III. — L'ÉTAT CIVIL, DES PERSONJNES divise IcS
populations en catégories dont l'appréciation sociale est fort différente. Le mariage est Torique de ces diversités; sous son régime, les enfants qui naissent sont légitimes; en dehors, ils sont naturels; sous son autorité vivent les gens mariés des deux sexes ; en dehors les célibataires ; et, lorsque ses liens sont rompus, il fait encore surgir deux nouvelles classes : celles des veufs et des veuves. La propriété, la morale, le bien public sont intéressés à la connaissance statistique de ces subdivisions légales de la société. >'oi;s les éuumérerous rapidement. .
Lee enfants nés sous la protection du mariage, forment la grande masse de ceux qui, chaque année renouvellent la population. Il y en a maint^ant 929 sur 1,000 naissances. En 35 ans, depuis le commenc^nent du siècle, cette proportion avait été, sur 33 millions de naissances de 936 sur 1,000. Conséquemment la moyenne de cette longue période donne un rapport un peu plus fort que celui existant aujourd'hui. D<^uis plusieurs années, malgré Taceroissement progressif de la population, le nombre des enfants légitimes varie faiblement, ce qui l'atténue qu^nd <m le compare au chiffre des recensements. Il y a eu :
En 1 80 1 , une naissance légitime sur 3 1 . 35 habit. 1811, une — 33. 42
1821, une — 33. 46
1831, une — 35. 59
1836, une — 36. 50
1844, une — 37. 01*
Ainsi en l'espace d'une génération, le nombre des enfants légitimes, comparé à la population, a diminué d'un sixième. Ce changement considérable a trois causes, établies par le calcul : T L'atténuation de la fécondité des femmes mariées ; 2"^ la diminution du nombre des mariages eu égard à la population; 3"^ l'accroissement du nombre des enfaû^ naturels. L'|n^portancç de ces vicissitudes
* Y compris» les enfants mort-nés , comme aU* époques pré-
cédentesV"'' •' •*»-••.—•'•«* r '"î"m'i<; [ .^/^./| /.'»!/«••
256 ÉLÉMKNl^ DE STATISTIQUE.
sociales exigerait un examen spécial , auquel nous nous livrerons ailleurs.
Les enfants nés hors du mariage étant comparés au nombre des naissances annuelles, on trouve qu'il y en a à peu près autant en France, en Suède, dans les Pays-Bas,^ en Norwége, en Bavière, en Hanovre , en Prusse , etc. Ils sont plus multipliés en Danemark , en Saxe, dans le Wurtemberg , en Bohème, dans rarchiduché d'Autriche et même en Islande , sous le cercle polaire. Il y en a moins en Italie, ce qui s'explique par le jeune âge auquel les filles sont mariées. En Angleterre, on a constaté, en 1842, la naissance d'un enfant naturel sur 15 naissances totales; et en France, à la même époque, le rapport d'un à 14.10. D'où il suit que le nombre des enfants, nés en France hors du mariage, n'a rien d'extraordinaire, ainsi qu'on le suppose, sans prendre connaissance des faits numériques ; et qu'au contraire il est semblable à celui qu'offrent des pays qui , comme la Norwége, n'en jouissent pas moins de la réputation d'une grande moralité.
Suivant quelques censeurs du temps où nous vivons , le nombre des enfants naturels serait l'expression mathématique de la corruption des sociétés modernes. Cette opinion s'accorde mal avec les témoignages de la Statistique. Si l'on mesure par la proportion des naissances, la plàc^ que tieiinent ces enfants dans la société, on trouve qu'en réunissant dix pays parvenus à une haute civilisation et
.peuples de 68 millions d'habitants, il n'y a pas moins, dans ce nombre, de 5,670,000 personnes nées en dehors du mariage, ou un 12''.
On ne saurait, avec vraisemblance, attribuer au libertinage une si grande masse d'hommes, car l'expérience de tous les siècles et de tous les pays nous enseigne que la débauche est frappée de stérilité. Les courtisanes de la Grèce n'avaient point d'enfants; parmi les filles d'honneur dont Cathe* rine de Médicis faisaient servir les faveurs à des intrigues politiques, une seule devint mère ; les trois à quatre mille filles publiques, qui existent à Paris, ne sont pas plus fécondes ; et il faut bien qu'il en soit ainsi à Londres, puisque dans cette ciipitale, où] 'on compte, dit-on, 80,000 prostituées, il y eut seulement, en 1830, 934 naissances d'enfants illégitimes, nomb;*e égalant tout au plus le 30** des naissances totales.
Ce sont donc d'autres causes que l'immoralité des sociétés, qui multiplient les enfants naturels. En cherchant à les découvrir , on est bientôt convaincu qu'elles sont beaucoup plus compliquées et plus profondément enracinées qu'on ne le suppose. Ce sont principalement :
1** Les mariages tardifs, qui remplacent dans une grande partie de l'Europe, les unions précoces d'autrefois , et qui , laissant au célibat l'âge des passions, lui permettent de remplacer, par des enfants naturels^ les enfants légitimes dont il prive la société;
258 ÈLmrsrs de statistique.
2*" Les difficultés , les délais , les dépenses qu'entraîne avec lui un double mariage civil et religieux , et qui en font, pour beaucoup de gens , un objet d*ennui, de répugnance et d'efiroi ;
3" Les exigences d'une civilisation avancée, qui, mettant le luxe au rang des besoins , condamnent au célibat, parmi les classes supérieures, toute fille qui n'a pas de dot, tout homme qui n'a pas de position sociale;
4® La concentration de la population dans les grandes villes, où les deux sexes vivent dans une indépendance dont le danger n'est diminué ni par la surveillance des familles , ni par la crainte du publie- Les chiffres suivants expriment l'action de cette dernière cause , en montrant comparativement quelle est la proportion des naissances d'enfants naturels, aux naissances totales annuelles, dans les villes et dans les campagnes.
NAISSAIfCES D*ENFA]VTS NATURELS.
Dans les TiUes. Dans les campagnes Pays-Bas, 1824, 1 sur 8. 1 sur 18.
Suède, 1821, 1^6. 1 — 18.
Ainsi la différence est du double au triple.
5*" Le rapprochement intime ou la promiscuité , que produisent forcément, entre les deux sexes, les travaux des manufactures. En voici les effets :
Dans les comtés manufact. Dans les comtés agricoles.
Lancastre 1 sur 13. Bedford 1 sur 30.
Stafford 1—17. Hèrlford 1 — 28.
Yorck.W.R. 1 — 18. Comwall 1 ~ 32,
La différence est du double au triple.
NAISSANCES d'enfants NATURELS, EN FBANCE, EN 1835.
pans les départ, manufact. Dans les départ, agricoles.
Rhôue 1 sur 6. 2. Vendée 1 sur 27. 5-
Seine inf , 1—7.6. Morbihan 1 — 30, 5.
Nord 1 --10. 2. lUe-et-Vilaine l — 32.
La différence est du quadruple , mais elle est augmentée par la concentration de la population dans les villes de premier ordre.
6* L'affaiblissement du sentiment populaire, qui faisait vénérer autrefois le mariage tomme un acte essentiellement religieux, tandis qu'il est rangé très-souvent aujourd'hui parmi les conventions sociales dont la sanction légale peut être différée ou négUgée.
T Le célibat militaire auquel est astreint, dans toute l'Europe, un homme sur 50, ou même, comme eu Prusse et en Russie, sur 35 ou 36. L'enfance et la vieillesse augmentent cette proportion de moitié; et les armées permanentes, entretenues pendant la
260 KLÉaAENTS DE STATISTIQUE.
paix actuelle, imposent à un 25® et jusqu'à un l?"" de la population civile, l'obligation de s'abstenir
du mariage.
Saus doute, une partie de ces causes a une origine récente; mais il ne faudrait pas en induire, comme on est communément disposé à le faire, pour vanter le passé aux dépens du présent, que jadis le nombre des enfants nés h4>rs le mariage était beaucoup plus borné. A défaut des causes qui appartiennent à la civilisation moderne, il en existait d'autres , résultant de l'état dans lequel était alors la société :
1** L'esclavage, qui, dans l'antiquité, li^Tait aux maîtres la chasteté des femmes qu'ils avaient acquises par héritage, à prix d'argent ou par le droit du plus fort. On n'en peut douter en voyant Alexandre et Scipion exaltés pour leur continence et leur vertu, parce qu'ils n'avaient pas violé, l'un les femmes de Darius, et l'autre, la jeune espagnole que la fortune de la guerre avait rendue sa prisonnière, c'est-à-dire son esclave.
2° La servitude du moyen Age, qui avait les mêmes effets , et qui faisait naître également en dehors du mariage une multitude d'enfants. Le viol n'était puni alors que d'une manière illusoire, quand une fille dans l'esclavage en était la victime. D'après la loi salique on le rachetait pour 15 sols, tandis qu'il fallait en payer ()2, ou le quadruple, quand la femme était libre. La loi Bavaroise n'exigeait que 4 sols de celui qui avait fait violence à la
CH. X. — FAITS SOCIAUX CONSl'ATÉS. 261
fille d'un serf. Cette amende s'élevait à 40, ou à une valeur déeuple quand c'était la fille d'un homme libre. D'après les lois des Franks, on ne payait pas davantage pour avoir violé une esclave que pour avoir touché la iùàin seulement de toute autre femme.
3** Les guerres barbares qui ne cessaient de désoler l'Europe, et qui étaient constamment accompagnées par le rapt, dans la marche des troupes à travers les campagnes , dans le saccagement des villes j et jusque dans la violation des sanctuaires par des sectes ennemies. Lorsqu'au xv!*" siècle la Réforme appela les femmes à des mœurs plus sévères que celles du temps, les chefs des armées catholiques se complurent , dans toutes les occasions de la guerre civile , à les livrer à la brutalité de leurs soldats. Le duc de Montpensier, dit Brantôme (t. m, p. 364), ne permettait pas qu'une seule de ses prisonnières fût épargnée.
