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Sans être aussi graves, d'autres défectuosités méritent cependant d'être signalées, l'une des plus communes est la grandeur démesurée des tableaux, qui permet a peine de les consulter. C'est ainsi qu'on les faisait sous le consulat ; et les archives du royaume en contiennent une collection dont chacun a une surface de plusieurs mètres carrés. Toutefois, ces tableaux ne sont qu'ébauchés: les additions moine n'en sont pas achevées. \o pouvant les bien faire, on les faisait grands. Au lieu de ces colosses, ce sont des p\ aînées qui obtiennent, dans un pa* s voisin, la prédilection des statisticiens. Les tableaux qu'où y fait sont tellement petits qu'il ; en a cinq ou six dans une seule page. Leurs dimensions étant variera comme à plaisir, on les symétrise à peu prés, comme on faisait, an seizième siècle, des pièces de poésie, qui, par les mesures diverses qu'on leur donnait, traçaient des figures bizarres. Par cette manière de faire, on morcelle chaque sujet ; ou en sépare les détails, et l'on fait de chacun d'eux un tableau microscopique. C'est de la statistique hachée. Une autre méthode, qui n'a point d'imitation en France, est l'introduction de longues légendes ou d'explications parasites, dans les colonnes d'un tableau. Ce mélange du langage m-duiaire et de l'idiome des chiffres forme une étrange disparate que rien ne justilie; car si ces annotations sont utiles, il faut les traduire eu termes numériques ou les rejeter dans les déductions du travail; et si elles ne peuvent être converties en chiffres ou en résultats, il faut les éli-
miner. Il v a des pajs où les idées sont encore si peu arrêtées sur la Statistique, qu'on y publie officiellement sous sou nom des tableaux qui ne contiennent aucun chiffre, cl sont entièrement formés d'un texte fractionné, dont chaque partie est environnée de filets ; ce qui leur donne la disposition d'un damier.
Parmi les vices des compositions statistiques, l'un des plus graves est leur complication, qui rend leur élude pénible cl rebulaiite. Au lieu de s'attacher a les simplifier, en considérant dans ehacun d'eux leur objet sous un seul rapport . on s'efforce de faire entrer dans un même cadre tout ce qu'on possède de chiffres sur le même sujet . sans se préoccuper de " la confusion qui en résulte, et de l'inconvénient de resserrer les colonnes et les lignes, pratique qui conduit à faire compacte et à devenir obscur. Une division naturelle permet cependant de traiter toute espèce de matières sous deux points de vue trèsdifférents : d'abord, selon les lieux, et ensuite selon les temps. On éuumère, premièrement, les objets dans l'ordre géographique des provinces ou des départements dont ils ressortent; puis, on les exprime numériquement dans l'ordre historique des époques ou des années dont on a recueilli les traditions. Ce double aspect des choses suffi! assurément pour fournir à des talilcaus séparés ou a des séries distinctes, les chiffres les plusdigues d'intérêt. C'est uue division essentielle; car, vouloir tout comprendre dans un même tableau , c'est s'exposera tout envelopper dans les ténèbres.
