CH. X
. — FAITS SOCIALX CONSTATÉS. 215
Naits. tolalrs.
N. dVnf. tr,
Rap. prop.
Londres,
1 sur 2.2.
Milan,
Lisbonne,
Porto,
Dublin,
Madrid,
Maples,
Paris,
En prenant, comme on le doit, la population du département de la Seine pour terme de comparaison, la proportion est à présent d'un enfant trouvé sur 8 naissances et demie, ce qui revient au quart du nombre indiqué pour Londres et pour Porto, et à la moitié de celui des villes de Milan, Dublin et Lisbonne. Relativement au nombre des naissances, il y avait anciennement à Paris deux à trois fois autant d'enfants trouvés qu'aujourd'hui.
Ainsi cette population ne s'augmente point , comme on le dit, comparativement aux naissances totales ; au contraire, elle diminue à Paris, comme dans tout le royaume, et elle est inférieure à celles de plusieurs autres États de l'Europe. La mortalité qu'elle éprouve, est bien moins grande qu'autrefois, et de beaucoup au-dessous de celle des pays étrangers ; mais ce n'en est pas moins une plaie douloureuse qui exige des remèdes difficiles et dispeii-
dieux. Ce n'est pas, au reste, une maladie nouvelle. T/ histoire est pleine de récits d* enfants trouvés, et cependant elle ne parle que de ceu\ échappés à la mort, comme Moïse sauvé des eaux débordées du Nil, Sémiramis nourrie par des colombes, Bomulus par une louve, Orphée par des abeilles, et autres moyens merveilleux d'élever les enfants, plus poétiques que ceux de nos hôpitaux, mais qui valent encore moins.
Nous abrégeons le plus possible ce précis des accidents naturels et sociaux qui atténuent la fécondité des générations humaines, et nous nous hâtons d'arriver à l'examen de cette fécondité, dans ses éléments généraux, considérés dans leurs variations selon les temps et les diflférents pays.
Nos connaissances sur cet important sujet, sont pour ainsi dire récentes. On croyait, au milieu du dernier siècle, que le rapport des naissances à la population était invariable, et qu'il en était de même dans tous les pays de l'Europe. Sussmich supposait, d'après quelques données recueillies en Allemagne, que partout il naissait un enfant sur 28 personnes. Paneton reconnut plus tard que ce rapport était modifié selon les temps et les lieux; mais il adopta l'opinion que ses limites étaient très-circonscrites, et qu'il y avait toujours une naissance sur 26, 27 ou 28 individus. Les Statisticiens du xviii* siècle accueillirent cette erreur; mais depuis cinquante ans, des recensements ayant été faits dans beaucoup de contrées, et les actes civils tenus
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bien plus exactement, ayant permis de relever les mouvements de la population, on a pu comparer , dans une multitude d'endroits, le nombre des naissauces annueUes et celui des habitants; et il a été facile de reconnaître que les rapports entre ces deux termes, sont plus étendus et plus variables qu'on ne l'avait imaginé. .
Le maximum de ces rapports, pour une population considérable, est maintenant d'une naissance sur 22 à 23 habitants ; terme qu'offrent une partie des contrées de l'Italie. Le minimum est d'une naissance annuelle sur 35 et même jusqu'à 44 habitants, comme en Ecosse, en Norwège et dans les États Danois. Ainsi, dans les termes opposés et extrêmes, la fécondité humaine varie de moitié dans les différentes contrées de l'Europe. Elle peut être une fois plus grande ou moitié moindre, selon les divers pays ; ce qui implique que la stérilité des femmes, la juvénilité des générations et l'étendue moyenne des familles peuvent différer dans cette énorme proportion.
Il y a, année moyenne, une naissance annuelle :
Sur 22. 5 habitantsdans les provinces vénitiennes; 23.5 — dans le royaume de Naples ;
24 — en Lombardie, Toscane, Rus-
sie d'Europe; 24. 5 — en Prusse;
25 — dans les États héréditaires de
r Autriche;
•il8
KLKMK.MS IM: STATISTIQLJ!:.