4'' Le célibat clérical et monastique, dont l'influence était encore fort puissante, il y a 60 ou 80 ans. La proportion des indi^'idus soumis à des vœux était alors, ainsi qu'il suit, à la population totale et au nombre des adultes :
A Home. . 1760 1 sur 10 habitants. 1 sur 6 adultes.
En Portugal. . 1788 1 — 15 — 1 — 7.5 —
En Sicile. . . 1827 1—27 — 1 — 13.5 —
En Espagne. . 1740 1—30 — 1 — 15 —
En France. . 1667 1—74 — 1—85 —
2A2 ÉLÉMElfTS tm STATISTIQUE.
. Ainsi que plus est grand le nombre des Tolenrs, plus les Tols sont multipliés, il y a certainement un rapport proportionnel entre le nombre des célibataires et celui des enfants naturels et des enfants trouvés. A Lisbonne, de 1815 à 1819, en présence du célibat monastique le plus étendu, les deux cinquièmes des enfants naissaient hors le mariage. A Mayence, de 1825 à 1828, sous l'influence du célibat militaire d'une forte garnison, la moitié des enfants nés annuellement étaient illégitimes.
On Toit, par ces aperçus rapides, que les causes qui multipliaient autrefois les enfants naturels, ne le cédaient en rien à celles qui agissent sur les sociétés modernes ; et qu'il n'y a nul fondement à prétendre que c'est un effet de la démoralisation du temps et du pays. Les bâtards, comme on les appelait alors, occupaient une si grande place dans toutes les populations soumises au joug de la féodalité, que, dans chacune des 400 coutumes qui tenaient lieu, en France, de Gode ciyil, on retrouve une foule de dispositions t^idantes à assurer la propriété de leurs biens, au roi ou au seigneur, au détriment de leurs héritiers naturels. Si leur nombre et leurs dépouilles n'eussent pas été considérables y on n'eût pas pris tant de soins à établir cette injuste législation.
Il est très- vraisemblable que la seule différence entre les temps anciens et les nôtres, c'est que jadis on ignorait k nombre des enfants naturels^ tandis
qu'on le sait en France avec précision, depuis l'instilution des registres de l'état civil.
Les célibataires n'étant point recherchés comme jadis à Rome, pour le crime de refuser des citoyens à la patrie, on n'établit pas séparément leur nombre, dans les recensements, et ils y sont confondus, sous les titres de non-mariés, avec Les enfants des deux sexes. En cherchant à les en séparer, on trouve qu'il y en a plus de sept millions ou environ un tiers de la population adulte.
Les individus non-mariés paraissent être main* tenant plus nombreux qu'autrefois. On en comptait, en 1 789, 48 pour cent habitants, et aujourd'hui 55. Ce dernier terme a très-peu varié depuis le commencement du siècle. Il est plus élevé dans quelques autres pays; et par exemple en Danemark, l'année 1834 offrait le ternie de 62 à 100, et en Angleterre celui de 60. En général, cette classe comprend chez nous plus de la moitié de la population.
Celle des gens mariés des deux sexes en renferme un grand tiers ou même deux cinquièmes. On supposait, en 1 790, qu'elle était de 46 pour cent habitants: elle est à présent de moins de 36 comparativement au même terme; ce qui fait une différence considérable, se rapprochant de 25 pour cent, et montrant un avantage proportionnel pour notre temps.
Le veuvage laisse dans la viduité, un plus grand nombre de personnes qu'on ne l'imagine communément; il n'y apas moins, en France, de 2,358,000 veufs et veuves, ou presque 7 sur 100 habitants.
Cette proportion est inyariable, et n'est pas éloignée de celle des pays voisins. Mais , il faut remarquer que les deux éléments qui forment ce terme, sont fort inégaux. Les veuves sont en bien plus grand nombre que les veufs, sans doute à cause de la difficulté qu'elles trouvent à se remarier. Il y a toujours en France deux veuves pour un veuf, et en Angleterre il y en a quatre et plus.
En résumé, on peut admettre que sur 5 habitants d'un pays il y a un couple d'époux.
Les enfants, les célibataires, les veufs et les veuves forment trois cinquièmes de la population.
Il y a, dans le veuvage, deux fois plus de femmes que d'hommes.
L'état civil des personnes varie, selon le$ époques, tant dans le nom^e que dans la proportion des classes qui conîposent la population; il diffère même selon les conditions sociales. Suivant les recherches de Nicander , en Suède , c'est parmi les bourgeois que se fait le plus grand nombre de mariages , et parmi les nobles qu'il y en a le moins. Plus les rangs sont élevés , et plus est considérable le nombre des personnes qui restent dans le veuvage. Ou compte en Suède un veuf sur 20 nobles, tandis que cette proportion se réduit à un sur 34 paysans. Il y a une veuve sur 7 femmes nobles, et une pour douze paysannes. Si les affections de la famille font le bonheur de la vie, il y a d'autant * moins de chance d'être heureux qu'on appartient à lin rî|ng plus élevé.
En comparaut à deux époques fort différent(s l'état du Teuvage des deux sexes dans la ville de Parts, nous trouvons les chiffres suivants :
Veufs.
Veuves.
Total.
1 sur 40hab.
1 sur 14
1 sur 10.3
Il s'ensuit que le veuvage est bien moindre à Paris qu'il ne l'était il y a 40 ans, et qu'il a diminué d'un tiers, sans doute par l'effet d'une plus grande aisance domestique.
IV. — Les conditions sociales partagent la société en une multitude de castes, d'ordres, de classes , de rangs superposés, qui fondent leur supériorité sur le pouvoir , la propriété, la tradition , la richesse, la science et tous les autres avantages réels ou fictifs dont il est possible de se prévaloir.
L'inégalité parmi les hommes remonte aux premiers jours du monde; il y avait déjà des grands avant le déluge, et même ils s'emparaient des filles du peuple quand elles étaient belles*, ce qui donne une date de quarante-huit siècles à l'origine du droit féodal du seigneur. Dès lors, la société, qui venait de naître, était divisée par castes distinctes, héréditaires et séparées , savoir : les bergers, qui descendaient d'Abel; les laboureurs attachés à la glèbe, en punition du crime de Gain, leur aïeul; et les industriels, dont le plus renommé fut Tubal -
* Genèse, vi, 1 et 4.
266 ÉLÉMETiTS DB STATISTIQUE.
cain. Ces derniers étaient probablement des esclaves, car on ne peut douter qu'il n'y en eut, dans ces temps, puisque Noé en parle comme d'une chose légale et commune, dans sa malédiction contre son petit-fils Cbanaan *. Si Ton joint à cette hiérarchie primitive, le sacerdoce, qu'exerçaient les chefs de famille, on reconnaît que, presqu'au sortir de rÉdeu, Tespèce humaine était déjà soumise au même ordre social, qui a régi les peuples anciens et modernes jusqu'à nos jours. Il a fallu la révolution de 1789, pour renverser cette institution antédiluvienne, détruire le privilège des castes et briser le terrible joug de l'esclavage. Ce sera la gloire immortelle de la France d'avoir abattu cette vieille forteresse où s'abritaient les tyrannies, qui ont opprimé les hommes pendant plus de 4,000 ans.
Nous ne ferons pas, ici, l'histoire des castes qui ont arrêté si longtemps l'essor des peuples vers de meilleures destinées ; mais nous établirons par des termes numériques, quelle est retendue des effets d'une révolution, qui change progressivement l'organisation de notre vieille société, et qui déplace la richesse territoriale et la puissance publique, dans tous les États de l'Europe, quel que soit leur^ gouvernement. Cette révolution imminente s'opère principalemeut : par le décroissement plus ou moins rapide du nombre des membres de la no-
* Gen^, vin, 25.
blesse et du elergé, et par la perte des anciens pri- Tiléges de ces corps, ainsi que par la diminution de leurs biens fonciers.
r — La ifOBLESSEy qui a régné mille ans sur la société européenne, a perdu sa toute-puissance, dans sa lutte contre le génie du xvia* siècle dont la révolution française n'est que la manifestation. Cependant elle forme encore, malgré ses pertes imm^ses, un corps riche et nombreux. Il y a plus de trois millions de nobles des deux sexes ou uû sur 60 habitants, dans les États de TEtirope piincipaux et secondaires ; dans ceux du Nord, au nombre de huit seulement, il y en a un sur 52 pcarsonnes, et un sur 67, dans les États du Midi. On compte^ par approximation :
Espagne
732,000 nobles 1
sur
12hab
Pologne
Prusse
Autriche
Portugal
Russie d'Eur.
Italie
Suède
Allemagne
Danemark
Iles Britanniq. 15,620
Il n'y a point de noblesse en Norwége, en Suisse et en Grèce. En France, en Belgique, en Prusse, en Italie, la noblesse est purement honorii^ue, et a
cessé d'être féodale, privilégiée, et en dehorsdudroit commun. £n perdant en France l'hérédité dans la chambre des pairs , elle a même cessé d'êlre politique.
On voit que le nombre des nobles varie considérablement; il est 1 18 Jois aussi grand en Espagne , en Pologne et en Prusse que dans les Iles Britanniques ; il y a quatre fois autant de nobles en Portugal qu'en Italie, et ûx fois autant qu'en Allemagne, proportionnellement à la population.
