‹ Éléments de psychologie expérimentaleChapitre 186 sur 358 · Etats neutres · texte numérisé non relu

Etats neutres

Des opérations psychiques peuvent-elles être conscientes sans être affectées de plaisir ou de douleur ? La réponse est nette pour les opérations dans lesquelles l’activité psychique s’exerce avec intensité ; il correspond toujours à ces opérations un état affectif de plaisir ou de douleur. Mais dans les cas d’activité peu intense le problème ne comporte pas de solution évidente par l’expérience seule ; aussi existet-il sur ce point une grande diversité d’opinions : tandis que Bouillier et Hoffding nient l’existence des états neutres, Ribot et Janet la regardent comme plus probable, Bain, Sergi, Külpe, Rauh estiment qu’elle est suffisamment démontrée

L’irapossibihté de trancher la question au nom de l’expérience vient de la nature même du plaisir et de la douleur : ces affections sont subjectives et ne se reproduisent pas par l’image (45). Dès lors l’état affectif général peut être modifié par une opération psychique sans qu’il nous soit possible de le remarquer : je regarde par exemple un objet de médiocre intensité qui n’éveille en moi aucun processus émotionnel notable, comment pourrais-je constater que l’acte subjectif de vision n’éveille aucun état algédonique ? Mon état affectif actuel se compose de l’ensemble de toutes ^ les impressions algédoniques répondant aux sensations

2. Fr. Bouillier, Plaisir et Douleur, ch. 8, 85. Hoffding, Esq. d’une ps., 380. Bain, Emotions et volonté, tr. fr., 13. Sergi, Psych. phys.. tr. fr. Aie. 1888, 307-310. Ribot, Psych. des sent., 74-80. Janet, C. inéd. du C. de Fr., 3 janv. 1910. Wundt, Grundr., 95. Rauh, Méth. dans la ps. des sentiments. Aie. 1899, 58-G5.

ÉTATS AFFECTIFS

cénesthésiques du moment, comment démêler au milieu de cet ensemble la part qui pourrait échoir à une opération d’une faible intensité ? Comment même comparer cet état affectif général à l’état affectif précédent si le changement n’a pas été notable, puisque l’affection passée ne laisse après elle aucune image ? Enfin la comparaison elle-même amène avec elle des modifications cénesthésiques complexes et délicates changeant l’intensite de l’état affectif général. Tout contrôle expérimental est donc impossible.

C’est donc à la Psychologie rationnelle qu’il appartient de dirimer la controverse : les arguments de finalité lui sont réservés et c’est principalement par le point de vue de la fînahté que se résolvent les questions relatives au plaisir et à la douleur.

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