Sur 20
habitants
dans le Hanovre, le Wurtemberg, le Mecklenbourg ;
en Pologne et dans T Allemagne proprement dite, la Suisse, les États Sardes, l'Espagne, le Portugal ;
en Bavière, en Suède;
en Hollande, dans le eanton de Lucerne ;
en Danemark, en Belgique;
en France, en 1811, 1817, 1820,1821, 1822,1826;
dans les Iles Britanniques, les États Romains;
en France, depuis 1828;
en Norwège, dans le Holsteiu et le Sleswic ;
en Angleterre ;
en Ecosse, en 1831 et même 44 en 1801.
Il n'e»t pas facile d'assigner à ces variations les causes qui les produisent, et qui semblent être c(»mplexes et appartenir à des ordres différents. Les unes sont des agents physiques et se rapportent principalement à l'influence des climats. Les autres tiennent au degré de civilisation des peuples et résultent de leurs institutions, de leurs mœurs et de leurs habitudes sociales.
La douce température des pays méridionaux fa-
vorise la fécondité ou plutôt développe les circonstances quiTaccroisscnt. Dans les contrées boréales telles que la Norwège, la Suède, TÉcosse, les États Danois, le nombre des enfants qui naissent annuellement est moindre d'un tiers, comparativement à la population, que dans les pays situés, comme la Lombardie, la Toscane, le royaume de Naples, sous Tempire d'un beau climat. Il est vrai que la Prusse et la Russie d'Europe, qui sont privées de cet avantage, ont une population aussi féconde que celle des pays méridionaux ; mais elles le doivent à leur territoire encore faiblement peuplé, et sans doute aussi à une industrie récente, qui offre aux populations des moyens de travail et d'extension. Au contraire, malgré la protection du climat, en France où une civilisation avancée ne permet à rien de rester vacant, la population est maintenue, par cette digue, dans des limites que le temps resserrera de plus en plus; et déjà une centaine de ses habitants ne donnent naissance annuellement qu'à trois enfants, taudis qu'en Russie et en Prusse, le même nombre en produit quatre.
Il semble toutefois, quand on agroupe les États de l'Europe selon leur position géographique, que l'influence du climat agit sur le nombre de naissances, avec une puissance non moins grande que celle de la civilisation. Si , pour l'apprécier, nous réunissons ensemble les pays les plus scptentrio-
220 £L£M£j\TS DE SÏATISTIQLE.
naux, la Suède, la Norwège, le Danemark et rÉcosse, nous trouvons que, par un terme moyen, le nombre des enfants qui y naissent, chaque année, n'est que d'un 32* de leur population, tandis qu'il s'élève au 26® dans les régions qui forment le midi de l'Europe, et qui obtiennent quatre enfants au lieu de trois, par chaque centaine de personnes.
Lorsqu'on choisit les quatre pays dont la civilisation est supérieure : la France, les Iles Britanniques, l'Allemagne et la Hollande avec la Belgique, on reconnaît qu'ils n'ont qu'une naissance pour 31 habitants. Il n'y en a pas moins d'une sur 23, quand on réunit la Russie, la Pologne, l'Empire d'Autriche et la vieille Prusse. Ainsi 40 enfants naissent dans ces dernières contrées, quand il n'en est produit que 32 dans les premières. La différence est pour chaque million de la population d'environ 8,000 naissances annuelles.
Il est donc certain que la reproduction de l'espèce humaine peut, en Europe, sous l'influence des effets du climat ou sous celle de la civilisation , s'augmenter d'un tiers en sus de son terme le plus bas ou diminuer d'une quantité égale au quart de son terme le plus élevé; résultats fort éloignés des idées de Sussmiech et des stalisticiens de la vieille école.
