‹ Éléments de sémiologie et clinique mentalesChapitre 42 sur 159 · LA RECONNAISSANCE DU TROUBLE MENTAL PAR LE MALADE · texte numérisé non relu

LA RECONNAISSANCE DU TROUBLE MENTAL PAR LE MALADE

Sommaire. — Exemple (l'un persécuté croyant avec une conviction absolue à. la réalité de ses hallucinations. Le doute sur la réalité des phénomènes morbides; reconnaissance plus ou moins complète par le malade « conscient, » de 1 affection mentale : à la fin des troubles aigus, dans certaines formes au début, dans l’obsession. C’est le « sentiment » (jui empêche la juste reconnaissance en général de nos erreurs pathologiques. Impossibilité de distinguer psychologiquement l’erreur physiologique de la pathologique.

Je reprends le mot que m’avait dit Im..., (p. 121 ) à propos de ses hallucinations auditives : « On dit que j’entends cette vois parce que je suis persécuté, mais je sais bien que ce n’est pas de la persécution, puisque je l'entends distinctement, cjue je reconnais le timbre de sa voix... «

On saisit là la croyance, la conviction la plus complète en la réalité de la voix. Je me souviens avoir autrefois essayé sur un persécuté avéré, halluciné, enfermé à la Sûreté de Bicêtre, de lutter contre sa croyance. Je n’avais réussi qu’à faire mettre le malade dans une épouvantable colère accompagnée de menaces à mon égard. Si les fous systématiques sont parmi les plus croyants, les plus convaincus, la plupart des autres le sont aussi. Ce n’est que par moments, surtout dans les délires infectieux ou toxiques, que le doute surgit dans l’esprit du malade et qu’il se demande s’il ne perd pas la tête ; quelquefois, dans la débilité mentale, dans la paralysie générale au début, dans les démences, le patient a aussi de temps en temps un doute sur la réalité des phénomènes suscités par son imagination. Mais c est surtout au déclin des affections aiguës, délires toxiques, infectieux, etc., que cette « conscience » de l’affection apparaît — c’est un bon signe de guérison, si cela se maintient.

A l’opposé se trouve ce que l’on appelle à tort folie avec conscience ou psychasthénie ou neurasthénie psychique. Ici le patient, comme nous l’avons vu, sait qu’il est malade et ce n est que par

moments qu’il perd pied et croit à ses idées obsédantes devenues alors vraiment comparables à des idées délirantes. 11 me paraît inutile pour caractériser cette reconnaissance de l’affection mentale d’employer le terme d’auto-critique adopté par quelques auteurs. Cette faculté, qui existe à l’état normal et nous permet de rectifier nos erreurs, est bien faible en chacun de nous et bien faillible. Elle se ramène d’ailleurs à la propriété fondamentale de l’intelligence, la perspicacité qui s’exerce aussi bien sur les objets extérieurs que sur les objets intérieurs, nos idées. L’étude des aliénés, comme des gens dans les limites de la normale, montre que ce qui entrave avant tout l’exercice de celte perception des différences et ressemblances, c’est le sentiment, l’émotion.

Là est la principale source de nos erreurs, là est très probablement la principale source de nos erreurs pathologiques, les idées délirantes. Elles obéissent à cette logique des sentiments qu’a si bien étudiée Ribot.

Resterait à savoir s’il est possible de distinguer la raison de la folie toujours et à coup sûr. Psychologiquement cela paraît impossible. Ce n’est que par l’absurdité évidente des produits de l’imagination des malades que l’on diagnostique l’idée vraiment délirante ou pathologique : mais est-ce que l’Académie des sciences n’avait pas mis le téléphone au même rang que les inventions qui ont trait au mouvement perpétuel ?

Page 1