CHAPITRE IX
Prosri'S rnntcmpnriiiiis de lu Stali-li(|iii\
S'il est une preuve décisive rte rémittente utilité de la Statistique, c'est son institution dans tous les pays policés de l'Europe et de l'Amérique, aussitôt <|uu la paix a permis à leurs gouvernements de rechercher et d'adopter des moyens d'adminisl ration rnliomicls i't bien faisants.
Cet cmprcssrincul presque Général est digne d'éloge, car si la Statistique est une véritable nécessité, des constitutions représentatives, elle pouvait, par cette seule intimité, porter ombrage au* autocraties; et il n'est pas sans mérite, à des monarques absolus, d'avoir abandonné, du moins à l'égard des chiffres, les vieilles traditions des secrets d'État, et d'avoir ouvert à l'examen, quelques-uns des récès de leurs chancelleries. C'est un progrès dû à la Statistique, et dont elle a droit de se glorifier.
Si l'on s'étonnait qu'un succès aussi désirable se fût fait attendre si longtemps , nous remarquerions que, malgré leurs prétentions à une. antiquité de 1 000 à 1500 ans, nos sociétés modernes sont eu
réalité si nouvelles, que c'est à grand peine qu'elles ont eu le temps de s'occuper à devenir meilleures et plus heureuses. En effet, qu'était la franco avant Louis XIV; — l'Angleterre avant sa révolution de 1688; — la Prusse avant le grand Frédéric; — l'Autriche avant Joseph II ; — la litissie avant Catherine ou même Alexandre? — El, depuis ces règnes mémorables , qui seuîs ont fait davantage, qu'ensemble, tous les règnes dont ils ont été précédés, quelles longues périodes n'uni pas élé enlevées au travail de l'amélioration des peuples, par la guerre, par les révolutions, par l'impuissance ou l'apathie des souv erains ou de leurs ministres ! liien n'est malheureusement plus certain : dès qu'un El al. emploie ses forces a des complètes ou à sa proj.r. .1. |. il . . il <J. |*.uvi>h SiSiiinlo »'i J" i (.'■ tionner sa civilisation. Cette fatale impuissance est indiquée par l'anéantissement de la Statistique, dont on se hâte d'étouffer les révélations, quand elle ne peut plus enregistrer que îles signes de décadence. Ainsi, celle de la l'ranee, instituée par Louis XIV, après le traité de Itiswiek, fut abandonnée pendant Ea guerre de la succession d'Espagne, suivie des désastres de Hochstedt, Hamillie.s et Malplaquet. Un siècle plus tard, les mêmes évéue-
11 ■ liut'iiniiip- -^k-Juiik ni |i* mi ii!'-* n-MUtnls;
la Statistique, rétablie en I8(V>, après la paix d'Amiens, par le premier Consul, fut détruite en 181.1, après la catastrophe de Leipsick, qui ouvrit l'abîme où devait se perdre l 'Empire.
l'nepaix profonde, dont la durée est sans c\cm pic, a fait naître mie admirable émulation entre toutes les nations de l'Europe, pour ré|i,iivj' les maux de toutes ces guerres, et pour arriver enfin à une grande prospérité. La Statistique, qui enregistre les besoins des peuples, est l'ame des entreprises, conçues dans un objet d'utilité publique; et partout, aujourd'hui, on s'en occupe avec ardeur, pour obtenir de ses travaux les enseignements les plus essentiels aux affaires de l'État. Nous indiquerons succinctement ceux de ces travaux qui manifestent les progrès les plus récents de la science , dans les principaux pays des deux hémisphères.
I. — l'àxgleterhe est la première puissance de l'Europe qui, depuis la paix, ail entrepris une Statistique générale, officielle. Elle était bien préparée, à ce travail par les explorations patl ici les qu'exécutent chaque année les comités des deux Chambres du Parlement, pour élucider des questions d'intérêt social; usage qui lui donne l'avantage de posséder, sur beaucoup de sujets, des chiffres remontant à d'anciennes époques, et, de plus, celui d'avoir des hommes d'État capables d'apprécier les opérations statistiques, et même aptes à les exécuter eux-mêmes *. Mais plusieurs influences locales atténuent l'effet de ces circonstances favorables. Il en est deux fort puissantes : l'une est le défaut de
■ Notamment lord John Rnsscl, sir Robert Pt'ct, lord Normnuliy, M, Joseph Hume, lord Auckland, M. Hiirin;;, etc.
