CHAPITRE VI
HYSTÉRIE (1
Sommaire. — L’hystérie de Charcot. Une vieille observation personnelle de 1886 : Stigmates physiques ; Délires de rêve ; Somnambulisme; Prétendue action à distance des médicaments. — Comment Charcot envisageait l’hystérie et l’hypnose : il les avait ramenées à des états physiques. Côté mental secondaire. Les idées de Charcot donnent naissance à plusieurs courants.
La folie hystérique.
La psychologie de l’hystérie et de l’hypnose.
Le pithiatisme et le démembrement de l’hystérie ; l'hystérie est une affection mentale. Délire de rêve. Personnalités anormales. Alternance de personnalités.
Délire de reve circonscrit. Personnalités coexistantes. Écriture automatique. Caractère général des troubles mentaux hystériques.
L’état mental de l'hystérique. Retour en arrière.
Ktiologie.
Diagnostic. Avec différents types cliniques. Simulation.
Pronostic.
Traitement. La persuasion.
Conclusion.
Appendice.
Somnambulisme infantile. Rapport avec les terreurs nocturnes.
L'hystérie de Charcot. — C’est un malade que j’ai vu en 1886 et dont j’ai pris l’observation, alors que j’avais l’honneur d’être 1 interne de M. Jules Voisin à la Salpêtrière, qui va servir de point
(f) Je suis obligé de donner ici des indications de travaux de première main, un exposé d’ensemble, suffisamment complet, analogue à ceux que j’indique pour les autrt„ ohapitico, n’existant pas. On consultera pour avoir une idée approximative de cette difficile question de l’hystérie les ouvrages suivants, parmi lesquels n yen a de psychologiques; il serait impossible de comprendre sans ceux-ci la position clinique de l’hystérie : J. Babinski, Définition de l’hystérie, C. R. Soc. de neurologie de Paris, séance du 7 novembre 1901. - Id., Ma conception de l’hysterie et de l’hypnotisme (pithiatisme). Conférence faite à la Soc. de l’Internat des hôpitaux de Paris, séance du 28 juin 1906. - Id., Démembrement de l'hystene traditionnelle (pithiatisme). Paris. lmp. de la Semaine méd., 1909. - Léon uvrcelle, Les psychoses hystériques, Congrès de neur. et de psgcL, Gand, sept 8, extrait duBul. delà Soc. de rnéd.ment. de Belgique, n»» 140,141, 142, 1908. — Pierre Janet, Les Névroses. Paris, 1909. - Alfred Binet et Th. Simon, L’hystérie, in ^ Annee psychologique,Va.Tis, 1910, p. 67. -Henry Meige, art. Hystérie, m Pratique rdedico-chirurgicale, Paris, 1911 (Tn-age à part). - A. Mairet et E. SALAGER,ia/'ofe hystérique, Montpellier et Paris, 1910.
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de départ à ce chapitre. Pour la compréhension de cette observation, il faut rappeler que ce malade avait déjà été soigné dans son enfance à Saint-Urbain, puis à l’asile de Bonneval, puis à Bicêtre, et enfin à Rochefort à l’hôpital militaire. Dans ce dernier hôpital, il avait été soumis à des expériences instituées par MM. Bourru et Burot pour constater l’action à distance des médicaments sur les sujets hystériques ou somnambules, action à distance qui avait été affirmée par ces expérimentateurs. Le titre seul de l’observation est caractéristique de l’époque.
Hystêro-épilepsie. — Suggestion. — Action des métaux, de l’aimant et des médicaments à distance. — Modifications somatiques et psychiques. — (Observation rédigée parM. Chaslin, interne du service) (1).
23 septembre. — L. V..., paraît être dans son état normal, il est doux» docile; anesthésie droite; l’œil droit ne perçoit pas le violet.
Sur la main droite, petites phlyctènes amenées par le contact d’une pièce d’or qu’on a mise hier sur sa main. La montre de M. Voisin l’attire et, en le touchant avec la chaîne d’or, on produit une contracture du bras avec ébauche d’attaque traduite par des secousses dans les muscles de la mcitié droite de la face.
La compression des globes oculaires amène la léthargie.
Dans cet état, M. Voisin veut répéter les expériences de MM. Bourru et Burot. 11 emploie une série de flacons, les uns vides, les autres pleins de substances médicamenteuses, mais tous de couleur sombre et bouchés à la cire par M. le pharmacien du service. Des numéros répondent à un catalogue et on n annonce rien des numéros ou des flacons. Silence complet.
Le flacon n° fO. Au bout de dix minutes, n’a rien produit;
Flacon n° 0. Le patient se réveille spontanément.
Flacon n» 6. La chaîne de montre de M. J. Voisin effleure le pouce droit de V...; immédiatement, bouche déviée à droite avec quelques secousses dans les muscles de la partie droite de la figure et dans les muscles du bras et de l’avantbras ; puis quelques grandes inspirations et soupirs, secousses dans les membres supérieurs et inférieurs droits ; quelques éructations ; grandes inspirations. On enlève le flacon au bout de cinq minutes, quelques mouvements de déglutition et de gustation. Puis, retour complet au calme au bout de trois minutes.
Flacon que l’on annonce n» 20. Rien au bout de cinq minutes.
Flacon n° 10. Aucune action.
Flacon w» I. Quelques quintes de toux, mais à ce moment l’armoire oii étaient les flacons était ouverte. On peut sentir distinctement dans la pièce l’odem- du bromure d’éthyle qui est renfermé dans un autre flacon bouché
(1) Communication deM. .Iules Voisin à la Soc. médico-psychologique octobi^ 1886), De la suggestion. Action des médicaments à distance chez des hystéro-épileptiques. Action de l’aimant et des métaux. Hémorrhagies cutanées. Changement psychiques et somatiques. Annales médico-psycho., 7* S., t. V, 45“ année, 1887, p. 134.
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simplement comme à l’ordinaire. Puis sommeil léthargique profond. V... se réveille spontanément et a quelques nausées, se détire fortement avec bâillements.
Après quelques minutes de repos, V... est mis en léthargie.
Flacon 11° 00. Rien. On s’assure de l’existence du sommeil nerveux en provoquant des contractures, en frôlant légèrement la peau. Le souffle n’a pas d’action. Quelques inspirations profondes et quelques secousses dans la partie droite du corps.
Au bout de cinq minutes, on met le Flacon a» 2. Rien.
