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La Statistique commerciale de la France n'est pas à beaucoup pris aussi éloignée de la vérité. Cependant elle pourrait s'en rapprocher davantage. A l'imitation de nos voisins, un tarif fut adopté, en 1825, pour donner un prix officiel à chaque sorte de marchandises. Depuis 21 ans, ses évnlua-
chaudises achelées ou vendues. Assut-émcut il n'est pas survenu, dans nos prix, une réduction de moilié, comme en Angleterre; mais, néanmoins, ils ont souffert un grand abaissement, et la différence n'est peut-être pas au-dessous d'un 10 e . Dans ce cas, ce serait une somme de 234 millions dont nous augmenterions fictivement notre commerce. Il serait bien préférable de remplacer ces chiffres illusoires par des chiffres irais, ou du moins rapprochés le plus possible du la vérité. On y parviendrait en dressant chaque année une table de la moyenne des prix courants dans les places de commerce, et en appliquant ces prix aux objets d'importation et d'exportation. On pourrait en obtenir le contrôle eu étendant à toutes les marchandises le s\ sterne des \ a leurs déclarées qui n'est pratiqué qu'il l'égard de quelques -unes. 11 y a là sans doute un accroissement de travail considérable. Mais il importe de bannir de la Statistique ces nombres de convention qui trompent perpétuellement les personnes intéressées a savoir au juste ces choses, et. qui répandent sur les matières économiques, les
plus importantes, des idées complètement unisses.
111. D'autres meurs, quoiqu'imaginaires, sont plus funestes à ia Statistique que celles dont on peut l'accuser avec fondement. On en a trop parlé dans ces derniers temps, pour que nous puissions les passer sous silence.
I.a Statistique n'est point l'une de ces sciences dont l'existence s'écoule paisiblement dans les méditations spéculatives; elle vit au milieu des orages de la société , que suscitent les intérêts matériels et U s passions politiques. ïia mission est de leur donner la raison pour guide ; et de les soumettre , jusque dans leurs conflits tumultueux, à une observation calme et réfléchie, eu exprimant, par des chiffres impassibles, des vérités utiles par le hien qu'elles produisent et puis utiles encore par le mal qu'elles empêchent. Toutefois, ce double but ne peut être atteint sans alarmer ceux à qui profite un monopole , un riche abus ou seulement un calcul fallacieux ; — sans irriter, en faisant jaillir des lumières, ceux qui ne se complaisent que dans les ténèbres du passe ; — sans soulever les inimitiés des faux savants; — sans provoquer enfin des appels à la presse ou même à la législature, pour obtenir un Plébiscite qui condamne un malheureux chiffre dont la défense n'a point été entendue.
Telle est l'origine, des accusiiiiims dirigées contre la Statistique oilicieilc, depuis soixante ans; leur objet apparent est île signaler ses erreurs, mais leur but véritable est de récuser ses témoignages et d'é-
CH. VIO. — ERREI HS. 159 touffer ses i m port unes relations. Os injustices ne peuvent étonner que ceux qui ne sont pas familiers avec l'histoire des sciences, et qui iunorcnt combien de persécutions ont entravé la marche des connaissances humaines. Il y a perpétuellement, comme au temps de Socrate, quelque A ni tus qui broie la lïsïiië pour l'audacieux apôtre de la vérité. Sans remonter aux exemples mémorables de l'antiquité, on trouverait dans le xviiT siècle, si vanté pour l'éclat de ses lumières, mille preuves de cette fatale destinée qui soumet chaque découverte utile, chaque science nouvelle, chaque progrès de l'esprit philosophique aux plus dures tribulations. Le quinquina, le tabac, le mercure, l'électricité, jusqu'au levain de bière pour la fabrication du pain , ont été condamnés solennellement av ant que d'être d'un usage universel. La circulation du sang fut repoussée comme une imposture, l ue lettre de cachet fut donnée contre le comte de Laura^ais. pour avoir défendu l'inoculation et avoir révélé que la variole tuait, chaque année, en France, 50,000 habitants. Jcnner fut poursuivi, à outrance, en Angleterre, pour sa découverte de la \aecine, et fut représenté sous la forme d'un monstre, qui (IrMii ait des milliers d'enfants, Il n'est pas jusqu'au paratonnerre, qui fut mis en justice, et qui faillit être condamné par la cour royale d'Arras. Le jeune avocat qui le défendit avec succès, s'appelait M. de Robespierre, i.a plupart de nos meilleurs livres étaient traités, par le Parlement de Paris, comme
des malfaiteurs , et brûlés en place publique.