Mais quels sont , dans le vaste assemblage des causes appartenant à l'état social ou à Faction du
climat, les occurrences ou les agents physiques qui accroissent ainsi ou atténuent le nombre moyen des naissances?
Si Ton recherche d'abord comment le climat peut exercer une certaine influence sur la reproduction, l'observation ne tarde pas à montrer que ce n'est point par une action directe, qui rendrait les populations plus ou moins prolifiques. Toutes choses égales, d'ailleurs, sous une température plus élevée, les hommes ne sont pas plus aptes à la génération et les femmes ne sont pas plus fécondes. Entre les tropiques, les populations libres de nos colonies des Antilles , de la Guyane et de Bourbon n'ont eu , par la moyenne de huit années, qu'une naissance sur 28. 3 habitants, comme en Suède près du cercle polaire. Mais si le climat des pays chauds ne détermine pas, par une action directe, une procréation plus grande, il favorise néanmoins, par des effets indirects , la multiplication des hommes. Sous son influence la terre devient plus féconde etpeut nourrir davantage d'habitants; la population étant plus condensée, le rapprochement des deux sexes est plus facile et plus fréquent ; l'hiver ne confine point les familles dans leurs demeures pendant la moitié" de l'année, et la disette n'est pas toujours à leurs portes , comme dans les contrées boréales où toutes les facultés humaines sont absorbées par les soins nécessaires pour subsister. En Norwège, par exemple, le blé ne produit que quatre pour un de sa semence ;
mais aussi la province la plus peuplée ne comptet-elle que 108 habitants par lieue carrée, et le rapport des naissances à la population est seulement d'une sur 34 individus. C'est tout autre chose dans le royaume de Naples, du W au 38® degré. Dans les provinces nommées : la Terre d'Otrante et celle de Labour, le froment donne 20 pour 1 ; et la condensation de la population est si grande qu'il y a plus de 2,400 personnes par lieue carrée. Il s'ensuit que les naissances sont dans le rapport d'une à 21, avec le nombre total des habitants.
Le climat, qui est l'origine de ces phénomènes si divers, manifeste, par l'inégalité des températures moyennes, la différence de l'action qu'il exerce sur l'un et l'autre de ces pays du même continent. En Norwège, la somme totale des températures journalières de toute l'année , divisée par le nombre des jours, ne donne pour chacun de ceux-ci qu'un terme moyen de 5 degrés 60 au-dessus de zéro , tandis que, dans le royaume de Naples, une pareille opération a pour résultat le 1 9® centigrade; c'est-à-dire un nombre de degrés thermométriques représentant une chaleur trois fois et demie aussi grande. Ainsi les effets du climat produisent de telles différences entre les deux extrémités de l'Europe que, dans la Péninsule italique, les récoltes sont quintuples de celles données par la même quantité de semences dans la Péninsule Scandinave. La population y est 25 fois aussi condensée, et, par suite de Tabondancc des subsistances et du rapprochement des hommes,
les naissances y sont multipliées à ce point, que sur chaque centaine de personnes il naît annuellement cinq enfants dans les provinces du royaume de Naples, tandis qu'il en naît à peine trois en Norwège. L'influence de Tétat de la société sur la fécondité humaine est aussi certaine et aussi grande que celle du climat. Les causes qui, dans les pays où la civilisation est très-a\ancée, tendent à restreindre le nombre des naissances , sont principalement : La difficulté de soutenir une famille au milieu des exigences sociales; — les calculs deTégoïsme et de Fanibition aussi bien que ceux d'une sage prévoyance ; — la nécessité des convenances qui domine d'autant plus les alliances que la société est plus raffinée; — la concentration des populations dans les grandes villes, où les moyens de subsister sont plus difficiles et plus précaires; — la permanence et l'accroissement des armées, qui entraînent à leur suite le célibat de l'élite des nations; — les vœux monastiques qui , dans quelques contrées , font de la vie claustrale un mérite religieux; — la multitude des courtisanes que, dans toutes les capitales, enlève au mariage la puissance du besoin; — la polygamie qui, dans les provinces européennes de l'Empire ottoman, condamne presque toutes les femmes d'un harem à une stérile union ; — enfin, et surtout , la diminution gradative de la mortalité , par les effets réunis des progrès des sciences , de l'industrie et de la civilisation ; ce qui met obstacle à ce qu'il surgisse des générations
224 KLÉMEINTS DE STATISTIQUE.
nouvelles, les plus anciennes restant dans la possession immobilisée des propriétés et des postes avantageux de la société.
