‹ Éléments de psychophysique générale & specialeChapitre 46 sur 88 · NOUVELLES OBJECTIONS A LA LOI DE FEGHNEE · texte numérisé non relu

NOUVELLES OBJECTIONS A LA LOI DE FEGHNEE

précisément parce que l'on ne peut comparer «ntre elles, pour les mesurer, que des grandeurs de même espèce, et il me paraît exiger, comme je Favais dit, un haut degré d'abstraction dans l'idée que nous avons de la grandeur mesurable, quelle qu'elle soit, puisque cette idée est obtenue en séparant un élément particulier , toujours le même, de tous ceux qui en troubleraient l'homogénéité. M. Delbœuf a parlé du sentiment esthétique ; permettez-moi , Monsieur , de le prendre pour exemple; ma pensée, en s'exagérant, deviendra peutêtre plus claire.

Il y a, sans doute, des degrés dans nos sentiments d'admiration : certaines œuvres nous font plus d'impression que d'autres. Mais entre ces diverses impressions, n'y a-t-il que des différences du plus au moins; n'y a t-il pas des différences de nature?

Vous voilà devant la Vénus de Milo : un monde de sentiments fugitifs, persistants, vagues, précis, n'ayant entre eux rien de comparable , s'éveille en vous : votre intellect se met en branle, un autre monde d'idées et de souvenirs prend possession de votre cerveau et y déroule ses richesses : tout cela se fond, s'unit, s*éiabore à perfection et vous met dans cet état d'émotion délicieuse qui grandit jusqu'à vous absorber en entier, ou diminue et s'éteint pour renaître bientôt. Au milieu de cette complication , dans ce mélange de choses hétérogènes, où la vie met quelque unité, et dont votre admiration est faite, comment abstraire un élément mesurable, dont les diverses parties soient de même espèce, soient comparables entre elles? Mais, poursuivons, Monsieur. Supposons qu'on retrouve les deux bras de la Vénus et qu'on les dépose devant vous. Ils ne seraient pas, sans doute, sans émouvoir aussi votre s|,dmiration. Mais cette admiration serait- elle de la même nature que celle que vous éprouviez devant la statue; ne serait-elle pas faite d'autres idées, d'autre» sentiments. Tout autres encore seraient les sentiments et les idées qui viendraient vous traverser devant la Statue restaurée, ayant recouvré ses 4eu2^ bras, plug

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belle assurément. Ce qui viendrait alors s*ajouler à la beauté qu'elle a déjà serait-il do la même nature que cette beauté? Y aurait-il Jà matière à quelque comparaison, à quelque sommation? Le composé final serait il comparable à ses éléments , devenus eux-mêmes différents de ce qu'ils étaient , par le fait de leur union?

Et la musique, Monsieur! C'est bien pis. Qu'il y a loin de la musique « à Tart de combiner des sons d'une manière agréable »> et aux règles mathématiques que Facoustique enseigne pour cela ! La grammaire, la linguistique ne sont, certes, pas plus éloignées de cet art consomnaô que possédaient un Pascal, un Bossuet, pour rendre avec des mots la sublimité de leurs pensées. Mais ne craignez rien , Monsieur, je m'arrête ; j'aurais vraiment trop de plaisir à m'enfuir par ce chemin-là, à m'égarer dans cette forêt touffue, à en énumérer longuement les complications singulières. Au surplus , vous trouverez peut-être qu'il est temps de laisser cette digression qui, je l'espère, ne sera point inutile, et d'en revenir à la sensation

Eh bien! il ne me semble pas qu'une sensation possède ce caractère d'homogénéité qui appartient essentiellement aux grandeurs mesurables. J'ai beau faire, Monsieur, en restant à un point de vue purement subjectif, je ne conçois ni la somme de deux sensations, ni leur différence : lorsqu'une sensation grandit , elle devient tout autre et ce qui est venu la modifier, dont je n'ai nulle idée , ne me paraît pas de la même nature que la sensation primitive. Que l'on tienne à la main un objet qui s'échauffe progressivement : la sensation se modifiera incessamment et se terminera en douleur cuisante ; on aperçoit bien que les termes extrêmes ne se ressemblent guère; lorsque la douleur s'en mêle, d'autres nerfs, si je ne me trompe, sont mis en jeu. Cette différence de nature qui existe incontestablement entre deux sensations de chaleur causées par des excitations qui diffèrent suffisamment , me parait subsister» a un moindre degré, entre deux sensations i^ter? wédiaireg,

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