A LA
CONSTATATION NUMÉRIQUE DES FAITS NATURELS ET SOCIAUX, HISTORIQUES ET CONTEMPORAINS.
La Statistique exige des travaux difficiles, mais surtout étendus, multipliés et persévérants.
Une expérience séculaire prouve incontestablement que ces travaux sont indispensables à l'administration et au gouvernement des pays civilisés. C'est beaucoup sans doute qu'ils puissent servir utilement de si grands intérêts; mais s'ils ne s'appliquaient pas à d'autres objets, les préventions du vulgaire, qui les regarde comme des calculs d'arithmétique politique à l'usage exclusif du Pouvoir, seraient en partie justifiées; et la science se réduirait aux opérations nécessaires pour établir les impôts, lever les contingents militaires, tarifer les marchandises importées et exportées, énumérer les cas de répression judiciaire et supputer au budget les besoins des services publics.
L'horizon de la Statistique est beaucoup plus vaste ; il embrasse une foule d'autres objets importants et variés ;
et son exploration peut conduire à l'acquisition des connaissances les plus essentielles aux progrès de la société. Il faut, il est vrai, pour y parvenir, rechercher, recueillir, agrouper et interroger une immense multitude de chiffres, enfouis et comme perdus dans les papiers d'État, les mémoires académiques, les annales et les lois des pays étrangers, les relations des voyageurs anciens et modernes, les œuvres des historiens, enfin des documents sans nombre, écrits en différentes langues et dont beaucoup sont rares ou d'un difficile accès. Il faut, de plus, après avoir rassemblé ces matériaux, les classer, les choisir, les vérifier les uns par les autres ; les traduire, et transformer en mesures métriques et en monnaies décimales toutes ces mesures et ces valeurs dont l'expression varie à l'infini. Les tableaux réguliers des nombres obtenus par ces moyens permettent d'arriver à des résultats intéressants, curieux, authentiques et la plupart inédits ; on peut, avec leur secours, traiter les plus grandes questions de l'Économie politique et sociale.
Ces questions posées comme des problèmes de mathématiques, sont résolues par la logique des chiffres, avec une certitude propre à satisfaire les esprits les plus rigoureux. Leur ensemble, quelque complexe qu'il soit, se divise naturellement en deux grands* sujets d'étude, dignes d'occuper les hommes, qui, pour servir leur pays et l'humanité, veulent pénétrer les mystères de la science.
Le premier a pour objet : l'Homme. C'est la Statistique de la Vie humaine.
Le second : les Hommes. C'est la Statistique de la Société.
STA'l ISTIQUE APPLIQUÉE. J 87
On ne saurait trouver assurément aucune investigation dont le sujet mérite mieux les méditations des esprits sérieux dont s'honore notre siècle. Pendant de bien longues années, nous avons travaillé à rassembler et élaborer les éléments numériques, qui doivent servir de base à ces études. Mais la fortune a mal favorisé nos efforts; et nous devons nous borner à tracer seulement ici l'Épitome d'une œuvre, qu'exécuteront sous de meilleurs auspices, des publicistes plus heureux que nous. Ceci n'est donc rien qu'un exemple des enseignements qu'on pourrait puiser dans la Statistique, traitée au point de vue élevé de la philosophie des sciences.