Le but qu'où se propose, quand ou consulte des documents statistiques, est moins souvent d'y étu dier le passé que de chercher à connaître le présent, et il découvrir, par une socle de divination , ce que sera l'avenir, qu'on suppose devoir être modelé sur l'époque actuelle. Pour cet objet, au lieu de prendre les chiffres de l'année la plus récente , qui semble avoir quelque titre ;i représenter, par extension, le temps présent, il est passé en usage d'agrouper un certain nombre d'années arbitrairement choisies : dix, cinq ou trois; on en additionne ensemble les données ; ensuite on divise le résultat par le chiffre des années, et le ternie qu'on obtient par cet amalgame, est considéré comme une moyenne offrant fidèlement l'image du passé, et permet lant de la comparer à celle du présent. Des objections sérieuses s'élèvent contre ces opérations. 11 y a des inconvénients à substituer a des rhill'rrs historiques des elii lires detluils. romposes m ithrnétiquement, et qui diffèrent parfois de tous ceux dont ils prétendent être une expression perfectionnée. D'abord, cettt Ira ist'oi inalion souincl des nombres vrais et certains à toutes les chances possibles d'erreur de calcul ou de falsification , sans qu'on puisse faire de vérification, puisque les lermes primitifs sont celés ou perdus. Elle rend facile, en embrassant dans l'opération une série d'années plus ou moins étendue, d'en tirer des résultats différents, selon l'intérêt qu'on v eut faire dominer ; elle peut tromper, même sans mauvaise intention . en nivelant , par eompen-
station îles nus cl (1rs autres, di s nombres extrêmement éloignés, rnmme les prix i| n'enregistrent les Mercuriales dans un vaste territoire; eomme l'importation très-inégale des grains pendant une période choisie; comme les probabilités des décès, dans les tables de mortalité, et surtout rumine la richesse réelle du commerce extérieur, dont les états peuvent s'équilibrer ]>ar des valeurs nominales , telles que celle des agates du Brésil , enregistrée, il y a une vingtaine d'années, pour quinze millions , et qui ne valait guère plus que du verre ou des cailloux. 11 convient de substituer, autant qu'il est possible, àees moyennes équivoques, un procédé trèssimple et dont on peut se servir avec sécurité : il consiste à énumérer rôle à cote trois ou quatre années récentes, et à indiquer, dans des colonnes latérales, les différences en plus ou enmoinsqui existent, entre leurs différents nombres. I,' Administration des finances emploie cette construction statistique pour montrer l'état du revenu, et ses tableaux sont très-satisfaisants ; il est à désirer que l'usage de ee type soit étendu à d'autres services publics.
L'emploi des moyennes n'est pas meilleur quand elles ont pour ohjet la Statistique des lieux, que quand elles s'appliquent à celle des temps. Mais, an moins, dans la première on est justifié par l'impossibilité de mieux faire. Méanmoins, c'est toujours une hypothèse pour arriver à une généralisation. Par exemple, on sait que la France a une étendue
de 28,7 1 :i lieues carrées moyennes, et nue population de 34, 21.1, 000 habitants. On en conclut que sa population moyenne est (le 1:281 personnes par lieue carrée. Il faut dire que ee sont là des chiffres convenus et non pas des nombres réels. Eu effet, il v a 52 départements où la population reste au dessous du terme trouvé, et parmi eux il j en a où le terme vrai n'est que d'un tiers seulement du terme calculé. Les Hautes et les liasses Alpes sont dans ce cas. Il en est absolument ainsi quand il s'agit du prix des céréales. On s'accorde à dire, par exemple, que l'hectolitre de blé vaut 20 francs, et pourtant ce chiffre n'est parfois celui d'aucun marché régulateur; le pris est plus haut ou plus bas de beaucoup dans chacun d'eux, et ee n'est que par compensa tion d'un nombre avec un autre, qu'on arrive à en faire un qui est tout, à fait fictif, quoiqu'il soit dé corc du nom de moyenne générale. Sans doute, s'il s'agissait de la principauté de Monaco ou de la république de (lenc\ c. de pareil 1rs opérations seraient réelles et valables, mais elles sont illusoires quand on les pratique dans les yrands Etats de l'Europe; et dans quelques mois, quand l' Angleterre mettra à exécution sa loi nouvelle des céréales, elle trouvera dans l'établissement de ses mercuriales un problème statistique qu'il n'est pas facile de résoudre.
l T ne autre espèce de mmennedont. les illusions passent communément pour des vérités pratiques, s'est introduite, sous le patronage de la science, dans les intérêts financiers des sociétés modernes.
