‹ Éléments de statistique comprenant les principes généraux de cette science et un aperçu historique de ses progrèsChapitre 25 sur 56 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Faits si>iï;ui\ i:mi vih'uhh n>n?l,ili'~ |>;ir Ili Statistique.

La Statistique exige des travaux difliciles, multipliés ft persévérants. lue expérience séculaire prouve incontestablement i|iie ees travaux sont indispensables a l'administration et au gouvernement des pavs civilisés. C'est beaucoup saus douli! qu'ils puissent servir utilement de si grands intérêts, mais s'ils ne s'appliquaient pas ;i d'autres objets, les préventions du vulgaire qui les regarde comme des calculs d'arithmétique politique à l'usage exclusif du Pouvoir, seraient en partie justiiiées, et la science se réduirait aux opérations nécessaires pour établir les impôts, lever les contingents militaires, tarifer les marchandises importées et exportées, énumérer les cas de répression judiciaire, et supputer au budget les besoins des services publics.

I. 'horizon de la Statistique est beaucoup plus vaste, il embrasse une foule d'autres objets importants et variés, et son exploration peut conduire à l'acqitisilion des ci m naissances les plus essentielles aux progrès sociaux. Il faut, il est vrai, pour; parvenir, rechercher, recueillir, agrouper et interro-

comme perdus (laits les papiers d'I'.lal, les mémoires académiques, les annales et les lois des pais étran-

dernes, enfin dans des documents sans nombre, écrits en di Hercules langues, et dont Beaucoup sont rares ou d'un difficile accès. 11 faut, de plus, après avoir rassemblé ces matériaux, les classer, les choisir, les vérifier les uns par les autres, les traduire, et transformer en mesures métriques et en monnaie décimale, toutes ces mesures et ces valeurs dont l'expression varie à l'infini. Eu agroupaut, dans des tahleaux réguliers, les nombres obtenus par ces moyens, on arrive à des résultats intéressants, curieux, aut lien tiques, et la plupart inédits, qui permettent de traiter, avec l'étendue qu'elles méritent, les plus grandes questions d'Écimomie sociale.

Ces questions posées comme des problèmes de mathématiques, peuvent être résolues par la logique des chiffres, avec une certitude propre à satisfaire 1rs esprits les plus rigoureux, 'Leur ensemble, quelque complexe qu'il soit, se divise naturellement en deux grands sujets d"cl iules, qui se ramifient collai éralein en t.

Le premier a pourobjet: l'Homme. C'est la Statistique de la Vie humaine.

Le second : les Hommes. C'est la Statistique de la Société.

On ne saurait trouver assurément aucune investigation plus digne des soins et des méditations des

[lulilicit-tcs ; ot nous iii mis désiré, depuis bien jougtemps, pouvoir leur en fournir 1rs éléments élaho-

dcfaut, nous en esquisserons ici le Programme,

(■"iini i • »' iii|'l< i1i~.i'iLi'i|fiii irn ..i |'i .

rait puiser dans la Statistique, traitée au point de vue élevé de la philosophie des sciences.

.Statistique, de la vie humaine.

La île humaine se compose de deux époques et d'une période qui les sépare par un intervalle de ieninw plus ou moins long. Les époques sont : la naissance et la mort. La période est la durée de notre existence. Ces choses nous regardent d'assez près, pour que nous les sachions quelque peu. Nous en dirons ce que nos travaux nous en out appris, en compulsant les Statistiques officielles.

