‹ Éléments de statistique comprenant les principes généraux de cette science et un aperçu historique de ses progrèsChapitre 37 sur 56 · I — MO · texte numérisé non relu

I — MO

Ces chiffres sont plus nombreux que nous ne l'eussions voulu; mais on nous en pardonnera peut-être la multiplicité, eu considération de l'importance de leurs enseignements. Ils tracent l'horoscope des sociétés européennes, et réfléchissent l'image de l'avenir, dégagée des ténèbres par les lumières du présent.

Un fait frappant sort d'abord de leur tableau; t'est la diversité des termes de l'accroissement des peuples; sur viugl-uu on n'en trouve pas plus de deux qui soient semhlahlcs. On ne saurait produire un témoignage plus convaincant de la complexité des éléments dnnl se composent les sociétés modernes. Les naissances, la vie, la mort, s'expriment, dans chacune d'elles, par des nombres qui donnent, des proportions tout à luit diiféniitcs. Ainsi la féeoudilé des uénét'atiiins, leur durée, leur accroissement gradatif ne sont point semblables, et même varient dans des rapports singulièrement éloignés. Iles différences manifestent que l'état physique et économique de chaque pays, l'étal physiologique et social de chaque population se ressemblent bien moins qu'on ne l'imagine en remarquant

i(in^ [es territoires sont souvent continus et que leurs habitants paraissent de la même famille.

La Belgique, par exemple, qui est adjacente à la France, dont la population a la même origine, les mêmes institutions et beaucoup d'autres affinités, aeeroit annuellement le nombre de ses haliitants d'un sur GO. C'est une proportion dont la rapidité est triple de celle de la Francs, et qui la menace de voir doubler sa population eu l'espace de il ans. fin prenant des moyennes très-basses, ou Ironie qu'en 18S0 elle doit avoir sept millions d'habitants ou plus de i .00(1 par lieue carrée moyenne ; ce qui ne donne pas un demi-hectare à chacun pour toute chose : cultures, forêts, chemins, rivières et propriétés bâties. Encore n'est-ce là qu'une supputation très-réservée, car un calcul plus large promet à la Belgique G,000 habitants par lieue carrée. Or, il n'y a pas d'exemple qu'un peuple puisse subsister avec une telle accumulation d'hommes. L'Attique avait jadis 5,000 personnes par lieue carrée de sou petit territoire; mais Athènes était alimentée par son commerce, el dégagée par ses colonies, du Irop plein de sa population. De nos jours l'ile de Hé dont la surface n'est pas de quatre lieues carrées, a plus de 17,000 habitants, ou 4,100 pour chacune. Mais la moitié de celte population est composée de marins, qui séjournent bien plus souvent sur l'Océan (pie dans leurs foyers. Il faut essentiellement à la Belgique des ressour ces quelconques, qui lui permettent unetransmi-

«ration annuelle d'en vin m fiO,000 personnes ; mesure dont l'urgence ne peut souffrir aucun retard.

La Hollande et les Liât s- Sa ni es éprouvent un ac croissement de leur population presqu aussi uratul, et qui leur donnerait la triste expectative de la voir doubler en 42 ans, s'ils étaient bloqués, dans leur territoire, comme les provinces licites: mais la Hollande est comme l'Attique; elle est nourrie par son commerce maritime, qui, avec ses colonies, absorbe une partie de ses babitants. Quant à la Savoie et au Piémont, leur population est bien moins agglomérée, et d'ailleurs ses habitudes cosmopolites lui font trouver partout du travail et une nouvelle patrie.

La Norwége, la Pologne et l'Autriche ne possédant encore que la moitié des populations que leur sol peut faire subsister, le doublement qui en est promis en 50 ou 52 ans , n'a rien qui puisse exciter l'inquiétude. Il en est autrement de l'Irlande. Les moindres termes qu'on puisse assigner à l'accroisse menl de ses habitants, est un 72'; ce qui ne laisse qu'un demi-siècle à la période capable de conduire leur population à 14 ou 15 millions. En défalquant du territoire utile les hogs ou marécages, la population serait, en 18!)0, de 4,000 personnes par lieue carrée. Bien, parmi toutes les calamités qui affligent les peuples, ne peut égaler le malheur d'un tel avenir. L'ouragan des Antilles, qui renverse les villes, exerce sur les

;tl8 ÉLÉHEBTS DE STATISTIQUE.

