‹ Éléments de statistique; principes généraux de cette science, sa classification, sa méthode, ses opérations, ses divers degrès de certitude, ses erreurs et ses progrès; avec son application à la constatation des faits naturels, sociaux et politiques, historiques et contemporainsChapitre 16 sur 72 · NOMBRE DES NAISSANCES AVANT LA REVOLUTION · texte numérisé non relu

NOMBRE DES NAISSANCES AVANT LA REVOLUTION

Naissances. Rapp. à la population.

sur 25 habitants.

Années.

iG -

Ces rapports généraux des naissances totales à la population de la France, avant la Révolution, justifient complètement les supputations des publicistes contemporains, qui leur attribuaient les termes suivants :

1762 D'Expilly..

1766 Messance..

1783 Monthyon..

1784 Necker

1784 à 1787 Pommelles.

naiss. sur 25 habitants.

Un fait général ressort de ce chiffre, c'est que la société dont ils représentent le mouvement, ne ressemblait point à la société actuelle. On pourra s'en convaincre, lorsque nous produirons pour les 50 années du commencement de notre siècle, les nombres qu'expriment les mêmes mutations. Nous nous bornerons ici à remarquer qu'en France à la fin du règne de Louis XV et pendant les onze premières années de celui de Louis XVI, le nombre annuel des naissances était énorme ; il était alors aussi grand ou plus grand pour une population de 23 à 24 millions que maintenant pour une de 33 à 35. Par exemple, en 1778, il naquit 998,191 enfants, terme qui n'a jamais été atteint depuis 1801. Le maximum des naissances de cette période ne dépassa pas, en 1826, 992,266; et cependant, à cette dernière époque, il y avait 31 millions et demi d'habitants, tandis qu'à la première on n'en comptait que 24,600,000.

En 1777, le rapport des naissances à la population fut d'une sur 24, comme dans les provinces du royaume de Naples. Dans son minimum, il était alors d'un sur 26, comme en Russie et dans la monarchie Autrichienne. Il y avait généralement 4 naissances sur 100 personnes; il n'y en a plus aujourd'hui que 3 ; et conséquemment la fécondité était il y a 70 à 80 ans plus grande d'un tiers qu'aujourd'hui.

Une deuxième série des mouvements de la population de la France s'étend depuis le commencement du siècle jusqu'à une époque récente. Ses éléments primitifs sont les relevés des actes inscrits sur les registres de l'état civil de chaque commune. Malgré les imperfections, qu'on

lui reproche, cette collection est encore la première, de toutes celles existant en Europe.

Pour diminuer rétendue de rénumération des naissances, nous n'en rapporterons ici que les moyennes décennales,

NAISSANCES TOTALES DE LA FRANCE, RESUMEES PAR MOYENNES QUINQUEN- NALES, AVEC LEUR PROPORTION A LA POPULATION MOYENNE DE CHAQUE PÉRIODE.

I»*e Période. Louis XV. Monarchie ancienne.

1771 à 1775.— 23,655,000 habit., 918,664 naiss., 1 sur 25. Ile Période. Louis XVI.

1776 à 1780. — 24,802,000 habit., 963,207 naiss., 1 sur 25.75. IIIe Période. Louis XVI. Continuation de son règne.

1781 à 1785.- 24,850,000 habit., 964,924 naiss., 1 sur 25.75. IVe Période. La Révolution.

1789 à 1801. — 26,263,000 habitants.

Ve Période. Consulat.

1801 à 1805.—- 27,351,000 habit., 912,260 naiss., 1 sur 30. VIe Période. Empire. Napoléon.

1806 à 1810. — 28,000,000 habit., 922,000 naiss., 1 sur 30. VIIe Période. Empire. Continuation de son règne.

1811 à 1815. — 29,446,000 habit., 930,700 naiss., 1 sur 32. VIIIe Période. Restauration. Louis XVIII.

1816 à 1820. — 30,125,000 habit., 955,107 naiss., 1 sur 32. IXe Période. Continuation du même régne.

1821 à 1825. — 30,967,000 habit., 971,560 naiss., 1 sur 32. Xe Période. Charles X.

1826 à 1830. — 32,026,000 habit., 976,700 naiss., 1 sur 33. XIe Période. Révolution. Louis-Philippe.

1831 à 1835. — 32,055,000 habit., 974,956 naiss., 1 sur 33. XIIe Période. Louis-Philippe. Continuation de son règne.

1836 à 1840. — 33,885,000 habit., 968,800 naiss., 1 sur 34.

XIIIe Période. Louis-Philippe. Continuation de son règne.

1841 à 1845. — 34,865,000 habit., 980,478 naiss., 1 sur 35. XIVe Période. Louis-Philippe. Révolution.

1846 à 1850. — 35,591,000 habit., 960,101 naiss., 1 sur 37.

Le fait capital établi par ce tableau, c'est la diminution progressive du nombre des naissances, proportionnellement à la population. De 1771 à 1850, en l'espace de 80 ans, ce nombre a décru de la moitié de sa quantité primitive; il était en moyenne d'une naissance sur 25 habitants, il a descendu, de 1846 à 1850, à une sur 37 personnes. Il faut remarquer que dans ce dernier calcul, les enfants mort-nés ne sont pas compris, mais il y a toute raison de croire que dans le premier ils ne Tétaient pas non plus, puisque Ton comptait le nombre des naissances par celui des baptêmes.

Ainsi Ton ne saurait douter que la fécondité des populations ne décroisse en raison des progrès de leur richesse, de leur bien-être et de leur civilisation. Par cet effet, la valeur individuelle de Fhomme, s'accroît énormément ; et les publicistes anglais, qui naguère affirmaient, que, dans les pertes de la guerre, le dommage à nombre égal, était bien plus grand pour les alliés que pour la Russie, avaient parfaitement raison. Nos chiffres le prouvent complètement.

En résumé, la civilisation, dans sa marche ascendante, multiplie les besoins des hommes, et rend leurs intérêts plus puissants que leurs passions.

Il est rare maintenant que les filles sans dot trouvent des maris, et que la famille, dans son excès de fécondité, rassemble à table, comme jadis, douze enfants. Les res-

sources manquent pour établir une si grande progéniture. On n'a plus, comme jadis, dans les classes supérieures le pouvoir de faire les garçons cadets, pages, séminaristes sans bourse délier, car il en coûte beaucoup pour Saint-Cyr, Saint-Acheul, et mieux encore l'École polytechnique ; et il faut, en outre de l'argent, une intelligence distinguée qui soutienne la concurrence des étudiants pauvres et savants.

C'est bien pis encore pour les filles bien nées et sans fortune. Les talents et la beauté ne peuvent les empêcher de déroger; et Ton voit des Piccolomini, devenir des cantatrices, elles dont les pères ont sauvé la couronne d'Autriche, près d'être la proie du redoutable Gustave-Adolphe et du dangereux Wallenstein. Il faut convenir qu'elles n'en sont ni moins estimées, ni moins heureuses ; mais combien de parents n'aimeraient pas cent fois mieux pour l'orgueil de leur sang que leur fille mourût au fond d'un monastère plutôt que d'obtenir le triomphe de Corinne au Capitole !

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