‹ Éléments de psychologie expérimentaleChapitre 97 sur 358 · Van Bierviiet, R. phil., 1907, t · texte numérisé non relu

Van Bierviiet, R. phil., 1907, t

SïllSATIONS

due de l’échelle où s’applique la loi de Weber et est prise pour traité de sensation ; 3° La relation donnée par la loi de Weber De = l/k X e peut s’écrire De = \jk x e x De, être supposée vraie quand De tend vers zéro, et être regardée (îomrne une équation différentielle. Ceci posé, l’intégration de l’équation différentielle donne Le =1/Jfc x«-f LC. Le choix de l’unité d’excitation donnera la valeur de la constante C ; on choisira pour unité d’excitation le seuil d’excitation auquel correspond la valeur o pour a, et par conséquent LC = O. On a donc la loi de Fechner dite aussi « loi psychophysique » ; La sensation est proportionnelle au logarithme de l’excitation.

Fechner poursuivit son rêve encore plus loin : il suppose que la modification physiologique, qu’il appelle a activité psychophysique », est proportionnelle à l’excitation, et en conclut que la sensation est proportionnelle au logarithme de l’activité physiologique et par conséquent que la loi logarithmique peut aussi exprimer la relation entre l’activité totale de la conscience et l’activité totale du corps ; bien plus le monde tout entier est un grand corps ayant pour esprit l’âme universelle, et on peut supposer que les rapports entre le monde et l’âme du monde sont régis parla même loi logarithmique *.

Les remarques faites plus haut (24, 2°) suffisent à montrer les répugnances intrinsèques contenues dans la loi de Fechner. On peut encore ajouter à ces impossibilités l’objection suivante faite par Renouvier : « Que la sensation soit considérée comme formée de différences infinitésimales, le procédé est insoutenable, vu que tous les phénomènes psychiques et les sensations, comme telles, sont donnés o Vétat discret et discontinu quand on les compare les unes aux autres, et ne se produisent sensiblement que pour des intervalles finis de V excitation » Par conséquent la loi même du seuil qui sert à établir la loi de Weber interdirait le raisonnement de Fecliner.

AVundt modifia de la manière suivante l’idée de Fechner : l’excitation produit luie modification physiologique cérébrale, qui, entre certaines limites, est proportionnelle à l’excitation ; la sensation se produit, proportionnelle à cette modification physiologique et par conséquent proportionnelle à l’excitation ; la sensation devient objet d’aperception, et c’est sur l’objet d’aperceptions que porto le jugement par lequel nous comparons deux sensations, par exemple l’impression que nous produit la lumière du soleil avec cell^ que produit la Imnière do la lune ; la loi logarithmique porte sur l’objet de l’aperception et l’on doit dire par exemple : l’intensité apparente, ou

1, Foucault, Psychophysique, 120-121; Wundt, Grundriss, 318.

2, Critique philosophique, 7* ann., 180-181 ; cf. Foucault, 1. s. c., 166.

SENSATIONS

aperçue, croît comme le logarithme de l’excitation Wundt pense pouvoir établir une loi numérique ne tombant pas sous les objections faites à l’établissement de la loi de Fechner en remarquant que nous pouvons constater l’égalité de la différence entre des groupes de deux sensations « aperçues » ^ ; par exemple, affirme-t-il, nous pouvons constater que, si 3 sensations aperçues sont rangées suivant l’ordre de grandeur ABC, la différence d’intensité entre C et B est la même que la différence entre les intensités de B et de A. Mais ce postulat de Wundt est en définitive absurde et tombe exactement sous les mêmes difficultés que le présupposé de Fechner ; il est absolument certain que je n’apprécie pas vraiment l’égalité des différences entre les sensations même « aperçues » ; lorsque j’estime que, si la température grandit d’im© manière constante entre 2 h. et 5 h., son augmentation de 4 à 5 h. a été la même que son augmentation de 2 à 4 h., je veux dire par là que le thermomètre a dû monter de quantités égales pendant ces deux intervalles de temps, mais je ne peux avoir aucune idée de l’égalité d’une différence entre deux qualités puisque la différence entre deux qualités est une expression dépourvue de sens Il est évident de plus que toutes les mesures indiquées ici par Wundt sont soumises aux difficultés que rencontre l’établissement de la loi de Weber.

Les tentatives faites par Merkel, Ebbinghaus, Stumpf, pour soumettre à la mesure l’élément qualitatif des sensations, se heurtent en dernière analyse à la même impossibilité radicale

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