campagnes une ventilation salutaire; il fait cesser l'infection des marais et arrête les épidémies dans leur cours meurtrier. — Le fleuve, dont les eaux débordées viennent de dévaster ses rivages, est à. peine rentré dans son lit, que déjà les blés verdoient dans les champs qui, In veille, étaient couverts de vingt pieds d'eau. — l'n peuple dont la patrie est envahie par des ennemis formidables, peut trouver son salut dans le courage et le dévouement des citoyens. — Enfin, les révolutions ellesmêmes, qui, pour rajeunir les nations, les baignent dans leur propre sang, sont des remèdes héroïques, dont le succès parvient, avec le temps, a faire oublier ou pardonner la violence. Il n'est point, comme on le. voit, de (léau, quelque terrible qu'il puisse être , qui ne soit accompagné d'une espérance et même suivi d'une eonsplatiou.

Il ne faut rien attendre de semblable dans les malheurs dont un pavs est accablé quand sa population excède les limites de la production possible de son territoire. Alors, le temps lui-même, qui guéi'il tons les autres maux de la société, ajoute chaque année à la détresse publique, en multipliant le nombre des habitants et en agrandissant le cercle de leurs besoins. Les subsistances devenant plus rares, leur prix s'élève; et les classes pauvres qui ne peuvent plus les acheter, sont réduites à vivre d'aliments malsains, qui affaiblissent leur constitution et joignent la maladie à la misère. Les salaires qui. dans la disette, devraient s'augmenter,

diminuent au contraire considérablement par la concurrence que se font les travailleurs, rendus plus nombreux par la nécessité de vivre. Kientot le frein des lois est impuissant pour détourner l'indigence de la voie du crime. j,a faim ne s'arrête plus devant le droit de propriété; elle ne recule point devant l'homicide; elle brave l'autorité publique et ses châtiments; cl l'intelligence populaire qui devait son ir i\ la prospérité sociale, n'est employée qu'à organiser le pillage, le meurtre et l'incendie.

Ce triste tableau est tracé avec des couleurs historiques. C'est la peinture ti dé le do l'Irlande, la plus belle des iles de l'Océan après laCrande-Hretagne. Sans doute une partie de ses souffrances proviennent du joug de fer qui pose sur elle depuis si longtemps, niais ses malheurs sont aggravés ut éternises par l'accroissement sans bornes de sa population , qui a déjà doublé trois fois de nombre en 150 ans, et qui menace de doubler une quatrième fois avant qu'un demi-siècle soit révolu*.

Assurément aucun des autres pays de i'Ijirope n'est dans cet état de délabrement ; cependant les cliili'res de l'accroissement de la population de plusieurs d'entre eux montrent évidemment qu'ils sont en proie à la même cause de ruine. Il ne faut

02 1,034,000 hab- 1712 2,01)0,000 — 1 792 4,088,000 — JS4J S,20S,000 —

i,OG.".,O0O en 20 ans. South.

2,000,000 80 Beauford.

4,117,000 40 lier. nff.

pas se faire d'illusion sur cette plaie de la société européenne : elle est incurable. Tous les moyens essayes, non pour guérir le mal, seulement pour le pallier, n'ont abouti qu'au désappointement. Les colonies d'indigents de la Hollande et de la Belgique ont disparu peu d'années après leur création. Les établissements anglais, à la Nouvelle-Zélande , à Sierra-Leonc, dans l'Afrique méridionale, sur la côte nord de l'Australasic, n'ont éprouvé que des revers. Ceux des Belges, sur le littoral américain, et les nôtres, aux Marquises et aux îles de la Société, ne peuvent échapper au même sort. Les transmigrations volontaires d'Irlande au Canada, n'ont produit aucun effet perceptible. L'invasion de nos départements du Nord, par les ouvriers belges, et celle des provinces occidentales de l'Angleterre , par les paysans irlandais , n'opèrent qu'un faible soulagement individuel, et n'exercent aucun bien général. Ces émigrations sont fort nuisibles aux. pays qui les reçoivent, et ne sont point, secourables aux pays d'où elles sortent *. Qu'est-ce donc que le départ de :i<> h 10, 000 hommes quand un ou deux millions surchargent la société? et quelle assistance la population peut-elle éprouver parce qu'un homme sur cent mille aura renonce librement à sa patrie. Remarquez que, dans ce cas, ce sont tou-

• 11 y a îàfi:m elviiiiiiiT.. ihins les kignes et li-s iiiiii-tiii* rrn- Irak'Mli- ik'tnilinii, rmuNininr- |mur rrimi'S |i;ir les enors d'assises; c'est 1 sur 18 détenus; savoir : dans les bagnes jSi, ou 1 sur 13; et liant les mil i «uns de détention 711(1, nu I sur 23.

