‹ Éléments de statistique comprenant les principes généraux de cette science et un aperçu historique de ses progrèsChapitre 38 sur 56 · I8IL 1821 30,277,0011 130,014 I · texte numérisé non relu

I8IL 1821 30,277,0011 130,014 I

1821 1831 31,515,000 210,734 1 — IjO

18V 1841 3 3,393, <» Ml l(ilî,09.î 1 — 200

En 20 ans, 30,845,000 113,029 1 sur 180.

Ces nombres sont d'accord avec Ses grands évé-

Déments historiques de chaque période. Le moindre accroissement de la population de la France eut pour époque 1801 à 1811, pendant les guerres sanglantes île l'Empire contre l'Europe. La période suivante comprend encore cinq ans de guerre, mais elle embrasse aussi cinq ans de paix : et ce fut assez, pour réparer vingt-quatre ans de batailles meurtrières, en élevant l'accroissement de 18 pour 100.

Mais l'accroissement le plus considérable eut lieu, sous la restauration, de 1821 à 1831 ; il répara toutes les pertes faites par un quart de siècle dont chaque jour fut marqué par dis (lest mêlions d'hommes. L'augmentation fut de 72 pour f 00 du terme de la période précédente.

De 1831 ,i 1841, l'accroissement s'est ralenti, dans la proportion d'un tiers, par les irruptions du choléra, par J'ômisïrat ion militaire et civile eu Algérie, et surtout par les progrès de la prospérité publique, qui atténuent ta multiplication des hommes, en imposant des conditions plus difficiles à leur existence sociale. L'augmentation n'est, année moyenne, pour cette dernière période que d'un sur 200 habitants. C'est la plus lente qu'il y ait maintenant en Europe; elle donne 13!) ans à la période de doublement delà population de la Franco, taudis que celle de l'Angleterre sera doublée avant un demi siècle. Le calcul indique que, dans l'hypothèse de la persistance de l'ordre actuel des choses dans les deux pays, la France aurait , en l'an 1980, lifi millions d'habitants on moins de 2,500 par lieue

cariée, tandis que l'Angleterre est menacée d'avoir, (lés l'an 1915, une population de 30 millions, qui fait 5,000 personnes par lieue carrée moyenne. La quote-part de chaque habitant , y compris les terres steriles et toute autre sorte de surface, serait encore en France de 80 ares; elle ne serait plus que de 50 en Angleterre; terme dont l'insuHisaure est manifeste et e\elul toute possibilité de laisser se prolonger encore longtemps l'ordre social qui conduit il une telle issue.

Mais plutôt que de spéculer sur l'avenir, examinons le présent, et recherchons jusqu'il quel poinl agit sur sa prospérité, l'accroissement actuel de la population.

Lue estimation rapprochée des terres cultivées de l'Angleterre leur attribue une étendue de i ,050,000 hectares ou , 3 . > ( lieues earrées. (l'est pour une population de 15 millions, 31 ares par personne, c'est-à-dire bien moins que le nécessaire, dans les années moyennes.

En France, les constatations cadastrales et statistiques attestent que les cultures ont 27,05.1,000 hectares ou 14,000 lieues carrées. C'est pour 34 millions d'habitants, SI arcs chacun ou, comparativement a l'Angleterre, 200 pour 100. (le serait trop si le blé donnait 20 hectolitres par hectare; mais c'est assez, puisqu'il en donne 13. La différence entre ces deux termes est la réserve de l'avenir, et sera certainement sou ouv rage. Mais rien ne presse dans an pays qui, au lieu d'accroître sa popula-

tion, chaque année, comme l'Angleterre, de 14,500 individus par million d'habitants, ne l'anponitr tout au plus que de r>, 000 ou d'un tiers seulement. Ce pays n'éprouve, dans les temps ordinaires, ni la nécessité d'iisti'i'i'oticr mus cesse, avec crainte, les marchés publies, pour savoir s'ils peuvent fournir ù la subsistance de la population, ni la crainte plus grande encore qu'inspire l'énorme accroissement de cette population, lorsqu'on prévoit que le terme qu'elle doit bientôt atteindre, ne laisse aucun espoir de pouvoir la nourrir.