Flacon n° 9. Quelques éructations, quelques mouvements de déglutition ; contractions par intervalles des muscles du bras droit, puis plus rien. A ce moment, grandes inspirations, mouvements de torsion des différents membres, convulsions cloniques légères prédominant à droite, et enfin Y... se réveille (?) à Saint-Urbain, les jambes contracturées en extension, suçant ses doigts et faisant une petite voix d’enfant ; il a quatorze ans et ne sait ni lire ni écrire. Au bout d’un instant, attaque avec hallucination, qui montre au patient une vipère prête à le mordi-e. On parvient à enrayer l’attaque en lui disant que la vipère est morte. Cependant, changement d’état, il est transporté à Bonneval. 11 est contracturé du bras gauche en extension et complètement insensible de ce membre dont il ignore l’existence; il a dix-huit ans, sait lire et écrire, ignore le métier de tailleur, ne reconnaît pas M. Voisin et se croit au 7 septembre 1880. Il se trouve très bien avec les fous : « Plus on est de fous, plus on rit, » dit-il ; il est gai, en train, et raconte ses fredaines avec une infirmière de l’asile. Il ne se souvient pas de Saint-Urbain. La sensibilité est revenue à droite, insensibilité à l’or, ne voit plus le jaune et le bleu à gauche. En frottant le dos de la main gauche, on fait céder la contracture, V... fait degrandes inspirations, des mouvements de déglution, des soupirs, des bâillements, puis enfin il repasse à l’état normal.
Replongé en léthargie.
Flacons n° 0, n° 8, n° 7. Rien.
Le «° 0 est placé sur la nuque. M. Voisin, croyant que c’était le n» 7 (qui contient de l’ipéca), dit tout haut : « Je sens positivement quelque chose. » Le malade fait des mouvements de la bouche, comme s’il goûtait quelque chose ; salivation légère, signes évidents de malaise. M. Féré, présent, dit à ce moment: i( Il ne manque plus que les vomissements» ; immédiatement le malade vomit. Tout le monde est saisi d’étonnement. On regai’de le flacon ; il est vide. Puis V... se réveille.
24 septembre. — A l’état de veille, V... prétend que le mercure d’un thermomètre placé dans son aisselle le brûle ; même action du thermomètre placé dans un étui de carton, même action de l’étui de carton seul, le thermomètre étant enlevé sans que le malade s’en aperçoive. Le thermomètre enfermé dans un étui en bois ne produit pas de brûlure.
Un flacon d’alcool est caché sous un oreiller ; V..., couché sur le lit pendant une demi-heure, ne présente absolument rien de spécial.
Un aimant que l’on approche de V... à son insu ne produit aucun effet. On fait coucher V... sur un lit pendant une heure, un aimant étant caché sous l’oreiller. V... s’endort tranquillement et se réveille à midi pour déjeuner.
23 septembre. — On place le flacon n°0 dans la main gauche de V... à l’état
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normal et on le laisse à lui-même. Peu à peu ses yeux deviennent fixes, ouverts. Puis V... tombe dans un sommeil léthargique profond. Au bout de quelques instants, grandes inspirations précipitées, rappelant le bruit de la locomotive, mouvements de déglutition, contracture du bras et de la jambe gauche en extension, tandis que la main droite fait des mouvements de flexion et d’extension du poignet et des doigts; salivation : les yeux s’entrouvent puis se referment, la respiration devient courte, précipitée et superficielle, et la tête s’incline sur la poitrine.
A ce moment on substitue au premier flacon, qui venait de s’échapper, le flacon n° dû. On annonce tout haut que c’est l’antidote du premier flacon. V... marmotte des paroles indistinctes, pousse des soupirs, répond vaguement auî; questions. 11 dit qu’il n’est pas malade, qu’il n’a pas trop bu, semble voir quelque chose, puis il ouvre les yeux et se croit à Bicêlre, salle Cabanis, dans le service de M. Voisin. 11 est sensible à droite. A ce moment, M. Voisin lui montrant sa montre, il se précipite dessus, les yeux fixés sur la montre, et cberchant à la toucher du front. On l’arrête, et par la pression sur les globes oculaires, on le plonge en léthargie. La friction légère exercée avec la main sur la nuque le fait passer en somnambulisme : puis enfin on le réveille en lui soufflant légèrement sur les yeux.
Voici la liste des flacons :
Flacons n“ 1.
Eau de laurier-cerise.
Flacons n“® 8.
Valériane.
Alcool.
Pilocarpine.
Atropine.
— dO.
1 Rien
Emétique.
Eau distillée.
Nitrite d’amyle.
Cantharides.
Huile de croton.
Ipéca.
Teinture d’opium.
27 septembre. — Une fois endormi, à la suite de quelques expériences de suggestion, V... s’agite, présente des convulsions légères cloniques dans les membres droits et dans la moitié correspondante de la face, puis il devient contracturé des deux jambes, en extension avec insensibilité complète des deux membres inférieurs, la sensibilité persistant partout ailleurs. Il est à Bonneval au mois d’avril 1879, venant de Saint-Urbain qu’il a quitté depuis un mois et demi. Il ne sait pas lire, il épèle seulement, il ne fait que des bâtons et ne sait écrire que A, B, mais pas C. Il apprend le métier de tailleur et sait faire des culottes. Il répond à toutes les questions avec une voix d’enfant. Puis sa physionomie change, il a quelques secousses dans les membres; puis il a l’air de s’endormir un Instant, entrant en partie en résolution. Puis les yeux deviennent fixes, les pupilles se dilatent, on peut lui mettre les membres sans résistance, dans une position quelconque qu’ils gardent; le front se plisse, les sourcils sont portés en haut, les paupières se relèvent d’une façon marquée de telle sorte que les ouvertures palpébrales deviennent plus grandes qu’à l’état normal: spasme passager des masséters qui serrent les mâchoires pendant quelques instants. Tout rentre bientôt dans une apparence normale ; les muscles se détendent, la respiration devient plus accélérée et plus profonde; V... pousse des soupirs, ne répond pas aux questions ; un instant plus tard, il répond qu’il est à Rochefort. Il l’épond avec brusquerie et insolence et ne reconnaît personne. Il raconte qti’il s’est sauvé de Bicêtre le 2 janvier à six heures du matin, a été à la mairie
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du quatrième arrondissement de Paris, où il s’est engagé dans l’infanterie de lïjarine. A une question lui demandant où est un de ses amis nommé R.... il répond: «Je ne sais pas où il a f... le camp, cet enfant de g... là... »
Sensibilité intacte sur la moitié gauche du corps. V... envoie au diable ceux qui lui bouchent l’œil gauche. L’œil droit est incapable de distinguer les objets. Hémiplégie droite, flasque, absolue, avec perte de toute espèce de sensibilité. 11 lit bien avec l’œil qui l’este intact et il répond qu’il a vingt-deux ans et qu’il est à l’hôpital militaire de Rochefort. 11 veut enfoncer sa baïonnette dans le ventre de M. Berjon, qu’il gratifie d’épithètes malsonnantes. Pour lui, M. Bourru n’est pas un mauvais diable, mais il veut f... les quatre fers en l’air à Berjon.
Avant d’avoir été à Bicêtre, il a été à Chartres jusqu’à vingt et un ans ; il n’a jamais, dit-il, bougé de Chartres, n’a jamais été à Bonnevalni à Saint-Dizier, mais il se rappelle vaguement Saint-Urbain où il prétend avoir été élevé, avoir appris le métier de vigneron et où il buvait du bon vin. Puis de là il est retourné à Chartres, il a été un peu malade, aussi a-t-il été à Bicêtre quelques jours, puis enfin est venu à Rochefort où il est présentement. — 11 ignore la perte de l’usage de sa main droite, il a les deux mains comme tout le monde et quand on lui dit: « donne-moi les mains », il donne deux fois la main gauche en disant : « voilà les deux. »
Avec l’œil gauche il voit double un porte-plume qu’on tient à distance, mais quand on le lui donne à tenir, il reconnaît qu’il n’y en a qu’un, sans cheixher à s’expliquer le phénomène. Au bout de quelques minutes, il est pris d’une agi' tation légère avec respiration haletante, il ferme les yeux, puis bâille, se détire et revient enfin à l’état normal.
