‹ Éléments de sémiologie et clinique mentalesChapitre 41 sur 159 · IMPRESSIONS FONDAMENTALES, IMPRESSION DU RÉEL · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS FONDAMENTALES, IMPRESSION DU RÉEL

le moi. Il y a un antagonisme entre le fait qu’on se rend compte qu’on pense, qu’on parle, qu’on marche et l’impression qu’on a que l’individu qui agit ainsi est un individu étranger.

« On a un peu l’inipression d’être envahi par un étranger qui se sert de votre pensée et de vos paroles.

« Au fond, on ne peut même pas dire qu’on ne se reconnaisse pas; on ne sait plus ce que signifie le moi. 'Et la sensation peut se résumer dans cette phrase qu’on se répète d’ailleurs à soi-mèrne : « Je suis un tel, qu’est-ce que cela veut dire? » Si on se regarde dans une glace, on a l’impression de voir un visage inhabituel et cela augmente l’intensité de la sensation. La voix paraît parfois étrange, mais cela n’est pas constant.

<c Cette sensation est accompagnée d’une certaine angoisse, mais moins intense que celle qui accompagne l’impression du « déjà vu. »

Impression d’étrangetb. — Le D’’ X..., déjà cité, a observé plusieurs fois sur lui-même le phénomène suivant : il est en train de lire; subitement un mot qu’il lit lui parait dénué de l’impression que lui causent les autres; il voit ce mot, le lit parfaitement, sait ce qu’il signifie, pourtant il lui parait étrange, changé généralement; s’il continue sa lecture, d’autres mots prennent cet aspect spécial indéfinissable. Cela ne dure que quelque temps qu’il n’a pas évalué, ce phénomène s’étant produit à une époque où le D' X... n’y attachait pas d’importance.

Unétudiant en médeclne,M. Mus..., que j’ai pu examiner grâce à l’obligeance de M. Plumey, externe des hôpitaux, m’a raconté un phénomène analogue ; « en relisant une lettre que je venais d’écrire, me dit-il, j’étais soudain arrêté par un mot banal; je trouvais ce mot bizarre, sonnant mal ; peut-être y a-t-il une faute d’orthographe, me disais-je ; pourtant je ne vois pas d’autre façon de l’écrire, c’est un mot banal d’orthographe simple». Cela n’est arrivé à ce jeune homme que dans les lettres qu’il écrivait.

Certains psychasthéniques éprouvent aussi des sensations bizarres, indéfinissables, dans certaines parties du corps, qui leur paraissent changées, étranges ou étrangères, leurs jambes, par exemple, ne paraissant plus leur appartenir, etc. Ces sensations alternent avec des sensations douloureuses ou se mélangent à elles. D’autre part, il y a des sensations douloureuses fixes qu’on a appelées « topoalgies » (Blocq) et d’autres « cœnesthopathies » (Dupré).

Ces troubles, dépersonnalisation, impression d’étrangeté du «moi » et de certains objets, peuvent s’étendre et durer chez certains psychasthéniques qui ont l’impression qu’ils ne vivent plus, que le monde extérieur n’est qu’un rêve, etc. Krishaber, il y a longtemps, avait décrit ces cas étranges sous le nom de névro-

quel j'avais déjà pu observer ce même M. Z..., l’auteur de cette auto-observation, à propos delà sensation de déjà vu (p. 101).

SÉMIOLOGIE.

pathie cérébro-cardiaque, et leur étude a été complétée par Pierre Janet. Mais le fond du trouble, durable ou passager, paraît toujours être une altération de cette impression générale qui accompagne toutes nos opérations intellectuelles, et que Pierre Janet appelle impression du réel.

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