CHAPITRE V
Moyen* d'exécution de ln Statistique.
La Statistique a des chiffres, des supputations , des foi-mules , des types graphiques pour transmetire la connaissance positive des matières importantes qu'elle doit traiter. Kilo emploie des opérations gendésiques cl cadastrales pour mesurer tes surface* des terras et l'étendue des pays ; —des recensements [jour déterminer eu détail le nombre d'habitants des communes, des arrondissements, des départements, afin d'arriver, au moyen de tous ces chiffres partiels, au grand total général de la population ; — des tableaux annuels pour enregistrer chacun des mouvements de celte population, et découvrir le terme vrai de son accroissement; — des explorations par communes et par manufactures pour connaître la production agricole et la production industrielle, Buivanl la nature de chaque objet, son prix., sa valeur totale, les lieux de son origine et fie sa destination ; — et enfin une multitude d'autres opérations qui sont analysées, et enregistrées en dernier lieu dans des tableaux statistiques.
Ces tableaux sont des cadres divisés par des colonnes verticales, dans lesquelles on inscrit métho-
CH. V. — MOYENS D'EXÉCUTION. 97 diquenient, sur des lignes para llclcsh<irizoiitale.S, les chiffres qui expliquent et développent un sujet quelconque d'Economie sociale. La première colonne, à gauche, contient la nomenclature des lieux, on celle des objets auxquels se rapportent les faits numériques; les colonnes suivantes expriment, par des. nombres superposés, les détails de ces laits; et la dernière d'entre elles, qui ferme le tableau, adroite, rassemble dans un total partiel les fails exposés dans chaque ligne. Cbacmic des colonnes est récapitulée partiellement dans une ligne de totaux, qui occupe le limbe inférieur du cadre, cl qui se termine à droite par le grand total général. Des titres trèsconcis, s'il se peul monosi llabiques, sont en tète des colonnes et en indiquent In destination . On les subdivise souvent de manière à exprimer, dans la première ligne, une généralité, et à rassembler audessous, par une accolade, les différentes spécialités qu'elle renferme, et qui deviennent l'objet d'autant de colonnes séparées.
Les tableaux, statistiques, considérés dans leur 'ensemble, sout, à vrai dire, des anah ses logiques, figurées par des lignes qui expriment les divisions du sujet, et par des chiffres qui en énumèrent les éléments. Leur première condition, après celle de la véracité, est d'être clairs, précis, brefs, faedes à concevoir dans leur objet principal et dans la complexité de ses détails. Ils doivent répondre catégo • riquement à toutes les questions essentielles qu'on leur adresse, et ne point exiger qu'on fasse de nou-
veaux calculs pour 1cm comprendre, l'our réussir à leur donner ce caractère de lucidité, il faut que leur plan soit conçu, médité, combiné comme celui d'une œuvre littéraire ou scientifique, el qu'il soit soumis pareillement aux deux règles suprêmes de l'unité de composition el de la distiilmtion des. matières dans l'ordre logique des idées.
Les principes qui régissent la construction d'un tableau statistique isolé, s'appliquent rigoureusement à celle d'un nombre de tableaux plus ou moins considérable, et tonnant un ou plusieurs volumes. L'enchainemeni de toutes les parties doit être le même; et, pour se convaincre que ces rapports peuvent être établis jusque dans un ouvrage exécuté suc la plus grande échelle, il suffit de parcourir la Stat istique générale de la France dont les dix volumes pourraient être développes en un tableau unique, divisé et subdivisé a l'infini, comme l'arbre encyclopédique de Bacon , et ramifié , comme lui, suivant la lllialiou naturelle des choses. Ce. tableau aurait une étendue de ,V>0 mètres carrés.
Après ii? défaut d'authenticité de leurs chiffres, rien ne décrie davantage les tableaux statistiques que leur construction confuse ou désordonnée. On voit, chaque jour, des compositions de cette sorte, où l'on amalgame au hasard des nombres sans aucun rapport entre eux. C'est encore moins l'ignorance que le faux savoir, qui produit ces mauvais ouvrages, d'autant plus regrettables que souvent ils rendent inutiles de bons matériaux.