SA NATURE
Dans son organisation actuelle, l’homme ne peut croître que s’il est aidé pendant ses premières années et protégé jusqu’à son âge adulte. Dès les premiers temps de l'existence sociale, il s’est fait entre l’homme et la femme une sorte de division du travail. L’époux allant au dehors assurer la sécurité du ménage ; la femme restant au logis pour y préparer les aliments, y soigner les jeunes et quelquefois cultiver le coin de terre. L'instinct de possession s’est joint à celui de reproduction, et en a engendré un troisième, complexe, multiforme, qui est l'instinct de la famille. Ce sont ces trois faits là : nécessité d'élever les petits, coopération de l’homme et de la femme, instinct familial, qui ont fait la famille.
Nulle histoire n’est plus intéressante à lire que celle des phases diverses par lesquelles a passé cette institution. Mon ami Mantegazza a publié là-dessus un admirable volume qui, malheureusement, ne peut être mis entre les mains de la jeunesse studieuse. Du reste, il n’entré point dans nos idées d’en rechercher l’histo-
rique. La famille est l'ensemble des liens qui attachent le mari et la femme, et tous les êtres nés d'eux. C'est le rôle que jouent ces liens dans la vie sociale qu'il est intéressant de connaître. Au début, et lorsque la cohésion humaine est encore faible , la | famille à une importance primordiale. La société ne pouvant accomplir son rôle de protection mutuelle, les intéressés s’adressent à une entité plus voisine, moins introuvable. De nos jours, l'ile de Corse et la race israélite en sont les témoignages. Ce n'est guère que depuis 89 que les Israélites ont le droit d'en appeler à la collectivité pour la sauvegarde de leurs biens et de leurs personnes. C'est à une date plus récente encore que la navigation à vapeur, le télégraphe et l’amélioration des routes ont donné à la Corse la possibilité d'espérer en une justice moins sommaire que la vendetta. Aussi, ces deux peuples sont, à des degrés différents, dans la période de transition entre la vie familiale et la vie sociale. Cette admirable cohésion, qui réunissait entre eux tous les juifs issus de la même souche, diminue progressivement. Ce bataillon serré qu'ils formaient entre eux, pour se défendre contre l'ennemi commun, se disperse peu à peu pour venir se confondre, sinon encore dans la masse des citoyens, du moins dans la race israélite. De même en Corse, les idées de famille si absolument souveraines jusqu'à quelque vingt ans de nous, s'amoindrissent peu à peu. En dépit de quelques soubresauts dans ce progrès, il est certain qne la Corse, dans quelques années, aura perdu ses habitudes de cohésion familiale qui faisaient son originalité.
Qu'il me soit permis de citer un autre fait qui éclaire les origines de l'esprit de famille. Demandez à un Ecossais s’il connaît une personne de même nom que lui, que vous avez rencontrée quelque part. Il vous répondra : « Non, je ne crois pas, mais elle doit être de ma famille ». Posez la même question à un Anglais,
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