‹ Éléments de statistique comprenant les principes généraux de cette science et un aperçu historique de ses progrèsChapitre 26 sur 56 · ÉLÉMENTS DE ST.VJ'IS'JTIJL K · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS DE ST.VJ'IS'JTIJL K

oaux. la Suède, la Norwège, le Danemark et 1' Éc«sse, nous trouvons que. par un terme moyen, le lombre des enfants qui y naissent, chaque année, rest que d'un 3:2 e de leur population, tandis qu'il s'élève au m Hi° dans les régions qui forment le midi de l'Europe, et qui obtiennent quatre enfants au lieu de trois, par ehaque centaine de personnes.

Lorsqu'on choisit les quatre pais dont la civilisation est supérieure : la France, les lies lîritanniques, l'Allemagne et la Hollande a*ec la lielgiquc. on reconnaît qu'ils n'ont qu'une naissance pour 31 habitants. 11 n'y en a pas moins d'une sur 23, quand ou réunit la Russie, la Pologne, ['Empire d'Autriche et la vieille Prusse. Ainsi 10 enfants naissent dans ces dernières contrées, quand ii n'en est produit que 32 dans les premières. La différence est jiour chaque million de la population d'environ 8,000 naissances annuelles.

Il est donc certain que la reproduction de l'espèce humaiie peut, en Luropc, sous l'influence des effets du climat ou sous celle de la civilisation , B-augncnter d'un tiers en sus de son terme le plus bas (ki diminuer d'une quantité égale au quart de son terme le plus élevé; résultats fort éloignés des idée; de Sussuiircli et des statisticiens de la vieille

écofe.

.Vais quels sont , dans le \asle r.wcml>l<i!;c des causes appartenant n l'état social ou à l'action du

climat, les occurrences ou les agents physique» qui accroissent ainsi <iu atténuent le nom hic moyen des

Si l'on recherche d'abord comment le climat peut exercer uue certaine influence sur la reproduction, l'observation ne tarde pas à montrer que ce n'est point par une action directe, qui rendrait, les populations plus ou moins prolifiques, 'foutes choses égales, d'ailleurs, sous une température plus élevée, les hommes ne sont pas plus aptes à la génération el les femmes ne sont pas plus fécondes. Entre les tropiques, les populations libres de itos colonies des Antilles, de la Guyane et de Bourbon n'ont eu , par la moyenne de huit années, qu'une naissance sur 28.3 habitants, comme en Suède près du cercle polaire. Mais si le climat des pay s chauds ne détermine pas, par uue aclion directe , une procréation plus grande , il favorise néanmoins, par des effets indirects, la multiplication des hommes. Sous son influence la terre devient plus féconde et peut nourrir davantage d'habitants; la population étant plus condensée, le rap-

disette n'est pas toujours à leurs portes , comme dans les contrées boréales où toutes les facultés humaines sont absorbées par les soins nécessaires pour subsister. V.n Norvège, par exemple, le blé ne produit que quatre pour un de sa semence;

mais aussi la province la plus peuplée ne comptet-elleque 108 habitants par lieue carrée, et le rapport des naissances <i la population est seulement d'une sur 3i individus. C'est tout autre chose dans le royaume de Naples, du 40' au 38 e degré. Dans les provinces nommées : la Terre d'Otrante et eelle de Labour, le froment donne 20 pour I ; et la l oinli iisalion de la population est si grande qu'il y a plus de 2,400 personnes par lieue carrée. Il s'ensuit que les naissances sont dans le rapport d'une h 21 , avec le nombre total des habitants.

Le climat, qui est l'origine de ces phé iièncs

si divers, manifeste, par l'inégalité des températures moyennes, la différence de l'action qu'il exerce sur l'un et l'autre de ces pays du même continent. En Norvège, la somme totale des températures journalières de toute l'année , divisée par le nombre des jours, ne donne pour chacun de ceux-ci qu'un terme moyen de 5 degrés GO au-dessus de zéro , tandis que, dans le royaume de Saples, une pareille opération a pour résultat le 1 f>" centigrade; c'est-à-dire un nombre de degrés t lier m om étriqués représentant une chaleur trois fois et demie aussi grande. Ainsi les effets du climat produisent de telles différences entre les doux extrémités de l'Europe que, dans la Péninsule italique, les récoltes sonl quintuples de celles données par la même quantité de semences dans la Péninsule Scandinave. La population y est 25 fois aussi condensée, et, par suite de l'abondance des subsistances et du rapprochement des hommes,

les naissances y sont multipliées il ce point, que sur chaque centaine rie personnes il liait annuellement cinq enfants dans les provinces cïti royaume rie tapies, tandis i[u'il en naît à peine trois en Norvège.