I. — Lk \.\issam:i; (les hommes est arrniiijmmuV de tant de chances malheureuses, les unes naturelles, les autres sociales, qu'on doit s étonner (le l'accroissement des populations. JÂ'nfant qui surgit en ce monde, liait souvent mort ou mourant; il vient fréquemment avant terme, c'est-à-dire chétif et malingre ; bien plus il advient parfois que c'est une

monstre. 11 D'est pas rare qu'il coûte la vie à sa mère et qu'il soit enseveli awe elle; dans ce cas, au lieu d'une augmentation , ee sont deux pelles qu'éprouve, le pays. D'autres maux, «"ont l'action est plus étendue , sont produits par l'état de la société, malgré les efforts généreux, faits pour les guérir. L'enfant doit la vie au v iee ou à la misère : il doit alors liai tri' à l'hôpital, et mourir aux Lnfantstrouvés; et il est presque toujours dcslinc i\ grossir ce nombre enrayant de créatures qui succombent, avant d'avoir atteint la fin du troisième mois de leur existence. Ce n'est pas tout : une foule d'enfants naissent hors du mariage, et sont privés, la plupart, des soins, du nom et de l'héritage de leurs parents. Toute cette jeune population, quelle que soit son origine, le bonheur ou la fatalité de sa naissance, est soumise longtemps à payer à de terribles maladies le tribut de la mort, lin France, ee sont la variole et la rougeole ; eu Angleterre, c'est, de plus, le lléau des convulsions ; aux Iodes, c'est le tétanos. L'âge diminue ces dangers, qui sont d'autant pins grands, que les enfants soni plus proches de leurs premiers jours.

sont préoccupés de ces maux, et n'ont rien oublié de ee qui pouvait les conjurer. Lois, institutions, établissements charitables , opérations de la science, soins administratifs, dotations de l'iitat , beaucoup a été fait ; mais il y avait tant à faire qu'il reste encore une grande lâche à remplir. Quelques

données slalistioms inédites permettront d'en ralciiler l'étendue.

Les enfants mort-nés sont, pour ainsi dire, le déchet de la ^réitération. En 'France, ils la privent, on 40 ans, de. 1,200,000 personnes; population qui surpasse celle de Paris. Il y en a :

En France . 1 sur :S

Helgique I — 2

Base I - 2

Danemark I — 21,

A l'hospice de la Maternité, à Paris, dans une période de If! ans, il y a eu un enfant mort-né sur i. Celte proportion montre que les eir- ., qui semblent devoir être les plus défavorables, n'ont pas l'influence qu'on leur attribue; car, en supputant eu masse les enfants mort-nés à l'aris, on trouve que leur nombre égale ou même surpasse de, beaucoup celui donné à l'hôpital, dans les aremicliouicnls de femmes abandonnées, l'endanl une période de cinq ans, de IS40 à ISii compris, il y a eu, sur 133,901 naissances, !>,203 enfants mort-nés, ou I sur (7 naissances. Au reste, il y a une énorme disproportion entre le nombre de mort nés, dans les \ illcs e! dans la France considérée eu général. Dans nos 303 eliefs-!ieu\ de départements et d'arrondissements, de 1836 à 1844, en neuf ans, on a compté comparativement à 1 ,472,640

naissances, 77,02fi enfants mort-nés, ou 1 pour 1!) ; tandis que dans tout le royaume, de 1839 à 1844, en cinq ans, il n'y a eu, pour 5,820,129 naissances que 177,711 mort-nés, ou I pour 33. Dans les cln lires (le ces naissances ne sont point compris les entants nés sans vie. 11 résulte de ces faits que ce phénomène, nuisible à la population, est moitié plus fréquent <i l'aris, que dans tous les départements ensemble, et qu'il est un peu moins commun dans les autres villes qu'il ne l'est dans la capitale. Il semblerait que les rudes travaux de la campagne devrait nt le multiplier, et que la vie sédentaire et plus douée de nos villes devrait le rendre moins commun ; or, c'est précisément l'inverse qui se trouve établi in contestable m eut ; et c'est à d'autres causes que ce fâcheux phénomène doit être attribué. Quoi qu'il en soit, il n'y a nul fondement dans l'assertion que par des actions criminelles il y a, de jour en jour, plus d'enfants mort-nés à Paris. Entre 1840 et 1844, la proportion aux naissances est la même, sauf une fraction.