Rendons grâces h Dieu de l'ordre admirable qui, dans notre société civile, résulte de la pondération de ses éléments et du parfait équilibre existant entre l'étendue de notre territoire, la production de nos cultures et le nombre des habitants de la France. Ces trois cléments constituent, par les rapports numériques, qui les lient et les combinent, les principes vivifiants de la prospérilé publique et de la puissance nationale. Leurs proportions qui proviennent du hasard des événements, semblent avoir été réglées par les plus sages prévisions.

1" Le pays est assez, vaste pour contenir un grand peuple ; il était bien moins riche et bien moins peuplé quand il sut résister à l'Europe et même la dominer.

2° La cuit oiv surpasse par l'abondance de ses produits, par leur variété et par leur richesse, celle de toutes les grandes puissances, à la seule exception de l'Empire russe, en ce qui concerne

la quantité des céréales ; elle donne, année moyenne, à chaque personne, trois hectolitre» de grains et un hectolitre de vin, lorsque l'Angleterre, malgré son agriculture supérieure, ne peut fournir, ù chacun de ses habitants, que deux hectolitres de céréales, dont plus de la moitié est convertie en bière et en eau-de-vie.

3° L'industrie crée une richesse égale à la moitié de celle de l'agriculture. Sa fortune doubla une première fois, de 1788 à 1812, puis une seconde fois, de cette dernière époque jusqu'il présent, L'Ile pourvoit ù presque tous nos besoins, et rien 11 'empêche quelle puisse un jour, comme maintenant celle de l'Angleterre, devenir l'usine où se fahriquerontles produits consommés par les peuples ilu monde entier. Mais le tliel nous préserve d'un tel succès, qui ne peut s'acheter que par la misère la plus déplorable des classes inférieures.

i" La population n'csl pas assez grande pour surcharger l'Jitat du plus pesant de tous les fardeaux publics, celui des hommes. Mais elle est assez nombreuse pour armer, encore, nu million de volontaires et quatre millions de gardes nationaux. C'est plus qu'il ne faut pour garantir ellicacement l'indépendance du pavs.

La Statistique constate complètement les faits sociaux que nous venons d'énumérer sommairement; en interrogeant les chiffres qui les expriment, elle en conclut un résultat général, digne de prendre place parmi les plus grands événements

de l'histoire des sociétés humaines, test que la Franc*, par les effets bienfaisants de son organisation civile, de ses libertés politiques et des progrès de l'inlelligeuee de ses populations . joints au* dons naturels de son territoire et de sou climat, est devenue, de nos jours, l'État le plus prospère de l'Europe et le paysdumondeciviliséqui possède au plus haut defrre fis éléments île la félicité publique.

Après avoir evposé succinctement, dans ce programme, ipifls snnl les éléments statistiques de la Société civile, il nous serait possible d'énumérer, de la même manière, les éléments île la Société politiquede l'Europe. Mais ee sujet a trop d'im])ortanee pour être- resserré dans les limites étroites qu'il faillirai L lui tracer. D'ailleurs, il snllit au but que nous nous étions proposé d'avoir donné des exemples nombreux et choisis des applications de la Statistique à l'histoire et fi l'Économie sociale, et d'avoir indiqué les études utiles que Von peut faire pour obtenir, des chiffres épars dans les annales des peuples anciens et modernes, des lumières propres à éclairer une foule de questions du plus grand intérêt. C'est là Tunique objet de l'esquisse ipie nous venons de présenter, et qui n'est rien de plus qu'un sommaire. 1! faudrait, pour traiter ce curieux sujet comme il mérite de l'être, des développements numériques étendus, avec leurs

déductions et la citation des sources authentiques d'où proviennent les faits, détails dont nous avons dû nous abstenir ici. Cependant, nous espérons que, malgré notre extrême brièveté, les esprits studieux et intelligents discerneront , dans cette analyse, quels services la Statistique est appelée à rendre aux peuples qui feront, de ses opérations, un moven usuel de rechercher la vérité, el quelles habitudes de logique el de précision acquerront les affaires publiques, quand elles semut traitées avec le secours de termes numériques scrupuleusement exacts. C'est une impérieuse nécessité dans tout pays de libre examen ; car, ainsi que l'a remarqué l'illustre Goethe, non-seulement les chiffres gouvernent le monde, mais encore ils enseignent comment le monde est gouverné.

Page 1