cirlopédic, 1rs l-etlres persan nés et une foule d'autres ouvrages lurent frappés, eu 17G5, d'une coudamnation infamante, par rassemblée générale du clergé, liuiïon et liailly perséeulés, l'un peur sa Théorie de la terre, l'autre pour ses Lettres sur l'Atlantide, furent réduits à la trisle nécessité d'une rétractation. Gavier fut obligé, en 1819, de capituler sur la question de la pluralité des espèces du genre humain; el si Joseph Tourier échappa à cette fâcheuse extrémité, quand il soutint l 'ex islencedufeu central, c'est qu'une plaisanterie de Louis XVII I. réprima le zèle de ceux qui l'attaquaient.
Ainsi , chaque mission de progrès, de vérité, d'utililé publique «lui! éprouver, comme une confirmation authentique de son caractère , l'honneur de la persri'ulion. C'est l'épreuve du ter rouge, qui jadis manifestai I l'iniuuTiit.-e el la faisait triompher. (Le succès n'a pas manqué à la Statistique. Il est vrai qu'on n'a pas élevé de bûchers au Parvis Notre-Dame pour les Statisticiens, comme on faisait cniimiuiicmcnt autrefois pour les astronomes, les chimistes, les physiciens, qu'on nommait : astrologues, philosophes ou sorciers; mais c'est que la mode en était passée, et le bon vouloir n'y a jamais manqué, ce que prouveront les exemples suivants.
Il fut publié en 1784 un livre de Statistique
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comme on n'en avait pas encore fait. Le sujet, le style, les calculs, leur certitude , leurs importantes déductions , tout en faisait une œuvre d'un mérite supérieur. C'était la première fuis qu'on osait professer i administration des finances d'un grand royaume; el il fallait à M. ISecker autant de courage que de talent |iour rr\é!cr avec mie sage discrétion de périlleuses vérités, qu'on ne pouvait caeber plus longtemps. Cet ouvrage déchaîna contre son auteur la plus tcrrihle tempête; on en accusa les chiffres d'erreurs et les intentions de malignité. On alla plus loin , on le déféra à la justice. Au mois de février 1785, un monsieur de Caradeue, qui était alors procureur général au Parlement de Bretagne, fît aux chambres assemblées un réquisitoire en forme contre l'ouvrage de M. Keeker, et en demanda la suppression et la condamnation , attendu, disait-il, qu'il était attentatoire aux privilèges des provinces; — qu'il révélait les opérations de l'administration et les secrets de l'État; — qu'il détournait le roi de récompenser, comme par le passé, ses fidèles serviteurs eu leur accordant des pensions; — et enfin parce qu'il était publié en contravention aux règlements de la librairie. Le Parlement de Rennes, qui n'était nullement disposé à servir les vengeantes de ST. de Galonné et de ses partisans, fit droit cependant à cet étrange réquisitoire eu nommant une commission pour lui rendre compte de l'examen de l'ouvrage; mais, par une disposition spéciale qui manifestait son opinion, il
fixa à quatre sus, c'ert-a-dire en 1789, la date de la séance dans laquelle ce compte iui serait rendu; ajournement dérisoire qui lit tourner cet outrage à la confusion de ses auteurs.