Les enfants nés avant terme forment une autre catégorie; ils subissent le plus souvent le même sort, leur vie délicate ne pouvant résister il la moindre perturbation. D'après un calcul de cinq années, on en a compté, à l'aris, 5,210 pendant cette période, ou I sur .30 naissances. .Lu résumé; sur 30,000 enfants qui naissent à l'aris , il y en a 1850 mort-nés, 1042 avant-terme, et deux à t mis monstres (12 en cinq ans), qui ne sont pas via-

foies. C'est presqu'un enfant sur dix qui court ees chances fatales.

Un sacrifice encore plus triste est celui des femmes qui périssent en donnant le jour a leurs enfants. Le nombre en est plus considérable qu'on ne l'imagine communément, trop rassure qu'on est, en songeant qu'il s'agit seulement ici d'un fait naturel, qui s'accomplit journellement , depuis l'origine de la raee humaine. A Paris, sous l'empire de la civilisation la plus avancée, il va eu, de 18-10 à 1844, en cinq ans, sur 153,961 naissances d'enfanls vivants, 2(>:i femmes mortes eu couches. C'est une sur 585. Ce nomhre n'a rien d'exorbitant; mais sa répartition est déplorable. Sur 127,912 naissances a domicile, il ne meurt. que 1 1 1 femmes en couches, tandis que sur 26,049 naissances aux hôpitaux, il en périt 152. Dans le premier cas, c'est une sur 1 152, et dans le second, une sur 172 ou près de sept fois autant. H faut laisser aux '•ornmes de l'art la tache de déterminer la cause de ■ette grande et funeste inégalité, qui fait courir iix à sept chances de mort pour une , à la femme forcée de recourir» la charité publique, lin considérant les soins qui l'enfoncent, et le savoir eproiné des chirurgiens des hôpitaux de Paris, on croirait bien plutôt que la mortalité devrait être plus considérable à domicile, où ces avantages se rencontrent moins constamment.

Un lléau meurtrier, qui sévit particulièrement sur l'enfance, la variole, a été désarmé par l'admi-

210 ÉLÉMEVrS DE SI'AITSTIQIE.

rallie iléromert* de la vaccine; mais les préjugés, l'esprit de système et surtout la négligence coupable des parents ont paralyse', eu partie du moins, ies heureux effets de ec préservatif. Kit France, pendant six aimées récentes, de 1839 à I81i,la variole a enlevé 20,2110 personnes sur une population totale de 34,230,000 habitants ou une sur 1000 personnes. Mais si l'on considère que la maladie trappe spécialement les entants, ou peut estimer qu'elle en a tué un sur 201 nés pendant la période quinquennale. Ses ravives se sont répartis

Hommes

Femmes

Totaux

Année moyenne

C'est une perle d'un sur G60 dans les villes et seulement d'un sur 2,227 dans les campagnes.

Ainsi, la mortalité de la variole est triple et au delà, dans les villes que dans les campagnes; elle est presque moitié en sus plus grande pour les hommes que pour les femmes, soit parce que cellesci résistent mieux n In nmlndie. soit parée qu'elles i sont moins exposées.

A Paris, pendant la même période de six ans, il y a eu, sur une population d'environ 935,000 Implants, 1803 décès par effet de la variole, ou un sur 520 personnes; savoir: 1098 hommes et

7(>j femmes. (Tes! le triple de ki pr< ipeirl iim générale pour le rovaume, d'où l'on peut conclure que la maladie est, dans la capitale, trois luis plustransmissiblc et plus meurtrière qu'ailleurs, ou bien qu'on n'y prend, pour s'en préserver, que des précautions inliniment moindres.

lin Angleterre la mortalité de la variole a été ainsi qu'il suit :

En 1838 UÏ,HiU I sur 025.

\HV2 3,075 I — 5,000.