Partout ce corps est d'origine militaire , et descend d'une race qui a dû au succès de ses armes sa supériorité sur les autres habitants du pays, et la possession des biens territoriauiL qui renrichissent. C'est sur les droits de la guerre, sur la conquête et sur l'asservissement des populations que fut fondée d'abord la puissance de la noblesse dans les différentes parties de l'Europe. L'ancienne noblesse française se rattachait aux conquêtes des Franks; celle d'Espagne, à l'invasion de la Péninsule par les Visigoths; celle de Bussie et de Pologne, aux irruptions des Slaves; enfin, celle d'Angleterre descend des chevaliers normands, compagnons de Guillaume de ISormandie. Les émirs , qui forrnent en Turquie une sorte de noblesse d'environ 350,000 hommes, ont la prétention d'être du sang de Mahomet. Ils sont en partie propriétaires des 2aïmes et des Timariots , fiefs militaires érigés lors de la destruction de l'empire grec.
Les révolutions ont rassemblé dans le même ter*
ritoire plusieurs noblesses d'origines différentes , tandis que, d'un autre côté, plusieurs pays ont la même noblesse. Ainsi, la noblesse genaanique est la souche de la moitié des noblesses de l'Europe ; elle s'étend en Allemagne, en Prusse, et dans une partie de l'Autriche, de la Russie et de la France. La plus nombreuse après elle est la noblesse slaye, qui compte plus d'un million d'individus. On doit considérer ces races, ou du moins une grande partie d'entre elles, comme existant plutôt historiquement que pLysiologiquement. Plus les peuples auxquels elles appartiennent se sont ténus éloignés de la civilisation, et plus l'orgueil du sang les a conservées sans mélanges. Les nobles tartares, les émirs, les magnats, les boyards, les gentilshommes bretons, et les chefs des clans écossais ont manifestement, de nos jours, le même type que dans les temps les plus reculés. En créant des intérêts contraires à la distinction des castes, la civilisation tend à diminuer à la fois la pureté des races nobles et le nombre des individus qui les composent. Au rapport de Montgaillard, Giiérin, le généalogiste officiel de la France, déclarait publiquement qu'il y avait tout au plus 300 familles pouvant prouver leur noblesse par titres authentiques, et faisant remonter leur ascendance jusqu'au XIV' siècle. Sur quinze à seize mille familles nobles, il admettait, en 1738, qu'il y en avait :
1 ,500, ou un dixième seulement provenant de l'état militaire ;
270 ÉlilMETVTS DE STATISTIQUE.
8,000, OU la moitié, anoblies par des charges achetées;
6,000, ou deux cinquièmes, sorties de la roture par des lettres d'anoblissement vendues ou accordées.
Quant à la diminution du nombre de la noblesse, elle est très-grande et très-rapide. Les faits numé* riques que voici, pris à des sources authentiques, permettent de fixer les idées à cet égard. On comptait :
hab.
hab.
Eu Suède, .en
1760 1 noble sui
230 en 18171
sur 270
S^xe. . . .
Russie. . .
Allemagne.
Pologne. .
Espagne. .
Venise. . .
Angleterre.
France. . .
-.mm
Ainsi la diminution du nombre des nobles, proportionnellement à la population, a été :
En Suède, d'un sixième en 57 ans; Saxe, de moitié en 39 ans; Russie, d'un sixième en 67 ans; Allemagne, de moitié en 3 1 ans; Cologne, des quatre cinquièmes en 69 ans ;
Espagne, de près de moitié en 34 ans ; Venise,de dix-huit dix-neuvièmes en 207 ans; Angleterre , de plus de moitié, de 1086 à 1 4 1 , en 315 ans;
— de moitié, de 1401 à 1688, en
287 ans;
— des deux sixièmes, de 1688 à
1811, en 123 ans; En France, d'environ moitié, de 1500 à 1700, en 200 ans; ^
— de beaucoup plus de moitié, de 1 700
à 1757, en 57 ans;
— d'un cinquième, de 1 757 à 1 788, en
31 ans.
Au total :
En Angleterre, de 1401 à 1811, de 47,500 nobles en 410 ans.
En France, de 1500 à 1788, de 200,000 nobles en 288 ans.
Le corps de la noblesse qui était, en Europe, il y a 60 ans, de cinq millions et demi de personnes, ou d'un sur 30 habitants, n'est pliis que d'environ 3,700,000ou un sur 57 personnes.il adonc éprouvé une diminution, absolue d'un tiers, et une diminution relative à la population, de près de moitié.
On peut admettre, par une approximation vraisemblable, qu'il y a 340 ans les nobles de l'Europe, c'est-à-dire les barons, les chevaliers, les écuyers et tous les gentilshommes d'autres titres, formaient avec leur famille le quart de la population ^u con-
272 ÉLÉMEINTS DE STATISTIQUE.
tinent. D'autres calculs permettent de croire qu'un second quart était formé par le clerçé régulier et séculier, et par les bourgeois des villes. Le reste, s'élevant à la moitié de la population, consistait en serfs , hommes de corp^, paysans et autres classes assujetties à la servitude. C'est ce qui explique comment les insurrections des Jacques , des Pastoureaux et autres levées en masse des campagnes, étaient si facilement comprimées par la nombreuse gendarmerie que pouvait rassembler la noblesse.
Les causes du déclin d'une puissance si longtemps formidable aux peuples et aux rois, méritent d'être énumérées; les unes sont physiologiques, les autres économiques ou éventuelles.
Les révolutions violentes ne sont pas la seule puissance qui attaque les castes héréditaires ; il en est une autre qui les mine sourdement, et les dé trujt plus sûrement. C'est l'extinction naturelle des familles par l'excédant des décès sur les naissances , phénomène unique dans la race humaine , et qui semble un châtiment infligé par la Providence éternelle, en punition de l'orgueil et de l'abus du pouvoir. Cinquante maisons patriciennes seulement s'étaient conservées, lorsque la République romaine fut engloutie dans l'Empire \ Quand le Stathoudérat fut établi , il ne restait en Hollande que quatre ou cinq familles nobles, et dans la province de Zélande, l'ordre équestre était entièrement
• Denys d'Haï, lib. 85, c. !'>..
CH. X. — FAITS SOCIAUX COWSTAïÉS. 273
éteint. A Venise, le nombre des nobles, chefs de famille, était d'abord de 2,000. En 1775, il était réduit à 1530 et en 1785 a 1262. A Berne, sur 487 familles possédant les droits de la haute-bourgeoisie , entre 1583 et 1654, il s'en éteignit 379 en l'espace de deux siècles. En France, les 70,000 familles nobles, qui existaient en l'an 1500, n'é~ talent plus qu'au nombre de 3,000 en 1735, et, en deux siècles et demi, une seule sur 23 avait échappé à la destruction. Il était reconnu que les neuf dixièmes delà noblesse ne devaient leur titre qu'à des substitutions. Enfin, des 700 barons qui suivirent Guillaume-le-Conquérant en Angleterre, il ne restait, au témoignage de Hume, en 1775, au bout de 710 ans, qu'une seule famille, celle de d'Arcy, dont le lord Holderness était le dernier et unique héritier.
Les causes éventuelles*, qui ont eu pour effet de diminuer ainsi le nombre des nobles, sont principalement : les croisades qui en firent périr une multitude et ruinèrent la plupart des autres; les établissements européens dans les deux Indes , qui ne furent pas moins meurtriers; en Angleterre, les gueiTes civiles entre les maisons d'York et de Lancastre; en France, les guerres de religion, et en Italie, celles entre les Guelfes et les Gibelins ; l'ascendant du commerce dans la Lombardie ; la politique de Louis XI et de Richelieu; réiuancipatioa de la Suisse et des Pays-Bas, et surtout la prépondérance de l'industrie, cpii a créé de nouiielles ri-
274 ÉLBMSNTS D£ STATISTIQUE.
chesses et multiplié les propriétaires, dans d'autres classes que la noblesse, qui jadis les renfermait tous. L'action de cette dernière cause continue mainte-* nant d'agir dans toute l'Europe, avec une activité redoublée; elle tend à diminuer de plus en plus le nombre des nobles, dans les pays où ils conservent encore une partie de leurs anciennes prérogatives. L'effet économique de cette diminution est de reverser, après une possession séculaire, les biens immenses, que possédait le corps de la noblesse, dans la masse des propriétés communes de chaque pays. Voici un inventaire de ces biens, borné aux fiefs ou terres inaliénables et privilégiées, exemptes de tout impôt et autres charges publique, et appartenant à la noblesse et parfois au haut-clergé, aux époques ci après indiquées ;
Suède,
1748 80,205 fiefs.
Dane.mark,
Russie d'Europe,
Pologne
Hongrie,
Bohême,
Autriche, Tyrol,
Bavière,
Saxe,
Mecklembourg,
Allemagne,
1770 2,000 fiefs immé-
Silésie,
1775 4,883 ' [di^ts ■
Suisse,
France,
Angleterre,
Espagne,
Portugal,
Roy. de Naples,
Sardaigne,
Turquie d'Europe,
12,578 fiefs milit
total: 1,365,898
Plusieurs parties de TAllemagne et de lltalie ayant échappé à ces recherches, on peut admettre qu'il existait, en Europe, plus de 1,500,000 fiefs, supposant sept millions et demi de nobles , posses^ seurs de biens territoriaux privilégiés. Or, un tableau détaillé de la noblesse qui existe maintenant, ne s'élève qu'à 3,700^000 personnes; il y a donc une réduction de plus de moitié, dans le nombre des possesseurs de biens féodaux, même en supposant que toute la noblesse actuelle conserve des propriétés territoriales, hypothèse fort éloignée de la vérité.
