Résultats expérimentaux
A. Mémoire motrice.
On peut étudier chez l’homme l’acquisition d’une habitude automatique motrice : les mouvements du nageur, des mains du pianiste, des membres du bicycliste, se font en vertu d’habitudes motrices, et sont des faits de « mémoire motrice ».
Des expériences ont été faites sur les dactylographes : on a dans ce cas une adaption motrice à des excitations sensorielles complexes, et il est facile de se rendre compte de la grande similitude entre une telle adaptation et celle des animaux apprenant à reconnaître leur voie dans le labyrinthe. Swift, professeur à Washington University (St-Louis), a publié le résultat de ses expériences dans le Psychological Bulletin Il a construit des courbes, indiquant les progrès en rapidité et la diminution du nombre des erreurs, ainsi que la rapidité de la réviviscence de l’habitude après des arrêts plus ou moins longs de fonctionnement, et par conséquent a soumis à l’expérience les différents problèmes indiqués dans le procédé du labyrinthe (Il A).
Le singe possède la faculté d’acquérir des habitudes motrices, comme l’ont prouvé de nombreuses expériences de Kinnaman et Thorndike au moyen de labyrinthes ou de boîtes truquées Si on suspend l’exercice de l’habitude acquise pendant 50 jours, le singe ne met plus pour réacquérir riiabitude dans sa perfection que le 1/3 du temps primitif On est frappé de la similitude des courbes représentant les ensembles des expériences faites sur le singe et sur le dactylographe : la différence s’explique facilement par
1. Kadeeki W., Rech, expér. sur les phénom. psychoélectriques, Arch. de ps. t. 11, 289-292.
2. Memory of skillful movements, 1906, 185-187 ; Cf. Piéron Evolution de la mém. 262.
3. Vaschide et Rousseau, 1. s. c. ; Piéron, 1, s. c., 172-179.
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la préoccupation qu’a l’homme de gagner en vitesse au risque de progresser moins vite en exactitude
Le raisonnement par analogie trouve ici une parfaite application. Dans l’homme l’acquisition des habitudes motrices est obtenue en vertu des sensations et des images, comme le prouvent de nombreuses expériences (Cf. ch. 5) ; par ailleurs il y a similitude entre les organes par lesquels le singe et l’homme acquièrent ces habitudes motrices (système nerveux, cerveau, muscles, etc.) et aussi entre la manière dont leurs habitudes motrices s’acquièrent et se développent ; les dissemblances existant dans l’évolution des habitudes motrices s’expliquent immédiatement par l’influence chez l’homme d’un facteur intellectuel ; donc les habitudes motrices du singe s’acquièrent en vertu de sensations et d’images, et cet animal a la mémoire motrice proprement dite.
La mémoire motrice existe dans le reste de la série animale. Les expériences de Thorndike sur les chats et les chiens au moyen des labyrinthes et des cages truquées conduisent à représenter l’acquisition des habitudes motrices chez ces animaux par des courbes semblables à celles construites à propos du singe 2. Watson a d’ailleurs prouvé par ses expériences si précises sur le rat blanc que l’acquisition de l’habitude était due aux sensations kinesthésiques : les autres organes j)résidant à la vision, audition, etc., même à la sensibilité cutanée (peau des pattes), ont été enlevés et cependant l’animal conservait l’habitude de retrouver sa route dans le labyrinthe De nombreuses expériences faites sur d’autres mammifères (cobaye, souris
1. Cf. Psychological Bulletin 190G, 186 et les courbes données par Piéron, Ev. de la m., 244-250.
2. Piéron, Ev. de la rn., 167-172 ; Vaschide et Rousseau, Recherches de Thorndike sur l’association des idées chez les animaux, R. 6c. 1903, t. 1. 737-744, 777-783.
3. Watson, Study of animal bohaviour, Psych. Bull. 1906, 149 153 : Piéron, 1. s. c., 174.
commune et souris japonaise, raton, etc. ') concordent avec les précédentes.
Les expériences de Porter sur les oiseaux prouvent que la mémoire motrice existe chez eux plus développée encore ({lie chez les mammifères Le temps nécessaire à l’ouverture de la cage truquée passe de onze minutes pour la première fois à trois secondes au dix-septième essai chez le moineau ; après cinquante jours, le coucou met dix fois moins de temps pour acquérir son habitude que lors de la première série d’expériences ® ; tous les oiseaux apprennent beaucoup plus vite ce qu’ils ont su autrefois
Mêmes résultats chez les vertébrés inférieurs. Yerkes a étudié la mémoire motrice de la grenouille par la méthode du labyrinthe et par la méthode de la boîte truquée : cette dernière consistait en une cage fermée sur le devant par une glace surmontée d’une ouverture de 5 centimètres, mais Yerkes avait mêlé à son expérience du labyrinthe des sensations visuelles en revêtant de rouge les parois de l’un des couloirs Pour les poissons on place dans l’aquarium un écran de verre transparent derrière lequel se trouve la nourriture et on ménage dans cet écran une ouverture qui seule permet le passage ® : plusieurs expériences ont été faites sur des brochets, des gobius, des fundulus, des C3^prins etc. On a constaté que les poissons, les batraciens acquièrent des habitudes motrices, bien que très lentement ; la tortue au contraire soumise par Yerkes à l’épreuve du labyrinthe mit trente-cinq minutes à trouver la sortie au