iTiiIrnlisatinu administrative; l'autre osl l'autorité que conserve] it des corporations, des juridictions ('\e<'|>timini']k's, des établissements religieux, et une haute aristocratie , héritière des barons féodaux, tous mal disposes ;i confier au gouverne meut ou au public les détails numériques de leur immense fortune territoriale. Ces causes, qui restreignent eu Angleterre les matières accessibles à la StrtM(-1iiji.ie. nu pèchent en! ii'ri'] iu'i 1 1 de les atteindre, en Ecosse et eu Irlande, par aucune investigation ; en sorte qu'on est obligé de tenir ces deux pajs en dehors de toutes les recherches d'économie sociale, faites officiellement, et que les chiffres qu'on leur attribue n'ont pas d'autre valeur que celle qu'on peut accorder il des conjectures. Il s'ensuit que le territoire du Royaume-Uni, qui est de 31 millions d'hectares, se trouve réduit à là par cette défalcation; ce qui renferme ia Statistique anglaise dans les IimiSes où la France serait circonscrite, si nos travaux n'cnilirassaicnt que i'i dé parlements au lieu de Sfi. On ne doit pas laisser échapper que la moitié du Royaume-l ni, qui est la seule explorée, étant incomparablement la plus prospère, les chiffres de ses moyennes seraient abaissées de beaucoup, s'ils comprenaient les parties du territoire qui en sont exclues. On aurait un exemple de cette inégalité de \aleur entre des divisions d'un même pays, si i'on séparait la France en deux grandes régions d'une étendue pareille. Il se trouverait, entre les départements du Nord et ceux
du Midi, uuc différence, dans la valeur (1rs produits agricoles, de plus de i(i sur 1(10. l'ourle Royaume- (.'ni, cette différence serait au moins de (10.
Ce fut lord Auckland, alors président du Bureau du commerce, qui établit en lS;ii> la Statistique oflieielle de l'Angleterre: il en conûa la direction à M. G,-Jt. Porter, qui eu a poursuivi l'exécution depuis quatorze ans avec une rare persévérance, et qui a puldié presqu'autant de volumes qu'il s'est écoulé d'années. Ce travail forme la eolleetion de faits numériques la plus grande et In pins variée qui ait jamais été publiée par aucun gouvernement; il réunit diverses matières Irailces séparément eu France : les tableaux de commerce de nos douanes, ceux de la justice criminelle, des caisses d épargnes, des mines, etc. Comme il n'en fait point un objet spécial, il ne les développe pas avec la même étendue que leur donnent nos documents. On rrprorlie à celle Statistique de manquer de division méthodique, ce qui rend difficile de la consulter, et l'on s'étonne que son exécution h pn^rapliique soit tellement défectueuse qu'elle ajoute beaucoup à cette difficulté. C'est uue particularité extraordinaire, dans un pays où l'on a inventé un mot spécial pour exprimer l'art de bien faire les livres*.
En France, la Statistique officielle est exécutée sous l'autorité du Ministre de l'agriculture et du commerce, qui la présente au Roi avec un rapport,
■ Book-Miking.
et la fait distribuer au\ Chambres, t.'.n Angleterre, elle est dressée au Kureau du commcrrr, sous l'autorité du Président, cl présentée aux Chambres au nom de la lteiue. I) après une décision de lord Auckland, îe chef qui l'a faite doit la signer, - parce qu'en avant eu ta peine il doit, dit le Ministre, en avoir le mérite. » Eu r'rance, d'après des ai décèdent s qui remontent à M. de Peyronnet, la Statistique est un document ministériel, signé par le Minisire compétent qui en est supposé responsable, ce qui attire naturellement à une œuvre de cliiil'res les attaques systématiques de l'opposition, soit au Parlement, soit dans la presse, tandis qu'en Angleterre, ou ne songe pus plus à en l'aire un sujet de polémique, que si c'était un recueil d'actes notariés. Il est remarquable e! singulier que le même objet ait été compris si ililïéreinmeut dans deux pays voisins qui se proposent le même but.
