‹ Eléments de psychologie physiologiqueChapitre 185 sur 204 · Lotze, Medkinische Psychologie , p · texte numérisé non relu

Lotze, Medkinische Psychologie , p

DÉPENDANCE DU SENTIMENT. ^tl

voir dans un proda|t de notre abstraction un état indépendant, cela tient à ce que le ton de sentiment dépend, comme nous Pavons déjà dit, de l'état total de la conscience ; ce qui est pris facilement comme une indépendance relative vis-à-vis des autres éléments réguliers de la sensation. Mais, cette relation avec la conscience est incapable de nous fournir un motif quelconque, d'attribuer au ton de sen* timent une existence plus indépendante, qu'aux autres éléments de la sensation ; car, celle-ci doit finalement être envisagée, dans tous ses éléments, comme une réaction de notre conscience. Seulement en un point, l'examen des éléments du sentiment dépassera en quelque sorte les limites marquées et observées dans les deux chapitres précédents. L'intensité et la qualité de la sensation ont été étudiées, sans prendre spécialement en considération les lois générales de la conscience. Mais cette importance plus subjective, que nous attachons directement aux sentiments, nous oblige à tenir compte de quelques' propriétés de la conscience, dont Texamen approfondi sera fait ultérieurement dans ce livre (1). Avant d'étudier la dépendance du ton de sentiment vis-à-vis de l'état total de la conscience, dépendance importante pour l'énergie et la direction du ton de sentiment, il sera convenable de considérer les relations du ton de sentiment avec l'intensité et la qualité, ces deux autres éléments constituants de la sensation, que distingue notre abstraction.

1. — Dépendance du sentiment à Tégard de Tintensité de la sensation.

La dépendance générale du ton de sentiment à l'égard do l'énergie de la sensation est indiscutable dans les sensations très-intensives, qui sont accompagnées de sentiment de douleur. Ce deiiiier est un sentiment de déplaisir, qui, par suite de l'intensité de la sensation, s'accroît jusqu'à une limite maximum. A une certaine distance de la hauteur de l'excitation, la sensation s'unit à un sentiment de déplaisir, qui augmente, jusqu'à ce qu'il atteigne la hauteur. Or, ce point, où commence le sentiment de déplaisir, correspondra évidemment au point d'indifférence ; au-dessom de ce point, on doit généralement s'attendre à rencontrer

1^ Comparer quatrième section, chap. XV.

5i8 TON DK SKNTIMKNT DB LA SENSATION.

des sensations de plaisir. En effet» c'est ce que confirme Texpérience. GeUe-ci atteste que, dans tous les domaines sensoriels, les sensations d'énergie modérée sont spécialement accompagnées de sentiments de plaisir. Ainsi, des sentiments de plaisir, définis, s'unissent ayec les sensations de chatouillement, qui sont dues à des irritants cutanés, doués de faible énergie et internant rapidement avec les sensations d'effort musculaire modéré et de fatigue musculaire. Chez les sens supérieurs, (pour des raisons que nous développerons tout à l'heure) Vénergie du ton de sentiment (Gefûhlsbêtonung) des sensations est bien moins accusée. Celle-ci est susceptible d'être encore démontrée, si Ton écarte, autant que possible, la relation avec des représentations complexes, si donc on laisse agir per se un son simple ou une couleur, où alors incontestablement la sensation, primitivement agréable, se convertit graduellement en sentiment de déplaisir et de douleur, quand l'intensité de la sensation augmente. Si la sensation diminue de plus en plus, le sentiment de plaisir décroit pareillement, jusqu'à ce que, près du seuil de l'excitation, il devienne infiniment petit. Par conséquent, la dépendance générale du ton de sentiment à l'égard de l'intensité de la sensation et de l'intensité de l'irritant peut être conçue de la façon suivante. Si, utilisant les grandeurs de l'irritant comme abscisses, nous imaginons, que la marche des énergies de la sensation est représentée de la manière décrite dans la figure 107, p. 406, nous représenterons la dépendance du ton de sentiment à l'égard de l'énergie de l'irritant par une seconde courbe, différente de l'autre. Cette courbe est ponctuée dans la fig. 121 ; la ligne pleine répète simplement la fig. 107, afin de dévoiler l'accroissement simultané de l'énei^ie de la sensation. Si, avec la ligne ponctuée, nous admettons, que les ordonnées, dressées au-dessus de la ligne d'abscisse, désignent les valeurs positives de plaisir et les ordonnées, dirigées en bas, les valeurs négatives déplaisir ou celles de déplaisir, la courbe, au seuil a de l'irritation, commence avec des grandeurs de plaisir infiniment petites, et s'élève alors vers un maximum, qui est atteint, quand la sensation a une certaine énergie finie c. A partir de ce point, elle s'abaissa de nouveau, rencontre en e la ligne d'abscisse, comme point d'indifférence ; c'est pourquoi, si les irritants augmentent davantage, le passage au côté négatif indique des grandeurs de déplaisir graduellement croissantes, jusqu'à ce que finalement, lors de l'application d'un irritant m, qui correspond à la hauteur de l'irritation, une valeur maximum de déplaisir est atteinte. La courbe, décrivant la dépendance de l'émotion sensorielle

DICPENDANGE DU SENTIMENT.