C'est celle qu'on prétend établir solidairement entre tous les individus d'un même âge, pour calculer les fiances de la durée de leur vie, et pour en déduire le taux d'une rente ou annuité proportionnelle à ces chances. Des compagnies d'assurances se chargeait, pour une somme déterminée, de servir à chaque individu, à qui cette transaction peut convenir, un revenu dont la valeur est réglée par une table de mortalité , sorte de document statistique, qui est destiné à enseigner combien, à chaque âge, il nous reste encore d'années à vivre. Dans l'origine, c'était seulement une recherche de savant afin de découvrir par des chiffres ce que l'Astrologie avait vainement demandé aux planètes, savoir : le thème de la destinée, la pari d'existence réservée à chaque homme, et le jour préfixe où la \ ic doit lui être retirée. Quelques ralrulateiirsiinaginèrenl, utsIc milieu du dernier siècle, que ce secret leur serait révélé par les registres des sacristies : ils les compulsèrent patiemment . article par article, et v relièrent les décès ainsi que l'âge des decédes ; puis, en les comparant à la population divisée par catégories, suivant les âges, ils dressèrent une table composée de termes moyens, qui assignaient a chaque individu le nom lire d'années sur lequel il pouvait encore compter. Mais ce travail exigeait, d'abord pour être exécutable, et ensuite pour avoir quelque vérité, deux conditions rigoureuses : premièrement, d'être l'ait pour une faible population, et en second lieu, de ne comprendre qu'une population choisie ou séden-
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taire. On conçoit, en effet, que la compilation des actes de décès pendant plusieurs années, avec l'examen de l'âge de chaque personne, est une tache laborieuse, qu'un calculateur ne peut remplir que dans une ville d'un ordre inférieur. De plus, il est facile de se convaincre qu'on ne saurait assimiler, avec quelque raison, les chances de la vie des individus du même âge, sinon dans des localités où des perturbations physiques ou sociales ne changent point la mesure naturelle des existences. Aussi lestahles de mortalité, dressées autrefois en Suéde, en Angle terre, en Hollande, en Silésie, né s' appliquaient elles qu'aux imputations de villes secondaires, comme Carli sic, Northampton, Brcslau, ou même, comme celle de Duvillare, ne comprenaient-elles qu'une population choisie, formée d'individus vivant d'une manière analogue. Réduites à de telles proportions, ces tahles pouvaient donner des nombres rapproches de la vérité. Hais les résultats qu'on en obtenait étant plus curieux qu'utiles, on résolut de les agrandi!' et d'eu faire l'application aux plus vastes métropoles et aux pavs les plus populeux, afin de les faire servir à deux intérêts qui régissent le monde : l'amour de la vie et celui de l'argent. Au moyen de la méthode de déduction, les termes fournis par quelques mil liées d'habitants suflirent pour tirer l'horoscope de plusieurs millions; et de la mortalité d'une commune on conclut celle d'un royaume.
Les progrès de la Statistique ont fait abandonner
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en partie celle méthode : ils oui permis de recourir aux documents exécutes officiellement, et l'on est dispense maintenant (le compiler Ifs registres de l'état civil ; mais alors ont surgi d'autres difficultés. Les iigcs, <|ui soul préciséincnl la donnée nécessaire , manquent tout à fait dans les recensements, ou n'y sont inscrits qu'imparfaitement ; et, dans les mouvements de la population , leur indication , à l'article des décès, est pleine de défectuosités. Ce sont cependant là li s matériau \ dont on se sert; or, il est évident que des nombres inexacts ou incomplets ne peuvent, donner que des moyennes illusoires, et qu'en additionnant des erreurs il est impossible d'avoir pour totaux des vérités.