<;h. x. — faits sociaux constatés. ItQI jours les gens d'élite, les travailleurs qui émigrent ; et que, derrière eux est laissée, dans l'abandon, la population improductive et nécessiteuse des vieillards, des femmes et des enfants.

Lorsque les peuples de l'antiquité é1;iieiil aflliaés (le eette funeste surabondance d'êtres humains, ils chargeaient sur leurs chariots leurs familles et un ajqirov isiounement de blé, qui put les nourrir pendant plusieurs mois , et ils allaient à la recherche (le terres vacantes, dont l'étendue et la fertilité promissent de satisfaire il leurs besoins. 1. 'histoire de

au nombre de 400,000, entreprenant ainsi de

Cette cruelle nécessité se reproduit, de uns jours, avec une fatalité pins grande encore, car il est imposable de la combattre par les mêmes moyens. On ne peut changer de place eu Europe, on ne peut y faire un pas sans trouver les clôtures de la propriété et les délimitations des États. Ce sont vraiment bien d'autres barrières que la grande muraille de la Chine. Si la Uelgique, qui est trop à l'étroit dans le lerriloire que la politique lui a fait, prenait seulement quelques arpents dans les hois déserts du Luxembourg, le monde serait mis en combustion par la diplomatie. 11 n'y a point, pour les transmigrations modernes, d'autre chemin que

' Lrs llclviitiens, C.-e». 1, I, f. 3ft. Les CiiiiUi-f», les TfiMim*, Mutant, île Marins.

dans un autre hémisphère, à la disLauci! des antipodes. C'est (lire assez que leurs projets soi il impraticables, car comment transporter si loiu de grandes populations? Chacun des 80,000 criminels que l'Angleterre a envoyés à lîotany-ISay, lui a coûte bien plus qu'il ne faudrait pour soutenir une nombreuse et honnête famille. Pour créer une population de 1,500,000 esclaves aux Antilles, il a fallu, pendant trois siècles, le contours de tous les négriers des marines de l'Europe , avec l'intérêt mercantile le plus stimulant qui ait jamais été offert au commerce, puisqu'il donne encore aujourd'hui quatre capitaux pour un, en présence des Hottes de France et d'Angleterre, combinées pour s'opposer à ce trafic odieux.

Il suffit de eel exemple pour montrer l'impossibilité de transporter, dans les contrées lointaines d'outre-mer, ies populations dont l'Europe occidentale esl surchargée et qui, d'ici à dix ans, s'élèveront probablement à vingt mi liions. Sans doule les mêmes obstacles ne s'opposent point à ce que ees populations s'établissent en Afrique, et qu'elles rélèvent les colonies romaines, depuis le SU jusqu'au Maroc, dans ees régions ,' qui n'attendent, pour redevenir fertiles, que le retour delà civilisation. Mais il faudrait, pour cette œuvre grande et bienfaisante, une entente cordiale, sincère et durable, entre les principales puissances du monde politique -, et quelque urgente qu'elle soit dans

- i'AHS SOCIALX I

cette questioD de vie ou de mort, i illusion que de tic pas en désespér.

l>u!atio

de 1 approvisionnement nécessaire, est une mesure encore plus politique qu 'économiqae , et plutôt destinée à rassurer les esprits qu'il pourvoir à la consommation. Toutefois, il est évident que si, au lieu de 1 ,300 personnes par lieue eaiTée, nous en avions eu 2,100, comme l'Angleterre, et la Hollande, la famine eût élé inévitable, puisque trois personnes auraient dù vivre de la part de deux. 11 est également certain qu'avec une population moindre d'un tiers , nous aurions encore été réduits à la famine, si nos cultures n'avaient rapporté que huit hectolitres parlieetare, eoinine sous Louis M V, au lieu d'en produire treize. M faut doue, pour arriver à l'équilibre qui résulte d'un heureux, ordre de choses, non-seulement que la population se maintienne dans une proportion rationnelle avec l'étendue du pavs, mais, de plus, que ses progrès soient suivis pas à pas par ceux de l'a -

griculture; condition qui implique la division des propriétés, puisque une grande production déi i l ini-i- 1 ip. api-'H, m » l... i. . i , , leurs champs un grand nombre de propriétaires. En Angleterre , où il n'y en a pas (100,000, il y a tant de terrains dcloumcs de la production alimentaire, que la quote-part de chaque habitant, dans le domaine agricole, ne s'élève pas à 30 ares; elle est, en France, de M ou presque triple.

Pour atténuer les mauvais effets de cette insuffisance, l'agriculture anglaise déploie une grande habileté ; mais ses efforts son! impuissants pour produire seulement les trois cinquièmes de la consommation du blé : il eu faudrait i8 millions d'hectolitres, elle n'eu peut donner que 27; et encore, la science qu'elle y met, rend-elle le pain si cher que les classes laborieuses sont presque constamment dans une cruelle disette. Cette déliasse parait d'autant plus grande cl plus extrairdinaire, qu'elle se montre au milieu de tous les raffinements de la civilisation, dans une société

(luire. L'une est la conservation ou même l'agrandissement de l'ancienne propriété féodale, dans un paysdnnl la population a décuplé depuis le temps de l'institution des liefs. L'autre est un accroissement prodigieux des classes indigentes, qui semblent d'autant plus prolifiques qu'elles sont plus misérables. On dirait vraiment qu'elles préparent, en su

multipliant, des projets de vengeante, tels que la guerre scrvile des Romains , ou l'insurrection sanglante des serfs de Gallicie.

Le phénomène de ce débordement de créatures humaines, vouées, des leur naissance, par la pauvreté et le malheur, à une mort prématurée, mérite que nous cherchions à tixer son origine en appelant, pour l'éclairer, le secours de chiffres historiques inédits.

La Statistique , en sondant la profondeur du

is chaque renijiifuvs

restait dor pulation .

dents dévoraient les hommes à mesure qu'ils surgissaient en ee monde , et ne laissaient rien de ' cette multitude qui, de nos jours, double en 50 ans les populations des Ktais européens. En voici des témoignages certains.

En 1328, sous Philippe de Valois, la France avait, d'après un état de subsides, 1, 500,000 feux, ou 1 0 millions d'habitauls. 472 ans après, en 1 700, sous. Louis XIV , un recensement t'ait connaître qu'elle eu possédait 10. 000,000. L'accroissement

annuel, comparé a la population moyenne, n'avait été que de 14,200, ou un sur 080; il devait être naturellement ciwi. à six fois aussi arand. L'extrême mortalité absorbait la différence.

En 1 570 , sous Elisabeth , l'Angleterre avait une population de ."> millions d'habitants. Lu I (iSH, sous Guillaume d'Orange, elfe eu comptait ,">,.">OI),000. L'accroissement n'avait été, pendant celle période de 1 18 ans, que de 4,300 chaque année, ou un sur 1220. 11 était moindre de moitié que celui de la France. Au m" siècle, nous le verrons devenir 21 fois aussi grand. La révolution, qui deiiira le pays de la dynastie îles Siuarls, opéra un grand changement dans la population de l'Angleterre; clic lui donna plus de liberté, de sécurité, d aisance, et son accroissement tripla. C'était encore bien peu, car il n'excédait pas 12,000 personnes par an, ou un sur 447. Ce terme fut celui du temps de la reine Anne; et quoiqu'il soit sextuplé aujourd'hui, il ne doit pas nous surprendre , puisque c'est celui qui nous est donné pour ja France, sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV, pendant une période de 71 ans.

Sous la domination des trois Georges , l'accroissement s'augmenta irrégulièrement , selon les événements, variant entre un sur 245 et un sur 1 15; mais tout à coup il retomba à la proportion des temps désastreux, entre 1790 et 1 801 , pendant la guerre acharnée et chanceuse que la République française lit a l'Angleterre. Pendant cette ère de batailles na-