Ijcs recensemculs sont décennaux en Angleterre, au lien d'être quinquennaux comme chez nous; ils remontent seulement, ainsi qu'en t'raiice. à l'année 1801, quoiqu'on ait quelques chiffres peu certains pour des époques antérieures; ils ne comprennent point, comme les inities, l'état civil des personnes; mais ils donnent de plus qu'eux les âges par séries, donnée intéressante qu'il est plus facile de recueillir pour une population de 15 millions d'habitants que pour une de :i;>. Jusqu'en LS:i(>, ils ont élé dirigés dans leur exécution par M. Rickmami, qui avait consacré sa vie à ce travail. C'est maintenant l'ad-
niiiîistralidii de l'Enregistrement des naissances et des décès en est chargée, et l'on doit attendre de sou activité et de ses lumières des opérations
Cette administration fut établie, en 1 836, par uu acte du Parlement, dans l'objet de dresser et enregistrer tons Jes aetes civils: naissances, mariages et décès. Elle est formée de 3,700 ofnciers publies de différentes attributions. Elle publie, chaque année, un rapport sur les mouvements de la population en Angleterre. Ce document, dont il est fait deux éditions afin de le rendre aussi correct que possible, est présenté aux deux Chambres pendant leur session. Son intérêt esl augmenté de beaucoup par la comparaison des résultais obtenus par les mêmes sortes d'investigations, dans une grande partie des États de l'Europe. l'n officier de l'armée anglaise, le major Cerner Crahara, dirige ce beau et diilieile travail ; il est parfaitement secondé par M. William Farr, que cette œuvre a placé au rang des bons Statisticiens de l'Europe.
Dans un cadre moins étendu, M. Redgraie résume chaque année, au ministère de l'intérieur, les documents de la Statistique judiciaire de l'Angleterre, ouvrage consciencieux qui exige beaucoup île courage et de résignation; car les progrès du crime en font une triste tache, et les vieilles traditions de la magistrature anglaise rendent celte tache très-difficile. C'est pis encore en Ecosse et en Irlande où clic devient presqu'im possible. Sans les
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obstacles qu élève son organisation civile, l'Angleterre serait le pays le plus favorable aux recherches statistiques. Les habitudes du commerce et de l'industrie y familiarisent, avec le calcul, une grande partie de la population, et les débats parlementaires en font continuellement l'application aux intérêts publics. C'est pourquoi la Société de Mtatislique de Londres rassemble un plus grand nombre d'hommes distingués par leur savoir et par d'utiles travaux, qu'où ne pourrait en réunir dans aucun autre pays de l'Europe.
II. — la presse cultivait la Statistique avec sucées, il y a déjà plus d'un siècle. Le grand l'rédéric découvrit avec la pénétration d'un esprit supérieur que cette science , où Sussraich ne voyait que des spéculations sur les harmonies du monde, pouvait lui donner des notions précieuses, pour le gouvernement de son royaume; il s'en servit habilement pour la levée des impôts et des troupes; et il lui pardonna ses révclalions quelquefois indiscrètes , en faveur de son éminenle utiliLé. Les successeurs de ce prince n'en prirent pas plus d'ombrage que de l'arithmétique ; et le roi Frédéric-Guillaume III l'éleva, en 1S0G, au rang de science officielle, eu créant, à l'imitation de Napoléon, un Bureau de Stalisliquc à Berlin, et en l'attachant, avec de larges attributions, à la Secrétaireric d'État. Cette institution n'a point souffert, en 'Prusse, des vicissitudes de la politique, tandis qu'en France il a fallu la restaurer trois fois eu l'espace de qua-
I Hil Û.liME.Vi'h Lit STATISTIQUE.
failli- ans. Sa longue durée lui a donné de t>ninds ai an titres, cl'mt elle a profité pour recenser la population eliaque troisième année; — pour relever,
el constater les mariages et les décès; — pourdénombrer les animaux domestiques; — pour dresser le tableau des écoles ; — et pour rechercher le nombre des manufactures, mines, distilleries, brasseries, moulins et antres établissements industriels soumis au fisc par une taxe. Dans ces dernières années, leZollvcrcin, c'est-à-dire l'union des États principaux de l'Allemagne en un seul corps commercial, achetant et vendant, d'après une législation de douanes, communes à tous, a exigé des travaux statistiques spéciaux, très-détaillés. Un homme de conscience et détalent, M. Diétcrici, directeur de la Statistique Prussienne, a été chargé de cette entreprise, et l'a parfaitement exécutée, avec le concours des 39 î'.tats alliés. C'est la première fois, en Europe, que des pays différents se fédérassent sous la bannière de la science, pour produire une «'livre d'économie sociale, exprimée par des termes numériques, et ;i laquelle chacun participe fraternellement. Puisse cet exemple inspirer à d'autres peuples la pensée de faire ainsi en commun une foule de choses utiles, qui ne réussissent qu'imparfaitement quand l'entreprise en est isolée !