Pendant qu’on lui cautérise avec de l’acide azotique deux vernies qu’il a aux mains, M. Artaud, à son insu, lui applique une pièce d’or sur l’apophyse mastoïde droite.
V... remis en somnambulisme, on lui suggère que l’or n’a plus d’action sur lui, mais bien l’argent ; puis on supprime faction des métaux, y compris la montre et la chaîne de M. Voisin.
2S septembre. — A la place où, laveille, la pièce d’ora été maintenue quelques instants (apophyse mastoïde), on voit une rubéfaction bien franche, sans vésication, comme cela avait lieu ordinairement, — Rien ailleurs.
Un aimant est placé sur une table en face de V... Au bout de quelques instants, V... l’aperçoit, les yeux deviennent fixes, il se précipite comme attiré par l’aimant, il tombe en léthargie, et on le fait passer en somnambulisme. En cet état, on n’observe pas de transfert de la sensibilité sous l’influence de l’aimant ; pas de polarisation psychique. L’idée de tristesse provoquée amène la peur delà vipère, commencement d’attaque, arrêtée par l’affirmation que la vipère est morte.
On suggère à V... de travailler à étendre le linge à Bicêtre ; ce qu’il fait immédiatement, parcourant la pièce en faisant le geste de piquer les épingles de bois sur le linge. — On lui fait rétablir ensuite te cours de sa vie que voici.
A Nogent, trois jours de prison pour vol en août, 1882. Va à Paris, à la Préfecture, puis à Lariboisière, puis à la Préfecture d’où il est envoyé à Sainte- Anne.
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Avant Nogent, il a travaillé au j ardinage à Bourg de 4881 à 82.Pendant 1879-80- 81, il est resté à Bonneval.
29 septembre. — V... est en état de veille, à l’état ordinaire. On colle sous deux bougies pareilles, sous l’une une pièce d’or et sous l’autre une pièce d’argent; appliquées sur la peau, ces pièces de monnaie ne font aucun effet. Une pièce d’or libre produit immédiatement de la douleur comme par brûlure, — une autre pièce d’or, mise entre deux pains azymes et appliquée sur la peau, ne produit rien.
Pendant l’expérience V... passe à l’état de Saint-Urbain, parce qu’on lui a parlé de la vipère : une attaque bientôt arrêtée se produit avant ce changement d’état. Puis de grandes expirations soufflantes, imitant le train de la locomotive, coïncident avec le passage de V... à l’état de Rochefort. On répète l’expérience de la diplopie pour la contrôler ; il voit bien deux objets, quand on lui en présente un, quand il a les deux yeux ouverts, mais si on bouche momentanément l’œil droit avec la main, il reconnaît immédiatement qu’il n’y a qu’un objet.
Puis agitation, bruit imitant la locomotive, et il est à La Rochelle, militaire; enfin il a passé à la Salpêtrière après avoir présenté les phénomènes suivants : une armoire où se trouvent rangés des flacons est ouverte accidentellement devant ses yeux ; il renifle fortement en regardant les flacons, semble goûter quelque chose, puis salive et vomit sans qu’aucun mot ait été prononcé.
Une fois reposé, à l’état normal, on le met en catalepsie; l’aimant n’attire nullement son bras étendu et immobile. Enfin, avant de le réveiller, on lui suggère que les verrues que l’on vient de brûler ne lui feront aucun mal.
l®” oetobre. — La suggestion d’aller îi la selle est suivie d’effet immédiat, aussitôt après le réveil de V... qui, d’après son dire, n’aurait pas eu de garderobe depuis vingt-six jours.
Aucune trace de la brûlure produite par l’or, excepté par la pièce qu’on a mise sans la cacher sur sa main et qui a amené une petite vésication de la dimension de la pièce de 20 francs.
V... n’a nullement souffert des cautérisations de ses verrues.
2 octobre. On fait à V... la suggestion de ne pas fumer, de ne pas lire les journaux et de ne pas, le soir, manger les fruits qu’il doit aller déballer et ranger chez M. Voisin.
3 octobre. - Les suggestions de la veille ont été suivies d’effet.
4 octobre. — Mêmes suggestions; en outre, M. Voisin lui enjoint d’aller à la garde-robe chaque matin.
5 octobre. — Endormi, V.. répond qu’il ne veut plus revenir le matin, comme d’habitude, voir M. Voisin; mais sur suggestion réitérée, il dit à voix haute qu’il viendra, mais ajoute aussitôt à voix basse : « non, je ne viendrai pas, non, non. » V... se tord sur le lit; quand on lui dit qu’il aille à la garde-robe, il répond qu’il a trop souffert le matin sans avoir pu avoir de selle, qu’il a craché le sang et qu’il aime mieux aller se jeter à l’eau.
11 se met à pleurer et, malgré toutes les suggestions, ne promet pas d’être raisonnable dans la journée; au moment où on croit lui avoir arraché son assentiment, il s’échappe et refuse. On le surveille. M.Féré, chez qui la veille V... s’est comporté d’une façon, contraire à ses habitudes, l’endort et parvient
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à lui faire promettre à peu près de ne pas faii’e de bêtises. M. Voisin était absent ce jour-là.
Réveillé, le malade dit qu’il s’ennuie de ne rien faire, qu’il va aller se promener du côté de la Bièvre ou du canal Saint-Martin; il a l’air très sombre. L’intervention de M. Garnier, qui lui promet de s’occuper de lui pour une place, le calme un peu; il finit par promettre d’être raisonnable, après trois quarts d’beure d’e-vhcrtations, se plaignant toujours d’avoir trop souffert le matin. Enfin, il part, l’air très sombre, son attitude contrastant complètement avec ses allures bon enfant ordinaires.
6 octobre.— Endormi par M. Voisin, il répond qu’ilneveut plus venir le matin; on ne réussit pas à lui faire avouer qui lui a donné cette suggestion, contraire à celle de M. Voisin. Il trépigne, pleure, et se met la figure en sang à coups de poing ; se mord les doigts pour ne pas répondre. Quand on lui fait défense d’aller se promener du côté de l’Ecole pratique, il trépigne et ne veut pas promettre. Le nom de M. B... le met dans le même état, et quoique M. Voisin lui présente M. Artaud comme étant M. B... qui vient pour le délier de sa promesse de lui obéir, à lui B. .. , il ne veut pas céder et révéler le nom de la personne étrangère au service qui le suggestionne.
