‹ Eléments de psychologie physiologiqueChapitre 117 sur 204 · Conditions physiques de la sensation · texte numérisé non relu

Conditions physiques de la sensation

Nous appelons irritants de sensation les conditions physiques de cette dernière. Ce sont des phénomènes extérieurs, agissant sur les organes sensoriels tournés vers le monde extérieur, ou bien, des changements d'états, ayant pris naissance dans l'organisme lui-même. Il y a donc des irritants de sensation, externes et internes. Mais, dans les organes sensoriels, il peut se développer des irritants internes, qui ont pour origine les conditions de structure ou les modifications, survenues dans l'état des organes. Ces sortes d'irritants internes, qui se forment par exemple dans l'œil et l'oreille, par suite de la pression à laquelle sont soumises les surfaces sentantes ; dans la peau, consécutivement à l'apport variable du sang et aux changements de température, qu'entraîne cette dernière circonstance, ont par conséquent, ici, une importance secondaire. D'autres organes sont, au contraire, exclusivement accessibles aux irritants internes. A ce groupe appartiennent généralement toutes ces parties du corps, que leur situation soustrait à l'influence directe des agents extérieurs. Ordinairement, ces organes internes ont une irritabilité plus émoussée. Des sensations nettes ne s'y produisent, que dans des conditions anormales, par suite des irritants pathologiques; ou bien, les sensations, qui y prennent naissance, lors de l'état normal, sont extrêmement faibles, et alors elles échappent d'autant plus facilement à l'observation, qu'elles

308 ORIGINE Et PROPRIÉTÉS GÉNËRALR8 DE LA SENSATION.

diffèrent peu de qualité et d'intensité. Tontes ces sensations des parties internes sont résumées par le terme de sensations générales (Gemeior empflndungen)» parce que de ces sensations dépend principalement la manière d'être subjective, déterminée sensoriellement, que ressent Tindividu ou le sentiment général, la sensibilité générale du corps (Gemeingefûhl).

Parmi les sensations originaires de l'irritation interne, celles» qui proviennent des organes nerveux centraux, occupent un rang important. Elles ne sont pas localisées aux endroits, ob est née Tirritation ; mais, constamment, elles sont rapportées à ces organes périphériques, qui sont unis par la conduction nerveuse avec les parties centrales en question. A cette classe appartiennent des sensations très-hétérogènes, que nous séparerons en trois groupes. Le premier groupe comprend les sensations, servant-de régulateur à certaines fonctions végétatives, par exemple le sentiment du besoin de respirer à ses divers degrés, le sentiment de la Mm et de la soif. Ces sensations constituent un élément essentiel de la sensibilité générale. Avec ces sensations, localisées à la périphérie et originaires de l'irritation centrale, s'unissent ordinairement ces sensations, qui résultent de Texcitation des organes périphériques eux-mêmes. Le second groupe est celui des sensations, qui sont liées aux mouvements des muscles soumis à la volonté : les sensations de mouvement. Le rôle important, qu'elles jouent dans la formation des représentations effectuées par les sens externes, les met en relation étroite avec les impressions sensorielles, proprement dites. Leur origine est mixte ; car, les sensations, qui sont dues à l'état de contraction des muscles, se combinent avec les sensations d'innervation centrale. Le troisième groupe est celui des sensations centrales. Ce sont des sensations, provenant de l'irritation de ces surfaces sensorielles centrales, qui commandent aux domaines périphériques des organes sensoriels externes. Ces sensations prennent naissance de deux manières : elles sont les éléments constituants des représentations reproduites, grâce aux lois générales de la corrélation des représentations ou bien, elles sont les éléments constituants des hallucinations et des représentations du rêve, grâce à l'excitation physiologique directe des parties centrales, qu'ont déterminée les irritants automatiques étudiés au chapitre Y, p. 202. Ces deux formes de sensations sont très-voisines et passent, parfois, de l'une à l'autre. Elles se rapprochent intimement des impressions sensorielles, proprement dites, et souvent ne peuvent en être distinguées ; aussi nous les appellerons impressions sensorielles

CONDITIONS PHTSIQUKS DB LA a^NSATION. 309

centrales. Elles dépendent de Tirritation directe de ces snrfaoes sensorielles centrales» où rayonnent finalement les filets des nerfs sensoriels (1).