Les fiefs avaient une étendue immense : ceux de la Bavière occupaient 648 lieues carrées, ou le tiers du territ4)ire; ceux du Mecklembourg coinprenaient 110 lieues carrées, ou la moitié du pays. En 1818, les 29 terres féodales du grand duché de Bade avaient 250 lieues carrées, faisant le tiers des propriétés } celles de la Sicile avaient, en. 1809,
165 lieues carrées , ou presque les deux tiers des biens territoriaux ; celles du royaume de Naples ont 2,992 lieues carrées, ou les trois quarts du territoire. Chacune des propriétés nobles de la Russie d'Europe a, en terme moyen, 1000 hectares de surface. En Angleterre, après la cx)nquète, les 34,100 fiefs nobles avaient 3,540 lieues carrées; les 28,1 15 fiefs ecclésiastiques 2,930, et les domaines royaux 155. En Pologne, les terres féodales du second ordre ont 2 à 3,000 hectares; celles du premier en ont 12 à 16,000. les terres de la couronne comprenaient quatre millions d'hectares, ou un tiers du royaume. En France , l'étendue de chacun des anciens fiefs était primitivement d'environ 750 hectares ou plus d'un tiers de lieue, y compris les friches et les bois , qui en formaient les trois quarts.
Mais, bien peu de temps après l'établissement de la féodalité , dans chaque pays , les nobl s les plus puissants parvinrent à avoir plusieurs fiefs et ne tardèrent pas à en réunir un grand nombre , en dépossédant les plus faibles d'entr'eux. En Angleterre, sous la dynastie normande, le comte de Mortaigne avait 963 manoirs , et nous trouvons dans le Domesday-Book que les propriétés territoriales du roi se composaient de 1422 fiefs, avec 68 forêts et 781 parcs.
En France, le comte de Champagne avait, Van 1200, 1800 fiefs; le duc d'Orléans en avait H 09; le comte Ai\ Toulouse avait pour vassaux I f Or)^4-
CH. X. — FAll'S SOCIAL X COINSTATKS. 277
telains et, de plus , 50 villes et 60 bourgs , dont les habitants lui devaient le service militaire. Matthieu Paris dit que les Templiers avaient 9,000 manoirs , les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, 19,000, et les chevaliers de Bhodes , 30,000. On conçoit qu'il dût y avoir des nobles extrêmement pauvres, dès qu'il y en eut d'extrêmement riches ; et les chroniques les signalent par leurs surnoms, tels que Gauthier-sans- Avoir, Olivier-sans-Terre, Gérardsans- Argent.
liCS événements qui contribuèrent le plus puissamment à diminuer les richesses territoriales de la noblesse et à la dépouiller de ses privilèges, sont, en grande partie , ceux qui ont fait décroître le nombre des individus de cette classe ; nous devons cependant y ajouter ceux-ci :
En Suède, la loi adoptée, en 1748, qui rend les terres nobles aliénables ;
En Danemark, les ordonnances de C761 et 1792, qui accordent aux paysans des domaines royaux , les terres qu'ils cultivaient, et qui donnent des avantages considérables aux propriétaires nobles , qui consentiraient à morceler leurs fiefs , et à les vendre en détail aux laboureurs.
En Russie, l'édit de 1801, assurant aux paysans de la couronne le droit d'acquérir des terres-, ce qui était auparavant le partage exclusif des nobles.
En Prusse , l'égalité des charges {rabliques , qui sont réparties depuis 1806, sans distinction de castes.
lu
278 £L£M£JMTS DE STATISTIQUE.
£n France y l'abolition de la féodalité et de tout pmilége nobiliaire.
En Suisse et en Norwége , la suppression complète de l'ordre de la noblesse.
Dans la haute Italie et dans la plupart des pays réunis ou attachés a la France , pendant la période impériale ou auparavant ^ la destruction des privilèges politiques y territoriaux et financiers de la noblesse, qui est réduite à des titres honorifiques.
Enfin, en Grèce, la confiscation des fief s militaires des Turcs qui a été effectuée, et les dîmes féodales abolies.
Dans les contrées orientales de l'Europe, en Russie, en Hongrie, en Pologne, la noblesse a conservé , dans leur intégrité , ses biens territoriaux et ses anciens privilèges ; mais elle a été dépouillée par la couronne de toute sa puissance politique. Dans un seul pays, l'Angleterre, elle a gardé son pouvoir aristocratique et ses domaines dont elle a même augmenté l'étendue. Après la conquête, chaque fief de chevalier était de quatre hides déterres, ou 162 hectares. En 1800, le ministre Pitt estima que FAngleterre et le pays de Galles , ne contenaient , exclusivement aux maisons , que 32,000 propriétés territoriales, toutes possédées par la noblesse , à bien peu d'exceptions près. Ce nombre donne à chacune de ces tem» une surface de 500 hectares, et suppose seulement quotrô propriétaires par lieue carrée. Ainsi les nobles an-^ glais sont moitié moins nombreux qu'au temps de
Guillaume-le-Conquérant, mais leurs biens sont trois fois aussi vastes.
A ces exceptions près, la noblesse ancienne, issue des temps féodaux , a périclité partout et rapidement , surtout pendant le dernier siècle. Elle est cependant dans chaque État, et même en France, malgré la confiscation des biens des émigrés , la classe la plus riche en propriétés territoriales ; ce qui lui assure un grand ascendant politique , quand ce genre de propriété donne exclusivement les droits civils. Mais la perte irréparable de ses dîmes seigneuriales et de ses exemptions d'impôts , la destruction de ses privilèges, comme caste gouvernementale , la réduction de ses biens fonciers par l'effet des révolutions et leur démembrement par l'introduction de l'égalité du partage des héritages, la diminution gradative du nombre de ses membres, et s'il faut le dire, la vie de loisir, adoptée par ses meilleurs rejetons, au lieu de prendre part à l'activité du siècle , tout annonce que la noblesse féodale est une institution dont la ruine est inévitable et prochaine , dans tous les États de l'Europe, où elle a résisté jusqu'à ce jour à tant de causes de destruction.
2** — Le clergé, considéré dans sa généralité , sans distinction d'églises , continue, de nos jours, dans une grande partie de l'Europe, d'être le premier corps de l'État. Ce haut rang lui est donné par la sainteté de ses fonctions, l'antique tradition de sa suprématie , sa richesse territoriale et dans
280 £L£M£?iTS DE STATISTIQUE.
quelques pays^ les vestiges de son ancienne puissance politique. Il possédait encore, il y a seulement 60 ans, le tiers ou même la moitié des propriétés foncières; il partageait autrefois avec la noblesse la souveraineté féodale, et régissait au même titre d'immenses domaines, peuplés d'une multitude de serfs; il siégeait à la plus haute place, dans nos États généraux, au Parlement d'Angleterre , à la Diète de Pologne et à celle de l'empire d'Allemagne, aux cortès d'Espagne, et dans toute les autres assemblées représentatives du pays ; enfin, il donnait aux rois leurs premiers ministres, ceux qui, comme Bichelieu et Mazarin , ne quittaient le pouvoir qu'avec la vie.
L'omnipotence du clergé avait pour base et pour appui la multitude de ses institutions et de ses ministres. Beausobre a calculé qu'au milieu du xvi* siècle , l'Église romaine avait seule , en Europe , 288,000 paroisses et 44,000 couvents. Un témoin oculaire du concile de Constance rapporte qu'il était composé de 18,000 prélats ou théologiens. Dans le concile de Latran, qui, en 1 139, déclara que les dîmes étaient de droit divin , il n'y avait pas moins de 1,000 évêques; et l'évêqye Lecamus écrivait à Belley, au milieu du xvii® siècle, qu'alors l'Église romaine renfermait 600,000 moines répartis entre 98 ordres, dotés ou mendiants.
En France, l'abbé de Saint-Pierre exprimait le nombre des ecclésiastiques, en 1 757, par les chiffres suivants :
Clergé séculier 40,000 curés \
60,000 autres prêtres! '-'"^ Clergé régulier 100,000 moines u^^ ^«^
lAAAAA 1- • 200,000
100,000 religieuses ) '
Total 300,000 1 sur 67 habitants..
Nous sommes assurément bien loin de cette époque. Cependant, il ne faut pas croire, comme on rassure, que le clergé soit réduit en Europe, à des nombres minimes; il n'en est ainsi que relativement à ceux auxquels il s'élevait jadis. Le tableau suivant permettra d'en juger.
Suède et Norwége. . . 1825 6,170 ecclés. 1 sur 600 Kab.
Danemark. ...... 1820 6,980 — 1 — 350
Russie et Pologne . . . 1822 301,000 — 1 — 153
lies Britanniques.. . . 1821 37,000 — 1—570
Hollande et Belgique. . 1820 8,304 — 1 — 650
Allemagne prop. dite.. 1815 22,870 — 1 —580
Prusse . 1827 84,000 — 1—360
£mp. d'Autriche. . . . 1827 45,600 — • 1—610
France 1829 108,000 — 1—280
Suisse. . 1827 6,600 — 1—310
Portugal 1819 38,000 — 1—91
Espagne 1826 150,000 — 1—90
Italie. . , 1828 100,000 — 1 — 200
Grèce et I. Ioniennes. 1832 10,000 — 1 — 100
Turquie d'Europe. . . 1820 500,000 — 1—20
Total. . . . ; . 1,374,000 1 sur 153
En récapitulant ces nombres dont nous pourrions donner les détails, on trouve qu'il y a :
515,000 ministres catholiques. 37 sur 100 ecclé^.