La lutte entre les deux suggestions contraires le met dans un état d’angoisse tel, qu’il trépigne, frappe des pieds avec violence, s’arrache les cheveux et se donne des coups de poing. Puis il a une attaque à forme épileptique, sans cris; puis il passe dans un état grave de léthargie vraie, avec suspension momentanée du pouls et de la respii-ation, les yeux ouverts. Enfin, au bout d’un certain temps, il revient à lui complètement, en crachant du sang. 11 s’en va brusquement, malgré tout ce qu’on peut lui dire pour le retenir ; il répond qu’il tuera quelqu’un, si on l’empêche de sortir; il répète qu’il va finir par se jeter à l’eau ou par tuer M. B...
7 octobre. — If a repris son aspect ordinaire et bon enfant. Il a passé la veille toute la journée chez lui à dormir, sur le conseil de M. Voisin. Au moment où il s’endort, sensation de vive brûlure à la main gauche, due à la chaîne de montre de M. Voisin qui, en se penchant, l’a effleuré. Une fois endormi, V... est docile et quand M. Voisin lui dit : « Tu m’obéiras bien », il répond tout bas : « Ah, sacré borgne, sacré borgne ! » On lui enjoint de ne plus faire de tentatives pour aller à la selle; le mot garde-robe le met d’abord dans un violent état d’agitation avec grimaces et trépignements, mais, en insistant, il se met à rire et répète avec satisfaction : « Je n’irai pas à la selle. »
On lui enjoint d’être poli, économe, de ne pas fumer et d’aller travailler chez M. F,.., d’être bien portant et de ne pas cracher de sang. Enfin, on le réveille ; il a sa mine bon enfant habituelle, sauf qu’il se refuse à manger.
8 octobre. — Mêmes suggestions. En somnambulisme, V..,. manifeste une vive haine contre M. B..., et menace de le tuer; c’est lui B..., qui l’a suggestionné en sens contraire de M. Voisin pour le faire rentrer à la Pitié, et lui a interdit de manger de la viande.
9 octobre. — Même état. — Ne crache plus de sang, a été économe, poli; n’a pas fumé; « c’est mauvais de fumer », dit-il.
fO octobre. — Môme état.
f f octobre. — V..., est endormi; on lui demande ce qu’il a fait hier; il raconte quil a déménagé M. F..., mais qu’il a eu le malheur de casser une colonne en
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marbre. A ce moment il fond en larmes et commence une attaque, à la suite de laquelle il voit la vipère. 11 se trouve paralysé des deux membres inférieurs. Il est il Saint-Urbain. La pression des globes oculaires le fait passer de nouveau à Rochefort, par suggestion.il est à l’hôpital, hémiplégique droit avec contracture ; il a le verbe haut, il se croit en état de faire l’exercice malgré sa contracture. Quand on lui demande la main droite, il présente la gauche; et si on lui demande la gauche ensuite, il représente la gauche en disant : « Voilà les deux mains. » Au bout de quelque temps, ébauche d’attaque, les yeux tournés en haut et mouvements de la mâchoire inférieure en bas et en avant. Après cela, il se trouve à Bonneval ; il vient de se faire arracber une dent par M. Ramadier, et M. Mabille vient de sortir. Il montre son bras gauche où M. Mabille avait tracé un V. M. Voisin lui dit que M. Mabille obtenait, quand il le voulait, un V rouge et sanguignolent sur son bras gauche; il lui répète qu’il veut que dans un quart d’heure le V soit marqué à la place où au moyen d’un bon plié en quatre, il trace un V sur la peau. M. Voisin insiste. V.... devient agité, commence par refuser, dit que M. Mabille est un fou; il a les yeux fixes, puis il frotte son avant-bras gauche contre le tronc ; il s’agite, est pris de nausées et de vomissements. Enfin il revient à l’état normal. Au bout de quelques instants, il se frotte l’avant-bras gaucbe, crie, trépigne, manifeste une violente douleur avec l’étonnement de ce qui lui arrive. Le V est marqué par un trait rouge sur la peau. V.... ne sait pas ce que c’est.
Malgré la suggestion qu’on lui fait, de nouveau endormi, il continue à souffrir du bras; mais il se rend très bien compte que c’est une expérience qu’on vient de faire sur lui, quoi qu’il ne dise rien et n’en laisse rien paraître.
Les jours suivants, V... est tout à fait comme à l’ordinaire, familier, aimable et bon enfant. Il n’a pas vu M. B... On peut, par suggestion, en somnambulisme, faire le transfert dètous les phénomènes d’hémianesthésie pour vingtquatre heures. Même suggestion à l’état de veille, mais effet moins durable.
On examine plus soigneusement le 20 octobre son état physique, et voici ce qu’on trouve : anesthésie totale des membres supérieurs et inférieurs droits, au tact, à la douleur, à la température; perte du sens musculaire. V... ne sait pas trouver sa main droite avec la gauche, s’il ne la voit pas. L’œil droit ne perçoit que le rouge.
Rétrécissement extrême du champ visuel, moins marqué pour l’œil gauche.
Ouïe, goût, odorat diminués à droite.
Toute excitation légère de chatouillement sur un point quelconque du corps, fùt-ce à droite, provoque la contraction d’un muscle sous-jacent, et on ne peut la faire cesser qu’en excitant de la même façon l’antagoniste. En même temps, V..., s’il parlait, s’arrête, fait des mouvements de torsion des membres supérieurs, et étend la jambe du même côté que celui où l’on a produit le chatouillement. Il a les yeux fixes et semble avoir perdu la relation avec les objets extérieurs. Si on insiste, il tombe en attaque. Si on suspend, grande inspiration et passage en léthargie.
V... étant en léthargie avec résolution musculaire, le même phénomène d’excitabilité au frôlement de la peau se constate ; il pousse des soupirs pendant ce temps, et, au moment où l’on défait la contracture, il passe en somnambulisme, c’est-à-dire qu’il n’est plus en résolution et qu’il répond aux questions. C’est le même état que lorsqu’on a fait des frictions sur la nuque. Etant
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dans cet état de somnambulisme, même effet produit et pas d’autre. Mais ce qu'il y a de spécial, c’est que si on le fait compter des nombres, il s’arrête au moment où on produit celte contraction et il ne reprend qu’au moment où, ayant défait la première, on en reproduit ou défait de nouveau une seconde. — Cette excitation périphérique le fait donc passer de léthargie avec résolution en somnambulisme, et réciproquement. Si on met V... en état de catalepsie par l’ouverture des paupières, les membres de V... sont très rigides, et si on produit la même excitation cutanée, on obtientune contracture extrêmement rigide qui ne cesse qu’en replongeant V... en léthargie.
Suivons pas à pas les symptômes présentés, en les expliquant comme on le faisait à cette époque sous l’influence, alors prépondérante, de Charcot, et nous aurons une idée de ce qu’on peut appeler l’hystérie de 1886.
L. V... est dans son état normal (d’hystérique) : anesthésie droite, lisons-nous dans l’observation. Ceci est un des stigmates physiques les plus célèbres et les plus classiques: Y hémianesthésie. L’œil ne perçoit pas le violet, lisons-nous ensuite : la « dyschromatopsie » et le rétrécissement du champ visuel (celui-ci non noté à ce moment, mais qui existait sûrement) étaient aussi parmi les stigmates que l’oti devait rechercher.
