LES ENFANTS LÉGITIMES
Les enfants nés sous la protection du mariage, forment la grande masse de ceux, qui renouvellent, chaque année, la population. Il y en a maintenant 927 sur 1,000 naissances ; ce qui en laisse 73 seulement pour celles des autres enfants.
Cet ordre de choses constitue la famille, et c'est le plus favorable possible à l'État social. Cependant il n'en faut pas conclure qu'un autre très-différent ne peut pas exister. Nous avons habité des pays où le mariage est étranger aux neuf dixièmes de la population, ce qui n'empêche pas la fidélité conjugale d'être aussi commune qu'en Europe, et la tendresse maternelle d'être tout au moins aussi dévouée. Tl n'y a jamais d'infanticides ni d'enfants abandonnés dans ces pays, où le mariage est une rareté.
Si l'on recherche quel est le rapport du nombre des naissances annuelles des enfants légitimes et de celui des femmes mariées, constaté par les recensements, on est conduit aux résultats suivants.
Femmes Naissances Leur rapport mariées, d'enf. légitimes, aux femmes mariées.
1801... 6,372,057 875,996 1 naiss. sur 7.2
Ainsi la fécondité des mariages, diminuée lors des grandes guerres du Consulat et de l'Empire, s'augmenta lors de la paix ; mais, depuis 1821, elle a décru progressivement, et, au lieu d'une naissance sur 5.8 femmes mariées, il faut maintenant deux femmes de plus pour produire autant. Il suffisait, il y a 30 ans, de 11 ou 12 époux, pour donner un nouveau né, il en faut 15 à présent tout au moins. Malgré l'accroissement de la po-
pulation, il ne naissait que le même nombre d'enfants légitimes en 1840 qu'en 1809; — en 1847 qu'en 1818, — et en 1850 qu'en 1815. Il en résulte qu'au milieu d'une masse d'habitants, qui s'augmente par degrés, le nombre des enfants légitimes devient de moins en moins grand comparativement à cette masse. C'est ce que témoignent les chiffres ci-après :
Population
Naissances
Leur rapport
recensée.
d'enf. légitimes.
à la pop. totale.
habit. 862,053
1 sur 31.70
On voit qu'en l'espace d'un demi-siècle le nombre des enfants légitimes comparé à la population, a diminué de près d'un quart. Il faut à présent personnes 8 de plus qu'en 1801, pour obtenir annuellement un nouveau-né.
Ce décroissement considérable est attribué :
lo A l'atténuation de la fécondité des femmes mariées; 2° A la diminution du nombre des mariages, eu égard à la population ;
3° A l'accroissement du nombre des enfants naturels.
Le tableau suivant exposera ces résultats sous un autre point de vue, et énumérera les enfants légitimes nés pendant un demi-siècle , avec leur proportion au nombre moyen des habitants par chaque période quinquennale.