‹ Eléments de psychologie physiologiqueChapitre 23 sur 204 · Éléments chimiques du tissu nerveux · texte numérisé non relu

Éléments chimiques du tissu nerveux

Les matériaux chimiqueSy qui composent les éléments du système nerveux, sont encore imparfaitement connus. La plus grande partie des tissus d'enveloppement et de protection, à savoir le névrilème, la gaîne primitive et, partiellement, la névroglie des centres nerveux, appartiennent à la classe des principes gélatineux et élastiques. Seulement, la gaîne cornée, qui entoure la moelle, la neurokératine (1), est une substance analogue à la matière cornée des tissus épithéliaux. La masse nerveuse, proprement dite, est un mélange de divers corps, dont plusieurs ressemblent aux graisses par leur solubilité, bien que leur constitution chimique en diffère notablement. En dehors de la substance nerveuse, ces corps ont été trouvés dans les globules sanguins et lymphatiques, le jaune d'œuf, le sperme et, en petites quantités, dan» bien d'autres liquides. La plus importante de ces matières est la lécithine^ corps très-complexe, dans lequel les radicaux des acides gras, de l'acide phosphorique et de la glycérine, qui est mélangée à la plupart des graisses animales, sont associés ensemble et unis à ime forte base d'aminé, à la névrine (2). Grâce aux quantités élevées de carbone et d'hydrogène, qu'elle contient, la lécithine est un corps éminemment comburant, et, d'autre part, sa composition complexe permet d'en opérer facilement la dissociation. La substance nerveuse recèle aussi la cérébrine^ corps encore inexploré dans sa constitution. Gomme, après avoir été soumise à l'ébullition avec des acides, elle donne lieu à une espèce de sucre et à d'autres produits de décomposition, mal définis, la cérébrine est classée dans les glycosides azotées(3). Enfin, la cholestérine (4), alcool fixe, richement carboné, existant dans presque tous les tissus et liquides, forme, dans des proportions considérables, la composition de la substance nerveuse. La cérébrine et la cholestérine, qui sont éminemment comburantes, sont cependant moins faciles à décomposer, que la lécithine. A part ces subtances, le

1. Ewald et KiXhne, Verhandl. des naturhist. -- med. Ver. zu Heidelberg, nouv. série 1, p. 5.

2. La constitution delà lécithine ordinaire est, d'après Diakonow, C44H90NPO9 == distéarine phosphoplycérique + hydrate de triniéthylhydroxéthyièue-ammoniuni (uévrine). Selon Strecker, d autres lécithines peuvent encore se produire, puisque d'autres radicaux des aciles gras se substituent au radical de l'acide siéarique.

3. D'après W. Mftiler, 1 ; j nnposition (empirique) de la cérébrine est CsvHssNOa,

ÉLÉMFrNTS -CmMIQURS DU TISSU NERVEUX. 41

tissu nerveux renferme des quantités considérables de matières, qui appartiennent à la classe des albuminoïdes^ et dont les constitutions et les réactions chimiques ont été à peine étudiées. Nous savons seulement^ que la masse principale des matières à réaction albumineuse a, dans le cerveau et les nerfs, une forme solide, renflée, et que, par leur solubilité dans les alcalis et acides dilués, elles ressemblent beaucoup à Télément le plus important du principe albuminoIdedulait,à la caséine.

Nous ne possédons aucun renseignement, sur la connexion physiologique de tous ces principes constituants. Leur répartition, dans les diverses parties élémentaires du tissu nerveux, est également peu connue. Mais, il est certain que, dans les filets nerveux périphériques» le fil de Taxe présente les caractères généraux des albuminoïdes ; tandis que la gaine médullaire ressemble absolument, sous le rapport physique, à un mélange de lécithine et de cérébrine, gonflé par l'eau. Examiné au point de vue microchimique, le noyau des cellules ganglionnaires n'est, probablement, qu'une substance complexe, analogue à l'albumine ; mais, dans le protoplasma, les matières, semblables à l'albumine, sont mélangées à la lécithine et aux éléments, qui raccompagnent. Ces mêmes principes pénétreraient, en partie, dans la substance intercellulaire.

D'après l'étude de ces faits, la substance nerveuse serait le siège d'une synthèse chimique. Cette synthèse a pour résultat final de créer avec les matériaux nutritifs complexes, apportés par le sang, des corps encore plus complexes, qui, giîce à leur valeur comburante élevée, représentent en même temps une somme considérable de travail disponible. D'abord, ce qui témoigne en faveur de cette direction, imprimée à laction chimique du tissu nerveux, c'est la présence de la lécithine en quantités si importantes, que très-probablement, au lien d'être déposée par le sang, elle naît sur les lieux et places, où on la rencontre. Dans ce cas, les principes albuminoïdes de la cellule gangUonnaire et du cylindre-axe seraient les substances mères de la lécithine, des corps qui l'accompagnent et en dérivent, peut-être comme produits accessoires. Il est moins certain que, dans les parties élémentaires animales, des principes albuminoïdes plus simples puissent se convertir en principes plus complexes. Abstraction faite des synthèses opérées dans le corps de l'animal (1) et déjà nettement observées, ce

1. E. BanmaDD, Die synthetischen Processe im Thierkôrper, (Discours inaugural) Beriin 1878.

qui milite en favear de cette assertion c'est le fait suivant : les substances phosphoréeSf semblables d'ailleurs aux albuminates par leur composition et leurs propriétés chimiques, se présentent dans des circonstances, qui permettent de croire, qu'elles se forment à l'intérieur de la cellule animale. C'est surtout l'élément principal des noyaux cellulaires, la nucléine (1), qui parait être un corps phosphore de ce genre. D'après Fopinion de Hoppe-Seyler, ces substances phosphorées, analogues aux albuminoïdes, sont les degrés intermédiaires entre l'albumine, proprement dite, et les corps de la lécithine. Elles semblent accompagner très-souvent les albuminoïdes, et principalement la caséine (2). Donc, on est provisoirement autorisé à présumer, que des corps complexes, analogues aux albuminoïdes se forment dans la cellule ganglionnaire et que, peut-être même, ils composent le cylindre-axe. La formation de la lécithine et des autres matières nerveuses, facilement combustibles, devrait alors être considérée, comme un second phénomène, qui repose déjà sur une division de ces parties. Par conséquent, tous les actes chimiques de la substance nerveuse ont évidemment pour but de produire des combinaisons, où s'accumulent des quantités considérables de chaleur et de travail. Sous ce rapport, nos données sur les éléments chimiques du système nerveux concordent pleinement^ avec les notions, qui résultent de l'étude de la mécanique physiologique de ce même système (3).

1. Miescber, in Hoppe-Seyler's physiologisch-chemischen Vntersuchungen, k, p. 453.

Page 1