Ce fait historique, consigné dans les registres ihi Parlement, montre quelle réception fut faite au premier livre de Statistique officielle qui fut publié en France. Il faut dire cependant qu'il se trouva, même parmi les adversaires du Ministre disgracié, des hommes de probité, qui lui rendirent pleinement justice. M. de Fleury, son successeur, interpellé par le roi, répondit avec la plus louable impartialité que cet Exposé était exact; et c'est ce témoignage décisif qui amena la chute de Calonne et de Miromesnil. Dr, le travail de M. Nccker contenait des recherches sur la population qui servaient de bases à des calculs sur la répartition des impôts, et formaient par conséquent l'une des parties les plus essentielles de cette Statisiique. Si cette partie avait été erronée, comme quelques critiques le [H'élendent aujourd'hui, M. de Fleury, qui avait tous les moyens de le savoir, n'aurait pas engagé sou approbation devant le roi; et de plus, un ennemi aussi habile que Calonne n'aurait pas manqué assurément de signaler l'énorme défectuosité d'une atténuation de la population réelle du royaume , qu'on suppose sans preuve maintenant, et qui suffisait pour renverser tout l'édifice des chiffres de son rival. On ne trouve aucune trace d'une telle accusation dans les attaques dirigées contre
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M. Necker; et personne alors n'usa imaginer qu'il tut possible à un Ministre des finances de se tromper de plusieurs millions en calculant quel était le nombre d'habitants de la France. Cette découverte était réservée, au bout de soixante ans, a la perspicacité île l'un de nos contemporains.
Il y avait déjà sans doute bien de la témérité a condamner comme frappée d'erreur l'œuvre statistique de l'un îles plus savants ministres que nous aïons eus; mais cette imputation s'étend beaucoup plus loin que ne le croyait son auteur ; elle atteint avec M. Neckcr tousles Statisticiens de la fin du s vin* siècle, qui, d'après leurs travaux spéciaux et séparés , ont, d'un avis unanime, attribué à la France de cette époque la même population. Parmi ces auteurs se trouvent des hommes illustres dont le témoi-nuige est irrécusable. Voici les nombres qu'ils donnent à la population du royaume dans les années du règne île Louis XVI qui précédèrent la révolution. IrfS différences qu'on y remarque tiennent d'abord à la diversité des époques, et puis à celle des moyens employés pour parvenir ;t cette évaluation difficile. Ces différences montrent que des supputations basées sur des opérations dissemblables conduisirent néanmoins à des résultats concordants.
1778 Buflbii 22,072,077 habitants.
1771-1780 Messance 23,025,000
1770- 1774 Monthyon 23,655,000
1771- 1775 Hecker 23,655,598 1776-178» — 34,802,580
1789 Àrnould 24,677,000 sans la Corse.
1789 Pommelles 25,065,88:1
1790 Condorcet 20,000,000 1790 Lavoisier 25,000,992
On voit qtir ces s;nanls publicistcs s'accordaient dans leurs calculs avec ceux de SI. Kecker, et qu'aucun d'eux n'a soupçonné que la France eût alors, comme on l'assure aujourd'hui, une population plus considérable de plusieurs millions d'habitants. Ainsi les erreurs dont on a accusé la Statistique de ce temps sont tout à fait fabuleuses ; et nul raisonnement, quelque spécieux qu'il puisse être, ne saurait prévaloir contre les hautes autorités dont omis \enons île rapporter les chiffres.
Ce fait est d'une grande importance historique ; car il nous enseigne que la population de la France étant eu 1789 de 25 millions, et s'él.mt élevée, lors du recensement général de 1801, à 27,349,000, elle s'accrut en 12 ans, sous l'inllueuce du nouvel ordre de choses établi par la révolution , de 2,:î 19,000 habitants, ou presque de 200,000 chaque année, tandis qu'autérieucemcnl elle était stationnaire ou rétrograde pendant la moitié du temps. Les tableauv des naissances et des décès de cette époque, recueillis par l'Académie des sciences, montrent que, de 1778 à 1781, la mortalité générale l'emporta sur la reproduction pendant trois années sur sept. Ainsi s'évanouissent, devant la puissance des chiffres, les assertions d'une si grande consommation d'hommes par les événements de la
révolution, qu'il dut en résulter, suivant quelques écrivains meublés par des riivu'utinits politiques, une immense diminution de la population de la Franc?. Loin <1? là, malgré les fléaux fies discordes civiles et de la guerre étrangère, cette population , délivrée de la dime et des servitudes féodales, favorisée par la division de la propriété, par l'égale répartition d?s impots et par la liberté du travail , s'agrandit à ce point qu'elle s'augmenta en 12 ans autant qu'elle le pouvait faire en 30 années sous le vicieux régime de la vieille monarchie.
Dans le cas que nous venons d'exposer, on n'imputait à la Statistique que des erreurs; mais, en voici un autre bien plus grave, car on l'accuse de falsifications.