vak'h auss.i terribles pour les a iiittqm-ia'n que pour k s v aincus", il ne resta annuellement au pays qu'un excédant de 19,700 personnes, au delà dis décès. C'était la même proportion d'un sur i i.ï, qui a*ait eu lieu lors des campagnes de Marlboroug contre Inouïs XIV; et le peuple anglais paya exaclemciil au même pri\ que les lauriers de ISIcnheim le ministère de William Pilt. Il faut toutefois reconnaître que les succès de l'Immuif d'Ktal surpassèrent immensément ceux de l'homme de guerre. On peut même dire qu'aucun souverain n'exerça sur l'Europe une influence aussi grande, aussi prolongée et, en même temps, aussi désastreuse. Le système de l'itt remua le monde, comme s'il eût été le levier d'Archimède. C'est l'argent qui lui servit de point d'appui ; mais il fit payer cher à son pays la force qu'il en obtint. 11 endetta l'Angleterre de neuf milliards et demi , pendant les guerres contre la République , et de 24, pendant celles de l'Empire, non compris un milliard et demi de papier-monnaie. C'était 34 fois le revenu de l'État sous Georges III, et 200 fois celui de son prédécesseur. Pour tirer du peuple une si prodigieuse richesse, il fallut, par mille artifices, lui arracher jusqu'à son der-

* Dans la bataille natale du 13 prairial an II (IO Juin 1*94} le raisseau le Jemnwpe, i liiirtl duquel l'auteur clait artilleur, eut 600 bummes tues ou blessés il mort, sur I00O hommes d'équipage et de garnison. Il n'avait pas 100 hommes capables de faire la mana-tivri' lorsqu'il arriva devant Bi i'si, sans mât*, sans gomernail et près de couler bas. Eu rentrant a Portamouth, la flotte anglaise était dans le mfime état.

328 ÊLÉME5T8 D£ STATISTIQUE.

nier scheUing, engager éternellement son avenir, et qui pis est, réduire les classes inférieures à la plus cruelle misère, celle qui n'a d'autre ternie que la mort. 11 fallut, pour alimeuter cette multitude, créer une liste civile des pauvres, qui s'élevait, en I $22, ii 222 millions de francs. Les documents parlementaires énuméraienl , en 1803 , par localités , 1,041,000 indiucnls soldés, qui faisaient un huitième de la population. Encore cette proportion était-elle doublée , dans plusieurs provinces , et les pauvres officiels s'y élevaient- ils au quart des habitants. On calculait qu'il y- avait :

Dans le Wiltshire. . . un pauvre stipendié sur 4.38 hab.

— le Berkshire. . . un — 4.91

— roifordshire. . . un — 5.07

— le Buckinghamsliire un — 5.58

Le temps, qui adoucit les malheurs des hommes, n'a pas eu le pouvoir de cicatriser ces plaies douloureuses ; et la détresse des prolétaires s'est perpétuée, malgré une longue pai\, jusqu'à ce jour. En 1837, Ira paroisses de Londres avaient à leur charge 77,18li pauvres patentés, ou le 20 e des habitants de la capitale, non compris aucun des indigents, qui n'étaient pas reconnus comme tels, et qui auraient doublé celte population. Il y avait, parmi les premiers seulement :

13,972 individus atteints de la lièvre intermittente i sur 5.5 7,017 — de la fièvre continue 1—11.

'5,632 — du typhus 1 — 14.

On comptait donc 37 personnes sur cent, atta-

quées par ces maladies, exclusivement, à toutes les autres. Aussi, dans les paroisses de la métropole , habitées plus particulièrement par les pauvres, la mortalité était-elle du quadruple de celle du reste de la ville.

Dans la plupart des grandes cités de l'Angleterre , les loyers étant d'un prix trop élevé pour les ouvriers, ce sont les caves qu'ils habitent. A Liverpool, un septième de la population demeure dans 7,862 caves. A Manchester, un huitième des ouvriers n'a pas d'autre asile. A Glascow, c'est également la retraite de ;!0,00l) journaliers irlandais. En 1837, la lièvre ayant atteint cette colonie, il mourut 21 ,800 personnes ou 72 sur cent. On voudrait pouvoir dire que ce fut une année malheureuse, mais les mêmes faits se reproduisent continuellement. De 1838 à 1844, sur un nombre moyen de 21,152 enfants au-dessus de cinq ans, recensés à Manchester, il y eut une mortalité de 20,726, causée par Sa mauvaise nourriture , l'air vicié des logements, la malpropreté, et surtout l'usage meur trier d'empêcher les cris des enfants, et de se délivrer du soin de les garder, en leur administrant des narcotiques.