115,000 — des cultes protestants. 8-— 100 230,000 — du rite grec. 18— 100
510,000 — de l'Islamisme. 37 — 100
Ces chiffres nous apprennent que les prêtres catholiques forment plus d'un tiers de la totalité des ecclésiastiques de l'Europe. Les ministres musulmàfi&j qui remplissent en même temps les fonctions d'hommes de loi^ sont presque dans la même proportion. L'église grecque constitue un 6^ de toute la classe sacerdotale; et les communions protestantes réunies en composent seulement un 12"^
D'autres faits statistiques, dignes de l'intérêt des historiens et des philosophes, sortent pareillement de ces chiffres.
I" Le nombre des ecclésiastiques varie considérablement dans les diverses parties de l'Europe. Parmi les pays chrétiens, il y en a qui, proportionnellement à leur population, ont 22 fois autant de prêtres que d'autres pays, où cependant la religion ne fleurit pas moins.
2'' Les contrées qui possèdent le plus grand nombre d'ecclésiastiques sont d'abord ceux où règne l'Islamisme ; ensuite ceux où le Catholicisme a perpétué les institutions monastiques et conservé à l'Église ses anciennes richesses; enfin, les pays où domine aujourdihui la religion grecque.
3^ Les États qui ont, au contraire, le clergé le moins nombreux, sont ceux dont les peuples ont embrassé le protestantisme : l'Allemagne, la Suède^
la Norwége, une partie de TAutriehe, des Pays-Bas et des Iles Britanniques.
4** Il est bizarre que ce soient les pays dont le culte ofiFre le plus de dissidence avec le Catholicisme, qui aient, comme lui, le nombre le plus grand d'ecelésiastiques, par exemple l'Islamisme et la religion grecque; tandis que le protestantisme, qui en est bien moins éloigné, n'a besoin pour l'exercice de son culte que d'un nombre de ministres six fois ou même dix fois moindre.
5® En cherchant comment se partagent, selon les différents cultes, la totalité des ecclésiastiques existant maintenant en Europe, on trouve les termes numériques ci-après :
115 millions de catholiques, qui forment un peu plus de la moitié des habitants de notre continent , ont 515,000 prêtres. C'est un ministre pour 224 personnes.
45 millions de protestants, qui sont loin d'égaler le quart de la population de l'Europe , ont 1 1 5,000 ministres, ou un seulement pour 400 personnes.
44 millions de chrétiens grecs, qui font aussi moins d'un quart de la population européenne , ont 230,000 ministres, ou un sur 180 individus.
Enfin, 5 millions de musulmans, qui n'excèdent pas la 42** partie des habitants de notre continent, ont 510,000 prêtres ou moines; ce qui fait tout au moins un iman ou un derviche sur 10 sectateurs de Mahomet.
284 £L£M£JNTS DE STATISTIQUE.
& Ainsi y le dei^é tnusulman est 22 fois aussi nombreux que le clergé caftolique^ eu égard à la population. Le clergé grec est plus considérable presque d'un quart ; mais le dergé protestant, pris en masse, sans distinction de pays, et comparé au clergé catholique, est moitié moins nombreux relàtivemeut à la quantité de chrétiens qu'il dirige.
7"* Cependant , le Catholicisme qui était , il y a 323 ans , le culte unique et exclusif de TEurope, et dont l'Eglise prenait le titre d'universelle, n'Bst professé maintenant que par la moitié de la population de ce.continent; et son cleiçé excède à peine le tiers du nombre total des ministres existant dans cette partie du globe. Ce n'est pas seulement, comme on pourrait le croire, la réformation qui l'a fait descendre à ces proportions inférieures. C'est non moins encore les progrès immenses de la domination russe pendant le dernier siècle, et l'agrandissement de l'église grecque favorisée par les vastes conquêtes des czars et par l'étonnante multiplication de leurs sujets.
8** Si l'on en excepte la Turquie où le nombre des ministres du culte n'a souffert aucune diminution, le clergé de l'Europe a subi, depuis un demi-siècle, le décroissemcnt le plus grand et le plus rapide dans le nombre de ses membres. En voici un aperçu succinct d'après les documents officiels. On comptait :
ecclésiastique.
A Rome en 1760 1 sur lOhab. 1826 1 sur 26.
En Portugal, .... 1788 l — 15 — 18191 — 91.
En Bavière. ..... 1787 i — . 22 — 1815 1 — 510.
En Saxe 1788 l — . 26 — 1814 1 — 600.
En Sicile 1737 l — . 28 — 1888 1 — 40.
Dans le r. de Naples. 1793 l — 47 — 1826 1 — 127.
En Italie. . . . . . , 1788 1 — 43 — 1828 1 — 200.
En Espagne 1800 1 — 50 — 1827 1 — 90.
En France 1762 l — 52 — 1829 1 — 280.
En Suisse 1790 1 — 103 cath, 1827 1 — 312.
En Angleterre 1688 l — 105 — - 1821 1 — 350.
EnRusS'ie 1782 1 —184 grec. 1815 1 — 109
En Danemark. . . . 1800 i — 700 — 1830 1 —1250.
En Suède 1760 i — 530 — 1826 1 — 175.
Ainsi, la diminution du nombre des ecclésiastiques , proportionnellement à la population, a été de nos jours, ainsi qu'il suit, dans les principaux États de ITurope :
A Rome, en 65 ans, de trois cinquièmes ;
En Portugal, en 31 ans, de cinq sixièmes;
En Bavière, en 28 ans, de 22 vingt-troisièmes;
En Saxe, en 26 ans, de 22 vingt-troisièmes;
En Sicile, en 51 ans, de plus de moitié;
Dans le royaume de Naples , en 37 ans, de plus de trois cinquièmes ;
En Italie, en 40 ans , des quatre cinquièmes ;
En Espagne, en 26 ans , de près de moitié ;
En France, en 67 ans, de plus des quatre cinquièmes;
En Suisse, en 37 ans, d'un tiers;
Eu Angleterre, en 133 ans, de près des deux tiers ;
Eu Russie , en 33 ans y de beaucoup plus d*un tiers ;
En Danemark, en 20 ans, de moitié et au delà ;
En Suède, en 60 ans, d'un tiers;
lO"" La diminution absolue du clergé a été ainsi qu'il suit :
A Bome^ en 65 ans, de 10,530 ecclésiastiques séculiers ou réguliers;
En Portugal, en 31 ans, de 192,000; En Bavière, en 28 ans, de 35,025 ; En Saxe, en 26 ans, de 31,201 ; En Italie, en 40 ans, de 275,000, dont 54,825 en 33 ans, dans le royaume de Naples, exclusivement à la Sicile ;
En Espagne, en 26 ans, de 53,000; En France, en 67 ans, de 298,000 ; Eu Suisse, en 37 ans, de 1,600; En Angleterre, en 133 ans, de 20,500 ; En Danemark, en 20 ans, de 1 ,124.
11® Au total, dans dix États de l'Europe chrétienne , et par un terme moyen en chacun d'eux , pendant une période de 42 ans, le clergé des différentes communions catholique, anglicane et protestante, a diminué, à très-peu près, des deux tiers. Il s'élevait, en 1788 , dans ces dix Etats réunis , à 1,454,500 ecclésiastiques; il n'en compte pas au-
jourd'hui ^ dans ^ensemble de ces mêmes pays y plus de 536,700. Il a donc éprouvé uu^ perte de 917,700 ministres séculiers ou réguliers en Tes-. pace de moins d'un demi-siècle.
IS"" Si Ton joignait à ces nombres la diminution du clergé en Autriche, en Suède, dans une partie de l'Allemagne, en Prusse et dans les Pays-Bas, on. trouverait qu'il y a 50 ans l'Europe comptait lia. 1,200,000 ecclésiastiques de plus qu'aujourd'hui,, ce qui élevait la classe sacerdotale au delà de deux millions et demi de ministres en fonctions, ou le. double du nombre total qui en existe à présent.
IS"" Le mariage des prêtres admis par l'Islamisme , la religion grecque et plusieurs communions protestantes , augmentait la caste sacerdotale de 6 à 800,000 individus, et la portait au cinquantième, de la population entière de l'Europe , c'est-à-dire. au triple de ce qu'elle est maintenant.
14^ Lapins grande partie, ou pour être plus exact, la presque totalité de ces pertes a été éprouvée par le clergé catholique. Le nombre de ses ministres a diminué, en 50 ans, dans six Etats de l'Europe, de 855,000 prêtres, moines ou religieuses. De 1,265,000 il est tombé à 410,000, demeurant fort au-4es6ous d'un tiers seulement de ce qu'il était autrefois, et ne laissant qu'un seul ministre ou l'on en comptait trois il y a un demi-siècle.
15? Les événements qui ont réduit ainsi le nom« bre tmmeivse d'ecclésiastiques' dont se formait autrefois, eii Europe, le cliergé de toutes le&
288 ÉLÉMKWl'S DE STATISTIQUE.
communions chrétiennes sont principalement :
La réforme de Luther et de Calvin au commencement du xvi« siècle ;
L'établissement de Féglise anglicane par Henri VIII;
L'incorporation des terres des couvents et des églises au domaine de la couronne de Suède^ prescrite en 1537 par la diète du royaume, sous le règne de Gustave Vasa ;
La confiscation des biens des évéques et des églises, ordonnée, en 1536, par les États généraux de Danemark, et l'application de leurs revenus à des objets d'utilité générale , tels qu'hôpitaux, écoles, etc.
La suppression des ordres monastiques en Angleterre par Henri YIII, en Autriche et dans les Pays-Bas par Joseph II , en Toscane par Léopold, en Silésie par Frédéric II, et en Bussie par Catherine II, qui ôta au clergé grec 400,000 serfs qu'il possédait;
L'abolition de l'ordre des Jésuites, en 1759 en Portugal en 1762, en France, et dans toute la chrétienté en 1773, par le pape Clément XIV, Ganganelli;
Enfin , la révolution française et son influence en Allemagne, en Belgique et dans toute l'Italie.
