MORTALITÉ DES ENFANTS TROUVÉS
Enf. existants
Enfants
Rapport
et admis.
décédés.
de la mortalité.
1 sur 5.5
Dublin (1)...
Mantoue. . . .
Bergame
Naples
Lisbonne
Pétersbourg.
A la fin de 181 5^ il existait dans les hôpitaux de la France 85,808 enfants trouvés. De 1816 à 4841 inclusivement, il en survint 794,831; en tout 880,639. Sur ce nombre il en mourut 475,127 ou 54 sur 100, c'est-à-dire plus de la moitié.
En 4843, il y avait 97,717 enfants, qui furent augmentés de 25,492 par ceux de Tannée, au total 123,472. Sur ce nombre il en mourut 15,138 ou 12 et demi par 400, faisant 1 sur 8. C'était 42 enfants par chaque centaine, qu'on sauvait déjà de la mort, à laquelle ils étaient condamnés, il y a peu d'années; et maintenant ces heureux
10,272 10,227 45 survivants.
progrès sont devenus bien plus grands. L'institution des crèches, des salles d'asile, des ouvroirs, fera bien mieux encore en prévenant ce fléau. Les secours accordés aux filles qui gardent et élèvent leurs enfants, sont une économie bien entendue; et 100 francs ainsi placés,, au lieu d'être dépensés aux hôpitaux, donnent un intérêt beaucoup plus élevé, puisqu'ils assurent la conservation d'une vie humaine et la pratique de la première vertu que le ciel ait donnée aux femmes : l'amour maternel.
Ainsi se trouvent rectifiées par des chiffres tirés des documents officiels, les idées fausses accréditées sur les enfants trouvés : le nombre de leurs naissances comparées à celles de la population entière, diminue notablement, dans toute la France et même à Paris, quoique cette capitale soit devenue une ville de commerce et d'industrie. Leur mortalité est réduite de moitié, et c'est pourquoi leur nombre total s'accroît considérablement, celui des survivants étant double de ce qu'il était autrefois. Ces progrès mettent le pays, à ce double égard, dans une position fort supérieure à celle de la plupart des contrées de l'Europe. Mais néanmoins il reste beaucoup à faire; et la tâche de la science et de l'autorité n'est pas encore remplie. C'est surtout à prévenir l'abandon des enfants que doit s'appliquer l'esprit de bienfaisance et de charité si puissant dans ce siècle calomnié.
Ajoutons pour le disculper, que, du reste, ce n'est pas là une maladie nouvelle, fruit des événements de nos jours et des opinions qu'ils ont propagées. L'histoire est remplie de récits d'enfants trouvés et pourtant elle ne parle que de ceux échappés à la mort et devenus célèbres. Ainsi Moïse
fut abandonné sur les eaux du Nil et sauvé par la fille d'un Pharaon; OEdipe, attaché par les pieds à un arbre, fut délivré par des bergers. — Sémiramis, Romulus, Orphée, Télèphe, exposés lors de leur naissance dans des lieux déserts, où ils devaient périr, furent nourris : la future reine de Babylone par des colombes, le fondateur de Rome par une louve, le poëte lyrique par des abeilles et le héros du siège de Troie par une biche. Ces moyens merveilleux d'élever les enfants trouvés, ne sont plus en usage ; et d'Alembert, le fils d'une grande dame dénaturée, ayant été exposé sur les marches d'une église, fut recueilli et nourri par une honnête vitrière de la rue de Beaune.
Si les enfants naturels n'ont point fourni, comme les enfants trouvés, des chefs illustres aux anciens peuples, ils ont donné de grands capitaines aux nations modernes; tels furent don Juan d'Autriche, le maréchal de Saxe, le? duc de Berwick, le prince Eugène, et le brave Dunois, qui fut le compagnon de Jeanne d'Arc, dans l'entreprise héroïque de chasser l'ennemi de nos provinces et de rendre au pays son indépendance nationale: