Notion et éléments
n est difficile de définir exactement l’attention, bien que tous sachent assez exactement reconnaître s’ils sont attentifs ou non. Si on analyse la notion vulgaire, on a les résultats suivants : a) L’attention se rapporte à la connaissance ; elle est comme une direction de la connaissance vers un objet, h) L’attention indique comme une préférence de la connaissance pour tel objet par rapport aux autres objets qui pourraient être simultanément connus, c) Cette préférence ne consiste pas uniquement en ce que l’objet est connu alors que les autres ne le sont pas ; on peut dans un demi-sommeil entendre vaguement un son sans y être attentif. Mais la préférence est efficace et consiste dans une certaine attitude du connaissant en vertu de laquelle l’objet est mieux connu ou plus exclusivement que si cette attitude n’existait pas. En se servant d’une analogie d’usage courant dans la question, on entend par attention : « la concentration du regard interne sur un objet qui sans cette concentration ne serait pas au foyer du champ de la conscience » (23)
Cette attitude de la conscience est accompagnée d’une attitude corporelle et de réactions vaso-motrices et viscérales ; il y a une mimique de l’attention comme il y a une mimique de l’émotion. « Un orateur n^a aucune peine à s'assurer si ses auditeurs s'intéressent ou ne s'intéressent pas à son discours. Dans un auditoire attentif deux caractères dominent : l'attitude, le silence. Ce dernier n'est qu'une conséquence de l'attitude même. L'attitude des auditeurs se caractérise par une tension non seulement des muscles de l'oreille et de la tête, mais aussi des musdes de tout le corps penché vers l'orateur. Quant au silence, nous entendons par là non seu-
1. Cf. Vocabulaire de la Soc. fra iç. de phil., art. « attention », 1902, 229. Van Biervliet, Esquisse d’une éducation de l’attention, H. q. SC. 1911, t. 2, 151-165. Titchener, Text-B., 266-268.
TENDATfCES
lement V absence de chuchotements par V inhibition des muscles phonateurs^ mais encore V absence de mouvements en général^ V immobilité par inhibition de la musculature générale. Dans un auditoire attentif on n^ entend ni tousser^ ni déplacer les merrdyres^ ni s'agiter sur son siège ; bref tous les mouvements réflexes sont supprimés ou pour le moins énergiquement comprimés » On a soulevé la question discutée au sujet de l’émotion : l’attention est-elle cette attitude musculaire ou l’ensemble des modifications respiratoires et circulatoires qui l’accompagnent V Au contraire ces réactions ne sont-elles qu’une conséquence, une propriété naturelle de l’attention ? La discussion de cette controverse dans laquelle nous n’entrerons pas devrait être conduite comme dans le cas de l’émotion (60-62).
L’expérience dit également que deux facteurs interviennent dans la position de l’objet au point focal de la conscience : l’effort volontaire du connaissant et ce qu’on pourrait appeler « l’attraction de l’objet ». Lorsque je cherche la solution d’un problème mathématique, je m’arrête volontairement à tel ou tel symbole, à une multiplication, une intégration, une dérivation, négligeant de parti pris telles autres formes qui ne me semblent pas contenir les éléments de la solution ; au contraire, si pendant mon étude un bruit violent se fait entendre soudain, malgré moi les signes mathématiques disparaissent de ma conscience comme violemment écartés par cette sensation sonore. On a désigné ces deux formes d’attention sous les noms d’attention active ou volontaire et d’attention spontanée ou passive ; l’attention volontaire ne se rapporte pas à la vie sensitive.
L’attention spontanée et passive se manifeste de deux manières bien différentes eu égard aux éléments de connaissance existant déjà dans la conscience. Certains excitants éveillent l’attention par eux- mêmes quel que soit le contenu actuel de la conscience ou son passé psychologique :
1. Van Biervliet, 1. s. c., 168-1C9. Ribot, Psychol. de l’attention, 6-«.
TE?ÎDANGES
si subitement je ressens une vive douleur, entends un grand bruit, ai les yeux frappés d’une vive lumière, mon attention est irrésistiblement conquise, l’objet va droit « malgré tous les obstacles au foyer de la conscience » Cette attention présente tous les caractères indiqués pour les tendances instinctives (55) ; elle oriente par une réaction non apprise commune aux individus de l’espèce toutes les activités de l’être sentant vers l’acte de connaître les objets, stimulant les réactions utiles, inhibant les réactions opposées. Cette attention a été nommée immédiate ou primitive ; elle est la grande directrice de l’activité psychologique dans l’enfance: nNHmporte quelle sensation forte 'provoque V accommodation spontanée de Vorgane correspondant et Vovhli absolu de V objet actuel de V étude, tant que dure la sensation » C’est encore à cette attention primitive que s’adressent les affiches éclatantes, les réclames bruyantes, etc. Elle n’est pas attirée par la seule intensité de la sensation, mais aussi par la relation qu’elle a avec l’espèce de l’animal connaissant : l’attention primitive du chien par exemple est mise en jeu par des excitants qui laisseraient totalement indifférente celle de l’homme.
Dans l’attention médiate ou secondaire intervient au contraire l’état psychologique, soit actuel, soit passé. Rien de plus manifeste que ce genre d’attention que l’on appelle encore : « attention dérivée, aperceptive. » L’attention du chien est bien différente selon que son sens olfactif est mis en action par l’odeur de son maître ou par celle d’un étranger ; les connaissances passées de l’animal exercent évidemment une influence. L’attention d’un géologue sera spontanément attirée par les pierres qui seront comme inaperçues par l’homme d’affaires ou le philosophe ; tel fréquentera pendant de longues années une demeure sans remarquer des détails d’aménagement que l’œil d’une maîtresse de maison distinguera dès la première visite. Notre manière