La compression des globes oculaires amène la léthargie ou sommeil provoqué profond avec signes physiques spéciaux. La léthargie est une des trois formes de l’hypnose. On la provoque par diverses manœvres physiques, dont la compression des globes oculaires, et aussi par suggestion, chez les sujets entraînés.
Le flacon n“ 9 amène diverses manifestations, puisV... se trouve à Saint-Urbain, les jambes contractées, suçant ses doigts, faisant une petite voix d’enfant. 11 a quatorze ans; il ne sait ni lire ni écrire. Ceci est un rêve somnambulique spontané, ou délire de rêve rétrospectif, pendant lequel le malade se croit redevenu enfant à Saint-Urbain avec ses accidents physiques : il ignore totalement dans cet état le séjour à Bonneville et le restant de sa vie : c’est dans r «ecmneWe» de Pitres (voyez p. 192) et une des formes du puérilisme de Dupré (voyez p. 260). Puis attaque avec hallucination d’une vipère. C’est la reproduction d’une chose des plus Iréquentes dans l’hystérie d’alors, V attaque convulsive. A l’occasion d’une émotion (ici crainte de la vipère dont l’éxmcation amenée par association d’idée entraîne l’attaque), le malade se livre à des gesticulations, des spasmes, voire des convulsions entremêlées de délire et d’hallucinations. (Il y avait l’attaque incomplète et la
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grande attaque avec des phases rigoureuses, décrites par Charcot, - lesquelles il me paraît inutile d’insister.)
On remarquera que l’attaque est arrêtée en faisant disparaître la vipère par suggestion. — Puis nouveau changement. L. V. . . se trouve à Bonneval. Nouveau délire de rêve rétrospectif sans souvenir du précédent ni des états postérieurs réels.
L’expérience du flacon, où il y a eu efforts de vomissements, montre bien l’influence de la suggestion seule. De même pour le mercure du thermomètre, l’alcool, l’aimant, qui n’agissent que par suggestion, ainsi que l’or de la montre, etc. On fait passer le malade en somnambulisme par friction légère sur la nuque, suivant le rite institué par Charcot, puis on le réveille en soufflant sur les yeux, autre acte rituel.
Spasmes et contractions passagères diverses, ébauches d’attaques, avant que le malade se rêve à Rochefort dans l’infanterie de marine. Il joue son rêve; Y hémiplégie droite, flasque, absolue, la cécité de l’œil sont les signes physiques qu’il présentait à Rochefort. On notera qu’il a perdu le souvenir de Bonneval et d’un autre endroit, Saint-Dizier. 11 ignore la perte de sa main droite : il donne la main gauche pour la gauche et la droite.
Différentes expériences en état de somnambulisme montrent la puissance de la suggestion.
Expérience de la diplopie.
Conflit entre deux suggestions amenant un état émotif violent.
Expérience du V sur la peau amenée par suggestion.
Expérience du transfert de l’hémianesthésie, par suggestion.
Constatation le 20 octobre d’une série de stigmates physiques : hémianesthé.sie totale à toutes les sensibilités; perte du sens musculaire; rétrécissement des champs visuels. Excitabilité musculaire par l’excitation de la peau.
Passage de la léthargie au somnambulisme, puis à la catalepsie (attitudes cataleptiques avec contractures ici surajoutées), par des manœuvres physiques.
L. V... est donc un hystérique parce qu’il a des stigmates physiques ; hémianesthésie, rétrécissement du champ visuel, dyschromatopsie, parce qu’il a des attaques convulsives (ici ébauchées) avec délire de rêve hallucinatoire; il peut être mis en état d’hypnose par des manœuvres physiques, état d’hypnose qui, également grâce à des manœuvres physiques, peut se manifester sous les trois formes léthargie, somnambulisme, catalepsie, recon-
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naissables à des signes physiques. Pendant cet état, il est éminemment suggestionnable et auto-suggestionnable et par la suggestion on peut lui faire manifester des paralysies, des contractures, etc. On peut lui procurer des hallucinations, lui suggérer des idées ou les lui enlever, puisqu’il a perdu la mémoire de certains faits et même perdu l’idée du membre paralysé, comme si celui-ci n’existait pas. J’ajoute que les expériences de 31. Jules Voisin ont montré, contrairement à celles de M3I. Bourru et Burotsur le môme malade, que les médicaments, l’aimant, les métaux, n’agissaient pas à distance, mais seulement par suggestion. Ce point est acquis et je n’y reviens plus.
Ainsi L. V... présentait, à côté de symptômes physiques, des délires liés à l’attaque, des états somnambuliques spontanés ou provoqués, qui ne différaient pas en réalité des délires de l’attaque, pendant lesquels il revivait le passé, « délire sensoriel et délire de mémoire, » pertes de mémoire passagères, états « seconds », constitués par le délire de rêve.
Ce côté mental intéressait encore peu Charcot à cette époque. Ce grand professeur avait cru ramener l’hystérie à n’ètre qu’un état physique. C’est cet état physique qu’on devait étudier, et il y avait fait rentrer une foule de choses physiques, gangrène, œdème bleu (j’en ai vu), troubles trophiques divers, fièvre, etc., etc., dont la liste est trop longue pour être énumérée ici. De môme l’hypnose avec ses trois états, amenés par des manœuvres physiques, léthargie, catalepsie, somnambulisme, était sortie des nuages du magnétisme animal et ramenée sur le terrain solide des symptômes palpables. Cependant Charcot commençait déjà à mêler à ce système somatique l’action discordante de l’idée, car il avait fini par s’apercevoir (pas assez !) de la puissance de la suggestion et de l’auto-suggestion et il commençait à parler de la puissance de l’idée. L’influence de Pierre Janet devait finir par le pousser complètement dans cette voie sans qu’il s’aperçût de la contradiction avec ses premières affirmations.
La folie hystérique. — Pendant ce temps, les idées premières de Charcot se répandaient et se modifiaient tant en France qu’à l’étranger, et même en Allemagne, où, sous l’influence de sentiments fort peu scientifiques, elles avaient rencontré de grands obstacles. Ce courant issu de Charcot avait dévié et était devenu un courant « psychiatrique » (surtout en Allemagne) : on décrivait non seulement les délires de l’attaque, mais aussi les délires
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indépendants que Ton appelait \a. folie hystérique, avec differentes formes, mélancolie, manie, stupeur hystériques, le délire « zoanthropique », le délire d’extase, le délire prophétique, le délire d’auto et hétéro-accusation, le délire ecranésique (comme celui de L. V...), etc.; les somnambulismes spontanés (nocturne ou diurne), avec ou sans automatisme ambulatoire, les « états crépusculaires » des Allemands, dont une forme spéciale a été décrite par Ganser et qu’on appelle syndrome de Ganser (« Vorbeireden », langage à côté, « Vorbeihandeln », actes à côté, et analgésie), enfin l’état fondamental psychique des hystériques.
