‹ Éléments de statistique comprenant les principes généraux de cette science et un aperçu historique de ses progrèsChapitre 4 sur 56 · CH. I. — OBJET DE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

CH. I. — OBJET DE LA SCIENCE

Il n'y a pas, dans notre Europe, si Itère de sa civilisation, un seul Éfat dont les provinces puissent clrr rangées ainsi, d'après (les données statistiques qui fassent connaître la prééminence de leur pro duction ; ce qui montre que nos connaissances des choses les plus essentielles il ont pas fait des pro gtvs aussi rapides qu'on l'imagine communément. La France seule sait positivement quelle csl, par départements, eu quantité et en valeur, sa production agricole ordinaire; elle apprendra, celte année-, quelle est sa production industrielle dans un quart de son territoire ; mais elle est encore loin de l'achèvement de cette deruière entreprise, qui est exposée à bien des chances.

Un autre peuple asiatique, qui a failli prendre place parmi nos aïeux, cultivait la Statistique, avec un grand succès, il y a plus de mille ans. Les Arabes, lorsqu'ils se furent emparés de l'Espagne, chargèrent leurs savants de dresser la Statistique de cetle belle conquête. Ça 721 , El Samali, qui était Vali ou vice-roi de la Péninsule, envoya au Calife un tableau détaillé du pays, de ses côtes, de ses rivières, de ses villes, de sa population et de ses revenus*. On trouve dans les auteurs arabes une multitude de données numériques, qui prouvent que les Manns sa\aient parfaitement le nombre des habitants de chaque ville, la quantité des fabriques de chaque sorte , le chiffre des ouvriers

' rj.mk, Histoire Ui ilnminntiun, itr.

nhrc des livres des l»i «lions qu'on s'estimerait heu-

Staiisl U|uc de leur «i„le Kmpiiv, quand lïÀm.pe n'était encore qu'une région sauvage. Mais voici mie raee d'hommes, qui, depuis l'origine des choses, était séparée de l'ancien Monde, et qui surgit tout à coup av ec ses arts libéraux , sou agriculture perfectionnée, ses industries surprenantes, ses inventions qui ne doivent rien à noire hémisphère, f.es deux premiers peuples de cette raee nouvelle, les Mexicains et les Péruviens, possédaient des notions étendues et variées sur la StatiBtiqne, et en

' Les Chinois ai aient, lt>[i^tc<U|is ai mit mitre cee , In luMis- ,-olc, la |H)ll(!ri: à ['riniin, les feii\ d'artilite, lis a'Ti.slals, l'hydiaiili(|Uc. la liicliy-ra|>liiis la [luteric cillaillée, la ixirc'-lairie, l.i faiirioarii.il du lonv , I.) Idatnrc ci !i' tis«i!([! du lin ni de la

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faisaient des applications usuelles yn\ besoins de leur pays et à la politique de leur gouvernement « L'Empereur du Mexique, Montezuma, dit l'historien Herrera, avait cent grandes villes, capitales d'autant de provinces dont il recevait les tributs et où il avait des gouverneurs et des garnisons. « — - Il connaissait parfaitement, ajoute Cortès dans la première de ses lettres à Charles-Quint, l'état des finances de suit Empire, et il l'avait trace, avec beaucoup d'autres choses, en caractères distincts et intelligibles dans des registres peints*. -

A l'autre extrémité de ce vaste continent de l'Amérique, qui oecupe l'un des deux hémisphères du globe et s'étend pour ainsi dire d'un pôle à l'autre, étaient les IVnniens, qui, confinés entre la liante chaîne des Andes et le grand Océan, n'avaient encore communiqué avec aucun peuple civilisé , lorsque Pizarre découvrit leur Empire et le subjugua. Ce pays nouveau , qui ne tenait ses traditions d'aucun autre, possédait une Statistique aussi complexe que la meilleure que nous ayons aujourd'hui. Et cependant, ce peuple n'avait pour moyens d'écrire et de calculer que des cordons de différentes couleurs, noués et combinés diversement, (iarcilassn do la Véga et les autres historiens de la conquête rapportent que les Péruviens se servaient de ces cordons, nommé-; Qui pus dans leur langue, pour faire et con-

' Ilem'ia.l. 7,e. 7.Hern. Unités. l.eliA 4 . p. ;i3..1t><w|ili Aciwla, 1. <i, c. 8.

server les comptes les plus compliqués et les ])lus étendus. Ils en faisaient usage pour connaître la population par localités, par sexes, par âges et même suivant les conditions civiles; — pour constater le nombre des naissances et des décès ; — pour énuînérer les gens de guerre de chaque province, les munitions, les approvisionnements et les autres éléments de l'administration civile et militaire; détails numériques qui n'ont encore été recueillis que dans une partie dcsKtatsdel'Kuropedu MX'sièclc*.

tes exemples et beaucoup d'autres que nous exposerons ailleurs, prouvent incontestablement que la Slaiistiquc exisle de lemps immémorial, quoiqu'elle soit restée une science sans nom, de même que rKcnuomic politique, la Zoologie, la Géologie cl tant d'autres connaissances humaines du premier ordre. C'est parée qu'elle est une nécessité publique de tous les siècles et de tous les pavs que ses opérations principales sont pratiquées depuis trois à quatre mille ans par les principaux peuples civilisés du globe.

