des corps celles qui sont oommunes à tous les corps, solides, liquides ou gazeux. Celles de ces propriétés qu'il importe le plus de connaître dès le oommencement de la physique sont :
1* La divisibilité;
V La porosité ;
V La onnpresfiibilité ; 4' L'élasticité;
5* Ia dilatabilité.
Nous remarquerons d'abord qu'elles^ dépendent de la structure des corps et de Tarrangement intérieur de leurs parties constituantes. Si les corps n'étaient pas composés, ils ne seraient pas divisibles, ni poreux, ni compressibles, et ils ne pourraient pas non plus avoir le ressort qui constitue l'élasticité, ni la faculté d'augmenter de volume qui constitue la dilatabilité. C'est pour cette raison qu'il ne serait pas exact de dire que ces propriétés sont des propriétés générales de la matière, car elles ne peuvent en aucune sorte appartenir aux atomes , tels que nous les pouvons comprendre et tels que nous les avons définis : ce sont des propriétés de Teusemble, et non des propriétés des éléments.
9. DiTls&blUié. — Tous les corps peuvent être divisés en plusieurs parties, et ces parties elles-mêmes en particules de pltis en plus petites , jusqu'à ce qu'enfin elles échappent à nos sens et à nos instruments. Cette propriété, prise en général, est la chose du monde la plus connue : chacun sait que les barres de métal se rompent sous un certain effort , que les pierres se cassent sous le marteau , et que le diamant , qui est le plus dur et le plus inaltérable des corps que Ton connaisse , peut être lui-même réduit en fines poussières qui servent à polir sa sur-
U NOTIOIVS PRËtlinfAIRES.
face. Maïs ce qui doit nous occuper, et ce qui a dû surtout exciter la curiosité des plus anciens observateurs , c'est de savoir si tous les corps sont en effet divisibles , et s*ils le sont tous jusqu'au dernier degré de petitesse que nous puissions percevoir.
Pour les corps qui sont liquides comme Teau, il est évident qu'ils peuvent être divisés et subdivisés en particules si petites, qu'elles soient à la (în tout ce que le toucher peut sentir de plus ténu et tout ce que l'œil peut voir de plus délié ; car, en regardant un liquide , nous ne voyons sur sa surface aucune sorte d'inégalité, et len plongeant la main dans sa niasse nous ne pouvons pas palper les molécules et les sentir distinctement comme nous sentirions des parcelles de sable.
Pour les solides j nous ne pouvons pas* juger missi fecilement de la grosseur ou de la ténuité des dernières partie» qui les composent. Rien ne nous indique d'avance que parmi ces corps il ne s'en trouve pas qui, étant divisés jusqu'à une certaine limite, se refuseraient à une division ultérieure, et dont les pardes élémentaires , encore grosses et palpables , ou du moins très-peiv ceptibles, ne pourraient plus être subdivisées davantage ni altérées en> aucune manière : aussi les anciens avaient eu grand soin d'expérimenter, dans cette vue, sur tous les corps qu'ils connaissaient; et les modernes, qui ont tiré du sein de la terre tant de substances nouvelles, les ont de même éprouvées pour savoir jusqu'à quel point elles se divisent. Ce n'est qu'après toutes ces expériences qu'il a été permis de conclure que pour tous les corps connus il n'y a aucune limite perceptible à la divisibilité. Cependant il ne serait pas rigoureux d'étendre cette conséquence à tous les corps qui existent : par cela sétil qu'il a fallu Texpérience pour résoudre la question, la question n'est résolue rigom-eusement que pour les corps sur lescfuels on a expérimenté. Ainsi, il n'est pas absolument' impossible que les volcans fassent sortir un jour des entrailles de la terre quelques substances dont les atomes soient pour nous d'une grandeur perceptible , et il n'est pas impossible non plus que de telles substances se trouvent dans la masse des autres planètes.
Sans reproduire ici toutes les expériences qui ont été faites sur les différents corps, nous citerons quelques exemples pour montrer, d'une part, que nos sens ne peuvent atteindre qu'à un certain degré de petitesse, et, d'une autre part, que ces der^
cBiP: IL — nmsiumA. i5.
nièies pavœHea qui» conmenoent à nous échapper sont encoce coursées d'un nombre immense de parties diuinetes.