La psychologie de l’hystérie et de l’hypnose. — Simultanément naissaient d’autres courants. U école de Nancy, pour qui tout était suggestion, qui combattait Charcot, reprenait l’avantage peu à peu. Charcot lui-même se laissait influencer par Pierre Janet et devenait ainsi, suivant un mot un peu inexact de Féré, le meilleur élève de l’école de Nancy. Charcot reconnaissait de plus en plus l’importance de l’idée, du côté psychique. Pierre Janet étudiaitla psychologie intime de l’hystérie et de l’hypnose, et insistait, chose capitale, sur les dédoublements de la personnalité, sur les coexistences de personnalités chez le même sujet, expliquant ainsi les caractères particuliers des anesthésies et paralysies hystériques, des amnésies, des « idées fixes », nées et maintenues par la suggestion et l’auto-suggestion. La « désagrégation » de la personnalité aboutissait à la formation de a sous-personnalités », dont la vie consciente faisait bande à part, si l’on peut dire, mais influait sur le restànt de la personnalité et même l’envahissait au besoin, donnant à l’hystérique ou à la somnambule tous ces aspects divers dont on avait enfin la clef, non somatique mais psychique.
Le pithiatisme et le démembrement de l’hystérie. — Mais Babinski, qui avait été un brillant disciple de Charcot, et avait même fait des expériences de transfert avec l’aimant pour montrer l’influence matérielle de cet appareil de physique, s’aperçut que toute la doctrine de son maître était sujette à caution et, très courageusement, il entreprit la démolition de rédific(^ fondé sur les signes somatiques. C’est alors qu'il découvrit les signes distinctifs des paralysies organiques et montra qu*e les prétendus stigmates ne sont que le résultat de la suggestion. La suggestion, ou plutôt V auto-suggestion,y^\Q'Nk le créateur de l’hystérie : la Salpêtrière était un milieu de culture, ^hystérie une maladie
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entretenue par les médecins, comme au moyen âge elle avait été entretenue par les prêtres. Pas de suggestions, pas de phénomènes hystériq^ues. Et effectivement, depuis que Babinski, pourchassant impitoyablement la suggestion, a appris aux médecins à n’en pas faire inconsciemment, et quand, le mal est fait, à le supprimer par la « persuasion », l’hystérie a disparu, ou du moins l’hystérie physique, l’hystérie à grand orchestre de Chai'cot. Finie la grande attaque, finies les paralysies, finies ces manifestations étranges, gangrènes, œdème bleu, ulcères, etc., qui attiraient tant Charcot. Celles-ci ne sont même pas le produit de la suggestion, c’est de la simulation, de la « mythomanie », de la « pathomimie », ou des erreurs de diagnostic.
Et alors Babinski définit l’hystérie :
« L’hystérie est un état psychique, rendant le sujet qui s’y trouve capable de s’auto-suggestionner.
« Elle se manifeste principalement par des troubles primitifs, et accessoirement par des troubles secondaires.
« Ce qui caractérise les troubles primitifs, c’est qu’il est possible de les reproduire par suggestion avec une exactitude rigoureuse chez certains sujets et de les faire disparaître sous l’influence exclusive de la persuasion.
« Ce qui caractérise les troubles secondaires, c’est qu’ils sont étroitement subordonnés à des troubles primitifs » (1).
Ces troubles secondaires sont des modifications physiques réelles, comme par exemple fatrophie par l’immobilité prolongée voulue ou pithiatique.
On peut confondre f hypnose avec l’hystérie, car la seule différence est que la première est créée par la suggestion d’autrui et la deuxième par auto-suggestion.
L’hystérie est une affection mentale. — Cette démolition porte-t-elle sur le coté « psychiàtrique »? Peut-on ajouter avec Meige : « Finie aussi la folie hystérique sous toutes ses formes »? 11 s’agit de s’entendre. 11 est probable que dans cette folie hystérique on a compris des choses qui n’en étaient point; bien des cas de stupeur hystérique, de somnambulisme bizarre avec catalepsie doivent être rattachés à la folie discordante, à la catatonie, à la catalepsie symptomatique d’infections, etc. La catalepsie, ainsi (pue je l’ai montré avec Séglas il y a plus de vingt ans, n’est
(I) Babinski, Définition de l’hystérie, Extrait du C. R. de la Soc. de Neurologie de Paris, 1 nov. 1901, p. 4.
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pathognomonique ni de l’hystérie, ni inversement de la catatonie. Là aussi il y a lieu de restreindre l’hystérie. Mais il reste pourtant de la vraie « folie hystérique », car l’argumentation de Babinski renverse la doctrine physique de Charcot, mais renforce le côté mental, si je puis dire, puisque tout est devenu mentaL L’hystérie est une affection mentale. L. V..., après comme avant Babinski, est un hystérique. Seulement, depuis cet auteur, ses paralysies, contractures, attaques, etc., tout comme son délire de rêve, sont dues à la suggestion ou à V autosuggestion. Mais Babinski ne va pas plus loin, ne pénètre pas plus loin et ne renverse pas les analyses de Pierre Janet.
Aspect général du délire de rêve hystérique. — L’hystérie, dès qu’elle est erééepar la suggestion, existe avec ses caractères particuliers, et, grâce à Pierre Janet, nous connaissons mieux ces caractères', et nous pouvons faire rentrer la plupart des formes décrites, surtout par les Allemands, de la folie hystérique dans le délire de rêve hystérique qui ressemble beaucoup à celui des délires toxiques, infectieux et épileptique. Il y a pourtant une différence. C’est que fréquemment c’est un rêve systématisé, coordonné parfois, dont les données sont tout entières fournies par la mémoire, d’autres fois par l’imagination excitée par la suggestion oul’auto-suggestion (voyezZ)é/fre dé^êve systématisé, p. 234). Une ressemblance de plus, extérieure, avec le délire épileptique, est de pouvoir s’entremêler de convulsions, mais celles-ci n’ont pas l’allure du mal comitial et n’en ont pas le mécanisme. On peut dire que l’hystérique passe son temps à rêver, qu’il le sache ou non. Suivant que ce délire de rêve tient toute la scène ou un petit coin, on a des tableaux un peu différents.