En considérant la noblesse et le clergé comme des corps politiques qui ont partagé avec les rois , pendant tout le moyen âge, la puissance sociale, et qui souvent l'ont exercée entièrement^ on se de-
CH. X. — FAITS SOCIAUX COiSSïATÉS. 289
mandé quand on les voit décroître rapidement ea puissance et en nombre, si ces deux classes liées si longtemps aux intérêts publics, ne sont pas un élément nécessaire de l'organisation civile et politique des États de l'Europe, et si leur intervention dans le gouvernement des nations, n'est pas une garantie essentielle à4a conservation du repos des peuples,à l'empire salutaire des sentiments religieux et même au riiaintien de la royauté.
Les témoignages de l'histoire résolvent complètement ces doutes.
Ils montrent comme une nécessité des temps d'ignorance et d'anarchie ces deux classes d'élite , dominant le pays pour le servir; l'une cultivant les lettres et les sciences, près de l'autel, qui était alors le seul lieu inviolable, distribuant des aumônes et des consolations aux affligés, et s'eflforçant d'adoucir, par la parole de Dieu, les passions cupides et cruelles qui gouvernaient alors le monde; l'autre forte , intrépide, riche et habile , seule capable de résister à des oppresseurs et de défendre l'indépendance nationale, au champ de mai et sur le champ de bataille. Grâce au Ciel, ces nécessités des siècles de barbarie sont inconnues depuis longtemps en Europe ; les connaissances humaines n'ont plus besoin de l'abri d'un cloître pour se développer ; l'innocence n'est plus réduite à chercher un refuge dans le sanctuaire; et la conscription est une meilleure garantie de la défense du pays que les chevaliers bardés de fer si aisément vaincus à Crécy ,
par les archers anglais, à la Massoure par les Sarrasins, et à Granson par les paysans Suisses.
Mais peut-être la puissance de ces grands corps politiques est-elle une digue contre les révolutions ci\iles et religieuses, et rcpousse-t-elle leurs effets funestes. Les enseignements de l'histoire sont loin de conlirmer cette opinion commune. Les pays de TEurope qui ont répudié le catholicisme et ébranlé l'immense édifice de TÉglise romahie, sont précisément ceux où le clergé et la noblesse étaient les plus nombreux, les plus riches et les plus puissants, l'Angleterre et TAllemagne, qui comptaient un ecclésiastique sur 40 habitants et un noble sur 60. En France, lorsque la monarchie s'écroula, il y avait 150,000 nobles et 316,000 prêtres ou moines , possédant ensemble 5,264 lieues carrées de domaines, et 600 millions de revenus dégrevés d'impôts et égalant la moitié du produit net de la masse entière des biens fonciers du royaume.
La noblesse anglaise, encore plus riche et plus puissante, n'a pas mieux garanti le trône qu'elle environne. De 1066 jusqu'à nos jours, en l'espace de moins de huit siècles, l'Angleterre a changé huit fois de dynasties ; elle a passé successivement sous le sceptre des rois Normands , des Plantagenets , des Lancastres, des Yorks, des Tudors, des Stuarts, de Cromvvell et de Guillaume d'Orange. Chacune de ces dynasties a été imposée par la violence, et n'a pas duré trois générations. L'aristocratie et l'Église n'ont pas eu le pouvoir d'en prolonger la
durée ; et cependant aucun corps politique n'a jamais possédé autant de trésors, ni exercé une action souveraine aussi grande sur la société.
En Turquie, où les Émirs, les Zaïms, les Timariots forment la 30® partie de la population, et le clergé la 20*, sur 37 monarques qui ont ré^é depuis Otman, 18 seulement sont morts naturellement; neuf ont été déposés et ont péri par le poison, le poignard ou le laœt.
Les peuples ne sont pas mieux défendus que les rois par Taristocratie et le sacerdoce. La Hongrie et la Pologne, qui ont la noblesse la plus nombreuse et la plus intrépide , et le clergé politique le plus énergique et le plus dévoué, sont tombées sous un joug étranger, et n'auront bientôt plus de nom que dans rbistoire. L'Espagne a été conquise de nos jours, malgré ses 800,000 nobles et ses 200,000 prêtres, seuls possesseurs de toutes les terres fertiles de la Péiiinsule ; et, si l'invasion a été repoussée par une guerre nationale, ceux qui ont soutenu la lutte avec tant de courage et de persévérance u'étaient pas des hidalgos ; c'étaient des contrebandiers, des muletiers, des gardeurs de troupeaux et de pauvres curés de village.
En résumé, il en est de ces hautes castes privilégiées, comme des autres institutions des temps de barbarie, qui suivirent, au mojèn âge, l'invasion et l'asservissement de l'Europe ])ar les races scythiques; elles appartiennent à un ordre de choses qui n'est plus, et qui ne renaîtra jamais.
202 ÉLÉMEjNTS de STATISTIQLE.
3° — Les propriétaires. Dans les sociétés libres et éclairées, la propriété et Fiiitelligence sont les bases du Pouvoir public, et le gage exigé pour y participer. Chez les Athéniens, ce peuple qui s*est immortalisé par toutes les supériorités humaines, il fallait être censitaire et orateur pour posséder les droits de citoyen, et pour les exercer dans toute leur plénitude à la tribune de l'Agora, En rrance, c'est aux mêmes conditions qu'on obtient aujourd'hui les mêmes avantages. On pourrait même dire qu'autrefois si la noblesse et le clergé formaient seuls les assemblées nationales, c'était parce que, maîtres de toute la terre du pays, ils en représentaient la propriété. Quand les communes furent admises, en 1 302, aux États généraux, elles y furent les mandataires de la petite propriété des villes, de même que les députés des Universités y représentèrent rintelligence. C'est encore à ce titre qu'elles siègent dans le Parlement britannique et dans les États des contrées d'Allemagne.
On voit que les immunités des propriétaires fonciers et même celles accordées à la science, sont loin d'être des innovations ; mais jadis la concentration de tous les biens territoriaux et leur possession immobilisée dans les deux classes privilégiées rendaient illusoire toute autre représentation que la leur, et pendant mille ans, les intérêts de la noblesse et du clergé furent les seuls qui purent prévaloir.
Cette cause, que la révolution a détruite en
CH. X. — FAITS SOaAUX CONSTATES. 293
France et dans les pays où notre influence a modifié la société, continue d'agir, dans la plus grande partie de l'Europe, avec divers degrés de puissance, qu'on peut mesurer, dans le tableau suivant, par rétendue de la quote-part de propriété revenant à chaque habitant.
-N.despro- Rapport à la Élendueap- Epoque. piiélairt's. population, proximalive.
Suède et Norwège * . 1815 120.000 1 sur 34'"''^- 250''«^ci.
Danemark 1824 80,000 1 — 25 45
Russie et Pologne.. .1818 870,000 t— 42 475
Iles Britanniques. . . 1821 50,000 1 -- 420 600
Hollande et Belgique. 1818 600,000 1— 10 10
Allemagne prop dite. 1825 112,000 1-110 220
Prusse 1816 200,000 1 — 60 . 130
Emp. d'Autriche. . . 1802 650,000 1—40 130
France** 1840 4,000,000 1—9 12
Suisse. ........ 1818 200,000 1—12 24
Portugal 1818 124,000 1 — . 30 50
Espagne 1802 400,000 1 — 30. 100
Italie 1825 1,341,000 1 — 15 23
Grèce 1820 35,000 1—30 150
Turquie d'Europe***. 1820 350,000 1— 30 120
Europe septentrionale. . 2,682,000 1 sur 50 250 — nriéridionale. . . 6,420,000 1 — 12 . 25
Europe entière 9,102,000 1—21 85
Ces chiffres , quoique tirés de sources officielles ou authentiques , laissent des incertitudes de plu-
* Sans la Laponie.
** Déduction faite de la propriété bâtie.
'** Par «ne approximation dont les éléments ne sont que vraisemblables.
sieurs sortes , même en ce qui concerne la France ; mais sur ce sujet , c'est déjà beaucoup que d'avoir obtenu , par un immense travail , des approximations suffisantes, pour rendre évidentes les déductions ci-après :
Le n<Mnbre des propriétaires territoriaux varie considéraM^nent dans l'Europe moderne; et par exemple , la France a 47 fois autant de propriétaires que les Iles-Britanniques , toutes choses égales d'ailleurs. L'étendue de chaque propriété diflfère encore plus ; die n'est en Hollande et en Belgique que d'un 60® de sa surface moyenne dans le Bojanme-Uni. Ces prodigieuses diversités résultent de l'abolition où de la conservation des possessions féodales et de celles de main-morte. Il importerait peu à la société que les biens ruraux fussent en grande masse ou en médiocres héritages et qu'ils appartinssent à quelques riches propriétaires ou fussent partagés entre beaucoup de cultivateurs peu fortunés, si d'ailleurs, le travail et la production étaient les mêmes ; mais il n'en est nullement ainsi. Plus les propriétés sont vastes et moins elles produisent ; leurs maîtres ne sont pas , comme le petit propriétaire, enseignés par la nécessité, pressés incessamment par le besoin. Aussi , lorsque la France était divisée en cent mille fiefs ou terres de l'Église, ayant chacune 500 hectares, la famine revenait-elle , tous les trois ans , décimer la population. L'Angleterre ne peut, aujourd'hui même, nourrir ses habitants, malgré toute la perfection de
son agriculture , parce que chacun de ses propriétaires de terres n'a pas moins de 470 hectares dont il dispose à son gré , sans prendre aucun souci de la subsistance publique, faisant, das champs de blé qu'elle réclame , tantôt, coipme Guillaume-le- Roux, un parc pour ses bètes fauves, tantôt, comme lady Straflford , une pâture pour ses moutons, et détruisant, comme eux, trente villages, pour faire place à ces animaux.
