‹ Eléments de psychologie physiologiqueChapitre 138 sur 204 · Importance de la loi de TVeber · texte numérisé non relu

Importance de la loi de TVeber

La loi de Weber peut comporter trois interprétations : Tune physiologique, une deuxième psychophysique et une troisième psychologique. Toutes trois ont trouvé des défenseurs.

Selon \ interprétation physiologique^ elle dépend des lois particulières d'excitation de la substance nerveuse : car, l'excitation, mise en jeu dans cette dernière, ne croit pas proportionnellement à l'énergie de l'irritant, mais plus lentement, de manière que les intensités de l'excitation externe augmentant approximativement en progression géométrique, les irritations nerveuses s'élèvent en progression arithmétique. On suppose dans ce cas, que la sensation est directement proportionnelle à l'excitation nerveuse. Pour défendre cette opinion, on s'ert appuyé sur des observations ou bien, l'on a invoqué en sa faveur des raisons de pure probabilité. Dewar et M' Kendrick avaient cru pouvoir établir, que la grandeur de l'oscillation négative du courant dans le nerf optique de la grenouille croît, si l'éclairage augmente, dans un rapport correspondant à la loi de Weber (1). Gomme ces expérimentateurs avaient pris leurs dispositions, de façon que le déplacement de la source lumineuse modifiait la grandeur de la surface éclairée, peut-être même le lieu de Tirritation lumineuse et que, d'^ailleurs, seulement deux énergies lumineuses étaient comparées entre elles, ces observations n'entrainent aucune conclusion, admettrait-on

I. Dewar et Ml[endriok, Tran$action$ of ihê royal society of Edinburgh. ?ol. XXYll, 1874, p. IM.'

394 intknsitA db la SCmATlON.

même la supposition, que Tosâllatioii négative est proportionneUe à l'excitation nerveuse. La plupart du temps, en se plaçant à ce point de vue de Finterprétation physiologique, Ton a attribué la cause de cet accroissement particulier des sensations, non aux (»rganes sensoriels périphériques et aux nerfs, mais à la substance nerveuse centrale. A ce sujet, on invoque surtout le fait mentionné précédemment (p. 287), que les excitations plus faibles deviennent latentes dans la substance grise. En cela, on voit justement non simplement une raison suflSsante, en faveur de l'existence du seuil de Texcitation, mais on en conclut avec une certaine vraisemblance, que chaque excitation se propage dans la substance grise avec une intensité décroissante, conclusion qui semble trouver un appui dans les lois connues de l'extension des réflexes (chap. VI) (i). Cependant, il résulte uniquement de toutes ces considérations, que le seuil de l'excitation, qui déjà, dans les appareils réflexes de la moelle épinière est supérieur en hauteur à celui des nerfs périphériques, s'élèvera encore peut-être davantage dans les domaines sensoriels centraux de Técorce cérébrale. Même, quand nous découvrons, dans les expériences sur les réflexes, que les irritants doivent nécessairement présenter des différences absolues, plus considérables, que lors de l'excitation des nerfs moteurS; afin de produire (2) des différences également considérables de la secousse musculaire, ce fait prouve seulement un accroissement de la grandeur absolue du seuil différentiel ; mais, il est incapable de nous apprendre, si cette grandeur est constante ou variable dans certaines limites. Si, à cet égard, des argumentations à priori étaient permises, on pourrait tout au moins, en se basant sur l'accroissement déjà démontré (p. 290) de l'irritabilité, qu'effectue l'excitation, exposer avec le même droit la présomption suivante : les r^istances centrales à la mise enjeu des processus se révèlent spécialement, quand les irritants sont faibles ; et, ces derniers devenant plus énergiques, elles décroissent graduellement jusqu'à la limite, oîi l'épuisement acquiert son influence prépondérante. En vérité, nous ne savons absolument rien de la loi, d'après laquelle l'excitation, siégeant dans les centres nerveux, croît avec l'énergie de l'irritant ; et les phénomènes connus ne nous offrent, par suite de la nature complexe de ces processus, aucune base, pour édifier des hypothèses. Enfin, comme une probabilité en faveur de l'inlerprétation physiologique, on a encore invoqué la corré-

l G. E. MùMeTyZurGrundlegungderPsychophysikf^.i^. 1 Wuudt, Mechanik der Nerven, U, p. 19.

IMPORTANCB DE LA LOI DB WBBCR. 306

latioD du hii physique et du fait psychique, corrélation confirmée par toutes les expériences de la psychologie physiologique. On est d'avis, que cette relation est troubla, quand la gradation de nos sensations suit une autre loi» que la gradation des etcitations centrales, qui les accom" pagnent. De la proportionnalité entre la sensation et l'excitation cérébrale, qui est supposée nécessaire à priori, on conclut par conséquent, que toute déviation de Taccroissement uniforme de la sensation avec l'excitation doit avoir une base purement physiologique (1). Cependant, cette conclusion n'est nullement péremptoire. Elle néglige de voir, que l'appréciation de l'intensité de la sensation est un processus complexe, qui subira, à part l'excitation sensorielle centrale, l'influence essentielle provenant de l'activité du centre» de Taperception (2). Comment les excitations sensorielles centrales seraient-elles senties, indépendamment de ce centre ? Nous ne pouvons rien savoir à ce sujet. Evidemment, la loi de Weber se rapporte uniquement aux sensations aperçues ; par conséquent, elle peut avoir également pour fondement les processus de comparaison aperceptive des sensations, comme la composition primitive des excitations sensorielles centrales.

Selon Vinterprétation psychophysique y notre loi serait une sorte de loi de corrélation entre l'activité corporelle et l'activité psychique. Fechner a adopté et mis spécialement en relief cette manière de voir, lls^appuie principalement sur l'invraisemblance intrinsèque, qu'il y aurait à ce qu'un rapport, comme celui qui trouve son eiqpression dans la loi de Weber, dût s'appliquer à la propagation des mouvements corporels (3). Comme éléments servant à étayer son opinion, il considère le Gatit du seuil de l'excitation et l'indépendance, démontrée dans certaines limites, de la sensibilité différentielle relative vis-à-vis de la sensibilité absolue; et selon lui, cette indépendance est une < loi parallèle à la loi de Weber », loi parallèle qui justifierait l'interprétation psychophysique de la loi de Weber (4). Quant aux deux faits mentionnés en dernier lieu, on ne pourra pas leur accorder une force démonstrative. Le seuil de l'excitation peut très-bien dépiendre des propriétés de la substance nervease ; et, d'après les expériences rapportées au chapitre vi, il dépend également, en partie, de conditions physiologiques. De môme, la loi

I. Ilach, Vehw cUe physiologisehe Wirkung raûmliehvertheilter Lichireize ( Wiener S^itzungsber, 3« fascicule, vol. LXVUI.) p. 11. — Hering, ibid. vol. LXXII, p. 17. 21. 3. Voir plus haut chap. V, p. 242 et sdîv.

3. Elemente der Psychophysik, U, p. 377. In Sachen der Psychophysik, p. 65 et sui-v.

Page 1