à regard de Ténergie de Firritant, se distingue donc essentiellement de celle qui retrace la marche des énergies de sensation, puisque la première possède un point culminanty qui exprime justement le mouvement entre les états opposés de plaisir et de déplaisir. Le . rapport respectif des valeurs des ordonnées, appartenant aux deux courbes, permet de mesurer la quantité de ton de sentiment, qui est mêlée à une sensation pure. Les sensations négatives ou inconscientes ont, toutes, la valeur de sentiment zéro : ces sensations, situées au-dessous du seuil, peuvent donc être uniquement considérées comme des sen-

Fi.;, lil.

sations pures, ce qui répond à la dépendance, examinée plus loin, du ton de sentiment vis-à-vis de Tétat total de la conscience. Chez les sensations positives les plus faibles, la valeur de sentiment est encore légère, mais Tirritant atteint très-vite des énergies telles, que la portion pure de la sensation et la valeur de sentiment sont également fortes. Cependant, cette dernière décroit de nouveau ; c'est pourquoi, dans les environs du point d'indifférence, se présentent des énergies de sensation d^un ton de sentiment très-faible ; d'ailleurs, cette limite est variable, instable ; par conséquent, il est di£Bcile à l'observation de la fixer.

Si le commencement et l'extrémité de la courbe du sentiment nous sont très nettement révélés par les valeurs de seuil de l'irritation et de la hauteur de l'irritation, il n'en est pas ainsi de ces deux points remarquables, qui correspondent au maximum du plaisir positif et au point

d'indifférence. Néanmoins, nous avons quelques données sur leur situation probable. On semble autorisé à admettre, que le point maximum est situé autour de la valeur cardinale de la sensation, où la sensation crott simplement et proporlionnelicment à Téner^îe de Tirritant (1). Quand les irritants sont faibles, la grandeur absolue de la sensation est trop petite, pour qu'un s:^ntimont de plaisir, doué d'une énergie suffisante, puisse s'y allier; et, si les irritants sont forte, l'intensité de la sensation ne permet pas la graduation convenable. L'impossibilité de fixer, de maintenir les mêmes valeurs de plaisir, quand la grandeur de la sensation persiste, témoigne, que la graduation de la sensation joue un rôle essentiel dans le sentiment. Comme le ton de sentiment de la sensation diminue constamment, lorsque celle ci a une certaine durée, dès l'abord il est probable, que ces énergies de l'irritant, qui présentent la condition la plus favorable pour la variation des sensations, sont aussi liées avec les plus grandes valeurs de plaisir. C'est ce que semblent confirmer également les analogies empruntées au domaine des mouvements complexes de Tàme, chez lesquels il existe une relation entre les causes de la disposition et cette disposition ellemême, relation identique à celle de l'excitation avec le sentiment. L'élévation du bonheur, dans son rapport avec l'accroissement des biens de la fortune, suit, dans certaines limites, la loi de Weber ; puisque le possesseur de 100 thalers est aussi heureux de l'addition d'un thaler, que le possesseur de 1000 thalers, de celle de 10 thalers (2). Mais l'individu, le mieux placé pour apprécier de petites oscillations de bonheur, est celui, chez lequel le bonheur est simplement proportionnel à l'accroissement des biens extérieurs. Au-dessous de celte limite, la valeur absolue des biens existants de la fortune est trop petite ; audessus de cette limite, les oscillations de leurs valeurs, qui se manifestent dans les circonstances ordinaires, sont trop insignifiantes, quant à leur grandeur relative, pour procurer à l'individu une satisfaction suflSsante. Ceci est confirmé par l'expérience de tous les siècles, car « l'aurea mediocritas » offre les conditions les plus favorables pour le sentiment du bonheur. Il en est de même dans le domaine beaucoup plus élémentaire du sentiment sensoriel, auquel s'applique toujours la règle suivante : la grandeur de ce sentiment est simultanément déterminée par la variation durable de la sensation, qui le motive. Le

i. Voir p. 406.

i. Voir plus bns rubrique n» 4.

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sentiment de plaisir atteint donc probablement son point de hauteur, près de la même grandeur delà sensation, qui est la plus propice pour distinguer exactement les excitations objectives. Or, comme Ténergie moiérée de la sensation, énergie qui ordinairement est très-convenable pour percevoir objectivement les impressions, ne se trouve pas, dans tous les cas, trop au-dessus de la valeur cardinale, il faut admettre, que la courbe du sentiment s'abaisse, d'une façon relativement rapide, de son maximum positif au point d'indifférence. Cependant, ici, nous devons toujours tenir compte, que Téncrgie du sentiment est susceptible de varier avec la durée de temps des sensations; c'est pourquoi, la conGguration de la courbe du smtiment, surtout par rapport à la position de son maximum et de son point d'indifférence, est nécessairement sujette à des changements continuels, même quand l'irritabilité et la réceplivité à l'irritation restent constantes, en d'autres termes, quand la courbe de la sensation ne se ^modifie pas.

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