Les processus extérieurs qui, agissant comme irritants sur nos organes sensoriels» engendrent l'impression sensorielle^ sont des mou* vements. Cependant» certains processus de mouvement possèdent la propriété des irritants sensoriels et» parmi ceux*ci» il en est quelques* uns qui excitent simplement des organes sensoriels déterminés. 11 y a donc des irritants sensoriels généraux et particuliers. D'après l'état actuel de la science» quatre espèces de mouvements obligent» dans des circonstances appropriées» chaque organe sensoriel à produire la sensation. Ce sont 1^ la pression mécanique ou le choc (l'iD^pubi^Q)» 2^ Télectricité» 3^ les variations du calorique» et 4<^ les effets chimiques. Chacun de ces mouvements doit posséder une certaine intensité et une certaine vitesse» pour jouer le rôle d'irritant. Très-probablement» ces sortes de mouvements jouissent de cette propriété» parce qu'ils mettent directement en jeu» dans le filet nerveux lui-même» les processus d'irritation ; or» il excitent» comme irritants» non seulement les oignes gcnsoriels» mais les nerfs sensoriels et» même» tous les nerfs» moteurs ou sécréteurs. Les irritants sensoriels particuliers ou spécifiques se distinguent des autres» puisque chacun d'eux prend pour point d'attaque un organe sensoriel particulier, qui présente des appendices terminaux» doués d'une structure spéciale. Parmi les cinq organes sensoriels» quatre d'entre eux seulement ont des irritants sensoriels spécifiques. L'organe auditif a pour irritant de ce genre le son ; l'œil» la lumière ; les organes gustatif et olfactif^ les actions chimiques» qui émanent^ pour le premier» des liquides» et pour le second» des matières gazéiformes. L'action chimique appartient bien aux irritants nerveux généraux; mais» elle a besoin de se trouver en présence d'oi^nes terminaux particuliers» pour agir avec une intensité aussi faible» que sur les

i. D'après leur origine phyèique, toutes les sensations peuvent être classées de la maître soivante :

Sensations originaires de rirritation péri- SensaUons originaires de rirritotion phériqne. ^ centrale.

Impressions senso- Sentations Sensations Impressions senso-

rielles organiques. d'innervaUons nelles

périphôrioues. et sensations gêné- centrales.

raies centrales.

Sensations générales.

muqueuses gustative et olfactîTe. Dans ces conditions spéciales, elle est donc un irritant sensoriel spécifique. Les irritants nerveux généraux engendrent, d'ailleurs, des sensations, qui égalent celles mises en jeu par les irritants sensoriels spécifiques. Ainsi, lors de Firritation mécanique ou électrique des nerfs optique et auditif, on observe la sensation de lumière et celle de son. Relativement à Firritation chimique et thermique, ces organes n'ont pas été explorés, à cause des difficultés inhérentes au mode d'application des irritants, dans cette circonstance; la démonstration correspondante n'a pas été faite sur les nerfs gustatif et olfactif. En admettant, comme très-probable, que la réaction, exercée contre chaque irritant, tient à la qualité sensorielle spéciale au nerf, on adjuge à chacun de ces nerfs et organes sensoriels une énergie sensorielle spécifique. Cette dernière expression signifie, que Texcitation de l'un des quatre organes désignés ou des filets nerveux, qui leur sont connexes, produit, après l'application d'un irritant quelconque, une espèce de sensatiou spéciale, propre seulement à l'organe en question et nullement comparable à la sensation d'un autre organe. Prise dans cette acception, la loi de l'énergie spécifique exprime un fait incontestable d'expérience. Il n'en est pas de même, si l'on entend par ces mots, que la dififérence de sensation est occasionnée par des propriétés physiologiques spécifiquement différentes, appartenant aux nerfs sensoriels, hypothèse, q.ui est le produit de la théorie des énergies spécifiques, principalement développée par J. Mùller (1). Parmi les cinq surfaces sensorielles du corps, l'une d'elles, la plus étendue, le tégument cutané ou l'organe tactile, occupe un rang à part, car il n'existe pas pour lui d'irritants sensoriels spécifiques. A la vérité, l'organe du tact est spécialement sensible à deux des irritants nerveux généraux, aux variations de pression et de calorique; et cette disposition ou aptitude tient à la situation plus libre des ramifications terminales, qui présentent, en beaucoup d'endroits, des mécanismes particuliers, plus accessibles aux irritants par pression. Les sensations de pression et de chaleur du tégument cutané sont, d'ailleurs, analogues aux sensations organiques. Celles-ci ont le caractère des sensations indéterminées de pression et de chaleur ; et, si leur intensité est plus considérable, elles ressemblent aux sensations douloureuses de l'organe tactile. A cause de ces relations, les sensations tactiles et générales portent ordinairement le nom de sens du sentiment ou sens général de

1. Voir chap. V, p. Î39 et euiv. et, plu8 loin, rubrique 4 du chapitre Vil.

Page 1