Cette immense diminution est attribuée aux effets des dispositions prises en vertu d'un liill, en 1840, pour propager générale me ni la vaccine, qui, dans le pays de cette bienfaisante découverte, avait été presque entièrement abandonnée. On voit que cette loi préserve de la mort jusqu'à 7,000 personnes dans une seule année.

ÏN'ous pourrions éuumcrer les pertes que renouvellent, sans cesse, parmi les enfants, deux autres maladies qui sont, surtout à Londres, extrêmement meurtrières : la rougeole et les convulsions; mais ces détails seraient trop étendus; et, sans insister davantage sur les phénomènes naturels, qui rendent si difficile le passage des premiers âges de la vie, nous énoncerons rapidement les

2 r2 ÉLÉMENTS Tir. STATISTIQUE.

causes sociales par lesquelles leur influence dangereuse est augmentée.

La première est l'indigence. Ce fléau, qui poursuit tant d'hommes pendant toute leur carrière, commence pour beaucoup d'entre eux au moment où ils voient le jour. Sur 153,961 enfants surgis en ce monde, à Paris, en l'espace de cinq ans, 26,0i!)sonl nés à l'hôpital. C'est un sur six; terme, qui indique la proportion de l'sxtrème détresse, dans la capitale, parmi les femmes de la dernière classe, fendant la période quinquennale précédente , le terme n'était point différent.

Tous ces chiffres représentent des catégories de malheurs publics qui se tiennent intimement les uns aux autres par leurs causes ou par leurs effets. Ainsi l'ignorance dans laquelle végètent les femmes du peuple, par la privation de toute éducation raisonnable, perpétue les préjugés contre la -vaccine, cl prolége les ravages de la variole. S on -seulement ce. lté. cruelle maladie enlève, chaque année, trois à quatre mille enfants, mais elle en défigure dix fois davantage, laissant une partie d'entre eux aveugles ou estropiés. Ainsi encore l'indigence, le vice et des passions désordonnées donnent le jour à une foule d'enfants, qui n'ont pour mère que la bienfaisance puhlique. Un hôpital est leur patrie; ils y naissent, et presque aussi souvent ils y ineurent; génération stérile, qui languit et s'éteint, sans avoir vécu. L'effrayante mortalité des Enfants trouvés rappelle involontairement à l'esprit les ca-

vcrnes du mont Tayiïète, oit les Laccdémoniens prcci pilaient les entants contrefaits. Ici , la difformité, c'est la misère des parents et 1111 svslème de charité (jiii c\ipe , non pas une réforme, mais une rénovation. L'institution des crèches, des salles d'asile et des ouvrnirs a déjà commencé cette révolution bienfaisante.

A la fin de 1 SI fi , il existait dans les hospices de la France 8."., 808 enfants trouvés. De I81G à 1841 inclusivement, il y en a été admis, en 25 ans, 794,83 1 , ce qui donne nn total de 880,639. Il en est mort 475,127 ou plus de la moitié, — exactement 54 sur 100. C'est une perte égale à la population de l'un de nos principaux départements, tels que Seine-et-Oise , la Sartheou la Loire- Inférieure. Les soins donnés dans ces derniers temps a cet impnrlanl nlijel, montrent ce que peut, pour Lien faire, la volonté des pou voira publics. En lH'i'.i, les enfanta trouvés, provenant de l'année précédente, s'élevaient à 07,7 1 7 ; il en a clé admis dans l'année aux hôpitaux, 25,172; ensemble: 123,172. Sur ce nombre

11 en est mort 15,1.18 on 1 sur S, — exactement

12 et demi sur 100. C'est 42 enfanta sur 100, qu'on sauve maintenant de la mort inévitable à laquelle ils étaient condamnés, il y a peu d'années.

Si cette perte d'un huitième paraissait encore très -grande, voici des nombres historiques qui montreraient comparativement le passé el le présent, constatée pour la ville de Paris.

21 'l Ér.ÉlIEM'S DE STATISTIQUE.