L'influence de l'état de la société sur la fécondité humaine est aussi certaine et aussi grande que celle du climat. Les causes qui, dans les pays où la civilisation est très-avancée, tendent h restreindre le nombre des naissances, sont principalement: La difficulté de soutenir une famille au milieu des exigences sociales les calculs de l'égoTsme et de l'ambition aussi liien que ceux d'une sage prévoyance; — la nécessité des convenances qui domine d'autant plus les alliances que la société est plus railUicc; — la conrenli'atmn des populations dans les grandes villes, où les moy ens de subsister sont plus dilliciles et plus précaires; — la permanence et l'accroisse me ni des armées, qui entraînent à leur suite le célibat de l'élite des nations; — les vœux monastiques qui, dans quelques contrées, font de la vie claustrale un mérite religieux; — la multitude des courtisanes que, dans toutes les capitales, enlève au mariage la puissance du besoin; — la polygamie qui, dans les provinces européennes di'l'Lmpire ottoman, condamne presque tontes les femmes d'un harem à une stérile union ; — enfin, et surtout , la diminution gradative de la mortalité, par les effets réunis des progrès des sciences, rie l'industrie et de la civilisation; ce qui met obstacle à ce qu'il surgisse des générations

nouvelles, les plus anciennes restant dans la possession immobilisée des propriétés et des pns'.es avantageux de la société.

Du peut mesurer parie nombre «tes naissances les progrès de la société civile, et, par contre, on peut augurer, par ces propres, quelle restreinte éprouvera la fécondité. J.a table suivante, formée, de chiffres ollieiels, montrera, par l'exemple de In l'ranec, l'intime connexion de ces deux termes, et l'effet qu'exerce la civilisation sur la reproduction de l'espèce humaine.

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numériques. .D'abord, nue population de pins de !i i millions d'habitants, dans un temps de prospérité cl dans nu état d'aisame et de civilisation iuco:upura!>lcim'iit plus grand, ne donne naissance qu'au même notniiiv d'eul'auls, qui étaient procrées, il y a 00 nus, par une population moins grande de dix millions, — Et a une distance de 7(1 ans, com-

CH. X. — FAITS SOCIAITt CONSTATAS. 22î>

prenant la période qui nous sépare du règne de Louis XV, il se trouve que, dans le même pavs, la fécondité n (liiiiinué. coiiLpiiratii cillent a la population, de plus de deux i inquièmes ou iO pour cent.

Cette atténuation progressive du nombre des naissances en raison de l'accroissement de la civilisation, n'a pas lieu uniquement en France; seulement son maximum a été produit en ce pays par les heureux changements apportés, depuis soixante ans, dans la i je civile et domestique de ses habitants, l'n travail dont les détails nécessitent un déploiement de e.iiitl'ivs trop considérable, pour être reproduits ici , nous ;i (liniiié la preuve que la fénmdité des populations a diminué :

En Allemagne, d'un VA', en 17 ans;

Ed Suède, d'un 9", en (il ans;

En Russie, d'un 8% en 28 ans;

En Espagne, d'un 6", eu .10 ans ;

En Danemark, d'un 4% en 82 ans;

En Prusse, d'un tiers, en 132 ans;

En France, d'un tiers, en 70 ans ;

En Angleterre, déplus d'un tiers en un siècle.

C'est probablement à leur étonnante fécondité que les peuples nouveaux et barbares doivent l'ascendant qu'on leur voit prendre dans l'histoire sur les vieilles sociétés chilisérs; et la destruction de l'Empire romain s'explique peut-être mieux par la diminution progressive des populations italiennes et par la puilnlation des hommes dans les pars

22fi ÉLÉMENTS DE STATISTIQUE.

sauvais du nord de l'Europe et de l'Asie, que par l'amollissement dos mœurs et les causes morales auxquelles en l'allribiie nitmiumrniciil . Ce qui se passe, de nos jours et sous nos jeux, donne a eette conjecture le caractère de la probabilité. Dans l'Empire russe, 57 millions d'habitants produisent

i uellemcnt, au moins d.'JSd, !)!)(! ciit'anls, tandis

qu'une population égale n'en donnerait, en France et dans les Iles Britanniques, que l,fî30,000. La différence monte a (iMUIOII entants chaque année ou 21 millions et demi par génération d'hommes. Sans doute eette fécondité si prodigieuse qu'un douzième des femmes russes sont perpétuellement à l'état de grossesse, demeure presque fans eilicaeité; et un nombre immense d'enfants, qui, dans des pays où la civilisation les eût entourés de soins, fussent parvenus à l'âge viril , périssent presqu'en naissant. Mais ceux qui échappent, forment encore une si grande multitude, que la différence entre les naissances et les décès ajoute .annuellement 980,000 individus à la population, tandis qu'en Eranee et dans les Iles Britanniques, cet excédant n'est, dans les deux pays réunis, que de 448,000 ou bien moins de moitié. D'où il suit que, dans l'hypothèse où cet état, de choses se prolongerait, il ne faudrait pas quatre ans et demi aux populations slaves, pour obtenir, de leur seul accroissement annuel, une armée d'un million de soldats, en sus du nombre qu'elles peuvent fournir, pour égaler les forces militaires de la France et de la

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Grande-Bretagne. Heureusement que la multitude des soldats n'est pas, de nos jours, une garantie plus certaine du succès, qu'elle de l'était au temps de Xercès eu en 1792.