Une objection plus grave encore, s'il est possible, s'attache à la conception même des tables de mortalité, et montre combien leurs moyennes sontdélusives, lorsque, sortant de leurs anciennes limites, elles prétendent enseigner les lois de la vie dans toute la population d'un grand pays. On pouvait bien autrefois, sans trop hlesser la vérité , agglomérer en une seule unité une centaine de bourgeois habitant une petite ville , ayant le même Age , respirant le même air cl passinl leurs jours dans une tranquille uniformité. Mais, c'est tout autre chose que de faire subir la même fusion à un demi-million d'hommes qui n'ont presque rien de commun que d'être nés dans la même année. Les uns ont pour séjour quelques villages des Hautes-Alpes, à 3,000 mètres au-dessus de l'Océan , et les autres vivent sur les
bords Ue l'entrée de nos fleuves, presqu' inondés parles marées. I.'air qu'ils respirent, les eaux qui les abreuvent, la terre qui les nourrit , leur race, leurs occupations, leurs habitudes, tout diffère, jusqu'à la température de l'atmosphère et l'aspect du ciel. Comment leur vie serait-elle la même, sous l'influence de tant d'agents qui varient selon la filiation, le régime, l;i profession, les mœurs, les passions et mille éventualités incessantes'.' Est-ce qu'on peut représenter, par la même unité, le cultivateur travaillant joyeusement à l'air libre, et l'ouvrier des filatures, le tisserand vivant dans l'air méphitique des caves , le doreur ou le plombier absorbant , à chaque aspiration , un poison mortel? Arrivés au même âge, le riche et le pauvre ont-ils donc ù supporter le même fardeau d'années? et, pour celui-ci, le poids n'en est-il pas doublé par la misère? 11 faut se résigner à le dire : la date de la naissance n'est qu'une cireonstaiirr sans \ a leur, quand on compare l'habitant du faubourg Saint-Marceau à celui du faubourg du Roule ; l'homme né de parents sains et robustes, à l'homme qui doit aux siens le germe de la phthisie ; ou bien, le bourgeois du Marais, au mineur qui travaille à mille pieds au-dessous du sol, entre une explosion, un éboulement et une inondaliou. Il est manifeste qu'en rassemblant des cxisleu ers aussi différentes, pour en faire une vie unique, exprimée par une moyenne, les tables de mortalité donnent pour des chiffres vrais des chiffres entièrement illusoires , et qu'elles sont des guides
infidèles, quand on s'en sert avec une confiance saus réserve, pour supputer ies chances de la vie dans des transactions financières.
Est-ce à dire qu'il faut renoncer entièrement à en faire? Non, sans doute; mais il est nécessaire de modifier leur exécution et leur usage. Il faut s'abstenir de dresser des tables ^éncvalcs pour une grande population , attendu qu'elles embrassent alors des nombres trop disparates pour former des unités collectives et des moyennes d'à-cs admissibles : mais on peut en faire, comme autrefois, pour des populations limitées, pour des classes d'individus , pour des établissements spéciaux, en procédant soi- Une use ment au dépouillement des actes civils, et non eu faisant usage des documents généraux , où l'indication i lésâmes laisse beaucoup trop il désirer.
Quant à l'application des tables de mortalité aux assurances sur la vie , il faut reconnaître avec franchise, que les règles qu'on en tire ne sont nullement ce que lé vnlgaiiv imagine, (a 1 ne sont, eu aucune façon, des vérités numériques; et la Statistique, qui a pour premier devoir d'être honnête et scrupuleuse, ne peut leur accorder son approbation. Elle doit maintenir, au contraire, que ces tables «e sont qu'un artifice de calcul; qu' on ne peut y puiser aucune prescience; qu'il est impossible de fixer la durée de la vie d'après l'unique donnée des Ages, et que, d'ailleurs, cette donnée n'est établie que sur des chiffres incomplets et défectueux, dont on ne peut faire sortir que des résultats erronés. Au
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reste, ces tables sont iu<il ilcw au \ rumpagiiies, ou du moins ne leur servent que comme un accessoire. Les assurances peinent fort liien se passer de bases scientifiques, car elles sont un contrat aléatoire', eomme celui des jeux de hasard, de la loterie, des' courses de chevaux ; chacun s'v ciiiîajjr lihu ini iil, en discutant son intérêt et en se soumettant volon-
rcssemblent aux caprices de la fortune . parce que leur nombre, leur complexité, leur spontanéité les l'ont échapper aux appréciations de notre jugement.
Ces raisons, quelque fondées qu'elles soient, ne prévaudront sans doute point sur les intérêts particuliers, les habitudes déjà adoptées, ou seulement sur le besoin singulier qu'éprouvent beaucoup de gens, d'écarter le doute pour av oir la satisfaction de croire à quelque chose en toute sécurité. Dans cette supposition très-vraisemblable, nous devons indiquer la table de, Desparcieux , eomme ceile qui s'adapte le mieux aux occurrences ordinaires. Calculée autrefois pour une population choisie, les progrès de la société lui donnent maintenant une application plus étendue que celle qu'elle pouvait recevoir jadis ; et si l'on veut absolument eu prendre une, c'est encore la moins mauvaise , toute vieille qu'elle soit.