Tout le monde sait que la Statistique impériale,
l'admiration qui' las\ iiipalliie, rencontra, memedans les temps de la prospérité de Napoléon, une grande défiance el de sourdes oppositions, t'.e fut bien pire encore quand la victoire longtemps fidèle eut trahi ITmpcrrur. Alors la science qu'il avait favorisée, fut déclarée vaine et frivole, fausse et impossible. Elle fut proscrite par la Restauration, qui, dès le mois de décembre 1814, supprima jusqu'aux tableaux statistiques do l'agriculture, parce que, disait la circulaire ministérielle, ils étaient d'une confection minutieuse trop dillicile. On pouvait tout aussi bien, pour pareille cause , stigmatiser toutes les opérations arithmétiques, et en rejeter l'u-
sage. 11 fut ordonné de remplacer ce travail numérique, par un simple rapport, qu'on désigna fort singulièrement par le nom de Compte moral des récoltes. Ou conçoit parfaitement que rien n'était plus inutile qu'une Statistique agricole, à des hommes d'Étal, dont les connaissances économiques étaient si profondes, qu'ils prétendaient que la France produisait beaucoup trop.
Pour justifier le procédé sauvage de l'abolition de la Statistique, qui avait été placée par Napoléon, au rang des attributions ministérielles et dotée au budget de l'État , on n'hésita pas à la flétrir par une accusation de corruption. On prétendit qiie l'Empereur la falsifiait au gré des intérêts de sa politique, et l'on interpréta jusqu'à son silence comme un témoignage de sa servitude. On publia que les mouvements de la population avaient été supprimés, pendant 1rs dernières années de l'Empire, afin de cacher au pays les immenses pertes que la guerre lui faisait éprouver ; et l'on atlirma que les tableaux de ces mouvements étaient falsifiés par un ordre du cabinet impérial, pour mieux tromper l'opinion publique sur cet objet important. Va écrivain recommandable alors par la violence de sa haine contre Napoléon , sir Francis d'Ivernois, soutint cette assertion, et la répandit en Europe, par le moyen de la Bibliothèque de Genève, Bévue qui obtenait a cette époque un grand succès. Cette fable fut accréditée dans les pamphlets do Pellier, Lewis Goidsmith, Martin ville, et autres
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écrivains de même aorte , et dans ees derniers temps, elle a été reproduite malheureusement par deux auteurs qui, sans doute, en ignoraient la fausseté et l'origine impure. C'est une insigne ealomnic qui n'a pas le moindre fondement. Les tableaux des mouvements de la population, par départements et par arrondissements, existent en originaux, aux archives du royaume, et s'étendent de (Son à ISIS, sans aucune lacune. Chacun peut les consulter et se convaincre qu'ils n'ont subi , dans leur exécution ou postérieurement , aucune altération. Le devoir de compulser, vérifier et décomposer ees documents, nous avant été imposé , pour faire le second volume de la Statistique générale du royaume, nous n'avons pas découvert, dans celte saste collection , Le plus léger indice de fraude. Les erreurs de calcul qui s'y trouvent , sont de la nature de celles que commettent ordinairement des employés peu expérimentés , cl l'on ne saurait rien en induire contre la véracité des chiffres, attendu qu'elles agissent tantôt dans un sens et tantôt dans un autre.
Non-seulement on n'avait point songé à falsifier les mouvements de la population , mais encore on ne s'était pas mis en position de le faire, car on ne s'était pas même occupé d'en terminer les tableaux et d'en additionner les longues et nombreuses colonnes. 11 nous fallut soumettre toutes ees pièces originales, au calcul, comme si les chiffres venaient d'en être recueillis, tandis que, depuis toute une
}>ï'ïi. 'ration , ils étaient restés muets et inutiles, dans la poussière îles arctiivrs. L'impossibilité, de les faire, parier , garantit pleinement leur innocence.
Ces tableaux ne sont, d'ailleurs, que les relevés numériques des actes civils auxquels chacun pouvait à son gré, les comparer dans les registres îles mairies. 11 aurait donc fallu que les falsifications eussent été faites dans les écritures de ces registres; or, on ne pouv ait les y opérer qu'en mettant daus la confidence de cette iniquité les Maires et leurs adjoints, an nombre de 80,000. Si l'on prétend que les fau\ étaient commis , dans les role\ es des Préfets, il faut supposer que ces magistrats, les premiers de l'ordre administratif, se rendirent coupables de ce crime, pendant, plusieurs années consécutives, eu confiant son éxecution à une multitude de complices, qui transformèrent les bureaux des Préfectures eu ateliers de contrefacteurs, sans que le secret eu ait transpiré.
