‹ Eléments de psychologie physiologiqueChapitre 169 sur 204 · Fechner, Annalen de Poggendorff, vol, L. p. SOO · texte numérisé non relu

Fechner, Annalen de Poggendorff, vol, L. p. SOO

2. Voy. les couples de couleurs complémeniafres à la page 472.

tandis qu'au contraire un objet noir sur fond clair produit une image consécutive blanche. A Tobjet noir correspond une partie rétinienne relativement non fatiguée, par rapport à l'entourage. Hais si, comme dans ce cas, le rapport de la sensation avec les sensations des parties environnantes est simultanément pris en considération, on voit intervenir les phénomènes de contraste, que nous étudierons tout à l'heure.

Dès les premiers moments, après qu'une impression a eu lieu, l'image consécutive complémentaire n'apparait pas aussitôt avec toute son énergie, puisque l'excitation de la rétine surpasse en durée Tapplication de l'irritant ; c'est pourquoi, une sensation de composition égale, une image consécutive de même couleur, persiste. On observe nettement cette dernière image, quand l'impression lumineuse a eu wie dnrée très-courte : souvent, dans ce cas, l'image consécutive de même couleur (homochroïque) se dissipe, sans être suivie d'une image consécutive complémentaire, clairement perceptible. .Si, au contraire, l'action de l'irritant a été plus longue, on remarque d'abord l'image consécutive de même couleur et, ensuite, l'image consécutive complémentaire. Le passage de l'une à l'autre est accéléré, si l'impression lumineuse, qui vient après, possède une clarté considérable. Les images consécutives de même couleur se présentent donc, de la façon la plus nette et la plus durable, dans le champ visuel obscur de l'œil fermé; cependant, ce passage s'opère même ici, puisque la faible clarté du champ visuel obscur se comporte d'une manière analogue à l'action d'un irritant lumineux extérieur.

L'image consécutive complémentaire d'une couleur est positive ou négative. Positive, si elle apparaît avec une clarté en apparence égale ou même supérieure à l'impression primitive; négative, si elle se montre avec une clarté affaiblie. Le plus souvent, elle est négative; aussi, elle est plus sombre, que l'objet. Ceci s'explique directement par la fatigue ou bien (si nous nous servons ici d'expressions empruntées à notre descriptiou du système chromatique), parce que la sensation est obligée, grâce à l'irritabilité émousséo, de se rapprocher du pôle du noir de la sphère chromatique. Les images consécutives complémentaires positives se manifestent spécialement, quand les images consécutives des objets sont observées dans le champ visuel obscur (1).

i. Brûcke, Denkschriften der Wien. Ak. 111, p. 95 et Untertuch, de Moleschott, IX, p. 13. Helinholtz, Physiol. Optik, p. 384. Brûcke a étudié spécialement les images consécutives complémentaires positives, mais n'en a pas donné d'explication. Helmholtz les a considérées comme un phénomène de mélange, qui apparaît.

SENSATIONS LUMlNEUSi!:S. 4U3

Regardons, par exemple, une flamme claire à travers un verre rouge, assez longtemps pour que IMmage consécutive de même couleur ne puisse pas se montrer, et fermons les yeux : alors, dans le fond obscur du champ visuel, apparaît une image consécutive de la flamme, d'un vert extrêmement intense. Si, ouvrant les yeux, nous les dirigeons vers une surface blanche, l'image consécutive est momentanément obture. Le même point de la rétine, qui, en présence d'une irritation lumineuse faible, accuse en apparence une augmentation d'excitabilité, offre par conséquent, si Tirritation lumineuse est énergique, une diminution d'excitabilité : dans les deux cas, la lumière mixte est vue avec le ton complémentaire de la couleur primitive. Relativement à l'excitabililité pour les divers rayons colorés de la lumière mixte, le même état existera évidemment dans les deux circonstances : même, lors de l'image consécutive complémentaire positive, la fatigue pour la couleur, vue primitivement, doit se manifester. Si néanmoins, l'image consécutive apparaît claire sur fond sombre, nous pouvons ici attribuer cet effet uniquement au contraste, qui, dans ces expériences, détermine généralement les rapports de clarté de l'image et de l'entourage. Quand un objet coloré est vu sur fond uniformément gris, le contraste fait paraître l'objet plus clair et le fond plus sombre, qu'ils ne le sont en réalité. Ceci explique, comment les images consécutives complémentaires positives sont perceptibles, uniquement si les yeux sont fermés ou dans l'obscurité, et se convertissent aussitôt en images consécutives négatives, dès que le champ visuel est fortement éclairé. Grâce à cette alternance, seules les conditions du contraste sont modifiées, mais non les autres rapports qui déterminent la sensation (1).