Tant de causes de mortalité réunies sembleraient devoir diminuer la population. Loin de produire cet effet, elles fout de la vie une sorte de jeu ef- •fréiié , dans lequel , à force de multiplier les chances, on obtient le triste avantage de faire excéder le nombre des morts par celui des vivants. Plus la

misère est grande, plus cet excédant s'aecroît et plus la société est surchargée d'êtres humains, qui sont pour elle un fardeau , et qui , tût ou tard , dev iendront un danger. On conçoit mal d'abord comment cette foule affamée , maladive , émaciée , peut s'abandonner il un tel penchant , au lieu de concentrer toutes ses facultés dans la recherche des moyens de subsister. On s'étonne de voir sortir, d'une pareillesourcc, une surabondance d'hommes trois <i quatre l'ois aussi grande que la reproduction ordinaire des peuples qui vivent dans l'aisance domestique, au milieu de tous les biens de la civilisation. On est tenté de révoquer en doute la possibilité de ces effets de la misère puhlique , qui , a la fois, décimenl U s populations et doublent le nombre des individus qui les composent. C'est cependant un phénomène social dont ou ne saurait douter; et l'Angleterre, comme l'Irlande, eu fournit, dans sa Statistique, des témoignages irrécusables.

Dans la dernière moitié du w nr siècle , lorsque sa situation était analogue à celle de ia France, l'accroissement décennal de ses habitants ne différait pas essentiellement du nôtre. Jl fut diminué énormément, de 1 700 <i I &0l , par les pertes de la guerre ; mais, dans la période suivante , entre I HO 1 et I8U , l'Angleterre étant réduite aux dernières extrémités, privée de numéraire, de commerce , de subsistances, payant le blé 50 francs l'hectolitre, par un terme moyen , et nourrissant !)7 1 ,000 fa-

milles de pauvres, il se iit alors une révolution sociale fort étrange et dont l'histoire n'offre sans doute pas un autre exemple. Les prolétaires, sous l'excitation de la loi qui les stipendiai!, commencerait à se multiplier prodigieusement ; et ils ont continué de le faire jusqu'à présent, malgré même les restrictions tardives apportées à ce fatal système de charité. On pourra juger de l'étendue et de la persistance de ce (léau, par le. tableau suivant, qui montre l'accroisse ment de !a population de l'Angleterre, depuis le coin menée me rit de ce siècle.

Périodes. Pop. moy. un. Accroiis. non. Rnpp. propurt.

1801 o 1NI1 l J,fl17,l)00 129,100 1 sur 75 habit.

lïn40ans. 11,080,000 173,135 1 sur 68.

Ainsi, pendant celle longue période, de quarante ans, l'accroissement de îa population de l'Angleterre, comparée au nombre moyen, annuel de ses habitants, a été d'un individu sur 68. C'est presque trois fois celui de la population de la France, pendant la même étendue d'années. Maintenant , l'Angleterre doit posséder 17 millions d'habitants, ou cent pour cent de plus qu'en 1801.

I* gouvernement anglais , justement alarmé de, cette invasion menaçante , a pris de nombreuses mesures pour en diminuer les effets ; il a ouvert à l'émigraliou : le Canada, la IVouv'elle-Keosse, l'Afrique méridionale, le Honduras; il a même favorisé

ït.'f'J ÉLÉME.M'S DL STATISÎTQL E.

celle aus États-Unis. Rien n'a réussi; l'accroissement gagne de plus en plus , comme une inondation désastreuse ; et M. Farr vient de calculer qu'en 1851, le Royaume-Uni sera peuplé de plus de 30 millions d'habitants, ce qui élève à trois millions l'accroissement naturel de dix années. C'est un homme sur neuf.

11 est évidemment impossible que la production des terres, les débouchés extérieurs pour l'industrie manufacturière , la fortune publique et jusqu'aux établissements religieux , charitables, répressifs s'agrandissent dans cette énorme proportion ; et il faut avouer qu'il y a, dans cette funeste multiplication de l'espèce humaine, une cause de ruine entièrement nouvelle pour les contrées de l'Europe moderne, et bien plus redoutable que tous les autres désastres . puisqu'on n'a aucun moyen de la prévenir ou de la détourner.

A quoi tiennent cependant les destinées des nations! Si l'illustre Fox fût resté dépositaire du pouvoir, le germe de ces maux ne se serait point développé; mais son rival l'emporta, et lit régner sur l'Angleterre son dangereux système. Depuis soixante ans, deux générations d'hommes d'État, admirables par leur talent , leur caraetère et leur courage, ont pris ce système fatal, pour but de leurs nobles et patriotiques efforts, l'une en l'attaquant, L'autre en cherchant à arrêter les calamités dont il est la source. C'est par leurs soins réparateurs que la taxe des pauvres a été réduite à moi

tié ; — les maisons de travail organisées ; — l'émigration rendue moins difficile; — les luis céréales abolies;— les objets de consommation dégrevés; — la contribution foncière établie ; — et la Chambre des communes réformée.

