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Classification des tendances

La classification des tendances au point de vue fonctionnel est un problème dont la solution est des plus difficiles. Comme nous l’avons dit, ce qui constitue l’unité de la tendance est sa finalité dynamique ; dès lors ne semble-t-il pas que toute distinction des tendances est arbitraire ? Toutes les excitations-réactions d’un animal n’ont-elles pas pour finalité dynamique la conservation de l’espèce, Ja conquête de l’espace et du temps par la génération ? Cette orientation a été démontrée pour un grand nombre d’actes, et le petit nombre d’opérations semblant lui échapper se réduit à

1, C. du C. do Fr. sur les tend., 9 déc. 1909.

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mesure que les expériences deviennent plus précises ; en dehors même de toute influence de la Psychologie rationnelle, cette flnalité devrait donc être admise comme unifiant toutes les tendances particulières dans une fonction unique, à titre de seule h3rpothèse acceptable systématisant les faits. Mais dès lors toute classification des tendances n’estelle pas une division arbitraire de ce qui est vraiment un ?

L’objection dit vrai en affirmant que toutes les tendances animales s’unifient vraiment en une fonction supérieure, mais elle nie à tort la possibilité de distinguer légitimement des tendances subordonnées. Pour que deux tendances puissent se distinguer, il n’est pas nécessaire qu’elles ne soient pas au service d’une même tendance, mais il suffit que chacune ait une finalité dynamique capable de se définir indépendamment de la tendance dominatrice : par exemple, je peux à juste titre définir toutes les excitations-réactions concourant à la conservation de l’individu sous le titre « tendance à la conservation individuelle )>, puisque les éléments ainsi déterminés se groupent en une fonction à finalité précise indépendamment de toute autre tendance ; de même, dans la tendance à la conservation individuelle je pourrai légitimement distinguer la tendance à la nutrition et la tendance à la défense contre l’agression. Sans doute cette manière de procéder conduit à une subdivision pour ainsi dire indéfinie ; aussi sera-ce la caractéristique d’une bomie classification de désigner expressément les tendances les plus importantes et de les répartir de manière que toutes les tendances secondaires trouvent facilement leur place dans un des groupes exprimés.

Nombreux ceux qui ont tenté de classer les tendances envisagées au point de vue fonctionnel : citons Descartes, Malebranche, Gall, A. Comte, Ribot

Beaucoup de ces classifications confondent dans le même

1. Descartes, Tr. des passions, U® p., art. 1, 2, 27. Malebranche, Recherche de la vérité, 1. 4, ch. 3, § 1-2, ch. 13 ; 1. 5, ch. 1. Cf. .Janet, C. sur les tend., 11 jan. 1910. Ribot, Psych. des sent., 192-100.

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groupe des tendances sensitives et des tendances appartenant à la vie intellectuelle. Or ces deux catégories manifestent, comme nous le dirons au ch. IX, des caractères nettement opposés sous presque tous les rapports ; en particulier il est impossible de réunir les excitations-réactions intellectuelles dans l’unité de la fonction a conservation de l’espèce », et, en y regardant de près, on constatera qu’il est nécessaire d’avoir un lien d’unité entre les tendances si on veut les classer, tout ordre supposant une unité ; impossible d’ailleurs de trouver une raison d’unité précise se traduisant par un fait d’expérience en dehors de la raison « conservation de l’espèce » lorsqu’il s’agit des tendances sensitives.

Cependant certaines divisions des tendances échappent à la critique précédente. On ne saurait omettre celle qu’ Aristote exposa après Platon ; bien qu’elle considère moins la fonction que le rapport de l’excitation-réaction à l’objet et la relation de l’objet à la fin de l’animal, elle est tellement logique et passée dans l’usage qu’il est impossible de ne pas l’avoir présente à l’esprit chaque fois qu’il s’agit des tendances sensitives. La classification part de ce fait que l’objet peut être bon ou mauvais (dans le cas de la vie sensitive, disons utile ou nuisible à la conservation de l’espèce et à celle de l’individu en tant qu’elle est liée à la précédente). A l’objet connu qui est bon répondra une tendance vers l’objet ; à l’objet connu qui est mauvais répondra une réaction d’éloignement, d’écart. Mais il peut se présenter des obstacles à cette recherche du bien et à cette fuite du mal ; il faudra donc doubler l’appétit simplement concupiscible de l’appétit irascible qui ne s’exercera pas directement sur le bien ou le mal de l’animal, mais sur les difficultés à atteindre le bien ou à repousser le mal Les divisions de l’appétit concupiscible sont l’amour et la haine, le désir et la fuite, la délectation et la douleur ; celles de l’appétit iras-

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