OBSESSION
etune intensité singulières (M6ertt)er«!g'e'IcZee de Wernicke) malgré tous ses efforts pour la repousser. De temps en temps, il se demandait si vraiment son père n’avait pas été officier anglais, puis il se répondait à lui-même que c’était absurde. L’impression causée par la présence de celte idée, persistant malgré la volonté, était celle d’une effraction par un instrument, celle de corps étranger intellectuel. Une légère émotion d’anxiété accompagnait ce trouble de la pensée. Le travail intellectuel était en grande partie employé à la lutte contre cette obsession. Le D" X... se leva pourtant, put faire sa toilette et sortir pour aller voir ses malades. Peu à peu l’obsession perdit de son intensité et il put examiner son premier client, puis faire d’autres visites sans trop de difficultés; pourtant, de temps en temps, l’idée reparaissait. Enfin vers l’heure du déjeuner elle avait complètement disparu.
Voilà un mode particulier de trouble du courant des idées à mettre à coté de l’excitation, de la dépression, de l’incohérence. C’est, si l’on veut, une incohérence extrêmement limitée et persistante par suite de l’apparition d’une image ou d’une idée qui peut être en relation ou n’avoir aucun lien avec le restant des idées (peut-être née dans un rêve oublié du sujet à son réveil dans le dernier exemple ?), mais qui prend une durée et une valeur inaccoutumées, et s’impose malgré tout effort. C’est un piétinement sur place de l’idée, une répétition, une persistance, à rapprocher des persistances verbales, des stéréotypies motrices. On peut dire aussi que c’est une erreur de jugement, ou erreur de mémoire, mais dont le malade n’est pas complètement dupe, puisqu’il la combat. On peut donc, comme presque tous les symptômes mentaux, la considérer sous de multiples aspects.
Un psychasthénique Plo., qui venait de perdre son père, m’a confié qu’il était tourmenté de temps en temps par une question stupide qu’il se posait à luimême : Est-ce que son père aurait consenti ii son mariage, s’il avait voulu se marier? 11 conserva ce doute très longtemps, et plusieurs années après, cette interrogation saugrenue se posait à son esprit de temps à autre. Cette « folie du doute )) ne l’a jamais beaucoup gêné, car elle était peu intense.
Un autre, Vra..., quand il sortait de chez lui, se demandait s’il avait bien fermé sa porte. Pris parle doute, il revenait sur ses pas, ne se contentant pas de regarder si la porte était fermée, mais la poussant avec la main pour bien s’assurer si la porte résistait. 11 repartait satisfait, mais à peine parti le même doute le reprenait : « Est-ce que vraiment j’ai bien vérifié que la porte était fermée.!' » Et de nouveau il revenait refaire le môme manège, et ce ii plusieurs reprises. Quand il essayait de lutter contre ce doute et de ne pas revenir, il éprouvait un sentiment d’anxiété désagréable. Cet accès dura environ une semaine ; dansles derniers jours le malade pouvait surmonter cette obsession et ne pas revenir sur ses pas. Une fois assez loin de chez lui, il n’y pensait plus.
SÉMIOLOGIE.
Le point de départ de l’obsession est ici un objet du monde extérieur, donnant naissance à une interrogation qui se reproduit dans l’esprit du malade. C’est l’obsession à forme de doute qui est un peu différente peut-être del’obsession simple. On l’appelle quelquefois « folie du doute » ; on verra plusieurs exemples aux Types cliniques. On constate aussi qu’une des conséquences de l’obsession peut être une sorte d’impulsion. Cette sorte d’impulsion peut être aussi verbale, et alors ce sera un mot ou une phrase qui aura tendance à être prononcée plusieurs fois, mais ces « impulsions » ont ce caractère particulier d’être à répétition : ce sont des vérifications.
J’ai vu à la consultation de la Salpêtrière un homme qui ne pouvait essayer de traverser une place sans se dire que c’était trop grand, qu’il n’y arriverait pas, et sans être pris alors d’un accès d’angoisse terrible; ses jambes se dérobaient sous lui et il ne pouvait plus avancer. C’est la peur des places que l’on a baptisée d’un nom grec « agoraphobie ». C’est quelque chose d’un peu différent des obsessions décrites ci-dessus. C’est bien plutôt l’éveil de l’anxiété ou de l’angoisse sous l’influence d’une perception extérieure accompagnée d’une idée tout à fait saugrenue parfois. L’accompagnement émotif est constant et le plus souvent très intense. C’est aussi à un autre point do vue une « aboulie systématisée » (Voyez plus loin).
On voit toute espèce d’obsessions parfois très curieuses de ce genre, décorées elles aussi de noms grecs ou pseudo-grecs qui déroutent même les gens les plus instruits. Je citerai l’exemple suivant pour lequel je n’ai certes pas cherché à fabriquer un néologisme, mais qui me paraît tout à fait extravagant.
Le malade Bis... raconte ainsi ce qui lui arrive : «.... Un soir que nous dînions, j’étais debout; au moment où j’allais boire les quelques gouttes d’eau rougie restant dans mon verre, j’eus l’impression que je me noyais, ... Lorsque je bois vous ne me ferez pas boire un verre plein; lorsque je vois à table ma femme verser de l’eau dans le verre de mon bébé, ça me fait peur. » Pourtant il va à lapêcbe sans émotion.
Ce malade d’ailleurs est très complexe et j’en reparlerai plus loin à propos de l’indécision.
Enfin il arrive, ce dont je n’ai pas d’exemple à donner, que c’est l’angoise qui précède l’obsession.
On voit donc les liens étroits qui relient l’émotion, anxiété ou angoisse, à l’obsession quelle que soit sa forme.