La différence entre les pays nouveaux et ceux parvenus a un état social perfectionné, peut être appréciée positii cinent par le calcul suivant. La France et les lies Britanniques réunies n'ayant qu'un accroissement annuel de population d'un individu sur 1 18, il leur faudrait pour doubler le nombre de leurs habitants, une longue période de 83 ans, tandis que, dans l'Empire russe, l'accroissement étant d'un individu sur la population peut doubler en i5 ans.

Mais , il ne faut pas oublier que ces périodes de doublement sont purement hypothétiques, car elles implique»! que les rapports des naissances et des décès u la population demeurent stationnaires. C'est le contraire qui est la vérité. Ces rapports varient perpétnellemeul avec des vitesses différentes, selon que les progrès de la société sont plus ou moins rapides. L'effet et la cause sont liés l'un à l'autre si étroitement, qu'on peut admettre que ces rapports sont iniiO'iahles elle/ les peuples de la /One torride et des plateaux arctiques, qui sont condamnés par leur climat ou plutôt par le type de leur race, à vivre dans une éternelle enfance, (l'est pourquoi, quand on parcourt les annales du globe, on ne voit, dans aucun temps , les raves polaires ou équatoriales, les F.squimaux, les nègres, les Australiens,

et antres population* exubérantes lies reliions sepli'iilriiniales île In /une tempérée.

" Le système de Malthus s'applique avec justesse à ees peuples barbares, ear leurs transmigrations ont bien réellement pour cause primitive l'accroissement de leur nombre clans une proportion qui déliasse celle île l'augmeiilation de leurs moyens de subsistance. Mais ce système est sans fondement quand on eu fait l'application aux peuples civilisés, puisque chez eu\ la fécondité diminue en raison des progrès de l'état social, tandis que les ressources alimentaires sont étendues et multip'iécs par tous les moyens que donne l'intelligence publique et. qu'agrandissent les sciences et les arts.

II. — La vie de l'homme est, comme sa naissance, pleine de douleurs. I, vs maladies, les passions, les infortunes la remplissent presque tout cutière, et le nombre des gens heureux est infiniment petit. La durée de nos jours est très-courte, et Dieu sait cependant ee que nous en faisons. Sur les 8,760 heures dont se compose chaque année, nous en employons :

2,920 ou le tiers,' il dormir ; 7:10 ou un douzième à manger; 7-10 ou un autre douzième, en soins personnels.

Total 4,38(1 heures ou la moitié du lemps.

L'ouvrier, qui est attaché 1 1 heures au travail, en prend deux sur ce compte; mais, s'il léte le dimanche et chôme le lundi, il otc loi jours a son salaire, et réduit pour lui l'année à huit mois et

si\ heures, pendant HIKI jours, donne m]ii|iionu'iil 1 800 heures à sou travail ; il lui en reste 2,580 ou sept mois qu'il dépense autrement. L'homme de loisir qui passe six heures de sa journée au spectacle, à la promenade ou en visite, dissipe également un tiers de son temps improductivemeut. Les événements publics, les maladies, les malheurs de famille prélèvent, en outre, dans une foule d'existences, une énorme part. Trop souvent, au lieu d'être accidentelles et momentanées, les maladies son! incurables et privent un homme dans la force de l'àiie, de la plénitude de ses iacullcs. Les réformes opérées annuellement dans les contingents militaires nous montrent qu'il y a :

l'n homme de faible constitution sur 24.

Un atteint de hernies. ... — 70.

Un boiteux — 286.

l'n ayant de mauvais yeux. . — 70.

Un de ehetive taille. ... — 13.

En totalité, un infirme. . . — 4.

Kl cela advient dans l'un des pays les plus favorisés de l'Europe. Comment en est-il donc dans les autres?

On ignore l'extension des infirmités morales;

230 Él.KHKVl'S ItK S'1'ATISII(JI;K.

et nous ne pouvons en signaler que trois sortes : l'aliénation mentale, l'ignorance et le crime. Il y a en France maintenant, année moyenne :

20,001) aliénés ou un sur 17,100 habitants.

1 2 1 ,000 jeunes gens de 3(1 ans, ne sachant ni lire, ni écrire, sur 292,000 inscrite et présente,

220,000 détenus, prévenus ou condamnés; un sur 1,500 habitants.

Le séjour des prisons abrège considérablement l'existence de celte niasse d'individus des deux

Ces maux partiels étaient bien plus grands autrefois, puisque la durée moyenne de la vie était beaucoup moindre. Voici les termes de son acroissement progressif, pendant les deux dernières générations, en supposant avec M. Mathieu, que la population était à peu près stationnaire il chaque époque :

1772 24 ans G mois 1820 32 ans . mois i 784 25—8 ■ 1831 33 — - . 1801 29 — 9 183fi 33 — 9

1800 31 — . 18if 35 — ■

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