Délire de rêve. Personnalités anormales. Alternances de personnalités. — S’il tient toute la scène, ce rêve s’accompagne d’excitation, de dépression, avec plus ou moins grande stupeur, c’està-dire d’émotions appropriées ; c’est ce qu’on a appelé à tort la manie, la mélancolie, la stupeur hystériques ; le délire de rêve proprement dit est analogue à celui présenté par L. V..., un délire de mémoire, une tranche de vie revécue en rêve, mais il peut aussi être un délire d’imagination plus ou moins fantaisiste. La soi-disant confusion hystérique, qui rentre dans les « états crépusculaires » des Allemands, n’existe pas. L’hystérique est absorbé par son rêve, distrait et non confus. Il arrive aussi que si on lui pose des questions indiscrètes, il n’aime pas à y
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répondre ou répond à côté, d’où syndrome de Ganser nullement pathoprnomonique, puisqu’il rentre dans le négativisme (voir p. 54). Ces états de délire de rêve hystérique ou somnambulique, c’est tout un, constituent une vraie alternance de personnalités et sont suivis de perte de mémoire, ainsi que nous le montre L. V..., passant successivement de l’état de Saint- Urbain à l’état de Bonneval, ou de Rocbefort, avec les allures mentales particulières à chaque période de sa vie. Un caractère de l’hystérie est que ce délire de rêve est théâtral, plein d’effets, les émotions y sont grossies, ou exagérées au point d’aller jusqu’à la convulsion parfois. Cette exagération, comme le remarquent Binet et Simon avec J.-Ch. Roux, aboutit même à la réalisation extrême de la comédie : le malade pense qu’il a perdu son bras : effectivement, ce bras se tient à part comme un corps étranger avec lequel le malade n’agit pas, ne sent plus, qu’il ne remue plus. L. V... nous en donne un exemple frappant : il ne sait même plus qu’il a un bras, une main droite, mais avec une certaine et singulière contradiction, bien hystérique, quand on lui demande la main droite, il présente la gauche, et, quand on lui demande la gauche ensuite, il représente la gauche, en disant :
« Voilà les deux mains » (p. 599).
Délire de rêve circonscrit. Personnalités coexistantes. Ecriture AUTOMATIQUE. — L. V... se CToyait dans son rêve à Rocbefort et jouait, parlait, mimait la comédie de Rocbefort : il n’était plus à la Salpêtrière dans le cabinet de M. Jules Voisin et il avait perdu son bras à Rocbefort. Mais par suggestion on aurait pu le lui faire perdre, le paralyser, le rendre insensible, inerte, tout en laissant L. V... parfaitement « éveillé », se trouvant bel et bien à la Salpêtrière ; bref, normal, sauf sur ce point précis du bras. Babinski nous a enseigné, et c’est son grand mérite, je le répète, que ces paralysies, anesthésies, et autres phénomènes hystériques ou hypnotiques sont toujours dus à la suggestion. Mais Alfred Binet, lui, nous avait montré autrefois que ces membres anesthésiques’ qui paraissent étrangers au malade, oubliés parlui, traînés par lui,’ lorsque paralysés, comme une loque indifférente, se rappelaient pourtant indirectement au souvenir de leur légitime propriétaire :
SI le médecin pique, par exemple, le membre insensible avec une épingle, un certain nombre de fois, le malade ne sent pas la piqûre, ne sait pas ce qu’on lui fait, mais a le plus souvent Vidée du nombre ainsi compté en piqûres sur sa peau. Pierre Janet, de
Chaslix. — Sémiologie. gg
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son côté, a montré que Vécriture automatique en particulier, écriture obtenue à \inm du malade, en faisant écrire la main insensible cachée derrière un écran, a montré, dis-je, que cette main et ce bras écrivent et répondent des choses ignorées du malade, comme si une personnalité à part commandait à œ bras et à cette main. C’est là la véritable fragmentation de la personnalité : il se forme comme des sous-personnalités coexistantes qui n’ont que des rapports incomplets avec la principale qu’elles envahissent au besoin. C’est pour ainsi dire un délire de rêve circonscrit qui est « dans un coin », qui se rêve pour luimême et qui commande à certains actes (écriture automatique, bavardage automatique, mutisme, bégaiement, etc...), à l’insu ■de ce que nous appelons le malade lui-même. Mais c’est ce rêve ■circonscrit, réduit parfois à une « idée fixe », àun souvenirémotionnel, qui souvent commande bien des attitudes du moi principal à l’insu de celui-ci, simule la vraie perte de certains souvenirs, qui ne sont pas perdus, mais relégués à part, « amnésies » ou oublis systématiques, localisés, rétrogrades, continus, etc. Le va-etvient de ces personnalités explique les apparences changeantes de l’hystérique qui joue, qui « réalise » par toute sa personne ou par une partie émancipée les rêves de ses « moi ». C’est à la découverte de ces idées et images cachées que Freud et Jung appliquent les procédés dits de psycho-analyse. Ce sont ces souspersonnalités qui jouent un grand rôle chez les médiums, et qui font croire aux naïfs qu’il y a des esprits.
Caractère général des troubles mentaux hystériques. — Le caractère général clinique de ces états de rêve, de fragmentation successive ou simultanée de la personnalité, est leur aspect théâtral, contradictoire, exagéré jusqu’à leur réalisation en apparence somatique, leur variabilité, leur influençabilité par la suggestion ou, si on aime mieux, parla persuasion. Dans les pseudo-chorées, pseudo-tics, pseudo-paralysies, pseudo-agitation, pseudo-pertes de souvenirs, etc., l’indifférence de l’hystérique devant ces manifestations, qui simulent des affections somatiques ou mentales et qui devraient l’inquiéter, est souvent frappante, et si on examine bien le malade on s’aperçoit que ces manifestations, surtout les somatiques, ne sont pas parfaites, qu’il leur manque toujours quelque chose, pour être vraiment organiques ou vraiment de l’aliénation proprement dite. Si bien que souvent, comme l’hébéphrénique, \ hystérique a l’air de simuler, de jouer
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la comédie. Souvent la persuasion, plus ou moins aidée d’une mise en scène, permet de guérir sur l’heure l’hystérique. Je me souviens d’avoir sur une seule injonction fait ainsi marcher une femme qui ne pouvait quitter le lit depuis des semaines, et j’ai vu autrefois à Bicêtre un malade qui soi-disant avait de la sclérose en plaques et qui a guéri en une minute à la suite de je fie sais plus quel incident.
L’état mental de l’hystérique. — Mais est-ce tout? L’hystérique a souvent l’air de jouer la comédie, nous l’avons vu et Babinski a dépisté la simulation parmi les phénomènes qui ont été pris pour de l’hystérie. Mais l’amour de la simulation, du mensonge, ne serait-il pas la source même des symptômes de l’hystérie, le malade mentant et se mentant à lui-méme? C’est ce que soutient Dupré pour qui l’hystérie est caractérisée par la « malléabilité » mentale, la « psycho-plasticité », la versatilité, enfin la disposition « mythomaniaque » : « C’est, dit Dupré, un état plus ou moins conscient et volontaire de simulation — fabulation des syndromes neuropsychiâtriaques. » Au fond, cela nous ramène en arrière, bien avant Charcot.
Et puis il y a les théories physiologiques do l’hystérie : le sommeil de Sollier, \ insuffisance cérébrale de Pierre Janet, V arrêt de développement des voies d’associations corticales avec infanitisme psychique de Meige, et peut-être d’autres encore... Mais tout cela ne nous dit pas ce que c’est que cette « aptitude » à la suggestion, à l’auto-suggestion, la « suggestibilité » ; quel rapport «lie a avec cette fragmentation de la personnalité ; quelles limites •somatiques peut avoir le pouvoir de la suggestion dans certains ■cas ; qu’est-ce que cette disposition mythomaniaque ; en quoi le ■« sommeil », l’insuffisance cérébrale, l’arrêt de développement, ■expliquent l’état mental... Cela ne nous dit pas non plus si les symptômes enlevés à l’hystérie se l’attachent bien tous à des types cliniques que nous pouvons admettre comme connus, si ceux qui
restent hystériques forment un syndrôme ou une affection .
