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Caractères et limites de la vie psychlqne

Les fonctions psychiques sont un élément essentiel des phénomènes biologiques, et ne s'oRrent jamais à l'observateur, sans être accompagnées des fonctions de nutrition et de reproduction. Mais ces phénomènes biologiques généraux peuvent apparaître, sans que Pon remarque, en même temps, dans leur substratnm, ces propriétés, que nous appelons ordinairement psychiques. La première question qui s'impose, en étudiant les bases corporelles de la vie de l'àme, est donc ainsi formulée : Quels doivent être, dans un corps vivant, les signes caractéristiques qui permettent de lui supposer des fonctions psychiques?

Cette première question de la psychologie physiologique est déjà entourée de difficultés extraordinaires. Les caractères décisifs de la vie psychique sont de nature subjective : nous ne les connaissons, que d'après le contenu de notre propre conscience. Mais il faut invoquer, ici, des caractéristiques objectives, qui nous obligent de conclure à posteriori à un être interne, ressemblant en quelque sorte à noire conscience. Ces caractéristiques objectives ne peuvent consister, qu'en certains mouvements corporels, mouvements qui témoignent, que des sensations les ont engendrés. Comment sommes-nous autorisés à ramener aux sensations les mouvements d'un être vivant? La réponse à

cette question est incertaiae, surtout si les préjugés métaphysiques interviennent dans cette affaire, et c'est ce que montre nettement le fait suivant : d'une part, Fhylozoïsme incline à regarder, comme une action psychique, tout mouvement, même celui de la pierre qui tombe ; et, d'autre part, le spiritualisme d'un Descartes voudrait borner toutes les manifestations de la vie psychique aux mouvements volontaires de l'homme. La première de ces opinions se dérobe à toute vérification ; la seconde contient seulement une partie de la vérité, à savoir que nos manifestations de la vie psychique doivent constamment fournir la règle, qui nous permet de mesurer les opérations analogues des autres êtres. Nous n'étudierons donc pas les fonctions psychiques, alors qu'elles se produisent à l'état le plus imparfait, et pour la première fois, dans la nature organique; au contraire, à partir de Thomme, nous suivrons une marche descendante, afin de trouver la limite, oii commence la vie psychique.

Tous les mouvements corporels, qui ont leur origine dans le système nerveux, sont bien loin d'avoir le caractère des opérations psychiques. Les mouvements normaux du cœur, des muscles respiratoires, des vaisseaux sanguins et des intestins s'accomplissent, le plus souvent, sans être accompagnés d'une modification quelconque de notre conscience ; de même, les muscles, servant à la locomotion, réagissent contre les excitations, la plupart du temps, à notre insu, sans notre volonté et d'une façon purement machinale. Regarder ces phénomènes de locomotion, comme des fonctions psychiques, serait aussi arbitraire, que d'attribuer la sensation à la pierre qui tombe. Si l'on exclut tous ces mouvements, exécutés sans la participation de la volonté ou avec son intervention momentanée, les mouvements volontaires sont les seuls, qui possèdent toujours le critérium indéniable des manifestations de la vie psychique. La caractéristique subjective, que nous avons directement du mouvement volontaire, consiste, en ce qu'il est précédé, dans notre conscience, d'une sensation quelconque, qui nous apparaît, comme la cause interne du mouvement. Donc, même au point de vue objectif, un mouvement est pour nous volontaire, lorsqu'il témoigne de sensations conscientes et que nous le concevons, comme étant leur effet.

Malgré la détermination de ce critérium, les difficultés pratiques, qui gênent le diagnostic du fait psychique, ne sont nullement écartées. On ne parvient pas toujours à distinguer sûrement, d'un mouvement volontaire, un réflexe purement mécanique, ou, même chez les êtres in-

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relieurs, un mouyemeut d'origine physique extérieure, comme, par exemple, Timbibition d'un corps apte à se gonfler, le changement de volume dû aux oscillations de la température. N'oublions pas, à ce sujet, qu'il y a des signes caractéristiques démontrant, avec une évidence absolue^ l'existence des mouvements volontaires, et que l'absence de ces signes ne doit pas toujours nous faire conclure d'une façon certaine à la non -existence de ces mouvements, ni par conséquent à la non-existence des fonctions psychiques. Notre étude ne peut déterminer, que cette limite inférieure, où se révèlent les manifestations de la vie psychique. Celle-ci commence-t-elle réellement plus bas encore? C'est une pure présomption.