Quant aux auteurs qui se sont occupés de ce sujet dans les dernière temps, les seuls que nous puissions recommander comme également éclairés et
consciencieux, sont, pour ta France, M. Jules Bienaiuic et M. Mathieu, qui vient de faire un curieu* Iravail sur l'hospice de Sainte-Périnc; et pour l'Angleterre, M. Williams Farr , qui a publié, l'année dernière, un savant traite, à la suite du rapport off ieie.l sur les mouvements de la population anglaise, eu 1842.
Eu résumé, le système des moyennes, que déjà recommandaient assez mal d'autres applications, l'est beaucoup plus eneore par l'usage téméraire qu'on en fait dans les tables de mortalité. Il faut évidemment ne s'en" servir, en toute eliose, qu'avec une grande réserve et en cédant seulement à la nécessité. Lorsque les termes, qu'il faut confondre en un chiffre unique, offrent des différences considérables, il est bon de recourir à un procédé employé par les météorologistes, et qui consiste ii i nn uistnr à côté de la moyenne équivoque que le calcula donnée, les termes maximum et minimum de chacune des séries additionnées. On indique ainsi brièvement le degré de la fusion qu'il a fallu opérer pour réduire un grand nombre de chiffres en un seul, et l'on fait connaître, par cette simple adjonction, le degré de confiance qu'on doit accorder à ce résultat trop complexe.
Quel que soit le prix qu'on attache à la brièveté, on ne peut, dans l'exécution de la Statistique d'un prand pays, en obtenir le mérite, sans laisser incomplètes des énumérations absolument nécessaires. Il faut qu'une investigation contienne toutes les bases
en. v. — moteur d'eséci non. III des résultats auxquels on est parvenu, et que chacun puisse en faire la vérification. On a reproché à. la Statistique île l'ranee la grosseur de tes volumes, ou autrement, le développe me ut rationnel de ses chiffres : autant vaut aetuser la vérité d'être trop évidente ; la justice , d'apporter trop de preuves a l'appui d'une accusation ; et l'historien, de produire trop de pièces justificatives pour montrer l'exactitude de ses récits. Sans doute, on peut renfermer dans un cahier de papier à lettre In Stulistiqued'uri royaume ; et c'est ainsi que l'empereur Auguste, Frédérie-le- Grand et Napoléon avaient dans leur Agenda la Statistique de leurs États. Mais, .c'était uniquement l'analyse d'une vaste collection de documents détaillés, offrant un sommaire des résultats dout la connaissance suffisait a la haute direction des affaires publiques, en l'absence de toute critique et de toute opposition. 11 faut, de nos jours, bien davantage pour l'étude économique du pays. On ne peut se passer, en traitant chaque question , des chiffres qui font connaître la distribution des choses par localités, et de. eeux qui les répartissent selon leur nature; car, il est presque toujours essentiel de les considérer sous l'un ou l'autre decesdeuv pointsdevue.il faut, avant tout, établir distinctement les calculs par lesquels on a été conduit à affirmer ou à nier un fait dont l'importance est par- ' fois très-grand e. Xul ne peut a\aueer uue assertion sans être obligé d'eu fournil' toutes les preuve»; et, dans un temps où le pouvoir est tenu, constamment
en suspicion, celte obligation est, s'il se peut, plus rigoureuse encore pour le Gouvernement que pour aucun publicisle. H r-l dntu- indispensable, dans une Statistique officielle, de développer (l'abord tous les nombres élémentaires dont la réunion constitue les lolauv |icnéiuu\ de l'nuM'aiie; on ne peut échapper a celte nécessité, qui rend inévitable la profusion des cliiilïes doul se plaignent les critiques. (Ic serait bien pire encore, si l'on en croyait leur avis, et si, se Iwruanl h énumérer les résultats, on supprimait les détails qui ies ont donnés ; l'absence de ces détails rendrait infailliblement suspectes d'arbilraire, ou même de supposition, les conclusions qu'on produirait séparées de leurs prémisses. Dans cette alternative , il est préférable de passer pour prolixe et pour trop scrupuleux.
Nous croyons fcrmementque dans les Bciencesen général, et particulièrement dans les sciences politiques , personne ne pouvant prétendre à être cru sur parole, il est tout à fait indispensable de déduire, dans une Statistique officielle, les nombres élémentaires des faits sociaux dont l'existence est affirmée.