lors de l'alternance de Timaffe consécutive complémentaire de même couleur et de rimage consécutive complémentaire, ordinairement négative.

1. Voir plus loin Tétude détaillée du contraste. D'après la distinction précédente, le système tout entier des images consécutives est représenté par le tableau synoptique suivant :

Positives Négatives

Homochrolques. Complémentaires. Homochrolques Complémentaires.

(non observées et probablement impossibles)»

Si l'irritation par la lumière blanche se produit, les subdivisions consistant en images consécutives homochrolques et complémentaires se suppriment. Souvent, dans le langage, on emploie indinéremment les termes d'images consécutives positives et homochrolques, ainsi que d'images consécutives négatives et complémentaires : la substitution de ces dési;xnalions doit être évitée, à cause de l'existence des images consécutives complémentaires positives.

En somme, les phéBomènes des images consécutives dépendent spécialement des trois facteurs suivants qui> selon les circonstances, sont tantôt mélangés, tantôt isolés les uns des autres. Ces facteurs sont : 1<» le processus d'excitation, provoqué directement par l'irritant lumineux et présentant toujours une durée sensiblement supérieure à l'irritant ; 2^ l'irritabilité modifiée de la rétine, qui persiste plus ou moins longtemps, après le déroulement du processus d'excitation ; et 3<> dans certaines conditions, que nous connaîtrons ultérieurement, le contraste des sensations. La modification d'irritabilité occasionne, dans toutes les circonstances, l'image consécutive complémentaire négative ou positive. L'action directe et continue de Texcitation se révèle par l'image consécutive de même couleur. Le contraste détermine principalement l'intensité forte ou faible, avec laquelle se traduisent les effets consécutifs de l'excitation (1).

Enfin, les phénomènes des images consécutives offrent un parcours plus complexe, quand l'irritant lumineux est mixte, au lieu d'être composé d'une seule couleur. Dans ce cas, l'excitation ne persiste pas toujours, en gardant la même composition lumineuse ; mais il se pro- ^ duit une transformation des couleurs, indiquant que les diverses couleurs, composant la lumière mixte, produisent des irritations rétiniennes de parcours différent. Nous nommerons ce phénomène la dégradation colorée des irritations luminemes de courte durée (i).

Si, après avoir regardé momentanément un objet blanc très-éclairé, on ferme les yeux, l'image consécutive blanche, positive au début est transformée par le bleu, le violet, le rouge en image consécutive grise négative (3). Un phénomène analogue s'observe avec la toupie chromatique, si, traçant sur son disque des secteurs alternativement blancs et noirs, on choisit une vitesse de rotation telle, que ces secteurs ne se ftisionnent pas, pour donner une impression uniformément grise. Il se produit alors un papillotage coloré; car, si la vitesse est modérée, une co-

i. Hering (Zur Lehre vom Lichtsinn, Wien 1878, p. 14, 43 et suiy.) a fait ressortir, que dans des cas nombreux il est insuffisant de concevoir Timage consécutiTe négative, comme un phénomène de fatigue. Tous les exemples cités par Hering dérivent facilement du contraste, dont l'intervention dans les phénomènes des images consécutives est, sans doute, des plus évidentes.

2. Habituellement, ce phénomène est appelé < la dégradation colorée des images consécutives. » La désignation précédente me semble plus convenable, afin d'éviter la confusion avec d'autres phénomènes des images consécutives ; car, la courte durée de l'irritation, dans les expériences, dont nous nous occupons ici spécialement, est absolument essentielle.

Page 1