Cependant, il faut le reconnaître, on s'est presque toujours servi de cette science empiriquement, l'appliquant selon le besoin des occurrences, sans la définir, sans limiter ses attributions, sans classer, selon leurs ailinilés, les objets qu'elle embrasse, et sans rechercher quelle méthode elle doit suivre;— quelles opérations composent ses investigations; — quels moyens lui sonl départis pour constater par

des chiffres, chaque fait social, qui importe aux intérêts du pays; — quelle disposition et quel enchaînement de termes numériques rendent plus évidente dans ses tableaux, la certitude des choses; — quelles épreuves peuvent faire distinguer dans ses matériaux les chiffres vrais des chiffres défectueux ou trompeurs; — quels avantages lui sont donnés par l'usage du langage des chiffres et celui des analyses numériques introduits dans les transactions civiles, administratives et politiques: — {nielles erreurs sont mêlées à ses vérités, et comment on peut se défendre d'être trompé par cette alliance; — quels obstacles sont suscités a ses trav aux par l'ignorance, qui lui nuit encore moins quand elle la décrie que lorsqu'elle prétend la seconder; — par l'incurie dont ses exigences t rouillent le repos; — par les intérêts qui s'alarment de ses lumières; — par l'esprit de système, qui mesure à faux poids ses appréciations; — et par mille circonstances fortuites qui s'opposent au succès de ses opérations, ou qui, tout, au moins, les rendent laborieuses et pénibles.

Ces questions devant donner par leur solution les éléments constitutifs delà science, il est vraisemblable de croire qu'elles ont été examinées, approfondies et résolues dès longtemps, et que si l'antiquité ne s'en est pas occupée, du moins notre siècle investigateur en a fait l'objet de ses recherches. Ce serait une grande erreur que d'imaginer qu'il en est ainsi. Ces questions n'ont pas même été posées; et jusqu'à présent on a presque toujours considéré la Statistique comme une science qui se révèle in-

luithement à des adeptes, au lieu de ia reconnaître pour une science qui, comme les autre* connaissances humaines, ne s'acquiert que par l'étude, la pratique et l'enseignement. Ou s'est trompé sur sou origine; ou l'a définie incomplètement; on n'a point décrit le système de ses opérations; ou n'a jamais soumis ses méthodes à une critique éclairée; enfin, ses éléments épars n'ont pas encore été rassemblés , éiuimérés et groupés rationnellement comme l'exigent les lois de la logique.

! il devoir officiel nous a prescrit de remplir, autant du moins qu'il est en noire pouvoir, ces latracé les pages suivantes, en nous prévalant de l'expérience que nous ont donnée quarante ans de

l'autorité publique, pour le service du pays. ".

Mous nous sommes proposé personnellement, dans ce travail :

D'éviter au* jeunes statisticiens l'incertitude de la route qu'ils doivent choisir dans leurs premières entreprises-;

De stimuler le zèle de ceux qui , habitant quelque ville du dernier ordre, ou même des commîmes rurales , croient n'y pouvoir produire aucun Irai ail statistique, tandis qu'ils ont il leur disposition les archives du lieu, les registres de l'état civil, les mercuriales des marchés et autres documents dont les chiffres sont dignes d'intérêt ;

* Voir la noie à la lin du vuluiliï.

CH. I. — OBJET IIF. LA SCIENCE. l'J

D'appeler à concourir, dans les départements, aux. recherches statistiques qu'on y fait ou qu'on y projette, les dépositaires d'anciens manuscrits contenant des ternies nuinériq lies sur une multitude de sujets importants et curieux , notamment : des observations météorologiques, lies tables de salaires a des époques reculées, les dépenses de l'éducation dans les collèges , les assurances, les arrangements pour les fermages, les prix (les transports d'autrefois et la durée des vovages,les piges des laboureurs et (les artisans à diverses époques, et beaucoup d'autres explorations statistiques particulières, qui ne peuvent être faites par l'autorité ;

De tenir en garde les puMicistcs contre les chiffres d'uni' origine inconnue, contre ceux, laits par le liesoin des circonstances , et contre les compilations statistiques, publiées en vue d'un lucre mercantile, et qui outragent à la fois la science et. la vérité ;

De montrer avec quelle unanimité les gouvernements les plus éclaires de l'I-'urope protègent aujourd'hui la Statistique, et se servent usuellement de ses travaux, pour diriger les opérations administratives et politiques;

Et, enfin, d'entretenir l'espoir qu'elle méritera de plus ou plus ses succès, et l'honneur de participer aux affaires de l'Étal, non -seulement par lapins grande rectitude de ses chiffres, mais encore par l'élévation du caractère de ses œuvres, qui doivent être inspirées par l'amour du bien public, et contribuer efficacement à l'amélioration du sort de l'humanité.

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