CARACTÈRES ET LIMITES DB LA VIE PSYCHIQUE
théorie de la connaissance et la philosophie naturelle nous interdisent d'^admettre des manifestations do la vie physique, qui ne se ramèneraient pas aux lois générales de la physique ; et la physiologie, qui agit d'après ce principe fondamental, en trouve toujours la confirmation, dès qu'elle a le bonheur d'arriver à la solution de ses problèmes. On ne devra donc jamais conclure à l'existence de fonctions psychiques, si Ton n'envisage, que la nature physique des mouvements, mais seulement si Ton réfléchit aux conditions intimes, qui les accompagnent et qui indiquent une utilisation psychologique des impressions sensorielles. Or, l'observation nous apprend, que les propriétés chimiques et physiologiques du protoplasma vivant (que nous découvrions ou non, dans cet organe, des manifestations de la vie psychique) sont essentiellement de même nature. Cette remarque s'applique spécialement à la contractilité et à l'irritabilité du protoplasma. Ajoutez à cette identité complète du côté physique, qu'on ne voit nulle part une limite précise, où les mouvements protoplasmatiques prennent, pour la première fois, un caractère psychologique; mais, qu'à partir du protoplasma, enfermé dans la cellule végétale, un passage graduel et, ce semble, continu s'établit à travers les corpuscules lymphatiques migrateurs des animaux, les monères indépendantes et les rhizopodes, jusqu'aux infusoires, doués d'une grande mobilité, d'un revêtement ciliaire et d'une ouverture buccale. 11 est donc impossible de ne pas présumer, que l'aptitude aux fonctions psychiques ne soit généralement préformée dans la substance contractile.
L'hypothèse, qui établit, que les commencements de la vie psychique remontent aussi loin, que les débuts de la vie en général, doit, par conséquent, au point de vue de l'observation, être absolument vraisemblable. La question de l'origine du développement intellectuel coïncide ainsi avec celle de l'origine de la vie. Si la physiologie, en vertu de la corrélation universelle des forces, est obligée d'admettre, que les manifestations biologiques ont, pour base fondamentale et unique, les propriétés générales de la matière, la psychologie aura le même droit d'attribuer au substratum général de notre connaissance extérieure un être interne, qui, à mesure qu'apparaissent les phénomènes biologiques, trouve son développement dans le côté psychique de ces phénomènes. Malgré cette dernière supposition, gardons-nous jamais d'oublier, que cette vie latente de la matière inanimée ne doit pas être confondue, ainsi que le fiiit l'hylozoîsme, avec la vie actuelle et la conscience, ni considérée, à l'exemple du matérialisme, comme une fonction de la
matière. L'hylozoïsroe se trompe, en supposant des phénomènes biologiques là, où ils ne nous sont pas donnés, et où nous voyons seulement la base fondamentale, qui les rend possibles; le matérialisme est dans Terreur, car il admet une dépendance essentielle, alors quUl existe seulement une corrélation de phénomènes simultanés, mais nullement comparables entre eux. Par le concept de substance matérielle, nous désignons la base fondamentale de toute expérience externe. Aussi, ce concept est-il destiné à expliquer le fait physique et, par con* séquent, les phénomènes de la vie physique. Comme, parmi ces derniers, nous rencontrons en même temps ces sortes de mouvements, qui indiquent une conscience, les hypothèses sur la matière peuvent seulement nous faire comprendre la connexion physique de ces mouvements, mais jamais les fonctions psychiques concomitantes, que notre perception interne nous conduit à conclure à posteriori. Si donc, le concept de matière devait être transformé, de manière à iihpliquer simultanément la possibilité du fait physique et psychique, il prendrait de Textension et deviendrait un concept général de substance. Cette extension du concept doit-elle être admise ? C'est évidemment une question, que la psychologie empirique résoudra, lorsqu'elle sera arrivée au terme de ses recherches . Jusqu'à ce moment, nous resterons attachés à cette hypothèse, réclamée directement par Texpérience : le fait psychique est régulièrement accompagné de phénomènes physiques déterminés, et des rapports réguliers existent entre ces phénomènes biologiques internes et externes.