On peut mesurer par le nombre des naissances les progrès de la société civile, et, par contre, on peut augurer, par ces progrès, quelle restreinte éprouvera la fécondité. La table suivante, formée de chiffres officiels, montrera, par l'exemple de la France, l'intime connexion de ces deux termes, et l'effet qu'exerce la civilisation sur la reproduction de l'espèce humaine.
Population. Naissances. Rapport.
1772 22,672,000 923,107 1 sur 24.50
Deux résultats importants sortent de ces termes numériques. D'abord , une population de plus de 34 millions d'habitants, dans un temps de prospérité et dans un état d'aisance et de civilisation incomparablement plus grand, ne donne naissance qu'au même nombre d'enfants, qui étaient procréés, il y a 60 ans , par une population moins grande de dix millions. — Et à une distance de 70 ans, com-
CH. X. — FAITS SOCIAUX CONSTATES. 22a
prenant la période qui nous sépare du règne de Louis XV, il se trouve que, dans le même pays, la fécondité a diminué, comparativement à la population, de plus de deux cinquièmes ou 40 pour c^nt. Cette atténuation progressive du nombre des naissances en raison de l'accroissement de la civilisation , n'a pas lieu uniquement en France; ; seulement son maximum a été produit en ce pays par les heureux changements apportés, depuis soixante ans, dans la a ie civile etdomestique de ses habitants. Un travail dont les détails nécessitent un déploiement de chiffres trop considérable, pour être reproduits ici , nous a donné la preuve que la fécondité des populations a diminué :
En Allemagne, d'un 13% en 17 ans;
En Suède, d'un 9% en 61 ans;
En Russie, d'un 8% en 28 ans;
En Espagne, d'un 6% en 30 ans ;
En Danemark, d'un 4% en 82 ans;
En Prusse, d'un tiers, en 132 ans;
En France, d'un tiers, en 70 ans ;
En Angleterre, de plus d'un tiers en un siècle.
C'est probablement à leur étonnante fécondité que les peuples nouveaux et barbares doivent ra&ccndant qu'on leur voit prendre dans l'histoire sur les vieilles sociétés civilisées ; et la destruction de l'Empire romain s'explique peut-être mieux par la diminution progressive des populations italiennes et par la pullulation des hommes dans les pays
226 ELÉMEIVTS DE STATISTIQUE.
sauvages du nord de l'Europe et de l'Asie, que par ramollissement des mœurs et les causes morales auxquelles on Fattribue communément. Ce qui se passe, de nos jours et sous nos yeux , donne à cette conjecture le caractère de la probabilité. Dans l'Empire russe, 57 millions d'habitants produisent annuellement, au moins 2,280,000 enfants, tandis qu'une population égale n'en donnerait, en France et dans les Iles Britanniques, que 1 ,630,000. La différence monte à 650,000 enfants chaque année ou 21 millions et demi par génération d'hommes. Sans doute cette fécondité si prodigieuse qu'un douzième des femmes russes sont perpétuellement à l'état de grossesse, demeure presque sans efficacité ; et un nombre immense d'enfants, qui, dans des pays où la civilisation les eût entourés de soins, fussent parvenus à l'àgc viril, périssent presqu'en naissant. Mais ceux qui échappent forment encore une si grande multitude, que la différence entre les naissances et les décès ajoute annuellement 980,000 individus à la population, tandis qu'en France et dans les Iles Britanniques, cet excédant n'est, dans les deux pays réunis, que de 448,000 ou bien moins de moitié. D'où il suit que, dans l'hypothèse où cet état de choses se prolongerait, il ne faudrait pas quatre ans et demi aux populations slaves, pour obtenir, de leur seul accroissement annuel, une armée d'un million de soldats, en sus du nombre qu'elles peuvent fournir, pour égaler les forces militaires de la France et de la
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Grande-Bretagne. Heureusement que la multitude des soldats n'est pas, de nos jours, une garantie plus certaine du succès, qu'elle ne Tétait au temps de Xercès ou en 1792.