Le Bureau de Statistique de Prusse a été compris, en I8H, dans le ministère des finances; et
ses attributions ont été agrandies par des iinestiyations sur les Flats étrangers. Il tant reconnaître que les progrès de la Statistique , en l'eusse , sont dus au lion cspi il du gouvernement et di's imputations; mais on ni! peut nier qu'ils ne doivent beaucoup au choix: que fit le roi Frédéric -Guillaume, de M. Hoffmann, pour les l'ouclious do directeur, qu'il a dignement remplies pondant quarante ans, et que la vieillesse seule lui a fait abandonner.
III. — I„\ Suède. I, 'institut ion de la Statisliqmde Suède date de 1 749, cinquante ans après celle de la Statistique de France, sous Louis X I V ; mais celleci fut anéantie au bout de quelques années, tandis que la première a duré jusqu'à ce jour, sans interruption, dans le long espace- d'un siècle. L'Ile prit sou origine au milieu de l'Académie des sciences de Stockholm, et compta 1 illustre Linnéc au nombre de ses premiers collaborateurs. Il ne faut pas croire toutefois qu'elle s'établit sans obslaelcs; il lui arriva plus d'une fois d'être réduite à clore un recensement qui avait encore des lacunes de deux ou trois provinces, à commencer par celle où la capitale est située. .'Néanmoins, il n'est point d'autre Statistique qui ait fourni une aussi longue carrière, et qui se soit étendue à autant d'objets différents. La population n'étant que de deux à trois millions , on pouvait, sans beaucoup de peine, Implorer sous tous les rapports, et le savoir des Statisticiens suédois n'était pas au-dessous de leur
tache. Ci: fu mit «us qui dressèrent, d'après leurs documents, les premières tailles de mortalité qui aient été faites. Il est remarquable qu'ils ne se proposèrent, dans ce travail, aucun autre, objet que celui de rechercher scientifiquement la longévité humaine.
La Statistique de Suède a été longtemps marquée au caractère de son origine académique; elle était plus savante qu'utile; elle s'est modifiée avantageu-
appliquée h devenir économique. Le colonel t'orsell, qui est un Statisticien distingué, a beaucoup contribué à ses progrès récents.
Dans un pays, où les hommes d'Etat et les saints parlent le français avec la pureté des écrivains du siècle de Louis XIV, il serait très-facile défaire, dans notre langue, un résumé de la Statistique suédoise, qui serait ainsi porté à la connaissance de l'Europe. Les résultats qu'on y trouverait seraient d'un grand intérêt, car aucun autre pays ne possède une si longue suite de faits numériques constatés. Nous r'ugageons nos amis de Stockholm, ii presser M. Fnrsell de remplir cette tâche; elle ne peut être en de meilleures mains.
IV. — Li Bussie. On croit assez communément i|ue le peuple entré le dernier dans les voies de la civ ilisation,doit être à tous égards en arrière de ceux
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esl inférieur dans les i laissantes nécessaires pour
CH. IX, — PROGRÈS. ts:t bien gouverner et administrer la société. 11 faut pourtant convenir qu'il n'en est pas tout à fait ainsi de la Russie, et qu'elle petit le disputer avec avantage, par plusieurs de ses institutions civiles, à quclques-mies des nations qui s'enorgueillissent d'être les héritières dircetes de la sagesse des Humains. La Statistique en porte un témoignage remarquable. Ses opérations datent , pour ainsi dire, de la fondation rte FFmpire ou du moins de son organisation . Ce fut l'ierre-le-Gniwf qui établit, en 1722. l'enregistrement des naissances, (les mariages et des décès, et qui, l'année suivante , fit faire le premier recensement de la population, pirsemaul qu'il fût renouvelé tous les vingt ans. En France, la première de ces pratiques élail alors fort mal suivie, et la seconde était tombée en désuétude. Catherine II compléta la législation relative à l'enregistrement des actes civils; elle ordonna qu'il en serait fait un relevé annuel dont une copie serait déposée an Sénat et l'antre au Saint-Synode. Ces mesures ont toujours été exécutées depuis cette époque, eu sorte que la Russie possède la Statistique des mouvements de sa population pendant un siècle révolu, période double rte la France, et qui est quatorze fois celle de l'Angleterre. ]l est fait deux copies de ec document : l'une comprend tous les mouvements, sans distinction de la communion des individus; l'autre n'admet que ceux des habitants de la religion grecque. Celle-ci fut longtemps la seule rendue publique. Mais, dans ces
derniers temps, la première a été communiquée il plusieurs savants. On apprend, par elle, qu'en 1842 il y eut en llussic:
2,205,422 naissances,
1,85(1,183 décès,
1,002,700 mariages.