C'est par le sens du toudder et par celui de la vue qne nous jugeons de la grandeur des objets; le goût et Fodorat nous in* stnûsent de certaines qualités des corps, sans rien nous apyteùdfe de leur forme; et, cbose digne de remarque, par le sens de route , qui est cbez les aveugles un instrument d'une si menreilleQse dâicatesse pour juger des distances , nous ne pottr-' rions jamais nous élever à Tidée d'une figure déterminée, ni à ridée de la grandeur, ni. à celle de la petitesse <
Le sens du toudier existe dans tous nos organes, soit à l'intérieur, soit à la surface ; mais il s'exerce très-différemment. A Imtérieur, niHis n'avons que des sensations vagues des corps àraiigars qui nous touchent ou qm nous blessent; et, dès que It contact est an peu prolongé, toute sensation locale disparait; voQ» a éproiwons plu& qu'nn sentiment général ; une manière d'être plas ou moins douloureuse, dont nous ne démêlons ni le àége ni la cause. C'est sans doote par une raison semblable que ooos ne sentons rien en dedans de nous'-mêmes , ni le& substances solides, comme les os, ni les substances liquides, connae le sang, nran.e quand elles circulent avec une grande rapidité. A 1 extérieur, tous les pcnnts de la surfaee peuvent sentir distinct tement le contact des corps étrangers ; mais c'est la main qui est le ▼mtable organe du toucher; on sait que c'est par elle que nous prenons Tidée des contours et de& formes géométriques des corps , et que c'est par elle aussi que nous pouvons percevoir les objets les plus débés. Sur une surfece poUe, la main exercée d'un aveugle peut sentir des grains de poussière d'une telle ténuité qu'il en faudrait des centaines-, rangés à coté l'un de Tautre, pour faire la longueur d'un millimètre. Une main moins délicate peut sentir distinctement un fil de laine ou un fil de soie d*un seul brin, et cependant ces fils n'ont pour l'ordinaire que les dimensions snivautes :
D(amèu*e ea nullîniètret.
Laine ordinaire O^^'^jOâ ou -^ de millimètre.
Ménnos 0»'»/)a.
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Seie. 0"»,04 ^ij
La plupart des foonrarec redwreliée», comne le castor et
rhermine , ont une finesse qui est comprise entre lé mérinos et la soie , et la plupart des laines rie diiïërentes espèces sont comprises entre le mérinos et la laine ordinaire. Ces filaments, qui ont une si grande finesse et qui sont à peu près les dernières grandeurs que le toucher puisse percevoir , sont cependant des corps très*composes ; chacun d'eux a une structure particulière que le sens de la vue peut seul nous fiiire connaître ; chacun d'eiMC contient des éléments très-divers , qui sont préparés par la nutrition, sécrétés par les organes, et que la chimie peutséparer de nouveau et remettre en évidence.
Le verre , qui est un produit de Tart , et .dans la composition duquel il entre plusieurs substances différentes, peut être filé comme la soie. Pour en faire Texpérience, on prend un tube de verre assez fin , on le présente , vers le milieu de sa Iongueur , à la flamme d'une bougie , et, quand il est chaufifé dans cet endroit jusqu'au rouge blanc , on tire les deux moitiés conune pour les séparer; alors il se fait entre elles un fil d'une brasse de longueur, qui a toute la finesse de la soie, et qui en a presque la souplesse; cependant ce filament de verre est encore assez épais pour former lui-même un tube ayant ses parois et son canal intérieur par lequel on peut faire passer des liquides.
Nous pourrions pousser bien plus loin les expériences sur notre sensibilité organique , si les corps ne devenaient pas trop flexibles à mesure qu'on les divise eu filaments plus minces. Si , par exemple, un fil mille fois plus fin qu'un fil de soie pouvait avoir la rigidité d'une flèche , il serait curieux d'observer l'effet de ses piqûres sur les divers points de la peau; on trouverait sans doute qu'une flèche de cette espèce pourrait nous traverser le corps de toutes parts , sans se faire sentir et sans troubler le moins du monde les fonctions de la vie.
Le poli que prennent les corps est une autre preuve de la divisibilité de la matière , et le contact des surfaces polies est une autre preuve de la limite des perceptions du toucher.
L'acier poli , les métaux , le diamant et les pierres précieuses ne sont pour la main qu'une seule et même chose; en les touchant , nous ne sentons qu'une surface géométrique , et cependant toutes ces superficies sont travaillées avec les fines poussières de l'émeri ou du diamant , et chaque grain de poussière y trace un sillon proportionné à sa grandeur : voilà des cavités et des saillies que le toucher ne peut plus sentir.