La différence entre les pays nouveaux et ceux parvenus à un état social perfectionné, peut être appréciée positivement p^r le calcul suivant. La France et les lies Britanniques réunies n'ayant qu'un accroissement annuel de population d'un individu sur 118, il leur faudrait pour doubler le nombre de leurs habitants, une longue période de 83 ans, tandis que, dans TEmpire russe, l'accroissement étant d'un individu sur 66, la population peut doubler en 45 ans.
Biais , il ne faut pas oublier que ces périodes de doublement sont purement hypothétiques, car elles impliquent que les rapports des naissances et des décès à la population demeurent stationnaires. C'est le contraire qui est la vérité. Ces rapports varient perpétuellement avec des vitesses différentes, selon que les progrès de la société sont plus ou moins rapides. L'effet et la c^use sont liés l'un à l'autre si étroitement, qu'on peut admettre que ces rapports sont invariables chez les peuples de la zone torride et des plateaux arctiques, qui sont condamnés par leur climat ou plutôt par le type de leur race , à vivre dans une éternelle enfance. C'est pourquoi , quand on parcourt les annales du globe, on ne voit, dans aucun temps , les rares polaires ou équatoriales-, les Esquimaux, les nègres, les Australiens,
s'accroître par degrés, et déborder en torrents impétueux, comme les Celtes, les Germains, les Huns et autres populations exubérantes des régions septentrionales de la zone tempérée.
Le système de Malthus s'applique avec justesse à ces peuples barbares, car leurs transmigrations ont bien réellement pour cause primitive l'accroissement de leur nombre dans une proportion qui dépasse celle de l'augmentation de leurs moyens de subsistance. Mais ce système est sans fondement quand on en fait l'application aux peuples civilisés, puisque chez eux ]a fécondité diminue en raison des progrès de l'état social, tandis que les ressources alimentaires sont étendues et multipliées par tous les moyens que donne l'intelligence publique et qu'agrandissent les sciences et les arts.
II. — La vie de l'homme est, comme sa naissance, pleine de douleurs. Les maladies, les passions, les infortunes la remplissent presque tout entière, et le nombre des gens heureux est infiniment petit. La durée de nos jours est très-courte, et Dieu sait cependant ce que nous en faisons. Sur les 8,760 heures dont se compose chaque année, nous en employons :
2,920 ou le tiers, à dormir ; 730 ou un douzième à manger; 730 ou un autre douzième, en soins personnels.
Total 4,380 heures ou la moitié du temps.
L'ouvrier, qui est attaché 1 1 heures au travail, en prend deux sur ce compte ; mais, s'il fête le dimanche et chôme le lundi, il ôte 104 jours à son salaire, et réduit pour lui l'année à huit mois et demi seulement. L'employé , qui n'est occupé que six heures, pendant 300 jours, donne uniquement 1800 heures à son travail; il lui en reste 2,580 ou sept mois qu'il dépense autrement. L'homme de loisir qui passe six heures de sa journée au spectacle, à la promenade ou en visite, dissipe également un tiers de son temps improductiVement. Les événements publics, les maladies, les malheurs de famille prélèvent, en outre, dans une foule d'existences, une énorme part. Trop souvent, au lieu d'être accidentelles et momentanées, les maladies sont incurables et privent un homme dans la force de l'âge, de la plénitude de ses facultés. Les réformes opérées annuellement dans les contingents militaires nous montrent qu'il y a :
Un homme de faible constitution sur 24 .