An total, plus de cinq millions d'actes civils, nu les trois i im|uièines de plus qu'en I rance : et encore manquait-il ceux de plusieurs prov itiees d'Asie. Le travail du recensement a vingt fois cette étendue, puisqu'il embrasse (iO millions d'habitants , dont plus de 50 ont été éuumcrés dans la dernière, révision. Sans doute celle vaste opération est presqu' in compatible avec l'exactitude qu'on exige maintenant de la Statistique; mais il y a tant de courage à exécuter une si grande entreprise , et il faut pour l'achever un si merveilleux concoure de volonté, de persévérance et de capacité, qu'on ne doit trouver que des éloges pour une telle œuvre, et désirer qu'on fassc.aussi bien dans des pays où. les bornes de la population la rendraient vingt fois plus facile.
V. — L'Autriche. Il y a certainement des races d'hommes qui ont une aptitude spéciale pour les chilTres. Voyez la race allemande! aussitôt qu'elle parait sur la scène du monde, ses lois, qui sont, les premiers documents statistiques du moyen ;ïge, se remplissent de nombres et de proportions numérisées dont les combinaisons forment un code pénal
approprié à hou étal social '. Plus tard , son génie se, développai ans la rare normande, qui cadastre et recense l'Angleterre, comme si le secours des sciences exactes lui avait été accordé. I.a féodalité suspend l'exercice de ce don naturel, en morcelant, par fiefs, les territoires et les populations; mais, aussitôt que la puissance immarcliiijuc est parvenue
ques , les Allemands recouvrent leurs anciennes inspirations el recommencent u chercher l'expression arithmétique, des faits sociaux.. Au milieu du xviii siècle , ils font une science usuelle et populaire de la Statistique fastueuse de Louis XIV; et ils croient l'avoir inventée, en la rendant utile et pour ainsi dire d'une pratique domestique. On sail que, sans examiner si l'antiquité n'avait pas fait de la Statistique pendant trois à quatre mille ans, ' un professeur de C.ottinguen s'imagina avoir découvert cette science parce qu'il lui avait assigné un nom. >on- seulement l'Allemagne le crut avec lui, mais la France ajouta foi à cette invention prétendue; et Jtacliaumont l'annonça, en 1748, dans
jusqu'au nombre d'ieufs produits annuellement dans un pavs : froide plaisanterie qui ne fut pas perdue, et qui. soixante ans après, fut rep pour ridiculiser la Statistique impériale.
" Lin Stliqne, Ripiiairo, BourgntgnoDW.
J8(i >:m:me\ts lie stitistiqi't:.
Que celle science nomclle tiil accueillie par un roi pbUosop h c, comme Frédéric le Grand, qui ne reculait devant aucune inno\ation, on doit peu s'en étonner; mais le souverain de l'Autriche, dont la domination continuait le Sainl-F.mpire Romain, devait regarder, comme médiocrement orthodoxe, une scier.ee de libre examen. Cependant l'influence de l'origine l'emporta ; cl, dès I7."i i , l'empereur François I" prescrivit, par un décret, l'exécution de plusieurs opérations statistiques propres à faire connaître les populations des Bats héréditaires. Joseph II les étendit, en 1785 et 1787, à la Hongrie , oii l'esprit de race et celui d'opposition arrêtèrent leurs applications. En 1804, des dispositions mieux concertées furent adoptées par la diète ; et plus tard te prince de Metternich les a complétées comme l'expérience le faisait désirer, Sous l'autorité de ces actes du gouvernement , il est fait , chaque troisième année, un recensement général de la population des domaines de l'Autriche, par sexes, par classes, et par catégories d'âges. Les mouvements annuels sont relevés par Je clergé, qui est chaîné des fondions de nos officiers civils; et des tablée sont dressées par communes, pardistricts, par provinces, sous la surintendance des fonctionnaires publics, la surface du territoire a été déterminée par li s opérations géodésiquesdu corps des ingénieurs ; mais la Statistique agricole reste entièrement à faire, et celle de l'industrie est à peine ébauchée.