Et quel était l'objet de ces colossales falsifications de papiers d'État? Celui, a-t-on dit, de tromper le public, en faisant paraître les naissances toujours plus nombreuses que les déeès. On ne peut s'expliquer comment on a pu méeounaitre que, pour établir ce résultat, il n'y avait aucun besoin d'altérer les chiffres de la Statistique. C'est un fait indubitable et manifeste que daus une population de trente millions d'habitants, quel que soit le fléau meurtrier qui sévit sur eux, les nais-
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sauces sont naturellement et constamment plus nombreuses que les décès. Cela es! ainsi, chez toutes les nations île l'Europe, depuis soixante ans; et c'est un progrès si imporlaiil de notre siècle, «n témoignage si éclatant des bienfaits lie la civilisation, qu'il n'est permis à personne de [ ignorer.
La guerre, qui, à la vérité, énerve les populations par sa longue durée, ne diminue pas sensiblement, le nombre des habitants d'un grand pays. Elle agit comme les irruptions des maladies contagieuses, dont la mortalité, bien autrement considérable, est néanmoins réparée par le rapide accroissement du nombre des naissances, qui bientôt n'en laissent aucune trace. Ce serait nier la lumière de l'histoire que de vouloir contester ce fait.
L'augmentation de la population de la France ne fut, de 1821 à 1831, que de 2, 108,000 personnes. Dans les dix années suivantes, elle fut de 3,770,000 ou moitié plus grande et au delà ; et pourtant , dans cette seconde période, le Choléra asiatique régna pendant deux ans, et tua plus de 150,000 habitants; mais l'année qui suivit son apparition, vit le singulier phénomène d'un accroissement, de 40,000, dans le nombre des mariages.
De 1811 à 181», pendant les plus sanglantes campagnes dont l'histoire moderne garde le souvenir, la population de la France, bornée à ses anciennes provinces, s'augmenta par le seul excédant des naissances sur les décès de 71)7,000 individus ; et, de I80!i à 1810, période des grandes batailles 1U
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de l'Empire, elle s'accrut de 731,001). Ainsi, elle gagna 1 12,0(10 personnes, chaque année, pendant la première de ces deux périodes, meurtrières; et 150,000, pendant la seconde. Les faits expliquent aisément ces chiffres , et montrent que les vides produits dans la société, par une mortalité extraordinaire, permettent aux héritages, aux promotions, aux mariages, aux naissances, de se multiplier encore plus, et de fournir une génération nouvelle plus nombreuse que celle moissonnée par les combats ou les épidémies.
Puisque ce fait de l'excédant des naissances sur les décès, et de l'accroissement de la population , quelle que soit la mortalité causée par la guerre ou les maladies, est un phénomène naturel, qui est constant dans notre siècle, la politique impériale n'avait point à s'embarrasser de le produire, par des manœuvres coupables ; et personne ne refusera de croire que l'Empereur fut assez lion statisticien pour saMiir que c'était un résultai acquis sans qu'il lut nécessaire d'y faire intervenir aucune fraude.
En résumé, la falsification des documents olliciels était fort inutile, puisqu'elle ne pouvait avoir d'objet; elle était impossible, car pour l'exécuter, il aurait fallu que la moitié do la l'rance fût dans la confidence des moyens employés pour tromper l'autre moitié; enfin, ce qui rend tout débat superflu', c'est que l'assertion de cette falsification est complètement détruite par des preuves matérielles dont le témoignage est péremptoire et irré-
(-usal)le. Mais il reste du cette accusation tout l'odieux d'avoir voulu noircir la mémoire de l'Empereur, imputer il l'administration en masse le crime de faux en écritures publiques, frapper de siiNpk'HHi les dai-inuciilK mmiériqiu's de notre histoire, et montrer la France aux étrangers, comme un pavs sans foi, où l'on pervertit jusqu'aux actes de l'état civil.