Étiologie. — J’ai dit plus haut qu’une fois suggérée ou autosuggérée, l’hystérie existe, on l’admet. Cela suffit-il ? Et y a-t-il ■d’autres façons de devenir hystérique? On a beaucoup discuté sur l'émotion et son rôle dans la genèse de l’hystérie à la réunion ■commune des Sociétés de neurologie et de psychiatrie de Paris (décembre 1909 — janvier 1910), et on ne s’est pas mis d’accord pour savoir si seule l’émotion, sans suggestion ou auto-sugges-
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tion, pouvait susciter des accidents hystériques, en particulier l’attaque. Quel que soit le mécanisme, il reste que V émotion fréquemment répétée, le choc émotionnel et aussi le choc traumatique sont des causes d’hystérie.
Diagnostic. — Le seul qui puisse intéresser l’aliéniste est la distinction du délire de rêve hystérique d’avec les autres types où apparaît le délire de rêve. J’ai déjà insisté sur les caractères des autres types au syndrome délire de rêve. Il faudra se rappeler les caractères spéciaux à l’hystérie, là plus grande systématisation, cette variabilité, cette suggestibilité, cette apparence de comédie et souvent de lésions organiques, et enfin la possibilité de la guérison subite par la « persuasion ».
Quant aux autres symptômes, en mettant à part les pseudosomatiques, pour lesquels seuls l’aliéniste sera rarement consulté, il n’y a g-uère que la perte ou pseudo-perte de certains souvenirs après un choc traumatique ou émotionnel qui puisse donner lieu à des difficultés. On devra songer toujours à la possibilité de l’hystérie en face d’accidents de ce genre et chercher, si possible, à dépister la pseudo-simulation hystérique. Cela sera surtout important en matière d’accidents du travail, et la grosse difficulté sera le diagnostic avec la simulation vraie. Il semble difficile de donner des indications précises sur ce point, particulièrement délicat.
Pronostic. — Le pronostic d’un accident hystérique ne paraît pas grave, si on agit à temps (?). Quant à l’état fondamental, le guérit-on ou guérit-il tout seul ?
Traitement. — La suggestion a fait, la persuasion doit défaire; du moins il en est souvent ainsi. La guérison de l’hystérie est le triomphe de la « psychothérapie » ,... quand elle réussit.
Conclusion. — Seulement... il y a un seulement à tout ce que je viens de dire, et cela me ramène au.x idées de Babinski et aux résultats pratiques importants qui en sont découlés : on ne voit presque plus d’hystériques. Dans mon service à la Salpêtrière, je n’en reçois plus; il n’y en a plus, et les anciennes hystériques, qualifiées telles, sont seulement des débiles, des arriérées, des instables, voire des épileptiques vraies, qui avaient eu aussi des attaques, mais qui n’ont plus aucune des manifestations qui florissaient si aisément du temps de Charcot, et même un peu après lui. C’.est à peine si j’ai rencontré cinq hystériques à la consultation externe de la Salpêtrière depuis dix-huit mois. Et
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ce qu’on rencontre c’est de la toute petite hystérie. Faut-il en conclure, avec Babinski, que l’hystérie est surtout une maladie médicale?^ C’est pourquoi je n’ai pu, contrairement aux principes qui ont inspiré la rédaction de ce livre, donner d’observations actuelles, personnelles, et ai-je écrit ce chapitre d’une toute autre façon que les autres, sous la forme historique. Je ne puis donner une opinion ferme sur l’hystérie, parce que les matériaux me font défaut. Si le lecteur rencontre des hystériques, qu’il tienne compte de ce que je lui ai exposé, et qu’il tâche de se faire une opinion, et s’il n’en rencontre pas... il n’a peut-être pas absolument besoin d’en avoir une.
Appendice
Somnambulisme infantile.
Christiane f..., âgée de 7 ans.
11 y trois mois, subitement, au milieu de la nuit, elle se mit à crier d’une voix l'auque, prétendant entendre marcher dans la chambre, et alla se coucher dans le lit de ses parents. Depuis, cela se renouvelle chaque nuit, sans cause, jamais à la même heure; elle se lève, pleure, et va dans la chambre de ses parents. En marchant, elle bredouille et gesticule. Si on lui parle, elle ne répond pas ; si on la réveille, elle devient froide et se couvre de sueur. Au réveil, l’enfant n’a aucun souvenir de ce qui s’est passé ; la nuit elle est très agitée et a un sommeil très léger.
Depuis ce moment, la petite est devenue colère, irascible, dissipée en classe, menteuse et voleuse. Un jour, par exemple, elle prend un sou dans le porte-monnaie de sa mère pour acheter des friandises; elle lui dit l’avoir trouvé dans le jardin.
L’enfant a moins bon appétit et a maigri: elle présente des mouvements des doigts et un léger tic de la bouche du côté gauche ; elle est devenue peureuse; elle a surtout peur du feu et des hommes ivres.
Antécédents. — Pas de maladies. Frère mort d’une méningite ü. l’âge de huit ans. Une petite sœur paraît être très nerveuse.
La mère a eu des convulsions jusqu’à trois ans; elle a eu des accouchements difficiles : basiotripsie pour le premier enfant; la petite malade s’est présentée par le siège.
Le père est bien portant, mais il n’a pas toujours été très sobre.
L’enfant a l’aspect adénoïdien ; elle ronfle la nuit et a toujours la bouche ouverte.
Envoyée au D' Castex, celui-ci diagnostique avec certitude des végétations ctconseille l’opération. L’opération, bien réussie, a fait disparaître le somnambulisme, ainsi que la mère est venue nous l’apprendre 3 mois après.
J’ai vu plusieurs fois à la consultation de la Salpêtrière des cas
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de somnambulisme. J’en ai pris quelques uns en observation dans le service et je dois dire qu’alors ces troubles nocturnes disparaissaient totalement, ce qui me fait pencher pour une supercherie de l’enfant. D’ailleurs, j’ai eu l’occasion de voir une jeune fille de quinze ans, dont j’ai déjà parlé (p. 109) et qui, au patronage, jirésentait du somnambulisme spontané nocturne et une fois chez ses parents en a été guérie radicalement. C’était une comédie comme les mensonges qu’elle fait depuis. Chez la petite Christiane, on devait se demander si ce n’était pas un cauchemar nocturne provoqué par les végétations. Quant à la rattacher à l’hystérie, cela me paraît possible pour quelques malades. Mais cela indique toujours un état nerveux très grand et qui doit faire craindre pour l’avenir (Voyez l’obs. de Bot..., p. 373). Il me paraît probable aussi que l’épilepsie peut prendre cette apparence. — Le somnambulisme infantile est donc un syndrome apparaissant dans plusieurs affections, tout comme les terreurs nocturnes, dont il n’est maintes fois qu’un cas particulier (voyez p. 179).