La France, qui, depuis 1788, a multiplié ses habitants de moitié en sus , ne pourvoit à les nourrir que parce que les événements de la révolution ont fait tomber les propriétés féodales et cléricales dans le domaine commun et les ont divisées quarante fois plus qu'elles ne Tétaient. L'intérêt du petit propriétaire rural, son travail personnel et son intelligence appliqués à l'exploitation de son propre bien ont produit cette merveille de nos jours, vraiment digne de notre admiration , puisque la même terre donne maintenant une production 50 fois aussi grande que celle qu'on en obtenait , il y a 60 ans.
Loin d'être touchés parce bienfait signalé, des esprits chagrins ou prévenus prétendent que rien n'est plus nuisible que la division du sol , attendu que la pauvreté des petits propriétaires ne leur permet ni amélioration, ni exploration nouvelle ; ils stigmatisent le Code civil , pour avoir accordé une part égale à chaque enfant, dans l'héritage de son père; et ils voient dans l'accroissement du
296 KTJÊMENTS DE STATISTIQUE.
nombre d^s cotes foncières , uu témoignage assuré du morcellement progressif du sol, qui doit être arrêté , selon eux , par une loi pour reconstituer la grande propriété.
Toutes ces assertions sont des erreurs.
Sous le régime de là grande propriété , le blé ne produisait, en France, (jue six pour un de semence; sous le régime de la petite propriété , il donne 12 , en moyenne générale. Ainsi l'amélioration , loin d'avoir manqué, comme on le dit, est de cent pour cent.
Le fait capital de la progression du morcellement n'est pas plus vrai ; mais pour être réfuté , il exige plus de détails.
On sait que le nom de cote exprime, sur les cartes cadastrales, le numéro assigné à toute propriété quelconque. Le relevé de ces cotes a donné pour leur nombre total :
En 1815 — 10,083,528 — 1842 -^ 11,511,841
Accroissement en 27 ans 1 , 428,3 1 3 .
On induit de ces chiffres que nos champs ont perdu, pendant cette période, 14 pour cent de leur étendue. Il y a là des méprises que nous ne qualifierons point, malgré leur étrangeté, parce que les coupables sont des gens de mérite et habitués à mieux dire.
Et d'abord, le nombre de cotes attribué à 1815 , est sans valeur. 11 est prouvé, par le rapport sur le
CH. X. — FAITS SOCIAUX COKSTAïÉS. 297
cadastre, en date de 1817,qu'aloi's les opérations ne s'étaient étendues que sur un quart du territoire; 74 centièmes n'avaient point encore été cadastrés. On n'avait donc établi le cliiffre de dix millions de cotes que par induction, et ce n'est point un terme spécifique sur lequel on puisse fonder des comparaisons rigoureuses. C'était uniquement un chiffre provisoire, qui laisse douter s'il y avait dix millions de cotes ou davantage. Les mêmes objections s'élèvent contre les nombres formulés postérieurement ; seulement le cadastre ayant fait des progrès , on a pu se rapprocher de la vérité , sans toutefois qu'il soit possible de prendre les termes assignés au nombre des cotes , comme étant réels et positifs. Ainsi tous les raisonnements établis sur cette base, n'ont aucune solidité. Admettons cependant qu'il y eut, en 181 5, dix millions de cotes. Parce que postérieu- ^ rement on en a trouvé davantage , est-il juste de l'attribuer au progrès du morcellement des terres ? Nullement.
Une expérience constante montre que toutes les fois qu'on institue une enquête de chiffres , ceux qu'on obtient la première année et même au delà , sont toujours au-dessous de la véri- . té ; ils sont atténués par de nombreuses omissions; et œ n est que par degrés qu'on parvient à rassembler les nombres, qui avaient échappé au début des opérations. Conséquemment l'augmentation du nombre des cotes peut provenir tout simplement d'une recherche plus prolongée et plus
exacte. Mais elle provient en réalité d'une autre cause dont on n'a tenu aucun compte dans l'interprétation des chiifres officiels; c'est la multitude de constructions nouvelles , élevées depuis que la paix a répandu une plus grande aisance dans la société. D'après les documents cadastraux, il y avait :
En 1815. . . . 5,564,000 maisons imposables, 1835. . . . 6,805,402 ^ —
Accroissement en 20 ans 1 ,241 ,4(i0 Jusqu'en 1842. . . 372,000
Total. 1,613,400
Ainsi , l'accroissement du nombre des «otes foncières résulte, non pas d'une plus grande division du sol, mais bien de l'augmentation du nom- . bre des maisons, qui, en 26 ans, a gagné 30 pour cent. Gomment des publicistes ont-ils pu méconnaître cette cause? C'est que leur talent dédaigne de condescendre à consulter les documents statistiques, et que, faute d'y recourir, ils sont tombés dans une incroyable confusion ; ils ont supposé que les cotes du cadastre ne comprenaient que les propriétés rurales , tandis qu'elles rassemblent dans leur total, sans distinction, toutes les propriétés rurale et bâties et même les propriétés de l'État, qui n'étant pas employées à un service public, sont imposables comme les autres biens.
Il ne semblait pas qu'il fût possible de se tromper davantage; et cependant d'autres écri-
vains ont encore dépassé celte erreur; ils ont compté 1er nombre des propriétaires par celui des cotes de propriété, et, par conséquent, ils élèvent à onze ou douze millions cette classe, qui probablement se réduit à quatre; ils en ont conclu que le royaume est lacéré en parcelles, et qu'on ne saurait asçez tôt arrêter législativement le partage des héritages , et rétablir le droit de primogéniture. On est tenté de croire qu'au lieu de faire sortir des faits cette conclusion, c'est elle qui a fait imaginer les faits. Pour se convaincre qu'il n'y a point, comme on le soutient, un morcellement de plus en plus grand du domaine rural, il suflBsait, sans même évoquer la Statistique, d'observer ce qui se passe continuellement sous nos yeux , dans la société.
Chaque famille de propriétaire est composée, par un terme moyen, d'un aussi grand nombre de filles que de garçons. Lorsqu'ils partagent l'héritage de leur père, les premiers de ces enfants ont une surface de terre égale à celle que reçoivent les seconds. S'ensuit -il que rhéritage partagé demeure dédoublé, parce qu'il est divisé entre une fille et un garçon? Non, car l'un et l'autre, en se mariant, bientôt acquièrent des biens à peu près égaux sinon plus considérables; et la propriété amoindrie par le décès des parents, est reconstituée sans retard par le mariage de leurs enfants. Ce n'est que dans le cas, où les familles seraient très-nombreuses que l'équilibre serait rompu; mais, en France, il n'y a rien
300 ÉLÉMENl^ DE STATISTIQUE.
de pareil ; la population s'y accroît, de nos jours, avec une extrême lenteur^ ce qui montre que les enfants remplacent leurs père et mère , sans excéder pour ainsi dire le nombre de leurs ascendants.
On oublie, dans la supposition du morcellement, que beaucoup de personnes, qui appartiennent aux familles de propriétaires ruraux^ prennent d'autres professions que celle de cultivateur, et participent aux fortunes que créent, chaque jour, le commerce , l'industrie , les fonctions publiques. Personne aujourd'hui n'est enchaîné dans sa caste, et n'est condamné à y vivre ^t y mourir. I/édacation publique permet à toutes les aptitudes d'entrer avec succès dans de nouvelles carrières, et de s'y créer des positions sociales avantageuses.
La division des propriétés, telle que l'a faite la révolution, et telle qu'elle se maintient, n'est point, comme on l'a dit, une calamité; la France lui doit, au contraire, les progrès de son agriculture et la possibilité de nourrir douze millions d'habitants de plus ; elle lui doit une population attachée par les intérêts les plus puissants à la terre qu'elle cultive, et au pays qu'elle sert et défend ; et, ce -que le philosophe et le moraliste apprécieront comme un bienfait précieux, elle lui doit d'avoir élevé le paysan mercenaire, le serf d'autrefois, à la dignité de propriétaire-cultivateur, et d'avoir doublé l'abondance de nos récoltes, par le développement de son intelligence et l'habileté de son travail *.
* M. Hippolytc Passy s'est occupé de rimportant sujet de la
Le cadre étroit d'un programme ne nous permet pas de suivre ainsi l'examen des éléments statistiques de chacune des autres classes de la société ; et nous devons nous hâter d'arriver au terme de cette esquisse, en exposant quel est maintenant l'accroissement des populations, et en le comparant, autant que possible , à celui qui avait lieu autrefois.
V. — Accroissement des sociétés. La puissance de la reproduction est immense, dans une multitude d'espèces végétales et animales. Une seule feuille de tabac en produit 360,000, une araignée aviculaire pond, d'une seule fois, 2,000 oeufs, une abeille 6,000, une perche 380,000, et une morue près d'un milliard *. Il est évident que les aniHiaux qui jouissent, depuis 40 sièdes, de cette efifrayante fécondité, auraient envahi entièrement la terre et les eaux, si miUe causes de destruction n'arrêtaient le prodigieux accroissement de leur population. Ces alternatives d'une vie surabondante et d'une mort anticipée sont une loi générale de la nature organique ; et le genre humain ne peut lui échapper. L'influence qu'elle exerce sur ses destinées, est l'objet d'allusions mythiques, dans les livrés des Indous dont les récite remontent, dit-on, à trois ou quatre cent mille ans. La Statistique en
division des propriétés, et l'a traité avec cette raison supérieure qu'on retrouve dans tous ses écrits.
