VI. — Les I:vvestig ations \dmiwistratives ont
pourobjet,comme les grandesopérationsquenoiift venons de décrire, la connaissance de quelques-uns des éléments de la société ou de quelque intérêt majeur, économique, financier ou politique. Mais leur exécution est infiniment moins diflScile, car les matériaux, qui leur sont nécessaires, existent déjà depuis longtemps, et servent habituellement aux besoins des services publics , tandis que pour le cadastre, les recensements, la Statistique de rAgricuIture et celle de l'Industrie, il faut créer chaque chose de toute pièce. C'est une différence si considérable que les pays, qui ne possèdent point encore ces derniers travaux , peuvent à peine être comptés parmi ceux dont la Statistique est commencée. Toutefois l'avantage de ces matériaux préparés à l'avance n'est pas toujours tel qu'on peut l'espérer ; il est arrivé plus d'une fois qu'au moment de s'occuper d'une branche d'administration importante, qu'on devait supposer bien connue, puisqu'elle est trèsancienne, on a découvert que les documents de ses archives ne peuvent être d'aucun secours, soit parce qu'ils sont annulés par de larges" lacunes, soit parce qu'ils sont viciés par de graves erreurs. Si la Statistique ne les avait pas réclamés et, pour ainsi dire , mis en scène , ils eussent continué perpétuellement d'être nuls ou faux. Depuis la période impériale jusqu'en 1 833, les tableaux officiels des enfants trouvés et toutes les citations qui en sont sorties n'ont cessé de justifier l'une de ces épithètes que pour mériter l'autre. Il n'en peut
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être ainsi quand les documents exécutés pour Tintérieur d'un service, sont destinés à participer à la Statistique générale du pays, et à sortir de Tobscurité pour paraître au grand jour de la publicité. Alors leurs chiffres sont élaborés, contrôlés; et les faits qu'ils représentent, étant examinés avec soin, Tautorité pourvoit à réparer les erreurs, à réformer les abus, à introduire des améliorations. C'est la Statistique qui met le pouvoir dans cette voie, et qui lui signale T occasion de bien faire. Déjà nombre de fois elle a rempli dignement cette mission.
Il y a des investigations administratives qui sont des œuvres considérables et d'un très-grand mérite. Il faut particulièrement citer la Statistique criminelle, qui est le tableau de l'administration de la Justice en France ; elle a pour matériaux l'instruction des procédures devant les tribunaux, et pour collaborateurs, les magistrats de tous les par quets du royaume. Elle a été instituée, en 1825, par M. de Peyronnet, alors garde-des-sceaux. L'auteur deses premiers types est M. Guerry de Champneuf. Son successeur, M. Aroudeau, leur a donné le plus haut degré de perfection. Le répertoire des mouvements du Commerce extérieur est exécuté par l'administration des Douanes. On doit à M. le comte de Saint-Cricq le premier modèle sur lequel il a été établi. La Statistique des Établissements de bienfaisance et de répression a pour éléments les situations financières et les mouve-
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ments des hôpitaux et prisons de toute espèce, exécutés sous l'autorité et par les soins des Préfets. Ce grand travail , qui fait partie de là Statistique générale du royaume, est élaboré au Ministère du commerce; ses premiers types ont été tracés par M. le comte Duchàtel, qui a\ait alors ce département. — Enfin le Compte rendu général des finances est Fœuvre complexe de toutes les branches de l'administration, centralisée sous la direction de M. le conseiller dVÉtat Rodier. Ce vaste travail a reçu, pendant ces dernières années, de notables améliorations. Toutes ces investigations sont annuelles; leurs développements sont proportionnés à leur importance, et leur supériorité les classe au premier rang de toutes les oeuvres de Statistique entreprises depuis la renaissance de la sdence.
D'autres travaux moins étendus témoignent cependant des progrès de l'administration, dans la belle et utile carrière des investigations numériques. Tels sont : le Rapport des Ingénieurs des mines et celui des voies de communications du royaume, publiés par le département des travaux publics; — le Tableau de la population et du commerce des colonies françaises , publié par le ministère de la marine; — les Comptes rendus de l'Algérie, qui sont l'ouvrage du ministère de la guerre, et qui renferment des cartes inédites du plus grand intérêt ; — les Mouvements annuels de la population de Paris énuméraut les décès, par nature de maladies, dans les hôpitaux et à domicile. Ce curieux travail ap-
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partient à la Préfecture de police qui le poursuit avec persévérance depuis 1830; il est exécuté par M. Trébuchet. Les villes chefs-lieux du départemenidu Nord ont commencé, Tannée dernière, sous l'administration de M. de Saint-Aignan , à relever également leurs décès en détail, suivant leur nature. C'est un exemple qui sera probablement suivi dans les principales villes du royaume.
Une entreprise, qui, par le nom de son auteur et l'époque de son exécution , a jeté beaucoup de lustre sur la science, est la Statistique de la ville de Paris. Le Préfet de la Seine , M. de Chabrol de Wolvic, confia, en 1820, le soin de cette œuvre à notre illustre ami Joseph Fourier; et les types des tableaux de cette Statistique ont été tracés par la même main qui a écrit la belle préface du grand ouvrage sur rÉgj^pte, et la Théorie de la chaleur. Fourier, à qui l'Empereur avait confié les préfectures de l'Isère et du Rhône, quoique ce fût un savant du premier ordre, avait appris à l'école de rexpérience ce que Napoléon savait par une révélation du génie, c'est : « que la Statistique est le budget des choses; et que sans budget point de salut public. »