Exista ni pi admit. Décès. Happ. propor.

1 773 il 1 778 31 ,95 1 27,2 40 10 sur 117.

Ainsi la mortalité est moi'.idre de moitié qu'au temps tir l'Empire; et elle était sextuple sous le règne des institut» ns de la vieille Monarchie.

Le i«nnl tré des enfants trouvés es! si grand, qu'ils ont coûté en quinze ans plus de 133 millions; ilmériie done. d'êlre calculé. 11 v a eu, de 18 1 C il 1810, 794,831 enfants reçus aux hôpitaux. Le nombre des naissances tolales ayant été, pendant ces 25 ans, de 24,186,818, c'est 1 sur 30 naissances. Celte proportion était :

En Portugal, en 181!), de I sur 9 naissances.

Pays-Bas, 1824, I — 10 —

Belgique, I83G, I — 17 —

Toscane. 1834, , 1 — 21 —

En Angleterre, if y eut, en 1835, sur environ 375,000 naissances, GVi75"cnfantsmis à la charge des paroisses, ou I sur fi. Il est vrai que, par l'effet d'une réforme, le nombre de ces enfants fut réduit, en 1837, à 39,371, ou l sur 9 et demi.

Lorsque l'on compare Paris lui-même au\ grandes villes de l'Europe, ou lui reconnaît le même avantage.

Londres,

1 sur 'l.'l.

Milan,

Lislumue.

Porto,

Dublin,

Madrid,

îi aptes,

Paris,

En prenant, comme ou le doii, la population du département de la Seine pour terme du comparaison, la proportion est à présent d'un enfant trouvé sur 8 naissances et demie, ee qui revient au quart du nombre indiqué pour Londres et pour Porto, et à la moitié de celui des villes de Milan, Dublin et Lisbonne. Relativement nu nombre des naissances, il y aiait ancien neinent il Paris deux à trois fois aillant d'enfants trouvés qu'aujourd'hui.

Ainsi wtte population ne s'augmente point,

totales; au contraire, elle diminue à Paris, comme dans tout le royaume, et elle est inférieure à celles de plusieurs autres Etats de l'Europe. La mortalité, qu'elle éprouve, est bien moins grande- qu'autrefois, et de beaucoup au-dessous de celle des pays éliangei-s: mais ce n" en est pas moins une plaie douloureuse qui exige des remèdes difficiles et dispen-

2I(Î fl LMI.MS lili STATISTIQUE.

dieux. Ce o 'est. pas, au reste, une maladie nouvelle. L'histoire est pleine de récits d'enfants trouvés, et cependant elle ne parle que de eeux échappés il la mort, comme Moïse sauvé des eaux débordées du Nil, Sémiramis nourrie par des colombes, Komulus par une louve, Orphée par des abeilles, et autres moyens merv eilleux d'élever les enfants, plus poétiques que eeux de nos hôpitaux, mais qui valent encore moins.

Nous abrégeons le plus possible ee précis des accidents naturels et sociaux qui atténuent la fécondité îles générations hiiiiiiiines, et nous nous hâtons d'arriver a l'examen de cette fécondité, dans ses éléments fïéiiéi'aux, considérés dans leurs variations selon les temps et les différents pays.

Nos connaissances sur cet important sujet, sont pour ainsi dire récentes. Ou croyait, au milieu du dernier siècle, (pie le rapport des naissances à la population était imariuhle, et qu'il en était de même dans tous les pa\s de l'Lttrope. Siissmich supposait, d'après quelques données recueillies en Allemagne, que partout il naissait un enfant sur 28 personnes. Paneton reconnut plus tard que ce rapport était modifié selon les temps et les lieux; mais il adopta l'opinion que ses limites étaient très-eireou ■ scrites, et qu'il y avail toujours une naissance sur 2ti, 27 ou 28 individus. Les Statisticiens du xv m" siècle accueillirent cette erreur; mais depuis cinquante ans, des recensements aiaut été faits dans bemeoup de contrées, et les actes civils tenus

bien plus exactement, ayant permis de relever les mouvements de la population, on a pu comparer, dans une multitude d'endroits, le nombre des naissances annuelles et celui des habitants: et il a été l'aeiie de reconnaître que les rapports entre ces deux termes, sont plus étendus et plus variables