Un atteint de hernies. ... — 70.
Un boiteux — 286.
Un ayant de mauvais yeux. . — 70.
Un de chétive taille. . . . — 13.
En totalité, un infirme. . . — 4.
£t cela advient dans l'un des pays les plus favorisés de l'Europe. Comment en est-il donc dans les autres?
On ignore l'extension des infirmités morales ;
et nous ne pouvons en signaler que trois sortes : l'aliénation mentale, l'ignorance et le crime. Il y a en France maintenant, année moyenne :
20,000 aliénés ou un sur 17,100 habitants.
121,000 jeunes gens de 20 ans, ne sachant ni lire, ni écrire, sur 292,000 inscrits et présents, ou 42 sur cent.
220,000 détenus, prévenus ou condamnés; un sur 1,500 habitants.
Le séjolir des prisons abrège considérablement l'existence de cette masse d'individus des deux sexes.
Ces maux partiels étaient bien plus grands autrefois, puisque la durée moyenne de la vie était beaucoup moindre. Voici les termes de son acroissement progressif, pendant les deux dernières générations,, en supposant avec M. Mathieu, que la population était à peu près stationnaire à chaque époque :
1772 24 ans 6 mois 1826 32 ans « mois
Ainsi, en l'espace de 73 ans, la vie a obtenu en France, une prolongation de moitié en sus. Cet accroissement extraordinaire est le plus grand et le plus magnifique résultat de la rénovation sociale,
commenneéc en 1789. En 1757,1a durée moyenne de la vie n'était que de 23 ans, dans les généralités de Toars et de Limoges; elle n'était même que de 20 ans dans l'ile de Bée et dans celle d'Oléron.
De tous les pays de l'Europe, l'Angleterre seule est aussi favorisée; la Russie, l'Irlande, la Lombardie et la Toscane sont à cet égard dans la situation où la France était, il y a 60 ans. A Paris comme dans les autres grandes capitales, la vie est beaucoup plus limitée ; mais on ne saurait guère en fixer le terme, attendu les mouvements perpétuels de la population.
Un statisticien distingué , Gasper , a recherché les différences apportées par la diversité des professions dans la durée de la vie. 11 a trouvé les termes suivants :
Théologiens
ans
1 moi
Négociants
Fonctionnaires
Agriculteurs
Militaires
Avocats
Artistes
Instituteurs
Médecins
Tous les hommes
On voit que dans la plupart de ces professions la vie est deux fois longue comme la vie commune.
C'est qu'il ne s'agit ici que de persmnages qui ont échappé aux orages de la jeunesse , et qui ^ d'ailleurs, appartiennent aux classes riches ou aisées, pour lesquelles l'existence a bien moins de dangers.
L'opinion publique apprécie quelquefois fort mal les chances de mort qu'on encourt dans certaines professions. Par exemple, on suppose que tous les périls sont déchaînés contre les marins ; c'est un préjugé. 11 y eut, à Portsmouth, en 1812, un conseil d'amiraux anglais qui réunissaient, entre douze, une somme d'âges faisant au delà de mille ans ; et, cependant , ils avaient figuré dans toutes les guerres maritimes de notre siècle et d'une partie du siècle précédent. Ce fait prouve qu'on aurait tort de ranger la navigation parmi les métiers insalubres.
L'indigence est la cause qui abrège le plus la yie.v C'est elle qui, en 1772, réduisait à 24 ans l'existence moyenne de tous les habitants du royaume. Voici un exemple frappant de ses effets dans la Métropole; il ressort de la comparaison numérique de deux arrondissements : l'un riche, le deuxième, qui comprend la Chaussée-d'Antin, le faubourg Montmartre et le Palais-Boyal ; l'autre pauvre, qui renferme les faubourgs Saint- Jacques et Saint-Marceau.