Votre plus respectueuse -vénération est due aux auteurs de ces lois bienfaisantes ; mais, nous le disons à regret . ces remèdes n'agissent qu'a\ec une lenteur désespérante: ils n'empêchent de s'accroitre ni la population ni la misère des classes inférieures; et l'on peut croire, non sans raison, qu'ils sont impuissants pour guérir la gangrène profonde, qui. sous le régime des \ieillcs institutions de l'Angleterre , continue de ronger le corps social. Quelles que soient les modifications partielles qu'ils ont produites, comment espérer' qu'on puisse occuper sans cesse et faire vivre de son travail , cette tourbe de prolétaire» des fabriques, qui n'était, en 1 800, que de la moitié de la population, et qui, maintenant, en forme plus des trois quarts? — Comment arrêter la désertion des campagnes dont les ouvriers étaient à ceux des villes, en 1790, comme deux sont à un. tandis qu'en 18 i I ,e 'était déjà l'inverse? — Comment repousser de l'enceinte de Londres, ces hordes de provinciaux, qui viennent v chercher à gagner leur v ie, et. qui, en 10 ans, en ont doublé la population, l'élevant à la proportion monstrueuse du septième des habitants de l'Angleterre'* — Comment rétablir la famille avec sa surveillance, ses radi lions, ses bons exemples, parmi lous ces ou- *9.

vriers isolés, abandonnés à eux-mêmes dès leur enfance , et entraînés à mal faire par leur inexpérience ou par la contagion de la perversité? — Comment éviter la promiscuité des soses et des âges, dans les caves où se blottit celle mallieurcuse population, dans 1rs échoppes ;ï genièvre OÙ elle va > 'enivrer, dans les fabriques où elle est à rangs serrés , et surtout dans les mines où travaillent pêlemêle, hommes, femmes, enfants, réduits, par la chaleur de ces lieux souterrains, à ne porter absolument aucun vêtement? — Comment net lover les cloaques de cette vaste llabylouc, qui renferme, dit-on, 80,0(10 femmes publiques, parmi lesquelles, si l'on en croit la Société formée |>our donner un asile aux jeunes tilles, se trouvent 14,000 prostituées au-dessous de quinze ans, et même un grand nombre, qui n'en ont pas douze? — Comment surtout remédier à l'ai) ru tisse ment que causent la misère et l'usage des liqueurs alcooliques, et dont le premier elfet est d'ôter à l'homme , toute prévoyance du lendemain , toute retenue dans ses instincts égoïstes cl grossiers et même toute affection pour ses propres enfanta qu'il multiplie a outrance, comme s'i! s'agissait de repeupler la terre après le déluge?-— Comment enfin restreindre celte funeste multiplication, qui est passée dans les habitudes populaires et qui est érigée en devoir social et religieux, lors même que l'enfant qui va naître n aura pour gite qu'un terrier, pour nourriture, que le seiu desséché d'une femme malade, poux

apaiser ses cris, qu'un poison stupéfiant; et, s'il échappe à ia mort , un travail, à l'âge de cinq ans, de quatorze heures par jour, au fond d'une mine de houille ou dans l'atmosphère empestée d'une boyauderie?

11 faut l'avouer : aucun fléau n'égale celui d'un accroissement désordonné de la population. C'est une source intarissable de calamités. Mais, n'oublions pas que la bienfaisance a des inspira! ions imprévues pour calmer les douleurs de l'humanité. Jamais assurément elle ne pourra trouver un ohjcl plus digue de ses pieux efforts.

Quand on rapproche des chiffres qui expriment l'accroissement de la population de l'Angleterre, ceux fournis, pour les mêmes périodes, par la Statistique de la France, on trouve des différences extraordinaires et d'autant plus frappantes qu'elles se produisent à l'égard d'un phénomène naturel et social, commun à deux pays, dont les affinités sont grandes et nombreuses. On en pourra juger par le tableau suivant, qui éuumère l' accroissement de la population de la France, depuis le commencement de ce siècle.

1801 à 1811 36,330,000 174,373 1 sur 262 bat).

Page 1