‹ Éléments de sémiologie et clinique mentalesChapitre 107 sur 159 · PASSIONS ANORMALES · texte numérisé non relu

PASSIONS ANORMALES

jalouse de la cuisinière. Quand par hasard le vieux monsieur demande quelque chose à celle-ci, Léa... fait une scène à la cuisinière, et boude son maître en lui passant les plats à table la tête tournée du côté du mur. Elle est tellement jalouse qu’elle ne cesse de faire des scènes à l’autre bonne et pourtant le vieux monsieur a toujours été d’une tenue et d’une correction irréprochables vis-à-vis de ses domestiques. Ces querelles finissant par troubler complètement le service, on décida de renvoyer Léa... tolérée par charité (à cause d’un enfant naturel qu’elle élevait). Léa... jure de se tuer si on la renvoie. La veille du jour où elle devait partir, elle s’enferme à clef dans sa chambre avec du charbon de bois. On réussit à pénétrer chez elle, le charbon était intact encore ; on la fait garder à vue par un parent appelé en toute hâte. Le lendemain elle se refuse à partir, se roule par terre, en faisant mille récriminations, si bien qu’on est obligé de la faire descendre par le concierge qui la porte dans une voiture et l’expédie chez son parent en donnant l’adresse au cocher. — Quelques jours api’ès, les maîtres de Léa... reçoivent une longue missive de reproches, les accusant d’injustice, d’avoir fait perdre une bonne place à une malheureuse. Pendant plusieurs mois, Léa... écrivit des lettres qui atteignaient 16 pages et rabâchaient les mêmes plaintes. — 11 faut ajouter que cette pauvre fille avait eu un enfant naturel d’un homme à qui elle s’était sottement livrée, celui-ci ayant demandé à vérifier si elle était vierge (!). — D’après les renseignements que j’ai eus, Léa... avait déjà manifesté antérieurement dans d’autres places son état de déséquilibre mental.

Quelques-uns de ces anormaux ont des passions, des « philies » spéciales, pour des objets, animaux (« zoophilie »), odeurs, personnes, etc., et qui peuvent acquérir une intensité extrême. Gela n’a pas grande importance pratique. Je citerai un fragment d’observation d’avarice que je dois à l’obligeance de M. André Collin, interne des hôpitaux :

Avarice. Un groupe de messieurs qui allaient habituellement chasser surdos terres appartenant au marquis de .X..., et très distantes de tout endroit habité, s aperçurent à différentes reprises quë leurs chevaux marchaient beaucoup moins bien au retour qu’au départ et que ces bêtes semblaient exténuées.

Ils en cherchèrent longtemps la cause et les cochers et palfreniers furent soupçonnés de réaliser d’illicites bénéfices sur l’avoine .

L un des chasseurs se cacha donc dans l’écurie et put voir le marquis, riche proprietaire terrien, déguisé en mendiant, qui venait lui-même, avec un grand sac de toile dérober l’avoine des chevaux dans le plus grand secret.

On sut depuis que c’était pour nourrir à bon compte ses volailles que le grand seigneur commettait ces larcins, et une enquête sommaire sur son genre de vie apprit à tous que pour ménager les revenus de sa fortune, cependant considérable, il se contentait d’une nourriture insuffisante, se refusait tout confort et se vêtait habituellement en chemineau pour que nul ne fût tenté de lui demander quelque aumône.

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TENDANCES ANOBMALES.

Anomalies et perversions sexuelles.

J’ai déjà indiqué ces perversions au chapitre des sentiments: je n’y reviendrai que très brièvement. Ces anormaux ont ordinairement d’autres anomalies de l’esprit, et souvent aussi du corps.

.le cilerai comme perversion curieuse de ce genre un malade Le L..., que j’ai vu à Bicêtre avec un délire vague, inclassable, que j’ai cru pouvoir hypothétiquement rattacher à la psychasténie, à tort, car en y réfléchissant c’était probablement un hébéphrénique. Il avouait des perversions sexuelles singulières: il s’affublait de vêtements de femme et il se masturbait en s’imaginant qu’il était une femme : « Je me mettais des oripeaux de femme et je me masturbais, dit-il, dans un demi-rêve. Je ne buvais rien ; c’était par une imagination surexcitée. » Je n'ai pu savoir 4 quelle occasion il avait inauguré cet exercice, d’autant plus qu’il disait avoir eu des maîtresses et n’avoir jamais en d’idées de pédérastie.

J'ai dit que ces anomalies coexistaient souvent avec d’autres; c'est que par leur origine une partie d’entre elles, les perversions proprement dites, ont de très grands rapports avec les obsessions et les associations sensorielles congénitales, telles que l’audition colorée (voyez p. 592) ; il semble en effet que très souvent il s’agit d’une association fortuite établie dans le jeune âge, de très bonne heure souvent, qui demeure ensuite comme une obsession, liant ensemble pour toute la vie l’excitation sexuelle avec un objet, une image ou une émotion particulière. Très fréquemment le perverti a conscience de son éfet et lutte contre son penchant morbide comme l’obsédé, mais sans plus de succès. D’autres de ces anomalies sexuelles ont vraisemblablement un autre mécanisme, mais nous sommes bien peu avancés dans la connaissance intime de ces altérations d’une fonction capitale. Il est probable que l'imitation joue un rôle dans la diffusion de ces perversions, surtout du saphisme et de la pédérastie, très répandus, paraît-il, dans les bas-fonds dès théâtres et de la littérature.

Je résume dans le tableau suivant (1) les anomalies que l’on peut rencontrer chez les déséquilibrés mentaux.

(1) Emprunté à Arnaot, in Traité de Ballet, p, 767. J’y ai apporté una légère modification et une addition.

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