‹ Éléments de psychologie expérimentaleChapitre 206 sur 358 · Cr. de la r. pure, tr. Tremes · texte numérisé non relu

Cr. de la r. pure, tr. Tremes

TENDANCES

construit sa toile, voici une tendance complexe. H n’y a évidemment aucune discontinuité, aucune distinction de modalité, à établir entre la tendance simple et la tendance complexe : on fait remarquer que le moindre mouvement d’un muscle exige un grand nombre de mouvements coordonnés et a sa répercussion sur toute une partie de l’organisme ; les expériences de Sherrington en particulier ont établi d’une manière frappante la connexion entre les déplacements musculaires des deux yeux Cette complexité de la réaction motrice résulte d’ailleurs de la loi de diffusion (48).

Toute réunion de réactions motrices ne porte pas le nom de « tendance complexe », mais seulement l’ensemble des excitations-réactions qui nous apparaissent unies dans une même finalité dynamique : c’est ainsi que toutes les excitations et réactions d’où résultent la confection par l’épeire de sa toile constituent une tendance complexe ; au contraire le lion bondit sur sa proie et en même temps une vive lumière fait remuer sa paupière, ces deux complexes d’excitation-réaction ne font pas partie d’une même tendance.

On distingue dans la tendance le fond, la forme, le degré, la tension. « Le fond » indique l’aspect sous lequel les excitations-réactions constituant la tendance sont groupées dans une même unité ; ce fond de la tendance se trouvera toujours défini par un point de vue de finalité visant la conservation de l’individu ou de l’espèce, du moins dans le domaine sensitif où nous nous tenons. Cette finalité n’est pas une vue empruntée à la métaphysique, mais, dans le cas actuel, à la constatation de faits expérimentaux évidents ; nul ne peut nier que la toile de l’araignée ne lui serve à prendre des mouches et à se nourrir. « La forme » indique la série d’actions par lesquelles la tendance se réalise .* l’araignée tissant sa toile, prenant une mouche, s’en nourrissant, et le fourmi-lion creusant une fosse en entonnoir

1. Woodworth, Mouvement, 255-266. Janet, C. Coll, de Fr. janv.

aoo

TENDANCES

où elle étourdit sa proie avec du sable pour la saisir et la sucer sans danger, exercent l’un et l’autre une tendance do même fond, la tendance à la nutrition, mais les deux formes que prend cette tendance chez l’insecte qui chasse au filet et chez celui qui chasse au piège sont très différentes.

Le « degré » ou intensité de la tendance indique la nécessité du lien de cette disposition avec la nature même de l’être sentant : ici encore il n’est nullement nécessaire de donner au mot nature son sens métaphysique, et même, si on lui donnait cette signification, il faudrait comprendre dans le mot « nature » les habitudes qui sont comme une seconde nature ; « nécessité du lien avec la nature » signifie l’inéluctabilité pour l’animal ou l’homme en question de la loi fonctionnelle reliant les excitations et les réactions. La tendance de l’araignée à tisser sa toile est très intense, car elle est la condition même de la vie de la bête. La « tension » porte sur la propension actuelle que la tendance a à s’exercer : « Le chien, far exemfle, a une tendance à manger sa soupe et une tendance à donner sa patte. La première est beaucoup plus intense, car elle ne peut être détruite tandis que la seconde peut Vêtre ; mais à certains moments le chien peut donner la patte avec empressement, tandis qu'il mangera sa soupe avec mollesse »

Page 1