Le maximum de ces rapports, pour une population considérable, est maintenant d'une naissance sur Tl ii 23 habitants ; terme qu'offrent une partie des contrées de l'Italie. Le minimum est d'une naissance annuelle sur 35 et même jusqu'à M habitants, comme en Ecosse, en Norvège et dans les Etats Danois. Ainsi, dans les termes opposés et extrêmes, la fécondité humaine varie de moitié dans les différentes contrées de l'Europe. Elle peut être une fois plus grande ou moitié moindre, selon les divers pays ; ce qui implique que la stérilité des femmes. la juvénilité (les j;é né rut ion s et l'étendue moyenne des familles peuvent différer dans cette énorme proportion.

11 y a, année moy enne, une naissance annuelle':

Sur 22. .i babitantsdans les provinces vénitiennes; 23. à — dans le royaume de Naplcs; 2<i — en Lomhardie, Toscane, Itus-

sie d'Europe; 21. 5 — eu Prusse; 2j — dans les Rats héréditaires de"

l'Autriche;

Sur 2C habitante dans le, Hanovre, le Wurtemberg, lu Mccklenhourg ;

27 — en Pologne etdans l'Allemagne

proprement dite, la Suisse, les Etats Sardes. ITsprtyne.

le Portugal ;

28 — en Bavière, eu Suède;

29 — en Hollande, dans le canton de

:)0 — en Danemark, eu Belgique; 31 — en Franco, en 1811, 1817,

1820, 1821, 1822, 1826; M — dans les lies Britanniques,

les États liomaius; 33 — eu France, depuis 1828; 31 — en >'orvt'ège, dans le Holstein

et le Slesvvie ; 35 — eu Angleterre ; 3t; — en Écosse, en 1831 et même

'lieu 1801.

Il n'est pas facile d'assigner à ees variations les causes qui les produisent , et qui semblent être complexes et appartenir à des ordres différents. Les unes sont des agents physiques et se rapportent principalement n l'influence des climats. Les autres tiennent au degré de civilisation des peuples et résultent de leurs institutions, de leurs moeurs et de leurs habitudes sociales.

La douce température des pays méridionaux fa-

vorisc Ja fécondité ou plutôt développe les vireonstances qui 1' afic.ro issnit. Dans les contrées bornes telles que la ^rwège, la Suède, l'Ecosse, les lïats Danois, le nombre des enfants qui naissent annutllemcnt est moindre d'un tiers, comparativement à la population, que dans les pays situés, comme la Lombardie, la Toscane, le royaume de Naples, sous l'empire d'un beau climat. Il est vrai que la Prusse et la Russie d'Europe, qui sont privées de cet avantage, ont une population aussi féconde que celle des pays méridionaux ; mais elles le doivent à leur territoire encore faiblement peuplé, et sans doute aussi it une industrie récente, qui offre aux populations des moyens de travail et d'extension. Au contraire, malgré la protection du climat, en France où une civilisation avancée ne permet à rien de rester vacant, la population est maintenue, par cette digue, dans des limites que le temps resserrera de plus eu plus; et dé|à une centaine de ses habitants ne donnent naissance annuellement qu'à trois enfants, tandis qu'ai Hostie et en Prusse, le même nombre en produit quatre,

11 semble toutefois, quand on agroupe les États de l'Europe selon leur position géographique, que i'inlluciH'C du climat a^it sur le nombre de laissances, avec une puissance non moins grande que celle de la civilisation. Si, pour l'apprécier, ious réunissons ensemble les pays les plus septeario-

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