* LeuNvenhocck M. de J. Travaux de l'Académie des Scionces.
fournit de meilleurs témoignages, en montrant ce que le globe possède d'habitants, et ce qu'il en posséderait si les populations étaient libres des obstacles, qui s'opposent à leur extension.
On ne saurait en douter, la puissance prolifique de notre espèce permet à chaque mariage de produire, en l'espace d'une seule génération, six enfants, dont deux meurent ordinairement en bas âge, et quatre survivent à leurs père et mère. Ceux-ci se mariant à leur tour, deviennent la souche d'une génération nouvelle, double, en nombre, de celle, qui l'a précédée. Ainsi la descendance directe d'un seul couple donne au pays, qu'il habite, six personnes en 33 ans, 12 en 66, 24 en un siècle, .192, en 200 ans, plus de 98,000 eu 500, et au delà de trois milliards en mille années. Suivant cette proportion, s'il n'eut existé aucun obstacle à l'ordre naturel des choses , une famille unique , du temps de Philippe-Auguste, aurait suffi pour produire, par sa filiation, toute la population qui couvre le sol de la France. Les habitants actuels de l'Europe pourraient provenir d'un seul couple , vivant sous le règne de Hugues Capet ; et le globe entier aurait pu recevoir sa population totale d'une famille existant sous Charlemagne, et dont les générations se seraient succédé régulièrement jusqu'à nos jours, sans trouver aucune entrave à leur développement. C'est par un calcul analogue qu'on est arrivé à supputer que, l'an 1500 de la création, il y avait, \ers l'époque du déUiffc, 550 milliards d'ha-
bitants sur la terre *. Un savant jésuite, le père Pé tau, adoptant cette donnée, a prétendu que, 283 ans après Noé , le globe avait 1 55 fois autant d'habitants qu'au temps de Louis XIV. Mirabeau et Montesquieu avaient quelque préoccupation semblable quand ils prétendaient, Tun que, du temps de Jules-César, l'Espagne avait 52 millions d'habitants, l'autre, qu'à la même époque le monde était trente fois plus peuplé qu'il ne l'est de nos jours**.
L'existence d'une quantité d'hommes plus grande jadis qu'aujourd'hui n'est nullement attestée par l'histoire, et c'est bien plutôt le contraire qui s'y trouve établi. Quant aux calculs, qui montrent quelle est l'immense reproduction de l'espèce humaine, ils prouvent seulement combien de calamités meurtrières se succèdent de siècle en siècle, puisque les sociétés, au lieu de s'accroître graduellement, restent souvent stationnaires ou n'éprouvent qu'une augmentation lente et incertaine. La Statistique peut en donner des témoignages puisés dans les annales des peuples anciens et modernes.
La société la plus grande et la plus puissante de l'antiquité, l'Empire romain, avait sous Vespasien, lorsqu'elle était dans toute la splendeur de sa prospérité, un domaine territorial d'environ 208,000 lieues carrées moyennes et une population de 75
* Whîston. Thcory of the earth. W. Pctty, etc. ** Lcttr. persannes, 108,
millions de personnes libres. Si les esclaves étaient aussi nombreux, ce qui est improbable, il y avait 720 habitants par lieue carrée, ou un peu plus de la moitié de la densité de notre population en 1 847. C'est là le maximum des effets de la civilisation antique la plus parfaite, de cette unité romaine, qui résista mille ans aux vicissitudes de la destinée, et qui est l'œuvre la plus merveilleuse que le génie de rhomme ait enfanté.
11 n'y a rien de comparable dans Thistoire des autres peuples du monde. L'Asie, elle-mêmp, cette mère féconde des nations, n'a point eu de monarchie peuplée d'autant d'habitants. En voyant Xercès attaquer la Grèce avec 1,800,000 combattants, on ne doit pas se faire illusion sur la population de ses vastes États, car, en se rappelant qu'alors les levées militaires étaient de la moitié des hommes d'un pays ou autrement du quart de ses habitants, on est conduit à ne donner qu'une population de huit à neuf millions à l'Empire des Perses.
Mais c'était là un ennemi formidable, irrésistible pour les États de la Grèce, privés d'union, et n'ayant pas tous ensemble plus d'un million d'habitants libres. Cependant, pour sauver leur patrie de la servitude, il suffit, à Marathon, du courage de 10,000 de leurs citoyens. Les populations de ce pays, qui vivra éternellement dans la mémoire des hommes, étaient si peu nombreuses, qu'en les comparant au territoire qu'elles habitaient, on ne
trouve que 460 habitants par lieue carrée. Aucune contrée civilisée de l'Europe n'est maintenant aussi mal peuplée; et pour découvrir un pareil exemple^ il faut le rechercher parmi les provinces de la Turquie.
Les pays barbares étaient encore bien moins habités. La Gaule, par exemple, au moment de sa conquête, n'avait, d'après les chiffres de César, qu'une population de huit millions, qui, répandue sur la surface de 33,000 lieues carrées, qu'elle avait alors, ne fournissait pas, pour chacune, 250 personnes. Elle était cinq fois moins condensée que celle qui vit, de nos jours, dans le même territoire, et ressemblait à la population des provinces polaires de la Suède et de la Russie.
Les recensements de la république romaine nous offrent les moyens de calculer quel fut pendant Irait siècles l'accroissement du peuple-roi. Voici les curieux résultats de ce grand travail officiel.
Périodes Accroiss. aon. de la popul. moyenne.
!•' siècle. . . 37 ans, un sur 21 citoyens.
2e. ..... 148 — un — 262 —
3" 109 — un — 135 —
4* G7 — un — 417 —
5« 79 — un — 135 —
6« 98 — un — 98 —
7« 77 — un — 233 —
8*. .... . 75 — un — 150 —
En écartant le premier terme , qui comprend la
réunion des peuples voisins, cet accroissement est d'une lenteur extrême. Les trois termes qui donnent le maximum de cette lenteur, et qui embrassent 450 ans, n'ont point d'analogue parmi les populations de l'Europe moderne. Les autres termes, qui expriment une lenteur moins grande, mais encore très-considérable, sont pour ainsi dire exceptionnels, et n'ont guère d'exemple qu'en France et en 8uisse.
Cependant on ne peut douter que le faible accroissement de la population romaine ne fut formé, non-seulement de l'excédant des naissances sur les décès, mais encore de l'admission des habitants des pays conquis, au nombre des citoyens. L'utile politique de ces incorporations consolida la puissance de Home ; une politique contraire empêcha le développement des Hébreux , qui, pour maintenir la pureté de leur race et de leur religion , refusaient de recevoir, parmi eux, les peuples vaincus, et n'hésitaient pas à les exterminer. Cette coutume féroce nous garantit que leur population, libre de toute intervention étrangère , ne s'augmentait que par l'excédant des naissances sur les décès. Des chiffres positifs nous permettent de fixer le terme de cette augmentation. Le recensement fait par Moïse, sur les rives du Jourdain, au sortir du désert, constata une population de 2,452,000 personnes. Celui du roi David , exécuté à une distance de 640 ans, porta ce nombre à 6,787,000. Ainsi l'accroissement total fut de 4,335,000 et
CH. X. — FAITS SOaAUX CONSTATES. 307
l'accroissement annuel de 6,77p. La population moyenne étant de 4,620,000, la proportion de cet accroissement fut d'un sur 682.
Si Voltaire avait fait ce calcul^ il ne se serait pas récrié si malignement sur cette multiplication ; au lieu d'être, comme il le suppose, un prodige d'étendue et de rapidité, elle en est un d'exiguïté et de lenteur.
En effet, rien de pareil n'a lieu, de nos jours, dans aucun des États de l'Europe. L'accroissement de la population y est trois à quatre fois plus rapide ainsi que le témoigne le tableau suivant :
Minimum d'accroisfement des populations.
États-Romains, 1800 à 1835 un sur 264 habitants. France, 1831 1838 un — 170 —
Empire russe, 1831 1838 un — 137 — Suisse, 1826 1838 un — 140 —
Lombardie, 1827 1838 un — 128 —
Maxiintim d^accroisseinent.
Bade, 1 8 1 7 à 1 838 un sur 49 habitants.
Hongrie,
Belgique,
Hollande,
États-Sardes,
On voit que le moindre nombre de l'augmentation annuelle de la population a lieu dans les États- Bomains, et le plus grand , sur les bords du Rhin , dans un État allemand renommé pour son agricul-
1838 un
1838 un
1838 un
1838 un
ture perfectionnée. Il est vrai qu'ici les périodes sont peu étendues, et qu'à mesure qu'on les accroît, les chiffres de l'augmentation du nombre des hommes diminuent beaucoup, attendu qu'en remontant le cours des temps, on rencontre bientôt ces siècles de barbarie où tout était conjuré contre la vie humaine. Nous eu citerons seulement deux exemples.
En recherchant quelle est l'augmentation moyenne 'et annuelle de l'Angleterre pendant les 464 ans compris entre 1377 et 1845, on trouve qu'elle n'a été, depuis Edouard 111, que d'un individu sur 3 1 2 habitants. En France, elle a été limitée à un sur 306, en l'espace de 275 ans compris entre 1566 et 1841, c'est-à-dire depuis Charles 1\ jusqu'à nos jours*.
Ces deux termes donnent un résultat remarquable ; ils montrent que l'accroissement si lent de la ])opulation de la France et de l'Angleterre pendant ces périodes était encore moitié plus rapide que celui du peuple hébreu. Quoiqu'il soit difficile d'imaginer des temps plus funestes que la domination absurde et sanguinaire des Tudors et des Stuarts et celle des Valois, il est évident que les Israélites furent soumis à des épreuves encore
Anglelorre. Population. France. Populalion.
1841, 15,927,000 habit. 1841, 34.214,000 habit.