Le critérium objectif du mouvement volontaire, celui qui, surtout après une observation prolongée, ne peut induire en erreur, est la relation du mouvement avec les instincts nutritif et sexuel, qui sont les plus répandus parmi les animaux. C'est uniquement à l'aide de l'impression sensible, que ces instincts conduisentjaux mouvements de locomotion, qui ont en soi le caractère de volontaires. Les mouvements volontaires, sûrement déterminés dans toutes les circonstances de ce genre, principalement la tendance vers la nourriture, prouvent donc dMiie manière irréfutable l'existence d'une conscience sentante. Il est hors de doute que, depuis l'homme jusqu'aux protozoaires, la conscience est une propriété générale des êtres vivants. Aux degrés les plus inférieurs de cette série de développement, les sensations, qui naissent dans la conscience, seront certes extrêmement bornées, et la volonté sera toujours déterminée de la façon la plus simple par les instincts organiques, qui sont si généralement répandus. Toutefois, les manifestations biologiques des protozoaires les plus infimes ne s'expliquent, qne par cette supposition : elles supposent une conscience, qui diffère uniquement de la nôtre par le degré de son développement.

Voici unequeftion plus difficile.Les manifestations de la vie psychique commencent-elles réellement, pour la première fois, à ce degré de l'échelle organique, où nous percevons des mouvements corporels volont^res; ou bien, leurs débuts ne remontent-ils pas beaucoup plus loin? Partout, où existe un protoplasma vivant, il apparaît doué de contractilité : au contact des excitants extérieurs et, même, sans action apparente du dehors, le protoplasma exécute des mouvements; ceux-ci ont la plus grande analogie avec les mouvements volontaires des protozoaires inférieurs ; ils ne sont pas expliqués par les influences physiques extérieures, mais seulement par les forces, qui résident dans la

substance contractile elle-même. Le contenu protoplasmatique des jeunes cellules végétales et le protoplasma libre, si largement répandu dans les règnes végétal et animal, présentent des mouvements de ce genre, qui disparaissent constamment au moment de la mort de la substance ; et, très-probablement, tous les organismes élémentaires, soit indépendants, soit faisant partie d'un organisme composé, possèdent, au moins durant un certain temps de développement, la propriété contractile. Ainsi, les corpuscules lymphatiques du sang, les corpuscules de la lymphe des animaux, du pus et ceux,qui sont trouvés à l'état d'éléments migrateurs dans les tissus, présentent des changements de forme, qui ne diffèrent pas, d'après leur aspect extérieur, des mouvements volontaires des protozoaires inférieurs, dont la structure corporelle a souvent tant d'analogie avec celle de ces éléments (fig. 1). Seulement, la

spontanéité de ces mouvements n'est pas démontrée. On a observé, il est vrai, surtout dans les globules blancs du sang des invertébrés, une absorption de principes solides,qui ressemble à une absorption de matières nutritives (1). Dans ce cas, comme pour les mouvements d'irritation qui, chez certaines plantes, sont liés à l'exercice des fonctions de digestion, rien n'indique certainement, que les sensations opèrent un choix déterminé entre les matériaux nutritifs, ou qu'un lien psychologique intermédiaire existe généralement entre l'excitation et le mouvement (2).

On entend dire parfois : si, à l'intérieur du protoplasma, il n'y a vraisemblablement, que des conditions physiques, d'oii l'on puisse dériver les phénomènes de contractilité, l'hypothèse de phénomènes psychiques concomitants est, par cela même, insoutenable. C'est une erreur complète. La physiologie cherche à déduire des forces physiques générales les phénomènes, qui ont lieu dans notre système nerveux : les faits de notre conscience n'en restent pas moins intacts. La

Corposcales lymphatiques, a-k Changements de formes des cellales vivantei ; / cellole morte.

i. Hœckel, Monographie der Radiolarien, Berlia, i862. p. 104. 2. Darwin, Insectenfressende Pflànzen (traduction allemmde de J. V. Carus). Stuttgart i87d. Voir surtout le chapitre X, p. 208.

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